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Lily Denis (Autre)
EAN : 9782070258581
252 pages
Éditeur : Gallimard (22/04/1983)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Le Lieutenant Kijé (Поручик Киже, - Podporoutchik Kije) est une nouvelle écrite en 1927 par l'écrivain soviétique Iouri Tynianov (1894-1943).

Cette nouvelle a servi de base au film réalisé par Alexander Feinzimmer en 1933 et dont Sergueï Prokofiev écrivit la musique qu'il reprit ultérieurement dans la suite symphonique pour orchestre, op. 60 portant le même nom.

Le Lieute... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Nastasia-B
  26 avril 2015
Voici une petite édition bilingue toujours très sympathique quand on veut pouvoir avoir accès au texte original facilement. Je ne dirai jamais assez combien j'apprécie cette collection Folio bilingue. Hormis cette possibilité d'aller directement puiser au texte russe, il y a plusieurs façons de lire le Lieutenant Kijé.
La première, la plus intuitive, la plus simple aussi, est de lire cette nouvelle pour ce qu'elle est : un récit historique cocasse et véridique du temps du tsar Paul Ier. Cet empereur assomma la Russie de son joug durant la période qui correspond pour nous au Directoire et au Consulat, c'est-à-dire juste après la Révolution française et juste avant les très grosses batailles de Napoléon.
Iouri Tynianov nous relate une anecdote authentique qui aurait tout pour être risible si elle ne cachait pas quelque chose de terrible en son sein. En effet, l'empereur était si tyrannique et arbitraire qu'une erreur, même modeste, pouvait vous faire encourir un châtiment disproportionné, telle qu'une déportation en Sibérie ou encore être fouetté en place publique.
C'est ce qui pendait au nez de quiconque contrariait le bon vouloir du souverain, et un retard de quelques minutes pouvait, évidemment, contrarier le bon vouloir du souverain. Imaginez la tempête sous un crâne lorsque vous êtes un malheureux scribe chargé de recopier un ordre du jour, que vous voyez arriver au grand galop de la trotteuse votre punition exemplaire parce que vous serez trop juste de quelques instants dans l'accomplissement de votre tâche à cause, précisément, d'une tache, sur un papier officiel.
Voilà donc notre brave scribe, tout pantelant car à cause d'une plume récalcitrante ayant engendré un pâté disgracieux, lequel pâté ayant engendré à son tour la nécessité de recommencer toute l'ordonnance, qui risque de ne pas boucler son travail dans le temps imparti. L'horloge, la plume, le tremblement, l'ombre de la sentence, tout s'affole sous la main du scribe. Et mince ! Une erreur de copie maintenant, du style « Les lieutenants susnommés Untel, Machin et Bidule devront… » qui se transforme en « Les lieutenants Susnommés, Untel, Machin et Bidule devront… ».
C'est ainsi qu'est né, en langue russe, un certain lieutenant Kijé, qu'une pratique élémentaire du russe aurait dû confondre mais qu'un exercice excessif de la répression a rendu indécelable, ou du moins non décelé. Car quiconque mentionnerait l'erreur pourrait subir ou faire subir à un collègue un châtiment exemplaire.
De même lorsqu'une croix désignant les morts au combat doit s'abattre sur une liste d'officiers, une simple petite croix qui vient se placer un rang trop haut, devant le nom Sinioukhaïev au lieu de Sokolov, cette croix vient confirmer, de façon officielle et irrévocable la mort légale d'un homme bien vivant.
Tynianov, dans un style alerte non dénué d'humour nous présente ces deux cas de figure kafkaïens en sens inverse. le lieutenant Kijé va tout d'abord être relégué en Sibérie, puis, gracié, ensuite, eu égard à sa bonne conduite (et pour cause), promu successivement aux grades de colonel puis de général.
Parallèlement, le véritable lieutenant Sinioukhaïev, se voit radier de l'armée et réduit au statut de vagabond anonyme car officiellement, cet homme n'existe plus et personne ne peut prendre le risque de mentionner son nom sans s'exposer à une rebuffade de l'empereur Paul Ier.
