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EAN : 9782844147172
L'Association (19/04/2018)
4.28/5   39 notes
Résumé :
La Roya est un fleuve qui prend sa source en France, au col de Tende et se jette dans la Méditerranée à Vintimille, en Italie. Durant l’été 2017, Baudoin et Troubs ont parcouru cette vallée, à la rencontre des membres du collectif "Roya Citoyenne", des gens qui, comme Cédric Herrou, viennent en aide aux migrants qui tentent de passer la frontière. Comme à leur habitude (Viva la vida, Le Goût de la terre) ils ont rempli leurs carnets de portraits et ils interrogent a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Ziliz
  08 janvier 2020
Pour une version courte et pas politisée, commence à (1) et arrête-toi aux pointillés. Tu peux même découper ton écran bien droit, grâce à eux !
Pour un avis long et bourré d'extraits, de témoignages, va directement au (2), et si ça te parle, ne t'arrête surtout pas là. Lis cette BD dans la foulée. Parce que tu peux avoir l'impression que j'ai tout recopié comme une feignasse au lieu de faire un billet avec mes mots à moi, mais non, loin de là. Les auteurs et ceux qu'ils ont rencontrés ont plein de choses à nous dire, à nous apprendre.
(1)
Dans ce livre, il y a des gens noirs qui sont partis de chez eux, et des gens blancs qui les aident. Ça se passe à la frontière franco-italienne. Pourquoi tout ce bazar ? Soit ils ont le droit de venir et ils viennent, les étrangers ; soit ils n'ont pas le droit et ils ne viennent pas 'chez nous'.
Y a aussi des policiers (souvent contre les Noirs, mais pas forcément) et des Vikings (toujours gentils avec les Noirs).
Sinon, c'est bien dessiné, et Menton, ça a l'air joli. J'ai colorié avec du bleu, du jaune, du vert quand y avait la mer et le soleil et les montagnes, parce que du noir et blanc, c'est trop triste pour des beaux paysages comme ça.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
(2)
• « Menton : le bonheur, dessiner. Troubs est sur une barque au milieu d'une mer de solitude intérieure. Dans son dos, il y a une falaise, des fils de fer barbelés, des hommes qui se noient. »
• « Ils arrivent d'ici, et ce ne sont pas les premiers. Il y a eu nous, les Italiens, les Juifs, ceux de l'ex-Yougoslavie, les Tunisiens... »
• « Qui peut croire qu'on peut empêcher le déplacement des humains ? »
Oui, hein, qui peut croire ça !? Notamment parmi ceux qui s'indignent depuis plus de 70 ans contre la Shoah. Les autres, je les exclus d'emblée, leur cas est désespéré.
C'est ce qui se passe dans les Alpes, pourtant. Pensons aux petits activistes blondinets de Génération Identitaire qui surveillent et bloquent farouchement l'accès à notre douce France.*
Et ça se passe partout en France (Calais, Dunkerque, Nantes...), "grâce" au(x) gouvernement(s) :
• « La formule célèbre de M. Rocard, sur 'la France qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde' - formule reprise récemment par M. Macron, pour justifier une politique de grande fermeté à l'égard des migrants économiques - est d'abord un total non-sens, si l'on pense à la proportion de réfugiés que comptent de petits pays comme le Liban ou la Jordanie. C'est surtout un déni d'humanité insupportable. »
(JMG Le Clézio, préface)
••• pour les propos de Michel Rocard, voir le commentaire de Bidule62 ci-dessous •••
Les auteurs, Baudoin & Troubs, sont allés en 2017 du côté de la vallée de la Roya, où habite Cédric Herrou, ce formidable monsieur qui s'est fait arrêter plusieurs fois pour avoir aidé des migrants à passer en France.
Il n'est pas tout seul, dans le coin, à être sympa, dévoué, généreux : on peut aussi voir Jacques (blog Jacques Perreux), un curé, un médecin, René Dahon, les 'Vikings' (qui « donnent et n'attendent rien en retour, ça réconcilie avec l'humanité »), Claudine et son ami agriculteur bio, Irène, Hubert Jourdan. Et tous ces bénévoles de 'Roya citoyenne' ou d'autres associations. Et ça réchauffe le coeur, cette solidarité.
