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ISBN : 2330098804
Éditeur : Actes Sud (03/01/2018)

Note moyenne : 4/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Cette maudite race humaine regroupe cinq textes d’un recueil de courts essais de Mark Twain, écrits à la fin de sa vie, publiés de manière posthume en anglais et encore jamais traduits en français. Tendre satire sur « le complexe de supériorité » de l’homme, cette volée de flèches désopilante sur la tendance anthropo-centrée de l’homme, révèle - s’il en était encore besoin - la causticité irrévérencieuse de cet auteur culte. Avec une préface de Nancy Huston.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Erik35
  05 août 2018
MARK TWAIN : ANTISPÉCISTE AVANT L'HEURE ?
Mark Twain n'est pas gentil, non, vraiment pas.
Qui plus est, Mark Twain se moquait comme d'une guigne de l'être.
En revanche, Mark Twain était un franc thuriféraire de l'humour acerbe, un passionné de l'ironie mordante, un exégète de la satire lumineuse et vibrionnante, un apôtre de la confrontation des hommes face à leurs contradictions fats, leurs certitudes imbéciles, leurs dogmatismes délétères, leur phraséologie hypocrites, aussi vide de sens qu'elle peut souvent se faire enflée, démesurée, grotesque !
Malheureusement trop souvent cantonné, en France, au rôle de l'écrivain classique pour la jeunesse - certes de génie, mais pour autant d'un domaine très enfermant de la littérature - avec ses innombrables traductions (pas toujours bien respectueuses des textes originaux) de "Les aventures de Tom Sawyer" ainsi que du roman qui lui fait souvent pendant dans l'esprit des lecteurs, "Les aventures de Huckleberry Finn", un large public ignore encore, chez nous, toutes les facettes de ce génie protéiforme dont William Faulkner soi-même affirmait qu'il était rien moins que «le père de la littérature américaine». Fort heureusement, la curiosité de nombre de petites maisons d'édition, jeunes ou moins jeunes - ainsi qu'une certaine américanophilie pas toujours bien tempérée, mais nous ne nous en plaindrons pas pour cette fois ! - aident à la déconstruction de ce mythe de l'auteur jeunesse que Twain faut certainement, mais parmi d'innombrables autres cordes à sa plume (si vous permettez la légèreté de l'expression) !
Par ailleurs, sa propre fille et seule survivante d'une fratrie de trois enfants, Clara Clemens - n'oublions pas que Mark Twain s'appelait en réalité Samuel Langhorne Clemens - était tellement réticente à l'idée de publier les "Lettres de la Terre" dont les quelques textes proposés ici par les éditions Actes Sud sont extraits , en raison de leur caractère "blasphématoires" et, toujours selon elle, peu représentatifs de l'oeuvre de son père, qu'elle en empêcha la publication jusqu'à sa disparition à l'âge de quatre-vingt huit ans, en 1962, c'est à dire cinquante et un ans après leur rédaction par son génial papa ! Il faut dire que, sur la fin de sa vie, après une belle carrière de chanteuse d'opéra (et de biographe de Twain), Clara Clémens avait rejoint les rangs d'un culte gnostique chrétien, "la science chrétienne". Les mots très durs et même impitoyable de Mark Twain à l'égard des religions, au premier chef desquelles la foi chrétienne, ne pouvait dès lors que heurter la "sensibilité" de sa fille. Il faut dire que toute forme de pensée "créationniste" y prend ici pour son grade !
Mais il aura encore fallu un demi-siècle pour pouvoir lire ce petit bijou d'humour et de sarcasme. L'oubli est enfin réparé, pour notre plus grand plaisir. On y trouve ainsi cinq textes se présentant comme de brèves conférences - Mark Twain était un conférencier hors-pair - dans lesquelles la satire le partage à la profondeur des idées de l'auteur quant à la bêtise moralisante de ses contemporains. En quelques mots, voilà comment on peut résumer son propos : L'homme un être supérieur, vraiment? Mais alors, qui égorge son prochain au nom de la morale ? Qui ment, pille, exploite, saccage toute la semaine et se repent le dimanche ? Qui encore imagine que son intelligence supérieure - la seule chose que Mark Twain reconnait à ses semblables - lui permet d'asseoir cette supposée supériorité sur le reste de la création, quand bien même, par "patriotisme", il tue d'autres hommes afin de lui voler son territoire, de l'en chasser, quand bien même il imagine que le sens même de l'histoire, depuis le fond des âge, depuis la première amibe ou, pour reprendre l'exemple de l'auteur, depuis la création de l'huître, entre autres, n'a été réalisée QUE pour en arriver à ce sommet indépassable de l'évolution, à savoir NOUS ? Et de conclure par cette image aussi désopilante que marquante : «Si la tour Eiffel représentait l'âge du monde, la couche de peinture sur le mamelon du sommet représenterait la part de l'homme à l'échelle de cet âge et n'importe qui verrait que cette couche était ce pourquoi cette couche a été construite». Et d'ajouter, faussement naïf : «J'imagine, chais pas» !
