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EAN : 9782742718511
144 pages
Actes Sud (30/11/-1)
3.86/5   18 notes
Résumé :
Ils sont trois à raconter " la nuit de l'Abomination " - nuit mi-fictive, mi-réelle - lors de laquelle l'histoire récente d'Haïti revêt des allures d'apocalypse. C'est la vieillissante tenancière d'un bordel qui la première prend la parole : véhémente, ironique, désespérée, elle mêle à sa chronique imprécations et prophéties, dénonçant la corruption, citant les noms des acteurs et des victimes de la boucherie permanente dont l'île est depuis trop longtemps le théâtr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
TerrainsVagues
  29 mars 2022
Quand on aime on ne compte pas donc après l'excellent Kannjawou, deuxième Lyonel Trouillot à la suite avec Rue des pas perdus, premier roman de l'auteur Haïtien
Autant le dire tout de suite, j'ai adoré.
Port au Prince, le dictateur vient de crever. Bonne nouvelle pour ce bout de terre oublié des dieux perdu au milieu de l'océan sauf que...
Sauf que cette crevure qui a entretenu la misère de son peuple durant trop longtemps, a laissé des instructions à ses partisans, tuez les tous.
Nuit de massacre à Port au Prince. Trois témoins racontent ce qu'ils ont vécu. Trois milieux différents avec des perceptions qui si elles sont opposées accouchent toutes de la même sensation, la peur.
La vieille pute (elle se définie comme ça), mère maquerelle qui tient un bordel. Observatrice et la plus enragée des trois. Elle en a vu de la misère alors elle raconte, se perd dans ses souvenirs. Elle protège « ses filles », du moins elle essaye.
Le chauffeur de taxi. Au mauvais endroit au mauvais moment.
L'intellectuel, militant, amoureux d'une bourgeoise acoquinée avec le pouvoir. A l'abri des coups de feu et de machettes derrière les hauts murs d'une villa.
Trois vécus pour une même nuit d'horreur. Massacre et vengeance, mêmes cons bas...

Si dans Kannjawou, la colère transpire, ici c'est la rage et la terreur qui teintent les pages. La poésie de l'auteur est toujours là ou plutôt déjà là mais rien ne nous est épargné. de la tripaille en veux tu en voila dans ce voyage dans les bas fonds de l'Homme.
Ames sensibles ne pas s'abstenir.
J'encourage vivement à aller lire les quatre billets déjà écrits sur ce titre.
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Laurence64
  25 novembre 2012
Une nuit gorgée de sang, noire de fracas, bruissante de haine. Une nuit "qui peut durer des jours, des années, toute une vie". Une nuit ravageuse, narrée par trois voix entremêlées pour dire Haïti.
Trois voix qui se croisent pour conter un combat sauvage: d'un côté les fidèles du Grand Dictateur-décédé-vivant-éternellement; de l'autre les partisans du Prophète, populiste exploitant la souffrance du peuple. Nuit de funérailles pour enterrer davantage un peuple aplati sous l'empilement des dictatures.
La voix d'une vieille maquerelle d'abord. Mémoire des bas-fonds de Port-au-Prince. Mémoire des prostituées devenues telles par lassitude de porter l'eau tout le jour. Mémoire de cette île, elle dénonce. Ainsi, "un reporter avec une tête de Times Magazine interrogeait les filles, il voulait faire des photos in english à destinée de tour du monde (…), je me demande si les prix varient de la fillette qui sourit avec son seau d'eau sur sa tête au mur dentelé, délabré sur lequel un laveur pressé a laissé quelques traces de sang".
La voix de l'intellectuel qui tente de nouer une idylle avec Laurence, chez l'enseignant Gérard. Il ne saura jamais vraiment si elle et lui se sont aimés en cette nuit massacreuse de l'homme.Ici, l'individu ne s'aurait s'épanouir dans l'excès d'oppression. "De dictateur en dictateur.  de prophète en prophète.  Qui avait jamais eu le temps de devenir un individu!" le frêle espoir d'amour a-t-il pu exister? Lorsqu'on quitte le livre, on s'interroge encore. "Dans ce merdier quelle serait la part du je?" crache la plume de Trouillot.
La voix du chauffeur de taxi, représentant du peuple. Après une dernière course rue des pas-perdus, il est victime d'une milice armée. il perdra la jambe gauche, sa Toyota rouge, son métier si envié ici. Tombé dans la ravine des Innocents, il nage dans les immondices. Haïti, c'est cela. "Méfie-toi petit, la rue ça tue plus vite qu'on ne le pense".