Donc, quand on raconte une telle anecdote historique s'étant déroulée dans des temps anciens, ceci nous permet de mesurer les progrès accomplis depuis lors… ou pas, justement ! Or, quand un auteur prend la responsabilité d'écrire une histoire, quelle qu'elle soit, authentique ou de fiction, ce n'est jamais tout à fait sans raison. Et j'en arrive naturellement à la seconde façon de lire le Lieutenant Kijé.
Lorsque Iouri Tynianov écrit cette nouvelle, nous sommes en U.R.S.S. en 1927, date à laquelle s'installe dans le pays la bonne petite dictature Stalinienne, caractérisée, comme chacun sait, par la rigidité de son administration, par l'arbitraire et l'excessive répression exercés par le pouvoir pour tout ce qui ne va pas selon les desideratas du brave camarade Staline. Souvenons-nous que c'est en 1928 que Mikhaïl Boulgakov commence à rédiger son gros oeuvre, La Maître Et Marguerite, ayant justement pour but de dénoncer de façon masquée la terreur du régime mis en place par le dictateur.
Certes, l'auteur ne fait que mettre en forme des éléments authentiques et avérés. Les noms sont réels et les anecdotes recueillies par plusieurs sources concordantes. Mais nul ne peut s'empêcher de faire le lien entre la paranoïa du tsar Paul Ier, son despotisme, l'absurdité de sa rigidité administrative et le régime mis en place par Staline.
On comprend peut-être mieux alors le ton comique, ou disons plutôt tragi-comique, employé par Tynianov, ayant sans doute pour mission de donner un tour léger à cette petite nouvelle. C'est très probablement, à mes yeux, une façon de déjouer la surveillance politique exercée à l'époque sur tous les auteurs.
Le propos de Tynianov prend toute sa force justement quand on replace la nouvelle dans son contexte historique de création. L'U.R.S.S. qui déshumanise, qui uniformise, qui dénie tout droit à l'humain en tant qu'individualité. de sorte que, dans un tel régime, aussi bien sous Paul Ier que sous Staline, les seuls êtres qui puissent convenir parfaitement au système sont les fantoches, voire ici dans le cas du lieutenant Kijé, les fantômes.
Un être véritable, fait de chair et de sang, ne peut cas convenir à une telle rigueur, à une telle intolérance à un tel déni de l'humain tel qu'il est, avec ses qualités et ses faiblesses.
Venons-en maintenant à une autre façon de lire le Lieutenant Kijé, à savoir, celle qui consiste à utiliser les enseignements de cette lecture dans notre vie de tous les jours. Nous autres qui chaque jour nous enfonçons plus profondément dans une déshumanisation, dans une « réalité virtuelle ».
Ce que vivent les malheureuses victimes d'une usurpation d'identité, sur internet ou ailleurs, n'est pas fondamentalement différent de ce que vit le lieutenant Sinioukhaïev. Vous avez beau dire, jurer, expliquer, prouver que ce n'est pas vous qui avez conduit cette voiture ou effectué ce paiement, la machine dit que c'est vous, DONC, c'est vous. C'est kafkaïen, on n'en sort pas et c'est très proche de « la machine qui rend fou », si bien pastichée par Goscinny et Uderzo dans Astérix Légionnaire.
À plein d'égards, je ne suis plus une personne, je suis un numéro de sécu. Qui dit numéro dit possibilité d'erreur sur le numéro et je vais être obligée de prouver que je suis bien qui je suis, ce qui est la première des aberrations qu'on puisse imaginer. Voilà en quoi je parle de déshumanisation croissante. Dans les camps d'Auschwitz, l'une des plus grandes humiliations décrites par les survivants était d'être ravalé au rang de simple numéro. Que sommes-nous à présent ? Un code ? Un mot de passe ? Un identifiant ? Un numéro Insee ? Un numéro d'avis d'imposition ?