À travers les cinq textes courts présentés ici, Mark Twain - qui aimait véritablement ses semblables humains, à l'exception de nous autres, français, qu'en pur américain moyen d'avant l'heure des études sociologiques à grande échelle, il jugeait pédant et peu hygiénique -, Mark Twain règle donc les comptes de toutes nos bassesses, notre suffisance, cet anthropocentrisme insupportable et sans fondement éthique véritable dont on voit bien aujourd'hui qu'il est parvenu à ses limites ultimes, tandis que nous avons contribué à l'une des plus importantes destructions de masse de notre environnement éco-biologique, et certainement l'une des plus rapides ; il nous rappelle en quelques lignes cinglantes à quel point nous pouvons être cruels, parfaitement gratuitement comme dans le cas de ces chasses aux bisons massives et pour le seul plaisir des "chasseurs", que Twain cite en exemple, et qui faillirent être la cause de la disparition totale de ces fiers bovidés en quelques rapides décennies, mais cruels aussi par nos guerres et notre goût pour la torture, cruels avec les femmes, cruels avec les plus faibles, cruels par nos mensonges et notre goût pour la destruction, pour l'usage primaire de la force, pour nos avanies moralisatrices, le détournement de notre intellect à des fins mauvaises ou des discours cagots et fallacieux. Mais ce qui pourrait s'avérer être un texte lui-même moralisateur sous toute autre plume moins douée se fait réjouissant, jubilatoire et profond sans trop en avoir l'air, sous celle de l'américain.
On lui pardonne même de nous mettre, nous autres français, encore plus bas que le plus minable des humains à travers une interprétation toute personnelle des théories darwiniennes, tant c'est délicieusement et cocassement amené : «Nous sommes descendus et avons dégénéré depuis quelque ancêtre lointain - quelque atome microscopique baguenaudant, qui sait, sur la gigantesque surface d'une goutte d'eau - cascadant d'insecte en insecte, d'animal en animal, de reptile en reptile, tout le long de la grand-route de la pure innocence, jusqu'à atteindre le fin fond de l'évolution, que l'on nommera l'être humain". Plus bas que nous, rien. Rien, si ce n'est le Français.» En faire un motif de fâcherie serait, de toute manière, imbécile car s'il nous tance sans vergogne, c'est aussi après avoir consacré un de ses cinq petits chapitres à l'oeuvre d'un de nos plus grands écrivains de l'époque, Emile Zola, dont il fait un panégyrique en creux (rien ne peut être dit sans malice, chez Mark Twain, et le texte débute comme une véritable critique en règle !) de son roman "La Terre". C'est sans aucun doute ce que l'on pourrait appeler de "l'amour vache", tant à notre l'égard de nos aïeux hexagonaux (qu'il connaissait relativement bien, s'étant rendu à plusieurs reprises dans notre pays, ayant par ailleurs consacré un livre à "notre" Jeanne d'Arc), qu'à celle de l'humanité toute entière.
Alors, antispéciste Mark Twain ? Possiblement. Mais plus certainement encore avide d'honnêteté intellectuelle, d'amour entre les êtres, quels qu'ils fussent, et puis, à quelques années de sa propre disparition et après avoir lui-même perdu nombre de ses proches (femmes et enfants), une vision sans doute plus sombre et désespérée de l'existence que son humour dévastateur et ses démonstrations aussi généreuses que cocasses ne veulent bien le laisser paraître. «L'humour : la politesse du désespoir» affirmait le cinéaste et écrivain Chris Marker. C'est peut-être excessif dans le cas Mark Twain, car l'homme eut trop de bonheur à vivre son existence, mais ce n'est pas totalement incongru, même concernant l'auteur du désopilant (et très sarcastique) Un yankee à la cour du roi Arthur. Nous subsistent aujourd'hui des textes que l'on pourrait mettre sans hésiter entre les mains de jeunes scientifiques et d'apprentis philosophes mais qui feront aussi le bonheur de tout lecteur capable d'autodérision et d'humilité !
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ericbo
  07 avril 2018
5 petits textes inédits de l'auteur ont été rassemblés dans cet opuscule. On y trouve : une réflexion scientifique pour savoir si le monde a été fait pour l'homme, un texte faussement naïf : "Le tribunal des animaux" où différentes espèces sont jugées sur leurs qualités par les autres, un commentaire sur "la terre" de Zola s'étonnant de la réalité affligeante décrite par l'écrivain, puis des textes plus philosophiques sur Dieu et cet "animal inférieur" qu'est l'homme. On ressort de cette courte lecture assez surpris. Surpris car ces récits n'ont à l'origine, apparemment rien de commun, mais il se dégage finalement de l'ensemble une réflexion très incisive sur l'homme. C'est dans le sillage de la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces qu'il faut replacer cette lecture. En effet, l'homme est constamment comparé aux animaux. Comparaison peu flatteuse pour le bipède en regard de son comportement peu altruiste et à sa morale parfois très douteuse. Ces récits ont en commun leur cynisme et leur ironie mordantes sur le ridicule de notre espèce, bien souvent inférieure à certaines espèces. Tout cela au milieu du XIXème siècle. On sent bien que la thèse de Darwin a ébranlé la pensée de la toute-puissance de l'homme et son rôle de maître de l'univers. Mark Twain s'engouffre pour notre plus grand plaisir dans cette brêche.
