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Kaoru Sekizumi (Traducteur)Frédéric Boilet (Traducteur)
ISBN : 2910946347
Éditeur : Ego comme X (22/01/2004)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 63 notes)
Résumé :
Dessinateur : Yoshiharu Tsuge

"L'Homme Sans Talent" publié au Japon en 1985, est le récit du parcours désabusé et ironique d'un auteur de manga que le manque de succès et le refus des travaux de commande contraint à cesser de dessiner et exercer divers petits metiers pour tenter de faire vivre sa famille. Il sera donc vendeur de "pierres paysages", il songera à tenir une passerelle à péage, sera attiré par la profession d'oiseleur ou de brocanteur de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Sphilaptere
  09 octobre 2017
Cinq raisons pour ne surtout pas lire l'Homme sans Talent.
1 - Ce classique est la seule oeuvre traduite en français de Yoshiharu Tsuge, pourtant mangaka influent. Si c'est un coup de coeur, aïe, vous allez être obligé d'apprendre le japonais pour en lire d'autres.
2 - Vous n'avez pas envie de devenir un looseur, une looseuse. Ne lisez pas cet hymne aux loosers.
3 - « Faites-vous-même votre propre malheur », comme disait Watzlawick. Inventer des projets qui n'ont aucune chance de marcher sinon dans votre imagination, ou méditer sur les choses au point de s'y dissoudre, ce n'est pas la même chose tout de même, si ?
4 – Tsuge, dépressif ici, est un des premiers adeptes de l'autobiographie en manga. Mangaka du soi, ou mangaka du non soi ? Il n'ose pas dessiner le visage de sa conjointe avant une centaine de planches, mais heureusement il y a le gamin qui apporte bien involontairement un peu de tendresse et d'humour.
5 – le dessin délicat, contemplatif, joue avec les masses de noir, mais laisse les cases un peu trop blanches, un peu trop vides. Est-ce voulu ? Mais pourquoi je pense à des dessinateurs argentins en mieux ?
Si après ça vous vous mettez à vendre des cailloux, ce ne sera pas de ma faute, je vous aurai prévenu.
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nebalfr
  12 mars 2019
Lu dans la réédition chez Atrabile (2018).
Une fois de plus, c'est l'excellente revue Atom qui m'a incité à me pencher sur l'oeuvre de Tsuge Yoshiharu – un auteur semble-t-il considéré au Japon comme un géant dans son registre, mais qui demeure assez mal connu en France… ce qui pourrait bien changer assez vite ? En effet, outre, ce qui va nous retenir aujourd'hui, la réédition chez l'éditeur suisse Atrabile de L'Homme sans talent, longtemps le seul volume de l'auteur traduit en français (chez feu l'éditeur Ego comme X), ces derniers mois ont vu Cornélius se lancer dans l'édition de ses autres oeuvres, au travers de luxueux recueils d'histoires courtes (Tsuge n'a jamais livré de série – ou alors ce serait justement L'Homme sans talent qui s'en rapprocherait le plus) : c'est qu'il a d'abord fallu vaincre les préventions de l'auteur lui-même, jusqu'alors rétif à la traduction de ses BD. Ce qui explique pourquoi Tsuge Yoshiharu demeure donc méconnu en France et ailleurs dans le monde, ceci alors même que son approche du manga ou du gekiga, très « auteur », paraît parfaitement adaptée pour un public friand de, mettons, Taniguchi Jirô. Encore que l'approche graphique aussi bien que narrative des deux auteurs ne soit certes pas la même.