Voilà peut-être un message du Lieutenant Kijé, qu'il nous convient de méditer. Mais je vous laisse trouver encore bien d'autres façons de lire cette nouvelle, car ce que j'ai exprimé ici n'est qu'un avis, un seul petit avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Nastasia-B
  11 février 2014
Il y a plusieurs façons de lire le Lieutenant Kijé.
La première, la plus intuitive, la plus simple aussi, est de lire cette nouvelle pour ce qu'elle est : un récit historique cocasse et véridique du temps du tsar Paul Ier. Cet empereur assomma la Russie de son joug durant la période qui correspond pour nous au Directoire et au Consulat, c'est-à-dire juste après la Révolution française et juste avant les très grosses batailles de Napoléon.
Iouri Tynianov nous relate une anecdote authentique qui aurait tout pour être risible si elle ne cachait pas quelque chose de terrible en son sein. En effet, l'empereur était si tyrannique et arbitraire qu'une erreur, même modeste, pouvait vous faire encourir un châtiment disproportionné, telle qu'une déportation en Sibérie ou encore être fouetté en place publique.
C'est ce qui pendait au nez de quiconque contrariait le bon vouloir du souverain, et un retard de quelques minutes pouvait, évidemment, contrarier le bon vouloir du souverain. Imaginez la tempête sous un crâne lorsque vous êtes un malheureux scribe chargé de recopier un ordre du jour, que vous voyez arriver au grand galop de la trotteuse votre punition exemplaire parce que vous serez trop juste de quelques instants dans l'accomplissement de votre tâche à cause, précisément, d'une tache, sur un papier officiel.
Voilà donc notre brave scribe, tout pantelant car à cause d'une plume récalcitrante ayant engendré un pâté disgracieux, lequel pâté ayant engendré à son tour la nécessité de recommencer toute l'ordonnance, qui risque de ne pas boucler son travail dans le temps imparti. L'horloge, la plume, le tremblement, l'ombre de la sentence, tout s'affole sous la main du scribe. Et mince ! Une erreur de copie maintenant, du style « Les lieutenants susnommés Untel, Machin et Bidule devront… » qui se transforme en « Les lieutenants Susnommés, Untel, Machin et Bidule devront… ».
C'est ainsi qu'est né, en langue russe, un certain lieutenant Kijé, qu'une pratique élémentaire du russe aurait dû confondre mais qu'un exercice excessif de la répression a rendu indécelable, ou du moins non décelé. Car quiconque mentionnerait l'erreur pourrait subir ou faire subir à un collègue un châtiment exemplaire.
De même lorsqu'une croix désignant les morts au combat doit s'abattre sur une liste d'officiers, une simple petite croix qui vient se placer un rang trop haut, devant le nom Sinioukhaïev au lieu de Sokolov, cette croix vient confirmer, de façon officielle et irrévocable la mort légale d'un homme bien vivant.
Tynianov, dans un style alerte non dénué d'humour nous présente ces deux cas de figure kafkaïens en sens inverse. le lieutenant Kijé va tout d'abord être relégué en Sibérie, puis, gracié, ensuite, eu égard à sa bonne conduite (et pour cause), promu successivement aux grades de colonel puis de général.
Parallèlement, le véritable lieutenant Sinioukhaïev, se voit radier de l'armée et réduit au statut de vagabond anonyme car officiellement, cet homme n'existe plus et personne ne peut prendre le risque de mentionner son nom sans s'exposer à une rebuffade de l'empereur Paul Ier.
Donc, quand on raconte une telle anecdote historique s'étant déroulée dans des temps anciens, ceci nous permet de mesurer les progrès accomplis depuis lors… ou pas, justement ! Or, quand un auteur prend la responsabilité d'écrire une histoire, quelle qu'elle soit, authentique ou de fiction, ce n'est jamais tout à fait sans raison. Et j'en arrive naturellement à la seconde façon de lire le Lieutenant Kijé.
