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ISBN : 2353481035
Éditeur : Le Lézard Noir (19/04/2018)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Rêveur au tempérament singulier, le jeune Satoru, en dernière année d'école primaire, se distingue un peu de ses copains et suscite souvent leur moquerie. Un soir, son père, qui travaille dans une petite usine de quartier, annonce qu'un robot va intégrer l'entreprise. Obnubilé par l'idée de le rencontrer, Satoru va pouvoir réaliser son rêve à l'occasion d'une visite scolaire organisée par son école. Il fait ainsi la connaissance du robot Monroe, mais aussi de Marine... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
nebalfr
  21 mai 2018
Attention, je risque de SPOILER un peu…
Le troisième tome de Je suis Shingo est paru tout récemment, après que la série a été récompensée par un très légitime prix du patrimoine au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême – l'occasion, on l'espère, d'augmenter la visibilité en France de cet auteur de génie qu'est Kazuo Umezu. Et ceci, ai-je l'impression, alors même que Je suis Shingo n'est pas forcément la porte d'entrée la plus évidente à l'oeuvre diverse et puissante d'Umezz… C'est tout de même une série très étrange, extrêmement riche aussi, et largement rétive à la classification. Science-fiction ? Au premier chef, oui, probablement – et ici plus frontalement que dans le premier tome, où c'était bien plus allusif. Mais il y a beaucoup d'autres choses dans Je suis Shingo – dont, et cela n'avait rien d'évident là encore au regard du seul premier tome, de l'horreur, la grande spécialité de l'auteur.

Celle-ci avait en fait été introduite à la toute fin du tome 2 – produisant un effet très brutal, et d'autant plus saisissant. Dans ce troisième volume, elle est toujours là – au premier plan ou dans l'ombre, comme une menace latente qui ne demanderait qu'à se réveiller. Il n'y a cependant pas que cela – et, à vrai dire, l'horreur ici génère des scènes poignantes, teintées de drame social, et qui permettent au robot Monroe d'accéder à une nouvelle étape fondamentale de sa prise de conscience, au sens fort, et de sa définition : c'est ici, enfin, qu'il revendique l'identité de Shingo, un nom totalement absent des deux premiers tomes, formé sur la base de la prononciation alternative des caractères employés pour écrire le nom de ses « parents », Marine et Satoru ; le robot s'affirme en même temps en tant qu'être humain.

Marine et Satoru, à vrai dire, sont quasi absents de ce troisième tome, après avoir été les vedettes des deux premiers – dans une veine particulièrement tragique et glauque dans le précédent. La petite fille est partie pour l'Angleterre avec ses parents – on n'y aime pas beaucoup les Japonais, la crise n'arrangeant rien… ou on les aime trop, car elle a aussi affaire à un bellâtre pédophile. Quant à Satoru, il déménage également – suivant sa mère, qui a trouvé un emploi dans un bar à Niigata, bien mieux payé que le sordide boulot finalement décroché par son fainéant de mari, licencié pour cause de robotisation donc, dans une entreprise de nettoyage. Et les deux enfants l'un pour l'autre ? Ils semblent pour l'essentiel résignés, fatalistes ; leurs amours sont du passé, idéalement il faudrait les oublier… Ce qui n'est bien évidemment pas possible.

Exeunt Marine et Satoru, d'autres personnages doivent prendre le devant de la scène – et tout d'abord Monroe/Shingo, le robot qui s'évade de l'usine où il était fixé à une chaîne de montage, après avoir tué plusieurs employés. Jusqu'à présent, le robot n'était qu'amour (A.I., prononcé ai, « amour » en japonais, en même temps que l'acronyme pour artificial intelligence), mais, ses « parents » enfantins n'étant plus là pour lui, le bébé robot manque de repères et de perspectives – ce qui le rend dangereux. Sa longue fuite lui impose de commettre bien des dégâts…