A demi fictive et beaucoup trop réelle, la nuit d'émeutes, de tueries, de viols et de pillage est servie par une langue âpre, chaotique où les mots s'enchevêtrent, les phrases se télescopent. Lourde de sens, la phrase refuse de se tarir. Pleine de douleur, la mélodie troue le papier. Pour dire son île, Lyonel Trouillot écrit avec un lance-flammes poétique.
"Allez mes bons messieurs-dames, ne faîtes pas cette tête-là, y en a toujours eu des histoires de sang, et ça ne sera pas la dernière".
Certes, mais certains écrivains écrivent au napalm pour inverser la tendance. Lyonel Trouillot est de ceux-là, lui qui après sept ans d'exil aux Etats-Unis choisit de revenir mariner dans les miasmes et le sang haïtiens.
Cinq grosses étoiles seront-elles suffisantes pour éclairer ce petit morceau des Antilles, "ces vingt-sept mille kilomètres carrés de haine et de désolation, un peu plus en comptant toutes les îles adjacentes"?
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MarianneL
  16 juin 2013
Publié pour la première fois en 1996, ce récit à trois voix nous conte une nuit d'horreur, une nuit qui englobe toute la succession des dictatures et des massacres perpétrés dans l'île d'Haïti depuis les Duvalier, et même dans les racines de ce qui les précédât, avec l'évocation de l'occupation américaine jusqu'en 1934.
La première voix est celle d'une vieille femme, qui fut putain, madone, mère, grand-mère, et qui depuis vingt ans est tenancière de bordel, recueillant des filles fatiguées de porter des seaux d'eau sur la tête ; et puis la voix d'un homme, et l'évocation de son histoire d'amour naissante, au milieu du chaos ; et enfin celle d'un chauffeur de taxi victime des milices armées, qui dans la nuit de l'horreur perd sa voiture, sa jambe et sans doute sa raison.
Dans ces mots sont inscrits toute la violence de la misère et de la répression, l'éruption de la haine qui croît plus vite que tout, l'horreur des journalistes qui viennent renifler l'odeur des massacres, l'averse rouge sang, couleur traditionnelle sur l'ile d'Haïti, «vingt-sept mille kilomètres carrés de haine et de désolation», et «le bleu des attentes de pain, d'océan et de rêves».
«Il faudrait désormais nous taire sur nos vérités. Quand le salut naît du silence, c'est la preuve que l'homme a vieilli. Nous avons vieilli en une nuit.»
Lyonel Trouillot qui a passé son adolescence aux Etats-Unis, a choisi de revenir vivre à Port-au-Prince et de ne pas se taire, dénonçant dans ses livres la misère, l'injustice et la haine. L'empilement et la profusion de ses mots, en un chant poétique, témoigne de l'insensé, et de l'insoutenable.
«De la gueule du canon tonnait une horrible musique concrète, des morceaux de chair s'accrochaient aux murs, les corps qu'on empilait dans les camions prenaient des formes nouvelles, une épaule arrachée faisait bretelle avec un crâne, pour la première fois sans doute des étrangers se rencontraient, se serraient passionnément, dis-moi qui tu hantes, amitiés post-mortem, agonie partagée comme s'ils avaient vécu ensemble, au fait, monsieur, il y a bien longtemps que plus personne ne vit avec personne, comment vivre avec quelqu'un quand on ne sait même plus ce que c'est que la vie, la peur va faire ses courses, elle se lève à toute heure, à midi dans les yeux des chiens, au sud des aubes pâles couleur de papier d'emballage, tenez-le d'une vieille pute, monsieur, les gens ne vivent plus ensemble.»
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Dridjo
  21 novembre 2014
Voici un petit livre qui a des allures de grands. Très grands à tous les points de vue : l'écriture, magnifique de poésie, la narration d'une construction aussi intelligente que subtile et le propos, d'une profondeur absolu. Mais, je m'égare, je me perds dans les frétillements post-jouissance de mon cerveau de lecteur repu. Commençons par le commencement. Quand, qui, quoi…
Quand :
Lyonel Trouillot nous place dans une période pré-révolutionnaire, pré-putsch devrais-je plutôt dire. Haïti vit les dernières heures du règne du grand dictateur Vivant-Éternellement avec tout son corollaire de violence, d'abomination dont les hommes sont capables les uns contre les autres. L'atmosphère est lourde, chargée de souffre. Les partisans du sortant, autant que ceux du prétendant – le Prophète – se plongent, en parfaite égalité, dans la violence et la mort.
