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EAN : 9782081250598
1740 pages
Flammarion (25/10/2011)
4.43/5   7 notes
Résumé :
Né en Roumanie en 1896, Tristan Tzara s'installe à Zurich au début de la Première Guerre mondiale : c'est en 1916, au Cabaret Voltaire, que voient le jour les premières manifestations de Dada, l'anti-mouvement perturbateur dont l'onde de choc se propage très vite en Europe - et notamment à Paris, où Tzara vient s'établir en 1920. Il est alors proche de Francis Picabia et du groupe de la jeune revue "Littérature" : Breton, Aragon, Soupault... qui vont "adopter" Dada ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

Souvent confiné, d'une manière que je qualifierais d'anecdotique, au seul phénomène dada, Tristan Tzara est à l'origine d'une oeuvre poétique aussi imposante que méconnue. Heureusement, cette enthousiasmante et toute fraîche édition par la maison Flammarion de ses Poésies complètes semble enfin donner la juste mesure de cette oeuvre qui constitue, n'ayons pas peur des mots, l'une des plus novatrices aventures poétiques de tous les temps. Depuis ses premiers poèmes, traduits du roumain au français, jusqu'aux poèmes retrouvés, en passant par des ouvrages majeurs de la trempe de L'homme approximatif, tout s'y déploie avec une étonnante continuité malgré les apparentes ruptures qui ont marqué le demi-siècle de création de Tzara.

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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation

L’HOMME APPROXIMATIF (extrait)

dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang

hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles

tombé à l’intérieur de soi-même retrouvé

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

sonnez cloches sans raison et nous aussi

nous nous réjouirons au bruit des chaînes

que nous ferons sonner en nous avec les cloches

quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière

nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps

et le doute vient avec une seule aile incolore

se vissant se comprimant s’écrasant en nous

comme le papier froissé de l’emballage défait

cadeau d’un autre âge aux glissements des poissons d’amertume

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

les yeux des fruits nous regardent attentivement

et toutes nos actions sont contrôlées il n’y a rien de caché

l’eau de la rivière a tant lavé son lit

elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné

aux pieds des murs dans les bars léché des vies

alléché les faibles lié des tentations tari des extases

creusé au fond des vieilles variantes

et délié les sources des larmes prisonnières

les sources servies aux quotidiens étouffements

les regards qui prennent avec des mains desséchées

le clair produit du jour ou l’ombrageuse apparition

qui donnent la soucieuse richesse du sourire

vissée comme une fleur à la boutonnière du matin

ceux qui demandent le repos ou la volupté

les touchers d’électriques vibrations les sursauts

les aventures le feu la certitude ou l’esclavage

les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes

usés les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes

se suivent serrés autour des rubans d’eau

et coulent vers les mers en emportant sur leur passage

les humaines ordures et leurs mirages

l’eau de la rivière a tant lavé son lit

que même la lumière glisse sur l’onde lisse

et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

les soucis que nous portons avec nous

qui sont nos vêtements intérieurs

que nous mettons tous les matins

que la nuit défait avec des mains de rêve

ornés d’inutiles rébus métalliques

purifiés dans le bain des paysages circulaires

dans les villes préparées au carnage au sacrifice

près des mers aux balayements de perspectives

sur les montagnes aux inquiètes sévérités

dans les villages aux douloureuses nonchalances

la main pesante sur la tête

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées

partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent

sans raison un peu secs un peu durs sévères

pain nourriture plus de pain qui accompagne

la chanson savoureuse sur la gamme de la langue

les couleurs déposent leur poids et pensent

et pensent ou crient et restent et se nourrissent

de fruits légers comme la fumée planent

qui pense à la chaleur que tisse la parole

autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

nous marchons pour échapper au fourmillement des routes

avec un flacon de paysage une maladie une seule

une seule maladie que nous cultivons la mort

je sais que je porte la mélodie en moi et n’en ai pas peur

je porte la mort et si je meurs c’est la mort

qui me portera dans ses bras imperceptibles

fins et légers comme l’odeur de l’herbe maigre

fins et légers comme le départ sans cause

sans amertume sans dettes sans regret sans

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne

sonnez cloches sans raison et nous aussi

nous ferons sonner en nous les verres cassés

les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies

les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête

aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres

les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques

ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel

et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

je parle de qui parle qui parle je suis seul

je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruit en moi

un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide

aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras

sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil

le souffle obscur de la nuit s’épaissit

et le long des veines chantent les flûtes marines

transposées sur les octaves des couches de diverses existences

les vies se répètent à l’infini jusqu’à la maigreur atomique

et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côtés que nous ne voyons pas