Lorsque Iouri Tynianov écrit cette nouvelle, nous sommes en U.R.S.S. en 1927, date à laquelle s'installe dans le pays la bonne petite dictature Stalinienne, caractérisée, comme chacun sait, par la rigidité de son administration, par l'arbitraire et l'excessive répression exercés par le pouvoir pour tout ce qui ne va pas selon les desideratas du brave camarade Staline. Souvenons-nous que c'est en 1928 que Mikhaïl Boulgakov commence à rédiger son gros oeuvre, La Maître Et Marguerite, ayant justement pour but de dénoncer de façon masquée la terreur du régime mis en place par le dictateur.
Certes, l'auteur ne fait que mettre en forme des éléments authentiques et avérés. Les noms sont réels et les anecdotes recueillies par plusieurs sources concordantes. Mais nul ne peut s'empêcher de faire le lien entre la paranoïa du tsar Paul Ier, son despotisme, l'absurdité de sa rigidité administrative et le régime mis en place par Staline.
On comprend peut-être mieux alors le ton comique, ou disons plutôt tragi-comique, employé par Tynianov, ayant sans doute pour mission de donner un tour léger à cette petite nouvelle. C'est très probablement, à mes yeux, une façon de déjouer la surveillance politique exercée à l'époque sur tous les auteurs.
Le propos de Tynianov prend toute sa force justement quand on replace la nouvelle dans son contexte historique de création. L'U.R.S.S. qui déshumanise, qui uniformise, qui dénie tout droit à l'humain en tant qu'individualité. de sorte que, dans un tel régime, aussi bien sous Paul Ier que sous Staline, les seuls êtres qui puissent convenir parfaitement au système sont les fantoches, voire ici dans le cas du lieutenant Kijé, les fantômes.
Un être véritable, fait de chair et de sang, ne peut cas convenir à une telle rigueur, à une telle intolérance à un tel déni de l'humain tel qu'il est, avec ses qualités et ses faiblesses.
Venons-en maintenant à une autre façon de lire le Lieutenant Kijé, à savoir, celle qui consiste à utiliser les enseignements de cette lecture dans notre vie de tous les jours. Nous autres qui chaque jour nous enfonçons plus profondément dans une déshumanisation, dans une « réalité virtuelle ».
Ce que vivent les malheureuses victimes d'une usurpation d'identité, sur internet ou ailleurs, n'est pas fondamentalement différent de ce que vit le lieutenant Sinioukhaïev. Vous avez beau dire, jurer, expliquer, prouver que ce n'est pas vous qui avez conduit cette voiture ou effectué ce paiement, la machine dit que c'est vous, DONC, c'est vous. C'est kafkaïen, on n'en sort pas et c'est très proche de « la machine qui rend fou », si bien pastichée par Goscinny et Uderzo dans Astérix Légionnaire.
À plein d'égards, je ne suis plus une personne, je suis un numéro de sécu. Qui dit numéro dit possibilité d'erreur sur le numéro et je vais être obligée de prouver que je suis bien qui je suis, ce qui est la première des aberrations qu'on puisse imaginer. Voilà en quoi je parle de déshumanisation croissante. Dans les camps d'Auschwitz, l'une des plus grandes humiliations décrites par les survivants était d'être ravalé au rang de simple numéro. Que sommes-nous à présent ? Un code ? Un mot de passe ? Un identifiant ? Un numéro Insee ? Un numéro d'avis d'imposition ?
Voilà peut-être un message du Lieutenant Kijé, qu'il nous convient de méditer. Mais je vous laisse trouver encore bien d'autres façons de lire cette nouvelle, car ce que j'ai exprimé ici n'est qu'un avis, un seul petit avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Aela
  29 juillet 2012
Подпоручик Киже
C'est une histoire véridique.
Le Lieutenant Kijé se passe dans l'Empire russe sous le règne de Paul 1er, qui était le fils de la tsarine Catherine (la « grande Catherine ». L'histoire débute en 1793 et se termine en 1801 (année de l'assassinat de Paul Ier).
Le lieutenant Kije est en fait un être fictif, sauf pour l'administration impériale.