La carrière de Tsuge Yoshiharu, dépressif chronique, anxieux, d'une timidité maladive, mais aussi auteur porté à expérimenter et à chambouler les cadres, est en dents de scie, marquée par un certain nombre de ruptures brutales. Il fait ses premières armes dans les années 1950, et, comme beaucoup, dans le circuit des librairies de prêt, ce qui lui vaut à terme d'attirer l'attention – même si, dans un premier temps, comme beaucoup là encore, il s'inspire beaucoup alors du dieu Tezuka, tout en renâclant un peu à livrer ainsi des mangas figurant des personnages enfantins et à destination d'un public enfantin. Si l'auteur livre alors beaucoup de planches, il en résulte une crise très sévère, tout spécialement quand s'y ajoute un élément sentimental – une rupture douloureuse à la fin des années 1950 le conduit à la tentative de suicide, un événement qu'il racontera lui-même en 1987 dans son ultime BD. Mais nous n'en sommes pas encore là – simplement, Tsuge a besoin de changer d'approche ; et s'il ne fait pas partie des figures fondatrices du gekiga, il devient pourtant assez vite une icône de ce mouvement davantage tourné vers des récits adultes. Cependant, sa manière demeure très personnelle, et il expérimente en revue (et d'abord et avant tout dans la célèbre Garo, à la fin des années 1960) avec des récits courts et sombres, tantôt très réalistes (à un point inouï jusqu'alors), tantôt oniriques (des développements des propres rêves de l'auteur, si pas des adaptations directes de ses rêves), où le sexe a sa part et la morale ou l'édification ses limites, où « l'histoire », enfin, peut se montrer secondaire, avec une focalisation appuyée sur la psychologie des personnages envisagée au prisme de la plus grande authenticité possible. Lors des premières tentatives dans ce genre, le public et la critique sont tout d'abord un peu frileux, mais ils perçoivent ensuite assez rapidement combien l'oeuvre de Tsuge est révolutionnaire et unique en son genre – en fait, ce sera au point où Tsuge se verra consacrer le premier hors-série de Garo, comprenant notamment un récit inédit qui fera tout bonnement l'effet d'une bombe. Pourtant, cet « âge d'or » de l'auteur n'est pas sans crises, là encore : Tsuge, indécis, insatisfait, cesse de livrer des BD personnelles pendant un an pour intégrer la bande des assistants de Mizuki Shigeru (qui, sauf erreur, le met en scène dans le tome 3 de Vie de Mizuki), et alternera ensuite pendant quelques années ce travail d'assistant et ses oeuvres davantage personnelles (il envisage cette période comme particulièrement fructueuse : il a de son propre aveu beaucoup appris auprès de Mizuki-sensei). le retour de Tsuge suscite le même mélange d'incompréhension et d'admiration que quelques années plus tôt. Mais, là encore, l'auteur, bientôt au sommet de sa reconnaissance, va brûler les ponts, et interrompre sa carrière de mangaka – pour se livrer à une profonde introspection. Cependant, il reviendra encore dans les pages des revues quelques années plus tard, et livrera ses derniers récits, qui mettent plus que jamais en avant la composante autobiographique de son oeuvre, au point où l'on a fait de Tsuge le chantre d'une « BD du moi » (watakushi manga), répondant au genre littéraire très japonais qu'est le « roman du moi » (watakushi shôsetsu) – je vous renvoie à ce que j'avais pu en dire en chroniquant, par exemple, La Déchéance d'un homme, de Dazai Osamu, un titre pas si éloigné de ce qui nous intéresse aujourd'hui. C'est à cette époque, en 1985-1986, que Tsuge livre les « épisodes » de L'Homme sans talent – mais l'année suivante, il livrera ses dernières histoires : il n'a plus dessiné la moindre planche depuis 1987.

L'Homme sans talent, donc – ou l'homme « inutile », car c'est un autre sens possible de Munô no hito. Il s'agit d'une des toutes dernières oeuvres de Tsuge Yoshiharu, parue en 1985-1986 dans les pages de la revue Comic Baku. Et, si le personnage de « l'homme sans talent » a (exceptionnellement ?) un nom, Sukegawa Sukezô, il renvoie assez clairement pour l'essentiel à Tsuge lui-même, la BD étant parsemée de références autobiographiques explicites – L'Homme sans talent relève à cet égard de la veine watakushi manga de l'auteur, et en est peut-être l'expression la plus poussée, psychologiquement sinon factuellement.

