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Miyako Slocombe (Traducteur)
ISBN : 2353481000
Éditeur : Le Lézard Noir (01/09/2017)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Connu pour ses mangas d'horreur, Kazuo Umezu prouve avec Je suis Shingo, Ovni métaphysique, qu'il est également un maître incontesté du manga de science-fiction.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
nebalfr
  07 janvier 2018
L'AMOUR AU PAYS DES ROBOTS

Je suis Shingo, deuxième ! L'occasion de retrouver, toujours aux éditions du Lézard Noir, l'excellent autant qu'excentrique Umezz, ses rayures blanches et rouges… et ses histoires enfantines très bizarres.

Pas avec le plus facile des titres à intégrer et commenter… Chose que le premier tome de Je suis Shingo m'avait déjà amplement démontré – il m'avait fallu prendre un peu de temps pour mûrir la chose, observer une certaine distance nécessaire. Au final, j'avais trouvé ça très bon – mais sur le moment j'avais surtout trouvé ça très déstabilisant.

Un effet qui s'est reproduit avec ce tome 2… mais pour de tout autres raisons ! Déjà, causant du tome 1, j'avais relevé qu'il y avait régulièrement des ruptures de ton (délibérées, réfléchies) qui pouvaient secouer le lecteur – et ces ruptures pouvaient être aussi bien graphiques que narratives. Globalement, ce tome 2 est bien plus sage que le premier pour ce qui est du dessin (ce qui est un peu décevant, pour le coup, j'y reviendrai plus loin), mais, au plan du récit, il produit des sensations très… bizarres… Ceci alors même que la trame est beaucoup plus « unie », et à vrai dire linéaire, dans ce tome 2 que dans le tome 1. Mais, surtout, je ne sais toujours pas si, de la sorte, le tome 2 approfondit le premier… ou en prend radicalement le contrepied ! Et peut-être fait-il les deux à la fois…

Mais bon, nous sommes en présence d'une série, hein – et sauf erreur il y a encore quatre tomes derrière (à paraître). le commentaire de ce tome 2 sera donc « en l'état », et l'avenir aura bien des opportunités de me contredire de bout en bout.

Problème : pour en causer, je vais devoir SPOILER un peu, désolé. À bon entendeur (aheum)…

JE SUIS SHINJÛ ?

Le robot (industriel ?) Monroe occupe une place beaucoup plus secondaire dans ce tome-ci que dans le précédent. Il faut dire que nos gamins de héros, Satoru et Marine, qui ont entrepris, plus ou moins consciemment (car leur naïveté d'enfants est leur plus grand atout... et leur pire ennemi) d'éveiller la machine, se voient ici restreindre considérablement la possibilité d'y accéder.

Et c'est bien ce couple qui occupe le devant de la scène – un couple, oui, car nous parlons d'une histoire d'amour… même si elle figure des enfants ayant 10 à 12 ans. En fait, au-delà de leurs programmes visant à apprendre à Monroe à les reconnaître et à tenir une discussion, c'est aussi ou d'abord la candeur de leur amour qui a autorisé l'humanisation de la machine. Mais l'affaire prendra ici une tournure inattendue, quand les deux enfants désespérés vont chercher assistance et conseil auprès de leur ami artificiel…

C'est qu'ils ont grand-besoin d'aide. L'amour des deux enfants faisait déjà se lever quelques sourcils dans le premier tome (pensez à la jalousie possessive de la petite Shizuka), mais il n'avait pas encore exprimé tout son potentiel. Ce tome 2 parcourt une distance énorme à cet égard, quand les événements se précipitent : le père diplomate de Marine a un nouveau poste, qui implique de partir à l'étranger ; Marine suivant comme de juste ses parents, elle ne verra plus jamais Satoru…

Mais la passion des enfants est telle qu'elle débouche sur une fugue commune… et très étrangement poussée ! Les deux enfants ne cessent de proclamer leur amour, et cela va même bien plus loin : parce que c'est ce que font les amoureux, ils comptent bien avoir un enfant ! le problème (pour eux – pour le lecteur, j'y reviendrai dans la section suivante), c'est que leurs connaissances en la matière s'arrêtent là.

« Dis, Papa, comment on fait les bébés ? » Sauf que non : l'ambiance est telle, ici, que la référence à une fameuse pub et à un non moins fameux détournement, ne suffisent pas à désamorcer tout ce que la situation a, au fond, de tragique. Pardon, du coup, c'était un peu gratuit, ça...