Qui :
Trois narrateurs. Lyonel Trouillot campe trois narrateurs différents qui racontent d'innombrables vies. Passant de l'un à l'autre, avec des chapitres courts, Lyonel Trouillot conte les monologues intérieurs de différents personnages qui vivent les évènements ultra-violents sous différents point de vue : L'observatrice privilégiée, le malchanceux plongé au coeur de l'action et les lointains témoins de la passe d'arme historique.
Après un prologue qui, personnellement, m'a fait frémir de par ce très fort parti pris poétique, car je n'ai que peu d'appétence naturelle à la poésie abstrait, j'ai mis mes pas dans l'esprit d'une vieille prostituée de la rue des Pas-Perdues. Que dis-je, pourquoi m'obliger à tant de pudeur dans les mots employés ; j'ai mis mes pas dans l'esprit d'une vieille pute. C'est comme cela qu'elle se présente, c'est comme cela qu'elle se définit, c'est ce qu'elle est au plus profond d'elle-même. Mais là n'est pas le plus important. Son histoire à elle, le pourquoi elle finit mère maquerelle d'une maison close à laquelle elle a donné des allures de foyer, de résidence de la seconde chance pour des filles que la vie à égaré, ce "pourquoi", n'est pas important. Ce qui est important c'est que, c'est par ses yeux que l'on voit les destins de ces filles qui vivaient jusque-là dans une – relative – routine positive, et qui basculent du jour où la violence extrême vient se pointer au pas de leur demeure. C'est par les yeux de la vieille Pute que l'on fait connaissance avec une partie de ce tout-peuple, celui qui vient s'épancher au bras d'une Jeanine, entre les cuisses d'une Charlotte, entre les seins d'une Fatramis.
Il y a ensuite Laurence. Non, pardon, je m'égare encore, il ne s'agit pas de Laurence mais de son amoureux-collègue des services postaux. La confusion vient du fait que lui les raconte tous les deux et, en fait, ne narre que les états d'esprit de deux faces de la même pièce. La face populaire, qu'il représente et la face bourgeoise, qu'elle campe, fait d'eux le couple de toutes les contradictions, de tous les débats politiques et moraux qui, peu à peu, avec le son de la violence des évènements qui touchent le pays et qu'ils ne vivent que comme par procuration car protégé par les hauts murs de leur vie bourgeoise moyenne, fait tourner la mayonnaise de leur roman d'amour façon La belle et le clochard. Ils vivent les tragiques soubresauts d'un pouvoir qui perd pied en témoins qui marquent les contradictions du changement qui ressemble étrangement à ce qui est changé.
Et il y a le chauffeur de taxi. le propriétaire de la Toyota rouge, celui qui vit dans sa réalité et dans sa chair cette nuit d'ultime violence. Celui qui plonge dans la merde et le sang, littéralement, pour en ressortir, après un périple fait de cadavres enjambés, de réminiscences nostalgiques et de rencontres improbables avec un enfant-génie mythomane, détruit et témoin d'une nouvelle génération de dirigeants qui ressemble tellement à l'ancienne.

Quoi :
Lyonel Trouillot nous parle d'un changement de pouvoir par la mort, d'une violence ecclésiastique qui remplace une violence dictatoriale, vue par les yeux de personnages lambda. Loin des arcanes du pouvoir, loin de ceux qui ont un intérêt quelconque pour l'une ou l'autre des parties, cette rue des Pas-Perdus, carrefour de toutes les vies et d'innombrables morts, montre l'absurdité du pouvoir. L'auteur nous montre un peuple qui subit, avec fatalité, des "révolutions" qui se retourneront, à court ou à moyen terme, contre lui.
Quand on se plonge dans la poésie magnifique que Lyonel Trouillot utilise, on se dit cet auteur est fou de décrire tant d'horreurs avec de si beaux mots, avec une langue aussi belle. de nous plonger dans la beauté du vers pour nous glacer le sang, au détour d'une description d'exécution – une moitié de corps calciné, un porc qui se vide, des enfants qui exultent – qui donne envie de vomir... Et c'est là que réside le seul bémol que je mettrai à ce livre : cette sensation d'inéluctabilité, ce manque total d'espérance, ce sentiment que la roue de la violence continuera à tourner, se retourner, pour le même résultat : l'absurde violence.