l’utltra-violet de tant de voies parallèles

celles qui nous aurions pu prendre

celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde

ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps

qu’on aurait oublié et l’époque et la terre qui nous aurait sucé la chair

sels et métaux liquides limpides au fond des puits

je pense à la chaleur que tisse la parole

autour de son noyau le rêve qu’on appelle nous

Pour faire un poème dadaïste

Pour faire un poème dadaïstes

Prenez un journal

Prenez des oiseaux

Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.

Découpez l’article.

Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.

Agitez doucement.

Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre dans l’ordre où elles ont quitté le sac.

Copiez consciencieusement.

Le poème vous ressemblera.

Et vous voici un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

La face intérieure (extrait)

Alors le feu partit entre les hommes

Espagne mère de tous ceux que la terre n’a cessé de mordre depuis que dans la mort ils ont cherché la cruauté de vivre

la force du soleil aux poutres des vieux pains

II n’y a pas de sourire qui n’ait fondu en sang

les cloches se sont tues les yeux écarquillés

ce sont des poupées d’horreur qui mettent les enfants au lit

l’homme s’est dépouillé de la misère des mots

les champs montrent leurs crocs les maisons éteintes

celles restées debout dans les linceuls sèchent au soleil

disparaissez images de pitié sous les dents dénudées

les botes font sonner la monnaie des traîtres…

J’aurais eu la clarté pour moi

Sur les routes de Joigny au soleil enlacé

que suis-je à l’abri d’une apparence en marche

onze ans de mort ont passé sur moi

et la bruyère n’a pas attendu le prix de sa fougue

n’a pas attendu la récompense de son calme

pour signifier à la vie les pompes du renouvellement

tandis que rêche écorce montagne de rafales

j’ai dépassé en course l’immortalité de l’illusion…

pélamide

a e ou o youyouyou i e ou o youyouyou

drrrrrdrrrrdrrrrgrrrrgrrrrrgrrrrrrrr

morceaux de durée verte voltigent dans ma chambre

a e o i ii i e a ou ii ii ventre montre le centre je veux le prendre ambran bran bran et rendre centre des quatre

beng bong beng bang où vas-tu iiiiiiiiupft

machiniste l’océan a o u ith

a o u ith i o u ath a o u ith o u a ith

les vers luisants parmi nous

parmi nos entrailles et nos directions

mais le capitaine étudie les indications de la boussole

et la concentration des couleurs devient folle

cigogne litophanie il y a ma mémoire et l’ocarina dans la pharmacie

sériciculture horizontale des bâtiments pélagoscopiques

la folle du village couve des bouffons pour la cour royale

l’hôpitale devient canal

et le canal devient violon

sur le violon il y a un navire

et sur le bâbord la reine est parmi les émigrants pour mexico

froid jaune

nous allons nuages parmi les esquimaux

embellir la convalescence de nos pensées botaniques

sous les crépuscules tordus

ordure verdie vibrante

blan

j’ai rangé mes promesses confiserie hôtelier dans sa boutique

paulownias définitives

l’éloignement se déroule glacial et coupant comme une diligence éloignement pluvieux