Pourquoi font-ils ça, ces gens ? Est-ce si naturel d'aider son prochain, quand, dans les villes, tout est fait pour dissuader les SDF ('de souche' ou d'ailleurs) de s'installer dehors (mobilier urbain empêchant de s'allonger, espaces verts barricadés, camps fréquemment démantelés...), sans leur proposer de solution digne ?
* * * * * * * * beaucoup d'extraits * * * * * * * *
Les auteurs ont interrogé quelques personnes qui aident :
- Delia : C'est à cause de mes parents, ils m'ont élevée comme ça.
- Nazario : (...) pour aider, pour être avec ceux qui aident, avec l'humanité. Il faut revenir à l'homme et ses libertés primordiales.
- Jacques : Dans le village planétaire, chacun devrait être libre de s'installer où il veut.
- Andrée : J'ai deux raisons pour faire ce que je fais. Depuis toute petite j'ai eu le désir d'aider. Il n'a pas cessé de croître. Et puis j'ai eu une fille handicapée, alors ouvrir les bras est devenu ma vie.
- Claudine : Je me demande pourquoi les autres ne le font pas. Mais peut-être qu'on peut dire que je le fais parce que mon père était juif roumain, qu'il a été caché pendant la guerre, qu'il a perdu ses parents dans un camp. Il n'en parlait pas, je l'ai découvert à l'adolescence. On peut dire que c'est une raison.
- Pascal, photographe : Parce que quand ça a commencé, je vivais à Breil, ma fille avait deux ans. Je veux un monde bien pour elle, qu'elle soit fière de son père.
- François-Xavier, dit 'Tchoi', prêtre : Je suis vivant aujourd'hui. Je croise des vivants, alors je leur souris. Je suis l'aîné de 8 enfants, j'ai toujours l'instinct de protéger les autres. (...) J'estime qu'on a le droit de se révolter quand on pense qu'une loi n'est pas juste.
* * * * * * * * * * * * * * * *
Baudoin & Troubs ont également échangé avec des migrants, essentiellement des hommes jeunes originaires du Cameroun et du Soudan, après avoir instauré avec eux un rapport de confiance (je te dessine, et je t'écoute : donne-moi tes mots, je les partagerai ; c'est important de faire connaître des parcours individuels, ça ré-humanise le drame collectif et impersonnel de l'exil).
Ces hommes sont épuisés moralement et physiquement, le trajet a été long, ils ont subi là-bas ou en route viol, torture, esclavage. Ils ont besoin de répit, de repos, de manger, d'avoir un toit, d'être traités dignement et chaleureusement (on connaît la pyramide des besoins de Maslow), d'apprendre la langue, avant de pouvoir démarrer la nouvelle vie dont ils ont rêvé.
Si on se sent 'envahis' par ces personnes en exil, on peut regarder l'histoire coloniale de pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique ; le bordel que nous, les Européens, y avons mis... Arte diffuse d'ailleurs une série très intéressante en trois parties sur le sujet depuis hier 'Décolonisations' (7, 14 et 21 janvier, ou en replay).
Et on peut aussi penser à la façon dont l'Occident se sert encore, notamment pour SES matières premières...
Sur le sujet des migrations actuelles vers l'Europe, lire aussi lire 'Paris-Venise' (F. Oiseau), 'Douce France' (Karine Tuil), 'Village global' (Geffroy & Lessault), etc.
Je conseille également le film 'Les Invisibles', sur les laissés pour compte, même 'français', ces gens à la rue dont certains populistes prétendent se préoccuper pour légitimer le refus de l'immigration.
Je ne sais pas trop de quoi il parle, Cali(méro) dans cette chanson, mais ça me semble bien coller avec l'admirable esprit de 'nos Justes' du XXIe siècle.