Cependant, au fil de séquences proprement surréalistes, Monroe va rencontrer un soutien inattendu, mieux, une amie – une certaine Miki, la fille (?) du couple ayant emménagé dans l'appartement où vivait il y a peu encore Satoru. Cependant, ladite Miki, nous ne la voyons jamais – elle n'est qu'une voix pressante jaillissant de derrière les rideaux opaques d'une sorte de lit d'hôpital ; nous ne savons rien d'elle, si ce n'est qu'elle ne tardera pas à mourir… Mais, d'une manière ou d'une autre, cette « créature » dont l'humanité semble questionnable est en mesure de suivre à la trace Monroe dans sa fuite – épreuve déconcertante pour qui ne sait rien du monde extérieur ; Miki sait que le robot doit se nourrir d'électricité, et lui explique comment faire, en communiquant avec lui par téléphone ! Les deux se rencontreront enfin – l'événement permettant à Monroe de devenir Shingo, et de s'affirmer en tant qu'être humain ; quant à Miki, elle semble bénéficier de la sorte de la possibilité de fuir à son tour ?

Tout ceci produit à nouveau un effet très déconcertant – décidément la marque de fabrique de cette série, sinon de l'oeuvre de Kazuo Umezu en général ; prise de façon très abstraite, la trame pourrait donner l'impression d'être convenue – et peut-être ce genre d'article contribue-t-il à renforcer faussement cette impression. Mais l'histoire, en vérité, ne cesse de prendre des détours inattendus, parfois très brutaux, très secs, ce qui transfigure totalement la marche générale du récit ; celle-ci retombe toujours en définitive sur ses pattes, mais l'expérience n'en a été que plus saisissante en même temps que déconcertante.

Il y a cependant plus, dans ce troisième volume – et c'est l'insupportable personnage de Shizuka qui ménage (ce n'est peut-être pas le mot, du coup…) la transition. L'infecte petite fille, qui était toujours dans les pattes de Satoru, continue, à son habitude, d'espionner les voisins – ce qui, cette fois, la met sur la piste de l'intrigante Miki. Mais, au-delà, avec un petit groupe d'enfants, elle abrite Monroe/Shingo, désormais traqué, non seulement par la police, mais aussi par ses concepteurs – avec l'armée en fond, et comme une amorce d'apocalypse épidémique ? Bon, nous n'avançons pas trop dans cette direction, pour l'heure…

Des enfants, qui gardent une créature impossible, ici un robot, contre les adultes « officiels » qui lui veulent du mal… Vu de loin, ou de moins loin, ça pourrait pas mal évoquer l'E.T. de Steven Spielberg, non ? le film était sorti un à deux ans avant la publication originelle de ces épisodes dans Big Comic Spirits, en 1983-1984. Maintenant, remplacez Spielberg par, mettons… un duo associant… Lars von Trier… et Lucio Fulci ? Bon, plutôt d'autres peut-être, mais vous voyez l'idée. La fuite de Monroe/Shingo se prolonge, avec les enfants pour l'aider. le gamin aux commandes d'un camion, alors qu'il ne sait pas conduire, ça aurait dû être mignon-rigolo-Amblin, non ? Sauf que ça ne l'est pas du tout… Pas seulement parce que cette folle course-poursuite n'aurait pas dépareillé dans Terminator. C'est surtout qu'Umezz se montre ici très extrême (en rappelant toutefois que Je suis Shingo visait un lectorat adulte, à la différence notamment de la Femme-serpent, et ce même si les héros sont des enfants) ; sans doute les codes ne sont-ils pas les mêmes au Japon, mais, pour le coup, la BD choque – bien loin du tabou hollywoodien qui relègue la souffrance et la mort des enfants dans le hors-champ, Umezz montre, il ne cache rien ; il ne fait pas à proprement parler dans le gore, ou à peine, moins encore le body horror, ce genre de choses, il n'y a d'ailleurs aucune vraie complaisance à cet égard, une case ici, une case là, suffisent amplement, mais nous voyons bel et bien des enfants souffrir et mourir au cours de cette course-poursuite ; l'effet n'est pas très E.T., pour le coup ! Et ces séquences nouent le ventre… Même si la mort la plus horrible de ce troisième volume, toujours celle d'un enfant, est encore à venir, qui débouche sur d'ultimes pages proprement terribles…