Car Sukegawa Sukezô n'est certainement pas « sans talent » : en fait, il a été un mangaka plutôt loué par la critique, surtout, mais dont le succès populaire n'était en même temps pas négligeable. Seulement voilà : depuis des années maintenant, il ne veut plus dessiner de mangas – il refuse sans plus d'explications toutes les offres qu'on lui fait, toutes les commandes qu'on lui propose, mais sans chercher non plus à placer des travaux plus personnels, qu'il ne dessine de toute façon pas.

Que fait-il, alors ? Eh bien, il se livre à une série de petits boulots tous plus improbables les uns que les autres – et certains renvoient directement à l'expérience de Tsuge lui-même lors de sa phase de retrait et d'introspection : tout spécialement, il devient pendant un temps un réparateur et vendeur d'appareils photo d'occasion, comme l'auteur. Mais ce sont probablement ses autres « emplois » qui retiennent le plus l'attention, et d'abord et surtout celui de vendeur de suiseki, ou « pierres-paysages » : il s'agit de ramasser des cailloux dans la rivière, dont les formes naturelles (aucune intervention humaine !) évoquent tel ou tel paysage, ou animal, ou homme, éventuellement des choses plus abstraites – et de les vendre. le suiseki a connu une certaine vogue pendant un temps, mais, quand Sukegawa s'y met, c'est passé de mode depuis longtemps – et surtout… vendre ces pierres qui n'ont au fond rien d'exceptionnel ? sur un étal à proximité de la rivière même où Sukegawa les a ramassées ? quand il suffit de se pencher pour cela ? Cela fait des mois qu'il s'est installé là, et, sans surprise, il n'a pas vendu la moindre pierre… Alors il rêvasse, envisageant d'autres emplois saugrenus – il pourrait rouvrir le vieux péage, par exemple, et taxer les gens qui veulent traverser la rivière, quitte à les porter sur ses épaules, en attendant d'avoir une barque…

Son « travail » l'amène à croiser la route de gens comme lui – des « antiquaires », disons. Des personnages un tantinet excentriques, souvent des losers ainsi que lui-même (un terme qui n'a jamais été insultant que dans la bouche des connards qui s'autocongratulent pour être des winners), parfois terre-à-terre (l'argent est une préoccupation pour la survie au quotidien), parfois ou en même temps davantage des rêveurs, comme Sukegawa – portés à narrer des histoires étonnantes, comme celle, grand moment onirique de L'Homme sans talent, de cet oiseleur qui aurait bien fini par s'envoler lui-même… à moins que sa fin n'ait été autrement sordide et déprimante. Des hommes enfin dont les passions généralement incongrues ont quelque chose d'obsessionnel. Un petit cercle plus ou moins amical, parfois réconfortant, parfois pénible – tantôt admirable, tantôt irritant : autant de variations sur le personnage complexe qu'est Sukegawa lui-même, autant d'adeptes de la fuite, de manière générale, et pas seulement devant leurs responsabilités – mais rien d'étonnant dès lors si Sukegawa, sur le tard, se pose la question de « l'évaporation » (je vous renvoie à mes articles sur le reportage Les Évaporés du Japon, de Léna Mauger et Stéphane Remael, et sur le film d'Imamura Shôhei L'Évaporation de l'homme).

