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Critique de Gwen21


Gwen21
  09 juillet 2013
Il en va souvent ainsi : je découvre par un pur hasard un auteur en flânant sur Babelio (c'est l'un des buts, vous me direz). Il me serait quasiment impossible d'expliquer ce qui m'attire vers un nom plutôt que vers un autre et ce qui me pousse au final à aller plus loin et à cliquer sur sa fiche pour découvrir son oeuvre. C'est ainsi.

Sans lire les critiques par crainte des spoils, je peux, au nombre d'étoiles et de points d'exclamation contenus dans la première phrase du billet, me faire une assez bonne idée de ce qu'est un "roman entier"; enfin, c'est ainsi que je qualifie un roman que les lecteurs portent aux nues ou vouent aux chiottes.

Dans un pareil cas, je jubile, mon sang entre en ébullition : il faut que je me fasse ma propre idée ; ma curiosité est titillée au plus haut point ! C'est exactement ce qui s'est passé pour "la Gifle" de Christos Tsiolkas et je remercie encore manU17 de me l'avoir envoyé.

J'ai aimé. J'ai beaucoup aimé. J'ai dévoré les 600 pages en quelques heures. Pourtant, je ne connaissais absolument rien de l'auteur et de son oeuvre mais j'ai vite appris à le connaître. Je ne connaissais quasiment rien à l'Australie et aux Australiens, à part Baz Luhrmann et Crocodile Dundee. Je n'avais d'ailleurs jamais lu d'auteurs australiens. Voilà une lacune comblée.

"Vulgaire !" (j'ai même lu "pornographique") Réponse : non.
Si lire six fois en 600 pages les mots "bite", "vagin" (qui en passant n'est pas un gros mot) et "baiser" (au lieu de "faire l'amour") en a choqué certain(e)s, ce ne fut pas mon cas. Il ne faut pas sous-estimer la propension qu'ont les Anglo-Saxons à parler crûment, or l'auteur, c'est très clair, a cherché à brosser un portrait sans concession de différentes catégories socio-professionnelles.

"Drogues & Cie !". Réponse : oui. Le roman aborde en effet le sujet de la drogue (parmi d'autres) que jeunes et moins jeunes semblent consommer avec un systématisme qui a de quoi effrayer. La drogue est l'une des problématiques sociétales les plus préoccupantes, en Australie comme ailleurs. Pas la peine de se cacher derrière son petit doigt, les jeunes, de la cigarette au shoot, en passant par l'ecstasy et d'autres saloperies, se droguent. Pas tous, nous sommes d'accord, mais ceux du roman, oui. Là encore, j'ai trouvé un auteur lucide vis-à-vis de ses personnages qui sont traités honnêtement, sans fard. Son récit est entièrement construit sur la vérité.

"De l'avis général, la vérité s'apparentait au sacré : il fallait la vénérer, la respecter plus que tout. Aujourd'hui elle paraissait secondaire. Connie avait l'air de s'en foutre, et pour Richie c'était une certitude : "Rien à cirer"." (page 580)

La vérité. Au-delà d'une écriture qui m'a séduite, j'ai aimé fouiller la vie des différents personnages afin de percer leur vérité. Derrière les masques et les convenances, la nature humaine, souvent désespérante, parfois rassurante. On sent que l'auteur veut nous faire partager la réalité d'une société en perte totale de repères, sans traditions autres que celles, multiples, apportées de la vieille Europe ou de l'ancestrale Asie dans les valises des immigrants, constamment sollicités par une société de consommation qui leur écrase le cerveau aussi sûrement qu'un char écrase tout sur son passage. Une société en déclin ? Déjà ?

J'ai aimé la structure du roman. Un fait "minime" (ne vous attendez pas à de l'action dans ce livre, ce n'est qu'une galerie de portraits psychologiques), une gifle donnée à un enfant (qui soit dit entre nous la méritait bien), entraîne brusquement l'éclatement de la cellule sociale et familiale. Peut-on frapper un enfant ? Doit-on le faire quand il dépasse les bornes ? Est-ce qu'être adulte signifie ne jamais faire de faux pas ? de toujours rester maître de la situation ? de tout maîtriser ? le peut-il ? le doit-il ? Est-ce que l'adulte qui donne une correction à un enfant, en pensant en protéger un autre, est un monstre ? Son acte est-il un crime ? Doit-il aller en prison ? Sa vie doit-elle être irrémédiablement transformée par les conséquences d'un acte que les générations de nos parents et grands-parents considéraient comme un châtiment juste ?

Chaque chapitre nous fait entrer dans l'intimité d'un homme ou d'une femme, tous liés les uns aux autres d'une manière ou d'une autre. J'ai pris un réel plaisir à deviner quel serait le prochain personnage qu'il me serait donné de découvrir et la construction du roman est méthodique, on saisit qu'à la fin d'un chapitre, le protagoniste du suivant va petit-à-petit apparaître, prendre la place, naturellement. Pour cette raison, je suis persuadée que c'est sciemment que l'auteur n'a pas mis de sommaire, pour ne pas donner d'indices à son lecteur, pour le laisser patienter, le défiant de tourner les pages par anticipation et provoquant ainsi une irrésistible envie de les tourner...

J'ai aimé "la Gifle" car je n'y ai trouvé ni clichés ni manichéisme. Il m'a plongée dans la vie de classes moyennes et aisées de Melbourne et m'a fait découvrir plusieurs facettes sociétales de ce pays immense, jeune, neuf, paumé, détestable à bien des endroits, fascinant à d'autres. le sexe, le racisme ordinaire, la violence verbale, la violence physique, la drogue, les insultes, l'esprit de caste, l'adultère... mais aussi l'amour, la tendresse, la famille, les sentiments, l'adolescence, l'espérance, l'amitié, il y a tout cela dans ses 600 pages. Il y a aussi un peu de chacun de nous. Les scènes du quotidien, les rapports souvent tendus entre membres d'une même famille, les illusions, les déceptions, les joies et les ambitions trouvent leur résonance dans mon existence.

Ce roman ne m'a pas giflée mais il m'a parlé. Une lectrice m'a dit "je doute que les Australiens soient comme l'auteur les décrit, ce n'est pas leur rendre justice". Étrange. Moi, je n'ai aucune difficulté à me les représenter ainsi et en la matière je décide de faire confiance à... un Australien.


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