Je n'ai pas aimé le sentiment de "non-espoir" que j'ai au sortir de la lecture d'un livre, pourtant, magnifique. Je n'ai pas aimé être confronté à la violence ridicule dont sont capables les hommes. Je n'ai pas aimé découvrir – encore un peu plus – ce destin des haïtiens, conté ici sous forme d'une – à peine – fiction pour nous montrer le cycle de violence/contre-violence que subit cette île depuis des années. Je n'ai pas aimé être triste en finissant ce livre que j'ai adoré lire.
Lien : http://www.loumeto.com/mes-l..
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Charybde2
  13 septembre 2013
Premier roman de 1996, montrant déjà la spécificité et la maturité d'un artiste unique.
Publié en 1996, le premier roman du Haïtien Lyonel Trouillot marquait d'emblée l'apparition d'un écrivain rare et plutôt unique, dans sa capacité à associer une écriture d'une extrême précision et d'une poésie permanente, d'une part, et une étroite imbrication d'un arrière-plan social et politique - très aisément encore plus universel qu'haïtien - dans une quête (ou des quêtes) intime(s), en sélectionnant toujours très soigneusement son utilisation des "motifs typiques" haïtiens pour se garder en permanence des clichés qui encombrent trop souvent la représentation de l'île.
Trois voix sont sélectionnées pour raconter, chacune à sa manière, une nuit terrible, emblématique de certains des malheurs haïtiens, nuit de répression féroce, d'arrestation d'opposants, de chasse à l'homme désordonnée et sanguinaire dans les rues de Port-au-Prince, nuit qui n'est volontairement pas située avec exactitude, mais qui déploie d'autant plus sa puissance, chaque fois que pauvres, laissés-pour-compte et gens "ordinaires" sont confrontés à une violence institutionnelle dévoyée, aveugle, les dépassant largement.
Récit halluciné d'un chauffeur de taxi pris dans l'émeute, battu et mutilé en échappant de très peu à la mort, en quête de sa Toyota abandonnée quelque part comme d'une unique planche de salut possible pour se raccrocher à l'existence, à la normalité. Récit nostalgique et lucide d'une mère maquerelle âgée, où la tendresse voisine curieusement, à chaque ligne, avec un détachement nécessaire. Récit terrible dans sa manifeste impuissance et sa focalisation à rebours sur des éléments abstraits ou anodins, d'un intellectuel relativement préservé du pire, mais toujours exposé et menacé, et ne sachant pas ou plus "que faire ?".
Un art magnifique du récit polyphonique, une création en mosaïque qui manie à chaque instant, avec un égal bonheur, l'élan débridé, fougueux, rageur et violent, et la voix off songeuse qui se garde toujours du discours et de l'essai, tout en donnant à voir la folie générale (qui est souvent, trop souvent, celle des "grands") et son impact sur les "petits".
Et ces premières lignes du prologue qui sont presque un manifeste dans leur sombre beauté.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   28 mars 2022
Alors permettez que je crache sur les drapeaux et les parades, sur vos titres et sur vos slogans. Au nom du pain. Sur vos haines et sur vos mensonges. Au nom du pain. Sur les rats que vous devenez quand il vous prend de mordre et de souffler dans la misère de qui n'a rien à mordre et pas de souffle pour souffler. Au nom du pain. Sur vos diatribes, vos têtes d'affiche, sur les galons que vous vous inventez parce qu'à force de mentir on finit par croire en la vérité du mensonge. On finit par se dire c'est pas si mal, ça peut aller, ils ont vu pire et de toute façon ce n'est pas du jour au lendemain qu'on changera leurs habitudes d'abstinence, de pas assez de ci, d'insuffisance de ça. Alors de prophète en prophète, de dictateur en dictateur, il suffit de leur foutre une poignée de sel sous la langue et des vivants à tuer ou des morts à pleurer, de la poudre de toc d'héroïsme dans les documents officiels. Une place, une statuette, un mausolée de pacotille à la mémoire d'un quelconque, si grand et si quelconque, dictateur Décédé Vivant-Eternellement. Permettez que je crache sur vos monuments. Au nom du pain. Vous n'êtes même pas foutus de leur faire des fontaines qui coulent. Tant il est vrai, mes messieurs dames, que vous n'avez à leur offrir que des orgies d'apocalypse, des jérémiades de poitrinaire. Et vos gueules de couteaux de pharmacie qui viennent trancher dans leur misère. Et eux comme des chiens errants qui n'ont plus de place pour errer parce que la misère ça prend toute la place et ne te laisse que les recoins, ils chassent les mouches avec des gestes que vous prenez pour des vivats, pour ne point perdre l'illusion de leurs bras, ils miment des airs de semence en attendant qu'un jour ils accourent demander justice à vos mensonges et à la faim. Au nom du pain.
