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Michel Lederer (Traducteur)
EAN : 9782264029225
256 pages
Éditeur : 10-18 (17/05/2000)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 116 notes)
Résumé :
Brady Udall, dont l'univers peut être comparé à celui de Raymond Carver ou de Russell Banks, compte parmi les talents les plus prometteurs de la jeune génération d'écrivains américains. Toutes situées dans de petites villes dUtah et d'Arizona, ses nouvelles teintées d'humour noir composent une oeuvre puissante - de celles qui éclairent des existences généralement délaissées. Leurs personnages s'y sentent souvent seuls, frustrés ou bien trahis par la vie et ils s'avè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  08 octobre 2018
« Nous longeons des hauts fourneaux, des stations-services et des caravanes alignées sur le bord de la route. »
Avec un goût de poussière dans la bouche, le dos fourbu par cette route interminable et cahotante. Je crache par terre le peu de salive qui me reste en bouche. Ma main, par habitude, plonge dans la glacière mais ressort à nue. J'ai déjà bu la dernière bière il y a bien soixante miles. C'est donc avec un sourire salutaire que je tourne le volant, et m'engouffre dans ce qui ressemble le plus à de la vie, un soupçon de vie dans une poussière balayée par le vent. Ferme la vitre ! on n'arrive plus à respirer.
« Il engage sa vieille voiture dans le parking d'un vaste bâtiment en bois surmonté d'un panneau qui annonce 'The Ranch' en grandes lettres malingres. le soleil commence tout juste à se coucher, mais l'endroit est aussi illuminé que Las Vegas. Toute une armée de pick-up sales encombre le parking. »
Se frayer un chemin entre les rétroviseurs et les pare-chocs chromés et suivre le brou-haha d'une meute gueularde et assoiffée. Un lieu qui n'a pas de nom, comme un ranch sans nom. Un air abîmé, par le temps, la poussière et le fracs de la vie, j'imagine déjà les âmes qui y règnent. de la peine et de la bière qui coulent à flot sur le comptoir et qui déversent son lot de solitude et de tristesse. Être un cow-boy solitaire a son revers, celui de se retrouver seul à boire sa bière, dans la fraîcheur d'une pénombre en coin, ou dans un coin d'une moiteur extrême.

« Nous entrons dans la partie principale qui est plus vaste qu'une salle de bal. Il y a deux bars circulaires au milieu et quelques estrades sur lesquelles dansent des femmes à demi dévêtues. Des tables et des chaises sont disposés dans les coins. La musique est si forte que je la sens rebondir sur ma poitrine. »
Un vieux juke-box distille sa musique, comme des airs de country new-age. Lambchop. Cela change de Johnny Cash, paix à son âme et black respect. Il reviendra lorsque les jeunes auront déserté les lieux pour aller fourrer leur queue dans le cul des serveuses à l'arrière de leur pick-up ou entre les seins des danseuses usées. Il vaut peut-être mieux ça que de voir ces cow-boys souls se fracasser la tête avec des pieds de chaises en bois. le bruit m'envahit, comme cette nappe de fumée qui s'envole des tables voisines. Je me ferme sur moi-même, une bulle de silence me caresse, le temps de prendre ma bière, en solitaire et l'âme soul mais pas encore saoul.
« On déniche une table inoccupée le long du mur, juste à côté de l'une des danseuses. Elle porte un slip en dentelle noire et un T-shirt coupé qui suffit à peine à dissimuler ses avantages. »
Terres d'Amérique, je roule en pensée à travers l'Utah et l'Arizona, des nouvelles de Brady Udall qui mettent en lumières, néons clignotants de quelques bars miteux et de phares alignés, des pauvres types à mon image qui se demandent ce qu'ils font de leur vie, ce qu'ils font dans cette vie. Ils se sentent seuls et boivent leur bière, parfois même sans saveur, mais continuent leur chemin, sans envie ni rêve. Oui cette Amérique, pas si profonde que ça, est la mienne, et je reste assis à regarder ma bière, sans même m'apercevoir que la danseuse à enlever son tee-shirt, en écoutant Kurt Wagner avec ce goût de poussière en moi.
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bdelhausse
  30 avril 2016
Une révélation... En un mot, voilà qui résume mon coup de coeur, en forme de coup de poing dans l'âme, pour Brady Udall et ses "gueules" de l'Amérique profonde.
Cela faisait longtemps que je n'avais plus lu de recueil de nouvelles. Et encore plus longtemps que j'avais pris du plaisir à en lire. Un peu lassé. C'est donc avec une certaine appréhension que j'avais sélectionné un recueil de nouvelles dans le cadre du Challenge ABC (il y a assez peu d'auteurs en "U").
L'Amérique d'Udall, c'est celle des subprimes, des délocalisations, des vieux pick-ups rouillés, des latinos sans papiers qui bossent dans des ranchs, des divorces, des coups de sang... ce n'est pas l'Amérique qui gagne de Donald Trump... Et l'auteur nous présente des portraits. Des tronches, des caractères trempés à la Bud, chemises à carreaux et bottes usées.