adolescent

ailleurs sonore

piéton fiévreux et pourri et

rompu et broderies réparables

je pensais à quelque chose de très scabreux

calendrier automnal dans chaque arbre

mon organe amoureux est bleu je suis mortel monsieur bleubleu

et du cadavre monte un pays étrange

monte monte vers les autres astronomies

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mouvement

gargarisme astronomique

vibre vibre vibre vibre dans la gorge métallique des hauteurs

ton âme est verte est météorologique empereur

et mes oreilles sont des torches végétales

écoute écoute écoute j’avale mbampou et ta bonne volonté

prends danse entends viens tourne bois vire ouhou ouhou ouhou

faucon faucon de tes propres images amères

mel o mon ami tu me soulèves le matin à panama

que je sois dieu sans importance ou colibri

ou bien le phœtus de ma servante en souffrance

ou bien tailleur explosion couleur loutre

robe de cascade circulaire chevelure intérieure lettre qu’on reçoit à l’hôpital longue très longue lettre quand tu peignes consciencieusement tes intestins ta chevelure intérieure

tu es pour moi insignifiant comme un faux-passeport

les ramoneurs sons bleus à midi aboiement de ma dernière clarté se précipite dans le gouffre de médicaments verdis ma chère mon parapluie

tes yeux sont clos les poumons aussi

de jet-d’eau on entend le pipi

les ramoneurs

[…]

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

nous marchons pour échapper au fourmillement des routes

avec un flacon de paysage une maladie une seule

une seule maladie que nous cultivons la mort

je sais que je porte la mélodie en moi et n’en ai pas peur

je porte la mort et si je meurs c’est la mort

qui me portera dans ses bras imperceptibles

fins et légers comme l’odeur de l’herbe maigre

fins et légers comme le départ sans cause

sans amertume sans dettes sans regret sans

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne

sonnez cloches sans raison et nous aussi

nous ferons sonner en nous les verres cassés

les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies

les débris de fêtes éclatées en rire et en tempête

aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres

les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques

ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel

et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

*

je parle de qui parle qui parle je suis seul

je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruits en moi

un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide

au pied des hommes pressés courant avec leurs morts

autour de la mort qui étend ses bras

sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil

[…]

je pense à la chaleur que tisse la parole

autour de son noyau de rêve qu’on appelle nous

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À une morte

tu avances toujours aux confins de la nuit

le feu s’est éteint où finit la patience

même les pas sur des chemins imprévus

n’éveillent plus la magie des buts

braises braises

l’amour s’en souvient

rien ne nous distrait de l’attente assise

sur les genoux enfants aux plénitudes chaudes

pourrais-je oublier le son de cette voix

qui contribue à répandre la lumière

au-delà de toute présence

fraises fraises

à l’appel des lèvres

comme la mer contenue

toute une vie enlacée

et sur les innombrables poitrines des vagues

l’incessant froissement des ours effleurés

rêves rêves

au silence de braise

pourrais-je oublier l’attente comblée

le temps ramassé sur lui-même

le jour jaillissant de chaque parole dite

le long embrasement de la durée conquise

sèves sèves

ma soif s’en souvient

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SAGE DANSE MARS

la glace casse une lampe fuit et la trompette jaune est

ton poumon et carré les dents de l’étoile timbre poste

de jésus-fleur-chemise la montre tournez tournez

pierres du noir

dans l’âme froide je suis seul et je le sais je suis seul et

danse seigneur tu sais que je l’aime vert et mince car

je l’aime grandes roues broyant l’or fort voilà celui

qui gèle toujours

marche sur les bouts de mes pieds

vide tes yeux et mords l’étoile

que j’ai posée entre tes dents

siffle

prince violon siffle blanc d’oiseaux

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verre traverser paisible

la joie des lignes vent autour de toi calorifère de l’âme

fumée vitesse fumée d’acier

géographie des broderies en soie colonisée en floraison d’éponges la chanson cristallisée

dans le

vase du corps avec la fleur de fumée

vibration du noir

dans ton sang

dans ton sang d’intelligence et de sagesse du soir

un œil ridé bleu dans un verre clair je t’aime je t’aime

une verticale descend dans ma fatigue qui ne m’illumine plus

mon cœur emmitouflé dans un vieux journal

tu peux le mordre : siffler

partons

les nuages rangés dans la fièvre des officiers

les ponts déchirent ton pauvre corps est très grand voir ces ciseaux de voie lactée et découper le souvenir en formes vertes

dans une direction toujours dans la même direction

s’agrandissant toujours s’agrandissant

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125 ans depuis la naissance de Tristan Tzara
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