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Laurence64Laurence64   25 novembre 2012
Alors permettez que je crache sur les drapeaux et les parades, sur vos titres et sur vos slogans. Au nom du pain. Sur vos haines et sur vos mensonges. Au nom du pain. Sur les rats que vous devenez quand il vous prend de mordre et de souffler dans la misère de qui n'a rien à mordre et pas de souffle pour souffler. Au nom du pain.
(page 126)
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Charybde2Charybde2   13 septembre 2013
Voilà. Monsieur, cela commença par un grand coup de vent. Forcément. Toutes nos histoires commencent par des coups de vent comme en un tourbillon de légendes paresseuses. Amoncellement d'oiseaux oisifs, nous sommes les nains du mémorable, les meilleurs artisans de la contrefaçon. Un coup de vent par-ci, un coup de vent par-là, nous procédons par divination, cumul de bribes incantatoires. Notre histoire est un justaucorps, un étouffoir, un grand feu qui brûle, un calypso d'apocalypse menant campagne touristique, mesdames, messieurs, venez-y-voir : ce n'est pas un pays ici mais fabrique d'échouages épiques, un lieu-dit, un herbage, précipice pour danseurs de corde, colin-maillard d'aveugles nés avec la folie des grandeurs, salaise rance, jarre sous terre, poudre de terre à rabattre le caquet des montagnes en bonnes mesures comestibles pour gueules en croix d'enfants malades accroupis dans l'attente de folles épiphanies, se tenant mal, noyés pareils, englués dans leurs mares au diable. Alors, toutes nos histoires commencent par de grands coups de vent pour donner le change au néant, aire peau d'île d'âne sur la carte.
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MarianneLMarianneL   15 juin 2013
Oui, tout commença avec ce vent d’avril qui nous fit croire que c’en était fini de la dictature. Les poètes voyaient déjà les chevaux de l’avant-jour courir les grands espaces ouverts par le vent, l’âme hautaine de Bohio faire pirouette de femme libérée au sommet du pic Macaya. Camarades, frères preneurs, sans chamailles ni conciliabules les gens s’embrassaient dans les rues comme en trente-quatre à la fin de la première occupation. Elles sont belles les photos de la fin de l’occupation. Même en noir et blanc on voit les couleurs du drapeau, les arbres riaient, les femmes jetaient de l’eau et du sel sur les routes, leurs époux, leurs fils, leurs fiancés, tous chantaient never again, y en a même une sur laquelle ma mère souriait, c’est l’image la plus vivante que je garderai d’elle, l’éclosion d’une reine-chanterelle, elle avait trente ans en trente-quatre et pas un cheveu gris, pas une ride, tout en elle avait été préservé en fonction de ce grand moment.
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DridjoDridjo   21 novembre 2014


« Aujourd’hui que j’ai fermé, je n’ai plus que des histoires de vies ratées comme des peaux de bananes qui te glissent sous les pieds, comme des impôts pour le souvenir que t’as jamais fini de payer, parce que peut-être toi aussi tu te seras trompée de destin et voudras faire comme Andrée, grignoter sur le temps, pratiquer l’art de la nature, oublier que cette nuit-là Jeanine est sortie, qu’elle est revenue sans le couteau, que les soldats avaient empilé des cadavres dans la rue, n’avoir rien vu, rien entendu, remplacer la mort par ma première robe de sortie, … »
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Vidéo de Lyonel Trouillot
À Haïti, la population est en colère et réclame la démission de son président Jovenel Moïse. Les manifestions de ces dernières semaines ont engendré plusieurs dizaines de morts. le pays peut-il sortir de la crise ? Pour en parler Guillaume Erner reçoit Lyonel Trouillot, écrivain haïtien.
La Question du jour de Guillaume Erner - 12 novembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/saison-26-08-2019-29-06-2020
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