On peut faire la fine bouche, et dire "toutes les nouvelles ne sont pas de la même qualité"... Je me marre. Même chez Maupassant, Mérimée, Carver, Oates, Ishiguro... toutes les nouvelles ne sont jamais de la même qualité. Ce qui compte c'est qu'elles fassent mouche. C'est qu'elles atteignent le coeur de la cible... et ça, c'est fait.
Onze nouvelles pleines d'espoir, surtout. C'est ce que je retiendrai. Au-delà des douleurs, des drames, des ruptures, il n'y a pas d'apitoiement, pas d'abandon. On est le plus souvent face à des gens qui ont perdu tout ou presque et qui luttent...
1. « Lâchons les chiens ». Une rencontre improbable entre deux laissés pour compte de la société américaine. Chacun essaie de s'en sortir, vaille que vaille... Mais ils semblent trouver dans leur rencontre une motivation pour aller de l'avant... mais jusqu'où? La chute est lourde de sens. Une vraie merveille.
2. « Raid nocturne ». Un père qui rend visite à son fils... mais façon Udall, donc la nuit avec une chèvre vivante dans les mains...
3. « Buckeye le Mormon ». Un portrait au vitriol de la société WASP. Une boule au ventre, une tranche de vie.
4. « La ballade du boulet et de la chaîne ». Une claque dans la figure... La lente descente aux enfers d'un type qui s'enchaîne (?!) à sa culpabilité... au point de voir partir sa femme, et de la comprendre. Pourtant elle n'attendait qu'un signe...
5. « Basket à la casse ». Udal revisite le mythe américain du basket.
6. « le contraire de la solitude ». La version de Udall d'une histoire d'amour... entre esprits fêlés, moteur cassé et coeur en berne... Une de mes favorites.
7. « La perruque. Deux pages, tout est dit. Là, si votre coeur n'explose pas, je n'y comprends plus rien. Et pourtant, l'écriture montre la force du père.
8. « Vernon ». Une balade dans un état auquel Udall fait une pub incroyable...
9. « le serpent ». Tout le génie d'Udall, utiliser un serpent , le mettre au centre de l'histoire pour mieux mettre en valeur les personnages qui gravitent autour.
10. « La beauté ». Un road trip à la Udall, une amitié qui se noue. Les liens forts doivent se rompre, car c'est ton destin (diraient les Inconnus).
11. « Il se saoûle profondément et fameusement ». Aaaah... comme j'ai angoissé en dévorant la nouvelle... "pourvu que..." me disais-je à chaque page. Udall nous dépeint un désir de vengeance et l'instant où tout peut basculer... très fort. Puissant. Poignant.
Ce qui est incroyable avec Brady Udall, c'est que le type que l'on croise à la station-service dans une nouvelle, cela peut être celui qui va pêcher dans la nouvelle suivante, ou qui se tire de chez lui deux nouvelles plus loin. Bien sûr, Udall ne le dit pas. Les personnages, les lieux, les moments s'entrecroisent au fil de ses récits.
Udall nous fait rêver. Il donne à voir, il donne à penser, il lance des arabesques dans le ciel et la magie opère. Un grand auteur.
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Luniver
  17 mai 2015
Porté par sa peu commune lettre U, Udall devient petit à petit un rendez-vous annuel pour ma liste du challenge ABC. Lâchons les chiens est son premier recueil de nouvelles, et le livre qui l'a fait connaître auprès du grand public.
On sent dans chaque nouvelle la volonté de l'auteur de rester proche de la réalité. Pas d'hommes d'affaires importants vaquant dans les grandes métropoles, Udall ne met en scène que des hommes venant d'un village perdu au fin fond de l'Amérique et vivant de petits boulots. Souvent un peu paumés, récemment divorcés ou veufs, ils doivent prendre une décision importante pour leur avenir.
Il m'a manqué un petit quelque chose pour accrocher vraiment à ces histoires. Il est assez difficile de s'impliquer dans des tranches de vie ordinaires de gens ordinaires. Même si Udall propose des personnages un peu en marge de la société, ils ne le sont pas suffisamment pour me marquer. À la rigueur, un fil conducteur fort entre tous les récits aurait aussi pu faire l'affaire, mais là encore, je suis resté sur ma faim.
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Chaplum
  22 avril 2012
Séduite par le destin miraculeux d'Edgar Mint il y a quelques années, j'avais envie de découvrir ce recueil de nouvelles qui avait lancé la carrière de Brady Udall, jeune romancier américain né en 71 en Arizona. J'étais encore plus tentée après ma visite de l'ouest américain et notamment de l'Utah et de l'Arizona où l'auteur situe les onze nouvelles qui composent Lâchons les chiens.
J'ai toujours beaucoup de difficultés à critiquer des nouvelles. Que faut-il faire ? Toutes les résumer ? Donner un avis global ? Je vais plutôt pencher pour cette dernière option. Dans chaque histoire, Brady Udall met en scène un homme, un jeune homme ou même un petit garçon qui ont des vies banales dans ces petits bleds paumés de l'Amérique profonde, ceux que les caméras d'Hollywood oublient souvent de nous montrer. Pas de misérabilisme ici, mais la vie tout simplement, avec des hauts et des bas. Chacun va vivre des moments particuliers, difficiles mais la vie continue.