♪♫ https://youtu.be/kkVPFVj-g9U
_____
* https://www.liberation.fr/france/2018/04/22/chasse-aux-migrants-dans-les-alpes-les-xenophobes-au-sommet_1645146
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TerrainsVagues
  06 juin 2022
N'ayant plus une féroce envie de faire un billet après mes lectures, la victoire récente (une de plus, que ce soit contre Estrosi, Ciotti ou le préfet des Alpes Maritimes) de Cédric Herrou au tribunal contre Ciotti m'a remis en tête « Humains, la Roya est un fleuve ». Une lecture que je dois à jamiK que je remercie encore pour son intelligence sous le billet d'un… bref, et qui après une première réaction épidermique a relu un de mes commentaire et a pris le temps de le comprendre.
Alors qu'aujourd'hui tout le monde est prêt à accueillir son Ukrainien et à envoyer un paquet de coquillettes et un bic quatre couleurs à Kiev, rien ne change pour le réfugié Africain qui lui aussi fuit la guerre, la famine et la peur depuis si longtemps. Quand je dis que rien ne change, j'exagère quand même beaucoup car depuis 2017, date des évènements relatés dans cette BD, nous avons été, par exemple, capables d'aller jusqu'à empêcher le secours en mer d'embarcations en perdition, juste pour que ces Hommes ne débarquent pas sur « notre terre » (parce que oui, nous sommes nés en France alors ce bout de planète est à nous, faut pas déconner non plus hein). Donc en fait, ça a évolué pour les Africains demandeurs d'asile politique, c'est encore plus compliqué aujourd'hui. Peut être qu'en passant par l'Ukraine…
Humains la Roya est un fleuve, c'est la rencontre de Baudoin et Troubs pour une BD reportage dans la vallée de la Roya, cette vallée dont certains habitants comme Cédric Herrou et tant d'autres tendent la main à leur prochain ce qui rend Ciotti Estrosi et autres adeptes lepenistes fous de rage.
Cette BD est autant un témoignage sur l'illégalité des méthodes pronées par les politiciens locaux et appliquées par des policiers peu scrupuleux pour renvoyer les Africains en Italie (parce qu'ils viennent d'Italie, cette Italie qu'on laisse seule accepter dans ses ports les bateaux humanitaires), qu'un hommage à tous ces gens qui tendent la main et aident ces migrants à retrouver un peu d'humanité, un peu de dignité.
C'est aussi une galerie de portraits noirs et blancs du plus bel effet.
Même si j'ai de plus en plus de mal avec mes congénères en général, voilà une BD qui rappelle qu'il y a encore de belles personnes qui écoutent leur coeur plus que la peur orchestrée par des mous du bulbe.
Un livre à mettre entre toutes les mains comme le sont « Change ton monde » de Cédric Herrou, « Grace à eux » de Mimmo Lucano ou encore « Journal de bord de l'Aquarius » d'Antoine Laurent.
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Presence
  22 août 2022
Pourquoi vous faites ça ?
-
Cet ouvrage constitue un récit complet indépendant de tout autre. Sa première édition date de 2018. Il a été réalisé à quatre mains pour le scénario et les dessins, par Jean-Marc Troubet (Troubs) et Edmond Baudoin. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, comptant 107 planches. le tome s'ouvre avec une introduction d'une page, rédigé par Jean-Marie Gustave le Clézio. Il évoque la phrase de Michel Rocard, en 1989, alors premier ministre : la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. L'écrivain pose la question : comment peut-on faire le tri ? Il évoque la situation que les migrants fuient, pas par choix. Il en appelle au pragmatisme : dans l'Histoire les empires fondés sur l'injustice, l'esclavage, sur le mépris n'ont jamais survécu. Il en appelle à agir, : il suffit de renverser le raisonnement, de cesser d'agir sous l'impression d'une menace. Ces deux auteurs ont précédemment réalisé deux autre récits de même nature : Viva la vida (2011) sur les habitants de Ciudad Juárez, le goût de la terre (2013), sur des habitants de villages dans une zone rurale de la Colombie.