Car Marine et Satoru demandent – ultime recours, ultime échange – à Monroe de les éclairer sur ce point… et la machine leur donne une réponse cryptique et absurde. Potentiellement fatale, aussi – car les enfants en concluent que, pour faire un enfant… il leur faut monter tout au sommet de la Tour de Tôkyô, et sauter dans le vide !

La fuite désespérée de Marine et Satoru – pourtant empreinte de ce candide espoir enfantin, mais qui ne trompe peut-être pas totalement les principaux intéressés – s'apparente ainsi à l'itinéraire accompli classiquement par les participants au double suicide amoureux, comme dans les Tragédies bourgeoises de Chikamatsu.

Je suis Shinjû, quoi.



Pardon.

Parce que, non, l'humour n'a pas vraiment sa place ici. Vraiment pas, même.

Pardon.

UN THRILLER DÉSESPÉRÉ ET… GLAUQUE

Le rythme de ce tome 2, du coup, n'a pas grand-chose à voir avec le tome 1. Les digressions ne sont guère de mise, l'intrigue est plus resserrée – certains chapitres ne correspondant qu'à quelques minutes de « temps réel ». Les errances paniquées des enfants au milieu d'adultes d'abord tous détestables, ensuite souvent touchants de par leurs angoisses, impliquent une action plus soutenue ; mais ça n'en est que plus vrai par la suite, quand ils se lancent dans l'ascension de la Tour de Tôkyô, avec ses 333 mètres, qui occupe plusieurs chapitres – qu'on ne s'y méprenne pas, je ne veux pas dire par-là que c'est « trop long », « interminable » ou ce genre de choses : au regard du propos et de la manière de le narrer, c'est tout à fait approprié.

Reste que la série adopte ici une tournure relevant davantage du thriller que de la (légère) science-fiction teintée de romance, ou l'inverse, du premier tome, quand bien même déjà sacrément bizarroïde, et parfois épicé de moments absurdes et à la limite du malsain (re-Shizuka ?). Cette fois, on court, et tout le temps, mais pas au nom de l'épuisante hystérie enfantine de Satoru dans les tout premiers épisodes : on court, désespérément, vers un but précis, et, en même temps, parce qu'on est poursuivi ; on grimpe, malgré la douleur, malgré la fatigue ; on pleure, mais sans pouvoir s'arrêter pour essuyer ses larmes – pas le temps, il faut avancer vers l'issue fatale.

La voie du thriller est aussi l'occasion de ramener dans la série cette peur que l'on peut être tenté d'associer intimement à Umezu Kazuo, tant le mangaka s'est imposé comme le maître du manga d'horreur. Ces moments malsains dont je viens de parler exceptés, le premier tome de Je suis Shingo tranchait sur les précédentes publications françaises de l'auteur, au Lézard Noir ou, je suppose, ailleurs également (avec L'École emportée). Ici, la peur revient de manière plus franche – d'abord sous cet angle de thriller, de l'angoisse étouffante affectant les deux enfants, mais tout autant leurs parents aux abois… Cependant, à la fin du tome, on reviendra à l'imaginaire, et plus précisément à la science-fiction, sous cet angle également, ce qui m'a surpris.

Mais, ceci, plus tard. En l'état, nous avons donc quelque chose qui ressemble un peu, au moins, à un thriller, mais qui touche surtout par sa dimension profondément désespérée. La BD tourne énormément autour de la thématique de la conscience – qu'elle soit associée au robot Monroe, ou à la découverte du sentiment amoureux chez les deux pré-adolescents, dans le premier tome. Ici, la question revient concernant notre couple enfantin, mais se teinte de couleurs plus noires – car, leur amour étant affiché désormais comme une certitude irréfutable, même en l'absence de tout critère de définition, se pose maintenant à eux la question de ce qu'ils vont en faire. Or nous savons, ou nous le craignons, du moins, que les deux enfants courent à leur propre mort ! Mais en sont-ils si inconscients ? Ce n'est vraiment pas dit. Ils pleurent sans cesse, tout au long de l'épreuve – cela n'entame en rien leur résolution, mais, si leur naïveté demeure, en façade du moins, ils n'ont rien d'un jeune couple avec tout l'avenir devant lui, et qui voit proverbialement la vie en rose : Umezz fait dans les aplats de noir. Derrière la conception de l'enfant, c'est bien, au mieux la séparation, plus probablement la mort, qui se profile. Capulet et Montaigu sur la voie du shinjû…