Le talent de Brady Udall est de réussir à cerner ses personnages, à magnifiquement évoquer leurs sentiments et de les faire vivre sous une plume humble et délicate. Pas de pathos mais des êtres écorchés, réels et vivants. En quelques pages, ils prennent de l'épaisseur et leur situation prend sens au travers des paysages de l'Utah et de l'Arizona. Brady Udall ne juge pas, il décrit. Il ne faut pas s'attendre à des nouvelles à chute et pourtant, l'histoire se termine sans frustration, avec logique, comme elle devait se terminer. Je reste sous le charme de cet auteur même si toutes les nouvelles ne sont pas d'égale qualité, comme dans tout recueil.
J'attends avec impatience que le polygame solitaire paraisse en poche.
Lien : http://www.chaplum.com/lacho..
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Roggy
  27 juillet 2014
Drôle, humain et touchant. Certaines nouvelles, plus loufoques, donnent envie de croiser la route d'un de ces personnages.
Brady Udall choisit une écriture ordinaire, pour des personnages ordinaires, mais qui créent une ambiance totalement extraordinaire.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   19 août 2018
Le premier de la classe, c'est peut-être moi, mais le plus intelligent, c'est Waylon. Il a fait son éducation sur le siège des toilettes. Quand il était petit, il y avait une encyclopédie rangée sur une étagère dans la salle de bains du sous-sol. Il y passait tout son temps et Frank, son père, devait parfois, avec force menaces agrémentées de coups de poing contre la porte, l'obliger à sortir de là pour qu'il vienne dîner. Maintenant qu'il est adulte, il a installé une véritable bibliothèque dans la salle de bains : des rayonnages de livres sur les quatre murs, qui montent jusqu'au plafond. Prenez-en trois au hasard, et vous tomberez sur quelque chose du genre : Les Secrets du massage sexuel oriental, Les Carnets de Wittgenstein et une biographie de Charles Manson. Il y aurait besoin d'un catalogue tellement il y en a, et quand, j'utilise les toilettes, je ne trouve jamais ce que je cherche. Je dois cependant reconnaître qu'il y a quelque chose d'émouvant à lire de la poésie chinoise en chiant.
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le_Bisonle_Bison   13 septembre 2018
Nous longeons des hauts fourneaux, des stations-services et des caravanes alignées sur le bord de la route.[...]
Il engage sa vieille voiture dans le parking d'un vaste bâtiment en bois surmonté d'un panneau qui annonce 'The Ranch' en grandes lettres malingres. Le soleil commence tout juste à se coucher, mais l'endroit est aussi illuminé que Las Vegas. Toute une armée de pick-up sales encombre le parking.[...]
Nous entrons dans la partie principale qui est plus vaste qu'une salle de bal. Il y a deux bars circulaires au milieu et quelques estrades sur lesquelles dansent des femmes à demi dévêtues. Des tables et des chaises sont disposés dans les coins. La musique est si forte que je la sens rebondir sur ma poitrine. [...]
On déniche une table inoccupée le long du mur, juste à côté de l'une des danseuses. Elle porte un slip en dentelle noire et un T-shirt coupé qui suffit à peine à dissimuler ses avantages.
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le_Bisonle_Bison   22 août 2018
A Vernon, le manque de femmes disponibles est tragique. Les jeunes sont soit parties, soit mariées, soit enceintes. Il y a bien quelques femmes seules plus âgées, mais elles me font peur : elles ont des voix rauques et représentent les restes d'une génération passée. Parmi ces dernières, la plus célèbre est Ginny Whurt, une rousse d'une bonne quarantaine d'années qui offre ses services aux hommes par la vitre de sa longue Plymouth couleur vert avocat. Elle ne fait aucune distinction. Elle se poste à la sortie du lycée et propose une petite pipe aux garçons. Sa présence ne nous dérange pas vraiment - elle rend la ville un peu plus intéressante et soulage les âmes désespérées qui sont dans le besoin.
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le_Bisonle_Bison   14 août 2018
C'est la première fois que je vais dans un bar, et je dois dire que l'atmosphère me plaît. Buckeye commande des Cocas et des ailes de poulet pour nous deux, puis il promène son regard autour de lui et lève de temps en temps la main pour saluer quelqu'un. J'ai beau vivre au Texas depuis ma naissance, je n'ai jamais vu autant de boucles de ceinturons d'une taille démesurée réunies au même endroit.
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le_Bisonle_Bison   21 août 2018
J'attends Rabbi pour le déjeuner. Je l'ai invité et ce sera seulement la quatrième fois qu'il me rend visite. Il arrive dans son Dodge surélevé. Voici l'une des questions les plus embarrassantes que je me suis posées ces derniers temps : Pourquoi avons-nous tous des pick-up pour jeter des boîtes de bière vides à l'arrière ?
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Marque-page 27-05-2011
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