Or Sukegawa, sans surprise, vit dans la misère – et sa famille avec lui : sa femme procure l'essentiel des maigres revenus du foyer en crise en distribuant des prospectus dans les boîtes aux lettres. Il pourrait mettre fin à tout ça en livrant des mangas – pourtant, il s'y refuse : il ne veut pas, ou ne peut pas. Il se complaît en fait dans cette misère, comme si, d'une certaine manière, il la recherchait – tout en multipliant les projets saugrenus supposés leur faire gagner beaucoup d'argent, quand l'échec à cet égard est une certitude pour tout le monde sauf notre Homme sans talent. Pour son épouse, c'est une situation toujours plus intolérable – et elle ne cesse de le houspiller tout au long de la BD ; seulement, à force, elle paraît bien comprendre que son mari ne se remettra pas à au manga, la seule chose pour laquelle il est doué, et ne reste dès lors plus dans ses paroles et dans ses gestes que de la rancoeur pour cet incapable, ce fainéant, cet époux qui ne remplit pas son rôle d'époux, qui fuit lâchement et égoïstement ses responsabilités. La tension au sein du couple suinte littéralement des pages où figure la femme – et, de manière assez significative, pendant un long moment (une bonne centaine de pages), Tsuge, quand il la dessine, fait en sorte de ne jamais montrer son visage, ce qui ne rend les récriminations incessantes que plus amères et douloureuses, en traduisant bien la honte subie par Sukegawa. Même si celle-ci ne l'incite en rien à contacter les revues, ou même simplement à répondre aux offres qu'on lui fait régulièrement – ce qui va au-delà d'une pose « d'artiste », même si elle lui a sans doute fourni un bon prétexte initialement. le besoin est là, pourtant – d'autant que le foyer en crise comprend un troisième membre, ce petit garçon plutôt maladif qui, trait récurrent, vient chercher son père absent, indifférent et veule pour le ramener à la maison, à la fin de plusieurs épisodes.

Un gimmick qui, à vrai dire, n'est pas dépourvu d'un certain humour, si passablement tordu et malaisant. C'est que L'Homme sans talent n'est pas une bande dessinée unilatérale. Je suis tout naturellement porté à mettre en avant, comme dans La Déchéance d'un homme, la peinture précise autant que douloureuse de la dépression, et ses implications au regard du travail et de la famille (on m'épargne la patrie, ouf !), mais il y a plus dans cette bande-dessinée : de l'onirisme et, oui, de l'humour, même très amer – j'avoue cependant être bien incapable de mettre l'accent sur les gags, ainsi que le font les postfaciers (qui connaissent sans doute très bien leur sujet, mais le ressenti individuel peut tout de même être assez légitimement différent, car cela vaut aussi pour l'identification).

Mais, ici, je suppose que le dessin a sa part, essentielle. Si la couverture de cette réédition chez Atrabile semble mettre l'accent sur la dépression et la douleur (à bon droit en ce qui me concerne), de fait, là encore la BD n'est pas unilatérale – et la silhouette lunaire et gauche de Sukegawa, avec sa moustache emblématique, est à même de susciter le rire comme la pitié, avec quelque chose d'un Charlot peut-être. L'agacement, aussi, certes... Mais les personnages que fréquente Sukegawa ont de même tous des traits caractéristiques, qui facilitent l'identification de manière assez futée, à la limite la plus pertinente de la caricature.

Le dessin, de manière plus globale, est assurément remarquable, de grande qualité. Tsuge Yoshiharu compose des planches de toute beauté, faussement simples, généralement sobres, mais toujours bien vues, et on appréciera tout spécialement comment l'auteur parvient à sublimer la composante onirique ou contemplative de son récit en inscrivant ses personnages généralement « simples » dans des décors plus complexes, mais pas nécessairement plus « précis », car le flou, l'indécision, sont souvent de rigueur, toujours avec un à-propos remarquable. C'est vraiment un très beau travail.