Deux oiseaux sur une branche, l'un d'eux fait remarquer qu'en 2011, ils sont allés au Mexique, en 2013 en Colombie, pour le faire le portrait des réfugiés. Aujourd'hui, c'est ici. le 2 juillet 2017, Baudoin est en France à Chamonix. Il regarde les nuages. le glacier des Bossons qui diminue un peu plus. Il regarde le Mont-Blanc. le 19 juin, il revenait de Chine, en octobre, il va au Québec, le 13 novembre en Angleterre, le 22 en Russie. Il va partout dans le monde. On l'y invite. Pourquoi pour lui c'est possible et par pour un Afghan, un Soudanais, un Érythréen, un… Demain, lundi 3 juillet, à Nice, il va retrouver Son ami Troubs. Ils vont faire un livre qui ne va pas s'appeler Tintin dans La Roya. C'est parce qu'ils ne savent pas qui de eux deux est le capitaine Haddock ou Tintin.
Leur premier rendez-vous est en Italie, avec Enzo Barnabà. Il habite un petit village au-dessus de la frontière : Grimaldi Superiore. Ils ont rendez-vous avec lui à 17 heures, ils sont à Menton à 13 heures. Ils ont le temps. Ils traversent la frontière à pied. Ils ne voient pas de migrants, ou alors ils sont hollandais. Un des policiers italiens, d'un simple coup d'oeil et d'un hochement de tête, leur faire signe de passer. C'est comme pour les voitures : elles sont fouillées selon l'aspect (et peut-être la couleur ?) de leur carrosserie. La frontière entre Menton et Vintimille est dessinée sur une crête rocheuse qui plonge dans la mer. Trois routes et une ligne de chemin de fer la traversent. En haut, c'est l'autoroute avec ses deux tunnels, de deux voies chacun qui percent la montagne. Au milieu, c'est par un pont. Il y a un poste de douane de chaque côté, et bien sûr, une boutique détaxée entre les deux. (et même un étal de fruits et légumes sur le trottoir). Des dizaines de T.E.R. et des trains de marchandises empruntent tous les jours un tunnel étroit. La route du bas plonge aussi dans un tunnel. L'ancien poste frontière franco-italien est là : côté français. Et si on suit la côte à pied, on arrive en Italie sur une plage. C'est une jolie petite crique avec un commerce de glaces, de transats et de parasols… un petit paradis estival.
C'est donc le troisième ouvrage réalisé à quatre mains par deux bédéistes : chacun dessinant des planches et écrivant. La différence entre les deux se fait plus facilement que précédemment : par les traits de contour plus épais et plus charbonneux d'Edmond Baudoin, par ses textes écrits en lettres capitales, par les dessins moins chargés de noir de Troubs, et son texte écrit en minuscules. Mais dans certaines pages, le lecteur découvre une autre manière de dessiner qui peut être de l'un ou de l'autre. Cette bande dessinée ne se présente pas sous une forme traditionnelle. Il y a très peu de dialogue, seul moment où les auteurs font usage de phylactères. La composition des pages comporte souvent deux illustrations et du texte à côté, ou au-dessus. Il peut s'agir aussi bien de montrer ce que font les auteurs, par exemple marcher, qu'un endroit où ils arrivent, et souvent des plans poitrine ou des gros plans sur des personnes qu'ils rencontrent, des migrants comme des habitants qui les aident d'une manière ou d'une autre. Comme les deux ouvrages précédents, le lecteur ne sait pas trop s'il s'agit d'une bande dessinée de type reportage, ou plutôt d'un texte illustré savamment composé par les deux auteurs. Peu importe.
