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Janine Matillon (Traducteur)
EAN : 9782226179661
336 pages
Albin Michel (20/08/2008)
3.6/5   20 notes
Résumé :
Le ministère de la douleur est un club bien connu à Amsterdam. Pour survivre, nombre de jeunes étudiants, exilés de l'ancienne Yougoslavie, confectionnent à son intention, comme à celle d'autres établissements fétichistes, toutes sortes d'articles à usage érotique. Ils ont tout perdu, leur maison, leur langue, leur pays. Tout sauf le souvenir torturé de la guerre et de la destruction. C'est précisément pour exorciser leurs fantômes que Tania Lusic, une jeune profess... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
  22 septembre 2014
J'ai lu ce roman pour notre Tour du Monde par les livres sur le forum Nota Bene. Cette année, les deux pays au programme sont le Danemark et la Croatie. Trouver de la littérature croate relève du sacerdoce ! Alors lorsque j'ai vu celui-ci, je me suis dit que cela pourrait être sympathique, d'autant plus que la fin de la quatrième de couverture me le laissait espérer :
"Ce nouveau roman de Dubravka Ugresic, écrivain croate dont l'oeuvre est désormais traduite en plus de trente langues, a été unanimement salué à l'étranger pour sa puissance et sa subtilité. Pour cet humour noir aussi, qu'elle distille avec tant d'ironie tout au long d'un voyage aux enfers marqué par la douleur de la perte, l'isolement et la solitude auxquels on ne saurait échapper."

Pourtant, je me suis profondément ennuyée et, pour tout dire, je l'ai même abandonné après m'être forcée à le lire jusqu'à la moitié. Peut-être parce que trop de politique tue la politique. Tous les bouquins croates que j'ai lus y font référence. Cela peut se comprendre - leur Histoire est loin d'être facile - mais attention à l'excès ! Je dois également être honnête en disant que le style ne m'a pas emportée. J'attendais plus, j'attendais mieux...

Bref, je suis certainement passée à côté. Tant pis. Ce sera pour une prochaine fois.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Acerola13
  08 août 2021
Le ministère de la douleur est un roman de l'écrivain croate Dubravka Ugresic, contrainte à l'exil en 1993 pour ses prises de position antinationalistes.
Le roman, écrit à la première personne du singulier, semble à tout point autobiographique : la narratrice est une jeune femme en exil à Berlin, puis à Amsterdam où on lui offre un poste de professeur de langue slave, et plus précisément de...de quelle langue effectivement ? de serbo-croate ? de serbe ? de croate ? de bosniaque ? Des trois séparément ?
Peu motivée à enseigner dans les règles à ses étudiants, tous issus de l'ancienne Yougoslavie et dont la seule préoccupation est d'obtenir des papiers néerlandais, la professeur leur propose une sorte de programme leur permettant de questionner leur identité et leur mémoire de la guerre qui sévit, sans se douter qu'elle-même est loin d'être en l'état pour supporter ce face à face avec son propre passé.
Les thèmes évoqués par l'auteur sont variés : une grande place est laissée à la langue et à son rapport avec l'identité ; on ressent la difficulté de la narratrice à jongler entre sa propre langue aux déclinaisons multiples et l'anglais et le néerlandais. Cette question de la langue est également intimement liée à la littérature serbo-croate, commune à des peuples qui se déchirent au nom d'une identité différente.
Sans grande surprise, le thème de l'exil est également présent, avec un face à face constant entre le "nous" et le "eux", les compatriotes facilement identifiables et les Néerlandais hypocrites, les exilés et ceux qui sont restés sur place, la mafia qui étend ses réseaux et les criminels de guerre qui courent toujours. On est surpris par le regard très dur porté par la narratrice à la fois sur ses compatriotes demeurés sur place et qui semblent anesthésiés, mais aussi sur les fonctionnaires des ONG, heureux d'avoir enfin un nouveau terrain de jeu fait d'horreurs et d'atrocités à documenter.
Enfin, le traumatisme de la guerre et de la cruauté humaine ne laisse aucun des personnages indemnes ; tous semblent friser la limite de la rupture, et leurs tentatives pour faire leur deuil demeurent vaines, pas vraiment aidées par la proximité du tribunal pénal international de la Haye, si proche.