Mais justement : il y a, derrière eux, des Capulet et des Montaigu – les parents des deux enfants amoureux… mais aussi les autres adultes, employeurs mesquins et policiers désarmés. Marine et Satoru se posent en enfants qui ne veulent surtout pas devenir ce genre d'adultes – l'amour, la conception d'un enfant, qu'ils associent pourtant, et nous avec, à l'âge adulte, ne sont pas supposées, pour eux, avoir ce genre de conséquences ; indice supplémentaire de ce que cet amour ne peut qu'être fatal. Dès lors, les adultes pouvaient d'abord être envisagés comme un tout indifférencié, et systématiquement détestable. Ce nouveau tome joue initialement de cette carte, comme le premier : le père de Satoru est un minable paresseux porté sur la bouteille, sa mère un dragon ; celle de Marine est une bourgeoise imbue de son rang ; les propriétaires de l'usine, enfin, sont avares et cruellement égoïstes…

La situation de ces derniers ne s'arrange guère – elle s'aggrave, même, en fait : la femme est le personnage parfaitement haïssable du tome 2. Mais les autres ? Ils révèlent, dans leurs angoisses si poignantes, leur désespoir de parents, face aux actes incompréhensibles de leurs enfants – qu'ils aiment bien plus qu'ils n'en donnaient l'impression, faut-il croire. le désespoir des parents s'ajoute donc à celui des enfants, et l'ensemble donne une BD où l'on pleure beaucoup, où l'on souffre énormément. Pas spécialement une critique, là encore – tout au plus un constat. Globalement, à vrai dire, ça ne manque pas de faire son effet : ce deuxième tome s'avère régulièrement poignant.

Mais il y a autre chose… Tout ceci m'a paru bien glauque, tout de même. L'amour de Marine et Satoru, leur désir de faire un enfant, désamorcent par leur fausse candeur, leur authentique passion amoureuse et le terrible désespoir sous-jacent, toute tentative de détourner le propos du côté de l'humour (sans même parler de la grivoiserie). Par ailleurs, cela n'a rien de « touchant », au sens où on l'entend quand un adulte se penche sur telle ou telle amourette enfantine voire adolescente avec une vague condescendance amusée et nostalgique pour tant d'innocence – ça n'a absolument rien de « mignon », autrement dit. C'est terrible, c'est tragique – la confusion et l'ignorance des enfants n'y changent rien, bien au contraire, en fait.

Mais c'est donc aussi un peu glauque, oui – dans l'optique de cet étrange renversement, déjà sensible dans le tome 1 (mais qui adopte de tout autres dimensions, du coup, dans ce tome 2), voulant que Satoru, d'abord bien trop tardivement puéril, acquière en fait du monde et des relations humaines une perception inaccessible encore aux autres enfants autour de lui, qui jouent, eux, aux « grands », mais ne le seront pas encore dans les faits avant quelques années.

Le résultat est… très étrange. Et tout cet amour s'accompagne bien d'un certain malaise, que je peine à expliquer – à vous comme à moi, d'ailleurs. Ce tome 2 étant essentiellement focalisé sur cette trame, approfondie avec une intense méticulosité, le résultat global est… oui, disons « déstabilisant », pour employer un terme neutre. Comme le premier tome, et parfois dans sa continuité, mais avec aussi quelque chose de parfaitement inattendu – ce qui, en tant que tel, devrait presque toujours constituer un atout, mais se mêle pourtant ici d'un certain goût amer en bouche…
LA MENACE ROBOTIQUE, FINALEMENT ?

Monroe apparaît donc beaucoup moins dans ce tome 2 que dans le précédent – noter, d'ailleurs, que les chapitres ne s'ouvrent cette fois que très exceptionnellement sur un monologue rétrospectif de la machine, ce qui a aussi ses implications au plan du graphisme. le robot n'en a pas moins un rôle crucial à jouer – il a même, si j'ose dire…

Un rôle moteur.

Aha.

Plus sérieusement, ce qui m'a frappé, c'est combien les connotations associées au robot ont évolué entre les deux tomes (en sachant bien, oui, que la prépublication en épisodes ne générait probablement pas le même ressenti). Umezz semblait vouloir aller à contre-courant, en cassant l'image très prégnante du robot « menaçant » ; une image encore promise à un bel avenir – l'année suivant la parution des épisodes ici compilés, le Terminator de James Cameron en rajouterait une bonne couche. Or le mangaka, maître de l'horreur ou pas, avait usé de sa machine comme d'un prétexte à l'amour – vous vous rappelez, hein ? « A.I. », pour « Artificial Intelligence », qu'il faudrait plutôt lire « ai », « amour »… On n'en est plus tout à fait là, maintenant – si la raison de la réponse cryptique de Monroe, portant en elle la mort de ses « vrais » géniteurs enfantins, reste encore à éclaircir : Monroe semble lui aussi… être devenu une menace.