Amplement convaincu, donc, par cet Homme sans talent qui parle au coeur avec les mots et les traits les plus justes. C'est effectivement une très grande bande dessinée, très personnelle, très juste aussi – et il me faudra jeter un oeil au reste de la production de Tsuge Yoshiharu, probablement du coup avec Les Fleurs pourpres, le premier recueil de l'auteur chez Cornélius, tout récemment paru donc, et qui porte sur les années 1967-1968. Bientôt...
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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jovidalens
  01 janvier 2013
Chef d'oeuvre ? Peut être pas, mais pas loin !
"L'homme sans talent", titre mal trouvé, ou mal traduit ???
Ce n'est pas un homme sans talent, et de loin. Comme le remarque le libraire "C'est un peu comme cette façon que vous avez de dissimuler vos talents. Sauf que vous, tôt ou tard, vous rentrerez, Non?".
Et à la dernière page, c'est cette question qui reste en suspend.
A la première image : un homme allongé dans un abri de fortune, vu de face et à la dernière image : un homme allongé dans un abri de fortune, vu de dos ; entre, c'est le récit du cheminement de Sukezo et de sa famille, dans son sillage, depuis le moment où mangaka reconnu il renonce à démarcher comme un débutant, et choisi d'autres voies, au gré de ses rencontres.
C'est un artiste et pas un commercial, toujours attiré par la beauté, tant celles de pierrres étranges, que la magie d'un oiseleur.
Qu'est ce qu'il lui manque pour réussir dans ces différentes tentatives, expériences ? L'argent. Et il n'en trouvera pas, parce que l'argent ne l'intéresse pas. le jour où il recevra une rentrée fortuite, suite à la vente de quelques uns de ses dessins, il emmènera sa famille en vacance à la recherche de pierres.
C'est une exigence de vie, qui l'entraîne à agir contre ses propres intérêts, au sens financier du terme. Et pourtant, c'est l'avenir de sa famille qu'il veut construire.
Mais c'est aussi un refus, une incapacité à s'adapter, à se conformer aux nouvelles règles de vie du Japon : l'abandon des vieilles valeurs pour la course à la productivité.
Il fera un émule, le libraire, qui lui prétera ce livre l'autobiographie d'un érudit venu s'installer dans un endroit isolé et qui y finira sa vie dans un état de complet dénuement.
Le dessin est riche et âpre. Les personnages ont une réelle densité humaine. L'enfant est aimé, maladroit et toujours au visage triste de celui qui vit dans la précarité. Sa femme perd sa beauté dans cette constante lutte pour survivre, elle s'épuise à essayer de comprendre ce qui le motive.
Quant à la fin, un sacré pied-de nez !
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elan_noir
  07 janvier 2019
La librairie à proximité de chez moi avait mis cet ouvrage en avant. Je fus immédiatement attiré par ce titre qui vibrait comme un hurlement au milieu de la foire à l'ego de notre monde. Je me suis approché, j'ai tourné quelques pages. le trait singulier, le ton de la narration achevèrent de me convaincre. Je l'ai offert à mon beau-fils qui me l'a confié en attendant de trouver un moment pour le lire. En matière de BD, ou plutôt de Manga, je crois, n'avoir jamais rien lu d'aussi fort. Ce récit intime, émouvant et profond m'a ému.
Étrange de sentir une telle connivence avec un auteur japonais marqué par une culture si différente de la mienne. Je suis allé au Japon. J'ai aimé ce pays qui constitua, à la fin d'un tour du monde, l'expérience la plus dépaysante de mon périple. On retrouve dans ce livre nombre des obsessions de ce peuple. Sa volonté d'exister en dehors de l'influence occidentale si forte pourtant dans des villes comme Tokyo ou Osaka. Son culte des petites choses, insignifiantes à nos yeux d'urbains submergés par l'abondance, de la monotonie, de la répétition du geste. L'humilité érigée au rang de valeur morale ultime comme exacte opposition à l'arrogance, l'indécence qui caractérise aujourd'hui nos sociétés.
Yoshiharu Tsuge décrit un homme avec ses blessures, ses doutes, ses erreurs. Sans concession. Un homme qui oublie sa femme, son enfant et finalement lui-même. Un homme qui s'interroge sur ce que nous sommes. Cette volonté que nous avons tous d'exister contre, au-delà des autres au lieu de nous effacer devant la fragile beauté du monde.
Pourquoi devrions-nous, absolument, être utiles ?