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Shan_Ze
  18 septembre 2018
Cette maudite race humaine est un recueil de cinq textes publiés posthume. Des petites réflexions sur l'homme. J'ai surtout aimé le dernier texte et sa comparaison entre homme et animaux sur l'humanité de l'homme. Les prétendues expériences sur les animaux tournent souvent à l'avantage comparé à celui des hommes ! Jouissif ! J'ai aussi aimé la concision du Tribunal des animaux. Mark Twain sait user des mots de belle façon.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   29 juillet 2018
L'homme est *l'animal religieux*. Il est le seul animal religieux. Il est le seul animal à détenir la vraie religion, même plusieurs. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui même et qui lui tranche la gorge si sa théologie n'est pas correcte. Il a fait du monde un cimetière en voulant œuvrer de son mieux pour adoucir le chemin de son frère vers le bonheur et vers le ciel.

*en italique dans le texte.
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Erik35Erik35   28 juillet 2018
Afin de déterminer la différence entre un anaconda et un comte, s'il y en a une, j'ai fait mettre sept veaux dans la cage de l'anaconda. Le reptile reconnaissant s'est immédiatement jeté sur l'un d'eux et l'a englouti, puis s'est vautré, satisfait. Il n'a pas manifesté d'intérêt pour les autres veaux ni de dispositions à leur nuire. J'ai fait cette expérience avec d'autres anacondas : le résultat a toujours été le même. Le fait est donc établi : la différence entre un comte et un anaconda est que le comte est cruel et que l'anaconda ne l'est pas ; que le comte détruit ce dont il n'a pas besoin, tandis que l'anaconda ne le fait pas. Cela semble donc suggérer que l'anaconda ne descend pas du comte. Cela semble suggérer que le comte descend de l'anaconda et qu'il y a pas mal perdu au passage.

[cet extrait fait suite à un autre où Twain raconte une chasse au bison où le comte de l'histoire en tue soixante-douze pour n'en manger, avec son équipée, que le demi d'un]
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Shan_ZeShan_Ze   08 septembre 2018
De tous les animaux, l'homme est le seul à être cruel. Il est le seul à infliger de la douleur pour le plaisir. C'est un trait que l'on rencontre pas chez les animaux supérieurs. Le chat joue avec la souris effrayée ; mais il a pour excuse de ne pas savoir que la souris souffre. Le chat est modéré, modéré de façon inhumaine : il fait seulement peur à la souris, il ne lui extirpe pas les yeux, ne lui arrache pas la peau, ni ne lui plante des aiguilles sous les ongles - à la mode des humains ; lorsque le chat a fini de jouer avec la souris, il en fait soudainement son repas et abrège ses souffrances. L'animal cruel, c'est l'homme. Il est le seul à se distinguer ainsi.
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Erik35Erik35   29 juillet 2018
Il [l'homme] n'a qu'une supériorité éclatante. Dans le domaine de l'intellect, il règne. Les animaux supérieurs ne peuvent pas l'atteindre à cet endroit-là. Il est singulier, il est remarquable que jamais ne lui fut promis de ciel où il eût pu jouir de cette seule et unique supériorité. Même quand il a lui-même imaginé le ciel, il n'y a jamais mis de provisions pour des joies intellectuelles. C'est une omission frappante. Cela semble tacitement confesser que les cieux ne sont destinés qu'aux animaux supérieurs. Voilà qui donne à penser, à penser sérieusement. Et nous suggère une bien sombre hypothèse : nous ne sommes pas aussi importants, peut-être, que nous n'avons cessé de le supposer.
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Erik35Erik35   25 juillet 2018
Voilà l'histoire. L'homme est ici depuis trente-deux-mille ans [estimation de l'époque]. Qu'il ait fallu préparer pendant cent millions d'années le monde pour lui est la preuve que c'était bien le but. Je suppose. Chais pas. Si la tour Eiffel représentait l'âge du monde, la couche de peinture sur le mamelon du sommet représenterait la part de l'homme à l'échelle de cet âge et n'importe qui verrait que cette couche était ce pourquoi cette couche a été construite. J'imagine, chais pas.
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Videos de Mark Twain (106) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mark Twain
Extrait d'une lecture de «Cette maudite race humaine», par Jörn Cambreleng., accompagnée par Carjez Gerretsen à la clarinette, donnée le 6 février 2018 à la Maison de la Poésie - Scène littéraire.
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