Un scribe de la chancellerie du régiment Préobrajenski a malencontreusement fait une erreur de transcription d'un ordre du jour. Cette erreur était rendue possible en russe par une proximité orthographique et phonétique : au lieu de « podporoutchiki-jé ( Подпоручики же, « quant au lieutenant… »)», le scribe, distrait par l'entrée d'un officier dans son bureau, a écrit en effet : « podporoutchik Kijé ( Подпоручик Киже, le lieutenant Kijé). »
Personne dans l'entourage de l'empereur n'osera jamais révéler par la suite cette erreur de transcription.
On en profita aussitôt pour attribuer au lieutenant Kijé une faute que personne ne voulait endosser.
L'empereur ordonne l'exil de Kijé en Sibérie. Il faut dire que Paul 1er avait une certaine tendance paranoïaque en raison notamment de son vécu familial : fils de Catherine de Russie qui le détestait pour son prussianisme (elle-même était d'origine allemande !!) et sa laideur.
Il appelait sa mère « l'usurpatrice » ce en quoi il n'avait pas tout à fait tort puisque sa mère, Catherine avait fait assassiner son mari Pierre III, père de Paul 1er), avant de reléguer son fils Paul au château de Gatchina.
Paul 1er donc qui punissait sévèrement tout écart, d'où la peur et le refus de la part de l'Administration, de communiquer les erreurs commises.
Par la suite, Paul Ier, sujet à des crises d'angoisse, se méfiant de son entourage, cherchera à promouvoir des officiers non issus de la noblesse. Kijé, en tant que militaire modèle aux états de service parfaits, sera d'abord grâcié, puis nommé capitaine, enfin colonel chef de régiment. Une maison lui sera attribuée, ainsi que des serviteurs.
Paul Ier finit par le nommer général.
Si le lieutenant Kijé sort du néant suite à une erreur bureaucratique, le conte développe une histoire dramatique, parallèle et inverse, celle d'un lieutenant de l'armée russe qui existe et dont la mort est proclamée par erreur. En effet, le secrétaire qui s'est trompé dans l'écriture de la missive destinée à l'empereur et qui a par mégarde créé le lieutenant Kijé a commis une seconde erreur, bien plus grave : au lieu d'indiquer que le lieutenant Sokolov venait de mourir, il a indiqué la mort du lieutenant Sinioukhaïev (bien vivant) en se trompant de ligne. Sinioukhaïev est donc rayé des cadres de l'armée.
Lorsque Sinioukhaïev rédige une requête en réintégration, l'administration militaire lui répond : « La requête de l'ex-lieutenant Sinioukhaïev, rayé des cadres pour cause de décès, est rejetée pour les mêmes raisons ». Il finira sa vie misérablement, en vagabond.
Un récit « très russe », qui se moque des turpitudes de l'Administration.
Tynianov a écrit ce livre dans les années 30, alors que Staline était au pouvoir.
Et en effet, à travers ce portrait de Paul 1er, paranoïaque et dictatorial, n'est ce pas une petite allusion à Staline que l'on peut voir ici ?
Ce récit a inspiré le grand compositeur Prokofiev qui en a tiré une très belle oeuvre musicale.
Et l'oeuvre musicale de Prokofiev a inspiré notre chanteur très célèbre Sting qui a repris le thème principal pour sa chanson des années 80 « Russians love their children too »
Les Russes aiment leurs enfants aussi.
Cette chanson a marqué les années 80, les années Reagan, juste avant la chute du mur de Berlin et de l'Empire soviétique.
Comme quoi une oeuvre d'art peut précéder l'Histoire…
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soyouz
  22 avril 2020
Trois nouvelles dont la plus importante est celle qui donne son titre au recueil.