C'est peu dire : à ce stade de la BD – nous sommes en principe pile au milieu de la série, qui doit compter six tomes –, on est très, très loin de la charmante naïveté du premier volume, avec ces enfants rêveurs qui prenaient sur eux d'éveiller un ordinateur à une forme de conscience. Depuis, les amours contrariées de Marine et Satoru ont failli, tout juste, dégénérer dans le plus terrible des drames, et Monroe/Shingo, que l'on veut aimer, n'en a pas moins commis des atrocités, sans bien s'en rendre compte sans doute. le body count augmentant radicalement dans les derniers chapitres de ce troisième tome, et pas exactement de manière à laisser le lecteur indifférent, demeure finalement le même sentiment qu'auparavant : Je suis Shingo, de bien des manières on ne peut plus différentes, a quelque chose de profondément dérangeant, voire glauque, derrière son postulat naïf et bienveillant – ceci, pourtant, sans le contredire, ou du moins pas totalement. La BD produit un effet très fort, peut-être même unique, mais rarement sinon jamais de la manière attendue.

Si mon appréciation des deux premiers tomes m'avait imposé de prendre un peu de recul – au moment de tourner la dernière page, j'étais avant tout perplexe –, celui-ci m'a bien davantage parlé immédiatement. Ce qui ne signifie absolument pas qu'il soit meilleur que les deux premiers (en fait, de ces trois volumes, avec le recul, c'est probablement le premier qui reste le plus réussi) ; c'est bien plutôt que la lecture de ces deux volumes antérieurs m'a d'une certaine manière « éduqué » de manière à ce que la suite produise un effet plus direct, emportant aussitôt l'adhésion – ne pas s'y tromper cependant, les éléments de surprise demeurent, la brutalité des changements de registre de même : cette « éducation » porte, disons, sur le principe de ces changements brutaux – sans rien dire de leur contenu.

Graphiquement, enfin, ce troisième tome est très réussi. Si l'on trouve assez peu de ces tableaux « pixélisés », ou « 3D fil de fer », etc., qui m'avaient tant plu dans le premier tome, il y en a tout de même quelques-uns, toujours aussi beaux et pertinents. Mais, dans ce troisième volume, ce qui convainc le plus à cet égard, ce sont probablement les nombreuses séquences où Monroe/Shingo, contraint de fuir, se retrouve dans des environnements particuliers, chaotiques, répugnants – là les égouts, ici une décharge : il y a comme un délice chez l'auteur à représenter les déchets, la pourriture, la corruption, en y inscrivant son robot – pour l'heure du moins dans une optique de contraste ; cela produit des séquences régulièrement impressionnantes, et méticuleuses, d'une extrême précision dans le détail.

Je suis Shingo, cela se confirme avec ce troisième tome, demeure une excellente série, et finalement unique : vu de loin, ça pourrait évoquer pas mal de choses, mais il suffit de tourner quelques pages pour percevoir combien cette oeuvre n'a pas véritablement d'équivalent, et ne pouvait probablement jaillir que du cerveau et du pinceau de l'auteur de génie, et tellement hors-normes, qu'est Kazuo Umezu.
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Vidéo de Kazuo Umezu
"L'univers de Kazuo Umezz : Documentaire inédit et exclusif sur l'auteur de manga
Bienvenue dans la maison de Kazuo Umezz, auteur de manga excentrique et lauréat du Prix du Patrimoine 2018 du Festival ! Cet entretien inédit et exclusif, réalisé par Xavier Guilbert & Stéphane Beaujean, a été diffusé pour la première fois à Angoulême le 27 janvier 2018. "
Festival International de la Bande Dessinée
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