Comme ils l'annoncent dans la première page avec ces deux oiseaux sur une branche, Troubs & Baudoin reprennent leur idée d'aller à la rencontre de personnes, et de faire le portrait en échange de la réponse à leur question : pourquoi font-ils ça ? Ils ont retenu de retranscrire majoritairement la réponse des aidants. Ils rencontrent d'abord Enzo Barnabà, un écrivain et historien, qui a longtemps été professeur, et qui leur montre le passage illégal de la frontière, par la montagne au-dessus des tunnels. Les images montrent le visage sillonné de rides de l'homme, les flancs de la montagne, le chemin au milieu de la végétation, trois immigrants, des vêtements au sol. Il y a une forme changeante d'interaction entre texte et dessin : parfois presque une redondance, le texte disant ce qui est montré, parfois une complémentarité sophistiquée, parfois une forme d'illustration accompagnant le texte. le lendemain matin, le lecteur découvre un autre portrait, celui de Daniel Trilling, un journaliste anglais venu interviewer Enzo sur la question des réfugiés. Puis les artistes et leur guide repartent dans la montagne : les dessins se composent de formes un peu lâches donnant plus une impression qu'une description photographique. En même temps, le lecteur éprouve bien l'impression de voir le paysage observé par Troubs & Baudoin en empruntant le chemin des réfugiés et en regardant vers la mer, puis vers Menton.
Les auteurs font une pause dans leur marche : Troubs est représenté en train de dessiner, dans deux dessins en pleine page, une silhouette assise au loin, puis un peu plus rapprochée dans un paysage naturel. Puis un portrait en plan italien dans un troisième dessin en pleine page. La page suivante passe à Jean-Claude, un ami d'Enzo pour une nouvelle rencontre, un nouveau portrait, et une nouvelle réponse à la question de pourquoi il fait ça. le deuxième dessin sur cette page est celui presque en ombre chinoise de deux réfugiés se précipitant pour se coller contre la paroi, alors qu'un train vient à passer dans le tunnel. Sur cette page, le texte est largement majoritaire. Ainsi de place en place, les auteurs rencontrent des citoyens investis dans l'aide à ces migrants qui passent proches de leur foyer, dans un dénuement terrible, ayant souffert tout le long du voyage, souvent victimes de sévices, fuyant une situation pire chez eux. le lecteur fait ainsi la connaissance de Delia, patronne d'un café restaurant, de sa nièce Alexa, de Nazario, de Manuela, de Jacques Perreux, d'Andrée, de François-Xavier un prêtre, de Claudine, de Cédric Herrou, d'un groupe appelé les Vikings composés d'Allemands, de Hollandais, de Suédois, d'Italiens, de Français, et de nombreux autres. À chaque fois, Troubs ou Baudoin en réalise un portrait le plus souvent en plan taille ou en gros plan : des êtres humains normaux et banals qui ne peuvent pas rester indifférents à la souffrance devant leur porte.
Bien évidemment les migrants sont également présents : ils passent et ils reçoivent l'aide des citoyens rencontrés et présentés par les auteurs. Ces derniers en font leur portrait, comme en toile de fond. Puis de la planche 55 à la planche 63, les deux dessinateurs reprennent leurs fonctions avec les portraits échangés contre des réponses. Ils demandent : parlez-nous de votre voyage. Quels sont vos rêves ? Tout du long de l'ouvrage, les auteurs sont marqués par le calme des réfugiés. Lors de cette séance de dessin, ils sont confrontés au fait que les migrants réfléchissent, car il y a tellement de souvenirs qui leur reviennent qu'ils restent muets. Ils préfèreraient prendre le temps d'expliquer leurs histoires parce que parler d'une chose c'est comme nier toutes les autres. Cette séquence est particulièrement émouvante, tout en tenant à distance le pathos. Baudoin & Troubs souhaitent montrer la personnalité de celui ou celle qui se tient devant eux, au temps présent. Baudoin commence par dessiner les yeux, mais ses vis-à-vis évitent le regard. Il insiste en mettant deux doigts dans le siens. D'un coup, ils acceptent le dialogue silencieux et c'est lui qui panique en voyant ce qu'ils lui montrent. Et le lecteur est bord des larmes avec ces simples phrases et le portrait en gros plan de quatre êtres humains.