Les ruines de nos orgueils passés ne seraient-elles pas plus séduisantes que les balafres de béton armé que nous imposons à cette planète ?
L'art, le véritable acte de création a-t-il un sens autre que celui de l'éphémère ?
Ce bouquin est à l'image des ces moines tibétains qui érigent de vastes pyramides de sable coloré dans l'optique non de voir glorifier leur oeuvre, mais de l'effacer de la mémoire du temps.
Ce livre est un agglomérat de plusieurs histoires écrites parfois indépendamment les unes des autres. le lien entre elles est ce petit bonhomme incertain, matérialisation troublante de cet auteur singulier. Paradoxalement il dit peu de lui, mais beaucoup de nous-mêmes. de la folie de nos sociétés qui croient pouvoir surmonter les affres du temps.
Retrouvez des critiques et bien plus encore sur mon blog.
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zazimuth
  28 juillet 2014
C'est l'histoire d'un homme dont tous les projets échouent faute d'ambition ou à cause de concours de circonstances. Dessinateur de bandes dessinées, il ne croit pas à l'avenir de cet art. Il entreprend alors de faire commerce de vieux appareils photos qu'il répare, puis d'antiquités, et enfin de pierres...
Je suis ressortie de cette lecture un peu déprimée par tout le poids de l'échec qui émane de cette hsitoire. Les relations familiales décrites dans le livre (et notamment avec sa femme) sont dures, sans tendresse, marquées par la misère.
On suit le héros rêveur qui ne trouve pas sa place dans la société et est considéré par ses voisins et ses proches comme un bon à rien. On aimerait qu'un de ses projets au moins aboutisse...
J'ai lu avec intérêt les explications autour de l'art des pierres au Japon qui s'était développé autour de "cailloux" aux formes évocatrices, souvent représentant des paysages de montagne avec cascade... le trait du dessin est très expressif comme toujours dans ce type de manga.
Lien : http://toutzazimuth.eklablog..
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critiques presse (3)
Liberation   05 mars 2019
Récit d’un noir profond, l’Homme sans talent creuse si loin qu’il finit par exhumer de l’humour au fin fond du misérable.
Lire la critique sur le site : Liberation
ActuaBD   30 novembre 2018
L’Homme sans talent n’est pas totalement autobiographique. Yoshiharu Tsuge y décrit pourtant certaines étapes de son parcours et de sa vie : ses hésitations, ses échecs et ce que nous pourrions nommer son « bartlebisme ».
Lire la critique sur le site : ActuaBD
BoDoi   19 novembre 2018
Avec sa profonde psychologie des personnages, sa galerie d’hommes misérables, ses relations conjugales conflictuelles, ses hommes acculés par le poids de leurs responsabilités, le titre interroge sur la vie, l’être humain et la place des hommes et femmes dans la société.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
alouettalouett   04 décembre 2010
- Pôpa… C’est quoi comme insecte, la larve ?
- Ha ! Ha ! Ha ! Une larve, eh bien c’est… Une bestiole qui ne sert absolument à rien… Hm ? Qui t’a parlé de ça ?
- C’est Maman… Elle dit que t’es une larve…
- … Oui, c’est ça. Une larve, c’est une bestiole comme ton papa…
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jovidalensjovidalens   29 décembre 2012
C'est l'époque des amateurs de tous poils. Qui s'intéresse à la profondeur des choses aujourd'hui ? Les gens n'ont d'yeux que pour le spectaculaire et les apparences...Et tout ce qu'ils ne pigent pas dans la seconde est aussitôt taxé de démodé !
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jovidalensjovidalens   29 décembre 2012
Si c'est traditionnel et si c'est japonais, c'est ringard ! Ils n'en veulent pas ! Mais si ça vient d'Occident, c'est accueilli à bras ouverts !
Ecrit à l'horizontale, le japonais est forcément plus chouette ... Tendance modernisme de pacotille !
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jovidalensjovidalens   30 décembre 2012
C'est un comme cette façon que vous avez de dissimuler vos talents.
En jouant les inutilités, vous vous mettez au rancart de la société...N'est-ce pas comme d'en disparaître ?
Sauf que vous, tôt ou tard, vous rentrerez, non ?
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jovidalensjovidalens   29 décembre 2012
Ils portent aux nues les idées de la première ingénue de 16 ans venue...
C'est la culture des présentateurs télé.
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