Le style --celui de l'auteur rendu par le traducteur, je suppose-- est un peu opaque, on peine parfois à comprendre un contexte, une allusion, une réaction d'un personnage. Malgré cela, on est enchanté par cette anecdote anti-bureaucratie et anti-autoritarisme. Une sorte de fable. Une erreur d'écriture fait apparaître dans les rôles de l'armée du tsar un soldat inexistant. On ne rature pas les papiers officiels, alors on laisse l'erreur. Et ce soldat fictif s'avère utile car dès qu'une bourde est commise on la met sur son dos... le tsar, à force d'en entendre souvent parler, finit par le grader !
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   26 avril 2015
C'est ainsi que commença la vie du lieutenant Kijé. Au moment où le scribe avait copié l'ordre du jour, le lieutenant Kijé était un lapsus, une faute, rien d'autre. Une faute qui aurait pu passer inaperçue et se serait noyée dans un océan de papiers, et comme cet ordre du jour n'avait rien qui retînt l'attention, il est peu probable qu'un historien des temps futurs l'aurait jamais repris.
L'œil vétilleux de Paul Ier l'avait tiré du néant, et en modifiant son orthographe, lui avait donné un semblant de vie : la faute devenait un lieutenant sans visage, mais possédant un nom.

(Так началась жизнь подпоручика Киже. Когда писарь переписывал приказ, подпоручик Киже был ошибкой, опиской, не более. Ее могли не заметить, и она потонула бы в море бумаг, а так как приказ был ничем не любопытен, то вряд ли позднейшие историки даже стали бы ее воспроизводить.
Придирчивый глаз Павла Петровича ее извлек и твердым знаком дал ей сомнительную жизнь - описка стала подпоручиком без лица, но с фамилией.)
+ Lire la suite
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Nastasia-BNastasia-B   10 février 2014
C'est ainsi que commença la vie du lieutenant Kijé. Au moment où le scribe avait copié l'ordre du jour, le lieutenant Kijé était un lapsus, une faute, rien d'autre. Une faute qui aurait pu passer inaperçue et se serait noyée dans un océan de papiers, et comme cet ordre du jour n'avait rien qui retînt l'attention, il est peu probable qu'un historien des temps futurs l'auraient jamais repris.
L'œil vétilleux de Paul Ier l'avait tiré du néant, et en modifiant son orthographe, lui avait donné un semblant de vie : la faute devenait un lieutenant sans visage, mais possédant un nom.
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Nastasia-BNastasia-B   09 février 2014
Un des scribes de la chancellerie du régiment [...] avait été exilé en Sibérie. Le nouveau, un jeune homme, un gamin, assis à sa table, écrivait. Il était en retard et sa main tremblait. Il devait recopier l'ordre du jour pour six heures. [...]
Tout retard était considéré comme un crime. le scribe s'était levé avant l'heure, mais il avait gâté sa première copie et était en train de la recommencer. [...] Il avait écrit une pure ineptie : au lieu de " poroutchiki-jé (quant aux lieutenants) Stiven, Rybine et Azantchéiev, ils sont nommés... " — un officier était entré au moment où il écrivait poroutchiki, il s'était mis au garde-à-vous alors qu'il traçait le k, puis s'était remis à sa copie et s'était embrouillé — au lieu de poroutchiki-jé, donc, il avait écrit poroutchik Kijé (Le lieutenant Kijé).
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AelaAela   29 juillet 2012
L'empereur Paul 1er sommeillait près de la fenêtre ouverte. A l'heure méridienne où les aliments livrent corps une lente bataille, il était strictement interdit de le déranger.
Il sommeillait, assis dans son fauteuil protégé par derrière et sur les côtés par un paravent vitré.
Il faisait son rêve coutumier d'après-déjeuner.
император Павел дремал у открытого окно. В послеобеденный час, когда пища медленно борется с телом, были запрещены какие-либо бецпокойства.
Он дремал, сидя на высоком кресле, заставленный сзади у с боков стеклянною ширмою.
Павлу Петровичу снился обычный послеобеденный сон.
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Nastasia-BNastasia-B   09 février 2014
L'aide de camp savait, comme tout le monde au palais, que l'empereur était en colère. Mais il savait aussi que la colère se cherche des raisons et que plus elle en trouve, plus elle s'enflamme.
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