En choisissant cet ouvrage le lecteur a des a priori diverses et variés, dépendant de sa familiarité avec ces auteurs, avec leur démarche. Il peut être pris au dépourvu par la forme même de ce reportage, une narration qui relève plus du texte illustré, mais avec des spécificités de la bande dessinée, ce qui en fait une forme hybride. Il peut se préparer à côtoyer des drames insoutenables, et une misère humaine étouffante. Ça ne se passe pas exactement comme ça : les auteurs ont à coeur de transcrire la chaleur humaine de leurs rencontres, à commencer par l'humanité des habitants apportant leur aide sous une forme ou sous une autre, sans pour autant les présenter comme des héros, sans la dimension spectaculaire presque inévitable qui accompagne les reportages des médias traditionnels. Il s'agit d'êtres humains refusant de considérer les femmes et les hommes qui fuient leur pays, comme un phénomène de société ou comme des groupes, ou pire encore des statistiques. Au bout de quelques pages, le lecteur ne se préoccupe plus de savoir s'il lit une bande dessinée ou un objet hybride : il ressent à quel point ce mode d'expression permet aux auteurs de restituer ce qu'ils ont vécu, avec honnêteté et fidélité, y compris dans l'expression de leurs ressentis et de leurs émotions, de façon incidente et prévenante vis-à-vis du lecteur. Une réussite extraordinaire.
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Fandol
  28 novembre 2018
Baudoin & Troub's, comme ils se présentent en couverture de cette BD hors du commun, reconnaissent qu'ils sont invités partout dans le monde mais que se déplacer comme ils le font est impossible pour un Afghan, un Soudanais ou un Érythréen.
Partant de ce constat, ils sont allés voir sur place, début juillet 2017, près de Nice, dans cette vallée de la Roya, fleuve côtier qui prend sa source en France, passe la frontière et finit son cours en Italie pour se jeter dans la Méditerranée.
Ils rencontrent, se déplacent, découvrent le Pas de la mort grâce à Enzo Barnaba, écrivain et historien qui aide les migrants : « Parce que ça m'énerve qu'on ne puisse rien faire. » Entre Vintimille et Menton, la frontière est là avec son grillage, un trou et la falaise…
À Vintimille, devant la petite gare, la tension est au maximum. Sous la 4 voies, c'est la zone et la Roya est là… Les voilà un peu plus tard avec René Dahon, un des responsables de « Roya citoyenne » qui constate : 180 militaires et gendarmes coûtent 60 000 € par jour et un drône surveille la propriété de Cédric Herrou.
De jeunes Allemands, Hollandais, Suédois, Italiens et Français assurent la cuisine, venant compléter l'action des bénévoles de la vallée : « Ils donnent et n'attendent rien en retour. Cela réconcilie avec l'humanité. » Pour Humains, la Roya est un fleuve, les auteurs rencontrent Claudine dans son gîte, à 1000 m plus Enzo, Andrée et d'autres. Ce sont des Justes.
Les témoignages s'accumulent, ils racontent la Lybie, l'horreur au quotidien. Chamberlain vient du Cameroun où on viole, torture, pratique l'esclavage. Ils font des portraits en échange de réponses : Adam, Abdoul, Manson, Khalil, Abdoul, Albert (Sierra Leone), Adam, Kedir, Sherif Alan, Abdala, Yah Ya (Soudan) et bien d'autres venant aussi du Tchad. Leurs yeux sont émouvants. Il faut les regarder et le dessin leur redonne vie et espoir…
Cédric Herrou explique à tous les démarches à faire et recommande de ne pas mentir à la PADA (Plate-forme d'accueil des demandeurs d'asile). Au col de Fenestre, un panneau rappelle « La memoria delle Alpi », en mémoire de centaines de Juifs qui fuyaient la France, en septembre 1943…
Le 15 août 2017, des demandeurs d'asile ont été ramenés en Italie. Sur ordre de qui ? Gedo Abdalha, poursuivi dans la montagne par la police, a fait une chute et se retrouve à l'hôpital. Malgré toutes ces épreuves, ils disent tous : « Si c'était à refaire, je le referais. »
Jeudi 31 août, le Tribunal Administratif de Nice juge que : « L'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile. »
Hélas, quelques mois plus tard, d'autres drames se produisent au col de l'Échelle et c'est un poème de Lou Nodet (12 ans) qui conclut ce livre aux dessins précis, vagues parfois, évocateurs surtout, des portraits émouvants, des vies saisies au hasard d'une rencontre, des humains qui ne demandaient qu'une chose : qu'on les traite comme des êtres humains !