Si ces trois thèmes sous-jacents sont réellement intéressants pour mieux comprendre une guerre à la fois si proche et si lointaine, la trame narrative de la descente aux enfers de la narratrice et ses circonvolutions incessantes noient le lecteur auquel n'échappe pas les contradictions agaçantes de cette dernière ; le roman prend également un tour curieux dans sa dernière partie, et le face à face entre la narratrice et son élève favori suinte une atmosphère malsaine qui rend difficilement concevable la chute...On s'empresse donc de refermer ce ministère de la douleur insoutenable.
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DandeGre
  05 octobre 2014
Que deviennent les réfugiés d'un pays qui n'existe plus ? Peuvent-ils recommencer une vie à l'endroit qui les a accueillis ?
Dubravka Ugresic nous propose un roman magistral, de son regard incisif et mélancolique, à travers le portrait d'une enseignante, Tanja, invitée à l'université d'Amsterdam au département de langues Slaves. Un personnage remarquable, le trait d'union entre le monde disparu, La Yougoslavie, et ses étudiants qui ont fui, comme elle, la guerre. Un regard sans concessions sur cette "Yougoslavie" qui empoisonne les relations entre tous ces personnages.
Un roman brillant sur la littérature slave, balkanique, d'Europe orientale, mais aussi sur la linguistique, arme politique par excellence et composante essentielle de l'identité nationale.
Tanja pourra-t-elle conduire son cours de littérature slave dans une classe composée des nationalités de toute l'ex-yougoslavie alors que ce pays s'entre-déchire encore et que l'on juge à La Haye les criminels de cette guerre fratricide ?
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MarioIncandenza
  06 janvier 2021
Dubravka Ugresic écrit ce que c'est que de venir d'un pays disloqué par la guerre, où l'on ne dit pas "dormir comme un enfant" mais "comme un égorgé".
Ce que c'est que de venir de la violence, du coeur de la violence européenne.
Porter cela, cette histoire, ces stigmates, ces souvenirs défaillants, cette incertitude posée sur le passé (est-ce que tout cela a vraiment existé ?), jusqu'aux Pays-Bas. Et donner cours dans cette langue-là, le serbo-croate.
De chapitre en chapitre, les masques de la résilience tombent les uns après les autres, et l'autrice nous laisse voir son personnage au plus nu, au plus défait d'elle-même, au plus douloureux.
Et cette douleur est une haine, mais aussi une jouissance.
C'est sans doute ce qu'il y a de plus troublant dans ce roman, qui évite tout le temps les effets larmoyants, la lourdeur, l'auto-apitoiement, alors même qu'il plonge dans le mal - celui de son héroïne, celui de l'Histoire, celui du quotidien.
Le récit est articulé au fil d'une saison d'enseignement en université : le premier semestre, les vacances, le deuxième semestre, et la fin de l'année. Ugresic orchestre tout selon le rythme de l'institution universitaire, à laquelle l'héroïne se raccroche pour survivre : seule raison pour elle de quitter l'homme avec qui elle vivait et qui ne l'aime plus, de déménager aux Pays-Bas, de parler du passé, de la guerre, de la Yougoslavie, d'habiter une chambre minuscule en sous-sol, de lire de la littérature serbo-croate, et d'éprouver de la compassion pour ses semblables, ses étudiants qui comme elle sont des exilés, et qui portent tous "cette gifle invisible incrustée sur leur visage" ; et donc de la compassion pour elle-même, peut-être, enfin.
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bookloveuse
  25 mai 2014
J'ai hésité plusieurs fois avant d'aller au bout de ce roman pourtant agréable et facile à lire..je ne saurais dire pourquoi....
le titre...peut être...qui emprunte son nom à un café bar dans lequel des étudiants tous originaires de l'ex-Yougoslavie ont pour habitude de se rencontrer...et d'y voir leur professeur....également une rescapée des conflits sanglants et meurtriers qui battent alors à plein régime.. donc rien qui renverrait à un quelconque ministère au sens commun du terme, mais beaucoup de douleur qui s'épanche par la voix du narrateur et de ses élèves
Impossible d'être déçue par Dubravka Ugresic, cette féministe et opposante aux régimes nationalistes à ses premières heures... Ces romans rencontrent un succès internationale et sont traduits dans des dizaines de langues...Par son engagement combatif et humaniste à la fois, je dirais que Dubravka Ugresic est pour moi le plus grand écrivain contemporain issu des territoire de l'ex-Yougoslavie...