À vrai dire, un aspect au moins de cette menace avait été esquissé dans le premier tome – un aspect, pour le coup, totalement indépendant de la volonté de la machine consciente. En cette aube des années 1980, le robot, pour les ouvriers japonais, représente d'abord et avant tout le risque de suppressions massives d'emplois. Ce n'est alors pas encore la crise, là-bas, et la Bulle se porte bien, merci pour elle, mais le danger n'en est pas moins là… Dans le premier tome, la direction de l'usine avait commencé à tirer les leçons de la substitution du capital au travail : l'acquisition de Monroe justifiait de se « séparer » de certains employés, d'abord et avant tout les moins qualifiés. Mais, cette fois, c'est tout le personnel de l'usine qui y passe ! Ne reste plus, dans le bâtiment toujours très actif en dépit de ses couloirs déserts, que le couple des propriétaires – des gens parfaitement haïssables, Madame plus encore (ou plus ouvertement) que Monsieur.

Du coup, le père de Satoru en fait les frais comme les autres, et il est licencié – ce qui rend la menace constituée par Monroe sous cet angle autrement palpable pour le lecteur, qui, jusqu'alors, n'avait guère pu y associer que des anonymes ou peu s'en faut (il y avait au moins un cas à part, d'autant plus révélateur, d'ingénieur ayant fini sous les ponts…). En découlent des scènes de ménage cruelles, dans une ambiance familiale délétère – sans doute une raison de plus, pour Satoru, d'emprunter la voie de la fugue, même (voire surtout) fatale.

Je ne crois vraiment pas qu'Umezu Kazuo, ici, verse dans le luddisme sous ses avatars contemporains plus ou moins consciemment réactionnaires. Mais il figure avec intelligence et justesse les conséquences sociales du progrès technique, c'est certain, livrant du coup un tableau du Japon des années 1980 où la noirceur et le drame percent sous les protestations de réussite économique, la sacro-sainte croissance qui absorbe tout.

Mais, plus loin dans ce volume 2, Monroe constitue une menace d'un autre ordre, bien plus concrète – et ceci, même en laissant pour l'heure de côté son rôle exact dans le shinjû de Marine et Satoru, à déterminer. Là encore, quelques passages du premier tome pouvaient éventuellement l'annoncer, à ceci près que le ton global semblait rendre inopérante cette dimension du robot… Mais plus d'ambiguïté, cette fois : dans le dernier épisode de ce tome, Monroe tue des humains. Des innocents.

Où est donc passé le « robot de l'amour » ? Monroe serait-il lui aussi un ancêtre à très court terme de Terminator ? Sa violence est-elle une conséquence nécessaire de son éveil à la conscience ? Je ne sais qu'en penser pour l'heure – il me faudra lire la suite avant d'oser ne serait-ce qu'envisager de m'engager davantage sur ce point…

DÉLIRE D'INGÉNIEUR (SINON D'INFORMATICIEN)

Et le dessin ? Bilan partagé – comme toujours avec Umezu Kazuo, peut-être. Car son dessin « normal » me parle plus ou moins. Décors et mise en page sont irréprochables et même plus que ça, mais j'ai davantage de mal avec les personnages et leur bouche systématiquement ouverte sur un grand cri, de colère, de peur, d'incompréhension, qu'emporte – leurs formes rondes, enfin, héritées de temps peut-être plus archaïques du manga, et que leur persistance à l'aube des années 1980 rend éventuellement un brin anachroniques. Ce qui contribue, ici, à « sauver » les personnages (le terme est sans doute un peu fort…), c'est leur douleur, ce sont leurs larmes : le dessin adopte à cet égard quelque chose d'expressionniste qui se montre assurément efficace.

Mais, comme toujours, le dessin d'Umezu Kazuo brille bien davantage dans d'autres circonstances, quand il se lâche pour produire des choses plus étranges. Ainsi, bien sûr, de ces têtes de chapitre fort chelou, qui n'ont a priori, pas plus que dans le premier volume, de vrai lien avec ce qui se produit dans l'épisode qui suit immédiatement, mais qui constituent autant de saynètes sur lesquelles plane comme une vague menace absurde, et qui, pour le coup, devrait davantage aux codes du fantastique (éventuellement psychologique) que de la science-fiction – on est dans le registre apocalyptique, régulièrement, mais ces connotations persistent à mes yeux. C'est toujours très réussi, en tout cas.