Heureusement, ces Justes du XXIe siècle sont là, magnifiques de désintéressement. Ils sauvent, aident, secourent, nourrissent et rassurent d'autres Humains.
Un Grand Merci à Simon pour m'avoir fait découvrir cette BD si importante.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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jamiK
  11 février 2020
Cette bande dessinée est un témoignage poignant sur l'émigration clandestine. Edmond Baudouin et Troubs mêlent leur traits et leur écriture, bruts, pris sur le vif, pour un reportage fait de portraits, de gens, de lieux, sur la frontière franco-italienne. On va y faire de très belles rencontres, de gens qui aident, de gens qui fuient, d'humanité quoi… le ton est simple, pudique, ce n'est pas spectaculaire, c'est juste la réalité.
Cette bande dessinée révolte, c'est fort, elle ne plaira pas au adeptes du repli sur soi, du racisme, à ceux qui sous des prétextes fallacieux stigmatisent et montrent du doigt, haïssent par principe, par égoïsme et par ignorance.
Cette bande dessinée donne aussi de l'espoir, ces gens, ces “justes”, nous laissent entrevoir que l'humanité, la générosité et l'altruisme on encore de beaux jours devant eux. Je pourrais conclure par cette célèbre phrase de Stéphane Hessel, “Indignez-vous !” Il parlait bien de ça, de notre façon d'être humain, de se comporter vis à vis de l'autre, à l'échelle individuelle et politique, nationale et internationale.
Alors, cette bande dessinée remet les pendules à l'heure, elle m'a donné envie de m'indigner, car comme un des interlocuteur le dit dans ce livre : “Ce n'est pas la misère du monde qu'on accueille, c'est la misère du monde qu'ils ont fui.”
C'est à lire absolument.
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critiques presse (2)
BoDoi   19 juillet 2018
Les deux auteurs alternent la prise de parole, et la prise de pinceaux, pour créer une jolie osmose, malgré la différence de leur style, avec pour objectif de ne jamais se décentrer de leur sujet : l’homme dans ce qu’il a de plus noble.
Lire la critique sur le site : BoDoi
ActuaBD   07 mai 2018
Humains, la Roya est un fleuve fait partie de ces livres dont l’esthétique n’est pas écrasée par son sujet. Au contraire, l’art vient ici donner encore plus de force aux témoignage.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
PresencePresence   25 août 2022
Roya Citoyenne organise ce qu’elle appelle des maraudes depuis longtemps. Qu’est-ce que les maraudes ? Emmener et distribuer de la nourriture de l’autre côté de la frontière à Vintimille, servir des repas aux migrants. C’est un travail harassant, une heure de route à l’aller, une heure de route pour le retour. Entre 200 et 800 repas selon les soirs. Mais depuis quelques temps, les bénévoles de Roya Citoyenne sont aidés par les vikings. Des Allemands, des Hollandais, des Suédois, des Italiens, des Français… Des humanitaires militants qui déjà à Grande-Synthe (près de Dunkerque) faisaient des repas pour les réfugiés. Les voici à Sospel. Arriver chez les vikings est aussi magique qu’arriver chez Cédric Herrou. On est dans les Alpes Maritimes sur la côte d’Azur et là, dans un espace entre tente et hangar, des jeunes gens travaillent gratuitement dans une chaleur infernale devant des marmites de 100 litres. Et ils ont l’air heureux.
+ Lire la suite
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Il_voyageIl_voyage   04 septembre 2021
Lou Nodet a 12 ans, elle a écrit ce poème lors d'une marche à travers les Alpes, avec sa mère, l'été 2017.

Il y a toujours un moment pour rêver
Un moment où la vie paraît plus colorée
Plus accueillante
Les hommes rêvent les femmes rêvent
Tout le monde rêve
Seulement, quand un rêve disparaît
Qu'il n'y a plus aucun moyen de le rattraper
Car quelqu'un l'a tué
Alors tout devient sombre et problématique
Comment font-ils tous ces réfugiés
Qui à la frontière se font bloquer ?