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   16 juillet 2014
Charles Bukowski, lui aussi, était au rendez-vous : de par son caractère rebelle, il leur en imposait, comme à tant d'autres générations. A leurs yeux, Bokowski était un type "cool", c'était une "pointure", un "mec canon", le représentant de la "vraie" littérature, la littérature qui a "des couilles".
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art-bsurdeart-bsurde   19 décembre 2020
Nous sommes des barbares. Nous n'avons pas d'écriture, nous laissons notre signature dans le vent. Nous émettons des sons. Nous signons d'un cri, d'un bruit, d'un hurlement ou d'un crachat. C'est ainsi que nous marquons notre territoire. Nos doigts jouent du tambour sur tout ce qu'ils trouvent, les poubelles, les vitres, les tuyaux, le son du tambour proclame notre existence. Nous faisons du vacarme, notre vacarme est douloureux comme un mal de dent. Nous faisons les pleureuses pour les noces et les enterrements, et alors, les voix hululantes de nos femmes explosent en rafales sur les façades de béton. Nous cassons les vitres, l'explosion est notre affaire, les pétards sont notre distraction favorite. Le son est notre écriture, le bruit que nous produisons est la preuve unique de notre existence, les explosions la seule trace que nous laissons derrière nous. Nous sommes comme des chiens, nous aboyons, nous lançons nos aboiements vers le ciel bas et gris qui pèse sur nos crânes.
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art-bsurdeart-bsurde   23 décembre 2020
La langue était notre traumatisme commun, mais il se manifestait parfois sous une forme tout à fait pervertie. J'avais été bouleversée par le cas de cette jeune Bosniaque qui avait, dit-on, appris par cœur l'histoire de son propre viol et la répétait chaque fois qu'on la lui demandait. Lorsque ces viols de guerre s'étaient retrouvés sous le feu des projecteurs, il s'était avéré qu'elle était la seule capable d'en faire un récit cohérent. Très vite, elle avait donc été assaillie par les journalistes étrangers et les organisations féministes. Les féministes américaines l'avaient même invitée aux Etats-Unis. Là, elle allait de localité en localité, en dévidant la bande de son humiliation. De surcroît, on raconte qu'elle l'avait également apprise en anglais. Elle répétait son histoire, maintenant doublement aliénée de son contenu, telle une pleureuse qu'on engage dans les villages pour égrener les mérites d'un défunt. En contant son histoire affreuse, elle émoussait sa douleur.
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dede   18 octobre 2011
J’observais les voyageurs, j’écoutais ce qu’ils disaient, même si je ne comprenais pas la langue, je flairais leurs odeurs, je laissais mon regard glisser sur leur visage comme sur un écran d’ordinateur et j’engrangeai dans ma mémoire des détails, oui, surtout des détails. Des images saisies par hasard me hantaient, plus ou moins longtemps. J’avais souvent l’impression que ce n’était pas moi qui leur avais ouvert la porte, mais quelqu’un d’autre.
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Acerola13Acerola13   01 août 2021
Les réfugiés de Slavonie, des Croates, se sont dirigés vers Zagreb, puis vers l'Istrie et la mer. Les réfugiés de Bosnie se sont dirigés vers le sud, celui de la Croatie, ou vers l'est, à savoir la Serbie. Les Serbes de Croatie l'ont d'abord fuie en catimini, jusqu'au jour où on les a massivement chassés. Les Hongrois de Voivodine sont passés sans bruit en Hongrie. Où des Serbes allaient bientôt les suivre. Les Albanais du Kosovo ne tarderaient pas, eux aussi, à se mettre en route....
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Video de Dubravka Ugresic (1) Voir plusAjouter une vidéo

[Dubravka Ugresic : Le ministère de la douleur]
Dans les locaux de la Fondation Deutsch de la Meurthe à la Cité Universitaire Internationale de Paris, Olivier BARROT présente le roman de Dubravka UGRESIC "Le ministère de la douleur". Dans ce livre, l'écrivain croate traite de la question de l'exil et du rapport à la langue maternelle dans un pays étranger.
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