Mais d'autres de ces passages où le dessin d'Umezz brille s'inscrivent plus frontalement dans la narration. Dans le premier tome, ce qui m'avait vraiment bluffé, c'était ces expériences remarquablement inventives où le mangaka « pixelisait » ses images, ou les transformait en schémas de circuits imprimés, ce genre de choses – qu'il s'agisse de voir le monde avec les yeux de Monroe, ou de suggérer une « contamination » du monde par ce genre de perceptions informatiques. On en a quelques beaux exemples, mais ils sont incomparablement plus rares dans ce tome 2 – d'où une certaine déception, à titre personnel.

Ce qui demeure, dans un registre moins fantasque et moins bluffant, mais qui continue de porter ses fruits, c'est l'esthétique industrielle – pourtant, l'approche change ici également : les prologues de Monroe, tout en machines et engrenages, se font bien plus rares que dans le tome 1, eux aussi, et, le robot n'ayant guère de temps de présence à l'écran, si j'ose m'exprimer ainsi, on ne se noie que rarement dans ses rouages et ses cartes perforées (ce qui, dans le premier tome, arrivait régulièrement, et de manière très pertinente – avec peut-être quelque chose des « cadrans Matsumoto » qui m'avaient frappé dans Capitaine Albator, moi l'ignare porté à inventer l'eau chaude ; mais en plus fou, plus complexe, plus contraignant, plus pertinent, car employé dans une optique tout autre, pas du tout comme un expédient, bien au contraire, en fait !).

Non : là où demeure cette esthétique, et de manière bien autrement mise en avant, c'est dans l'exploitation par l'auteur de la Tour de Tôkyô, cousine nippone de la Tour Eiffel, un peu plus haute, construite dans les années 1950, un vrai aimant à kaijû. Ici, elle offre à la fois un cadre à l'intrigue et un schéma esthétique, richement connoté au plan symbolique, qui en exprime l'essence même. On pourrait presque se demander si la BD n'était pas à sa manière un pur prétexte pour que le mangaka fasse mumuse avec la dentelle de fer de ce monumental délire d'ingénieur, cadre oppressant par excellence, à la fois parce que fermé et parce que ouvert – de quoi satisfaire toutes les phobies. Bien sûr, je dis des bêtises… La BD avait beaucoup d'intérêt bien avant, et il reste de nombreux épisodes après ceux de la Tour de Tôkyô. Mais, l'idée, dans cette remarque un peu trop excessive, c'est qu'Umezz s'amuse – et il a bien raison ; pour autant, et c'est d'une force admirable, ce jeu esthétique n'a en fait rien de gratuit, et s'avère p
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svecs
  18 décembre 2017
Dans ce deuxième tome de cette série (une trilogie, me semble-t-il), Satoru et Marine ne peuvent accepter d'être séparés. Ils décident de fuir ensemble et de demander l'aide de Monroe. Mais que peut bien conseiller un bras mécanique à 2 enfants ?
Le récit accentue l'étrangeté et le malaise qui caractérisait déjà le premier tome. Face à l'apparente innocence des enfants, à l'impuissance et l'incompréhension des adultes, tout semble suinter une angoisse sourde, une impression de fin du monde. Comme si le ciel était sur le point de s'ouvrir et déverser l'apocalypse sur le monde.
Le récit prend un ton beaucoup plus sombre. La fugue des enfants et leur détermination absurde nous mène sur le fil du rasoir. Malheureusement, Umezu tire trop son sujet en longueur. On peut accepter la naïveté des enfants comme moteur de la folie qu'il s'apprête à commettre. Mais dieu que c'est long et redundant. C'est d'autant plus dommage parce que cette histoire conserve une veritable étrangeté, d'autant plus marquée parce qu'elle exprime une vision de l'intelligence artificielle du début des années 80. Je sens la qualité de la réflextion d'Umezu tout en sentant à quelle point sa vision est désuète. C'est sans doute pour cela un livre intéressant.
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"L'univers de Kazuo Umezz : Documentaire inédit et exclusif sur l'auteur de manga
Bienvenue dans la maison de Kazuo Umezz, auteur de manga excentrique et lauréat du Prix du Patrimoine 2018 du Festival ! Cet entretien inédit et exclusif, réalisé par Xavier Guilbert & Stéphane Beaujean, a été diffusé pour la première fois à Angoulême le 27 janvier 2018. "
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