Où vont tous ces rêves
Ces espoirs qui s'envolent ?
Y a-t-il encore une chance
Qu'une personne ramène ces rêves
Pour éviter que tous ces gens
Ne tombent à l'intérieur d'eux-mêmes ?
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PresencePresence   22 août 2022
La frontière entre Menton et Vintimille est dessinée sur une crête rocheuse qui plonge dans la mer. Trois routes et une ligne de chemin de fer la traversent. En haut, c’est l’autoroute avec ses deux tunnels, de deux voies chacun, qui percent la montagne. Au milieu, c’est un pont. Il y a un poste de douane de chaque côté, et, bien sûr, une boutique détaxée entre les deux (et même un étal de fruits et légumes sur le trottoir). Des dizaines de T.E.R. et des trains de marchandises empruntent tous les jours un tunnel étroit. La route du bas plonge aussi dans un tunnel. L’ancien poste frontière franco-italien est là : côté français. Et si on suit la côte à pied, on arrive en Italie sur une plage. C’est une jolie petite crique avec un commerce de glaces, de transats et de parasols… un petit paradis estival. Des familles attrapent des coups de soleil et se trempent dans l’eau en faisant attention : les rochers sont coupants et sont remplis d’oursins. Voilà pourquoi on ne voit personne se baigner ici. Pourtant à 10 ou 20 mètres, la mer est totalement libre. Moi, je me jette à l’eau, Baudoin se met à dessiner. Les Soudanais, les Tchadiens, les Syriens, les gens d’Érythrée ne doivent certainement pas savoir nager.
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ZilizZiliz   02 décembre 2019
René [Dahon] est un ami de longue date, un des responsables de 'Roya Citoyenne' inculpé pour aide aux migrants :
- Il y a 180 militaires et gendarmes qui sont arrivés par ici et qui restent dans les hôtels pendant environ trois semaines. Du pain bénit pour les hôteliers. Ça coûte 60 000 euros par jour, ce dispositif. Ils testent des dispositifs et entourent la propriété de Cédric Herrou.
Un drone survole à 3 000 mètres d'altitude.
(p. 33)
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PresencePresence   23 août 2022
Ludovic me raconte : En Lybie même les enfants ont des armes et vous tirent dessus dans la rue. N’importe qui vous enlève, vous met dans un coffre de voiture, et ensuite dans une pièce noire et fermée. Tu ne sais pas où tu es, ni comment t’en sortir. La plupart des Lybiens ont des prisons privées chez eux. Pendant plus de 6 mois, j’ai travaillé sur un chantier. On construisait un immeuble. On était affamés, épuisés. On coulait du béton sans outils, avec les mains. Mais un jour, j’ai réussi à m’enfuir. Il y a des frères qui disjonctent, des forces de la nature qui s’écroulent d’un seul coup. Nous vivions avec des cadavres tous les jours. L’extraordinaire faisait partie de notre quotidien.
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Vidéo de Jean-Marc Troubet
Quel mois de novembre ! Quel grand mois de novembre ! Il commencera par la fin de Mattéo, la grande saga historique de Jean-Pierre Gibrat, il marquera le grand retour d'Emmanuel Lepage avec Cache-cache bâton, 5 ans après Ar-Men, l'arrivée de Ginenèz et de Judith Vanistendael chez Futuropolis, et celle de Troubs dans notre collection de grands textes illustrés. Vous avez dit fête ?!?!? Oui, c'est fête !
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Les personnages de Tintin

Je suis un physicien tête-en-l'air et un peu dur d'oreille. J'apparais pour la première fois dans "Le Trésor de Rackham le Rouge". Mon personnage est inspiré d'Auguste Piccard (un physicien suisse concepteur du bathyscaphe) à qui je ressemble physiquement, mais j'ai fait mieux que mon modèle : je suis à l'origine d'un ambitieux programme d'exploration lunaire.

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