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ISBN : 2371270245
Éditeur : La Cheminante (29/05/2015)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 25 notes)
Résumé :

Ejo, seulement trois lettres pour dire notre origine et notre avenir. Un seul petit mot en kinyarwanda, la langue nationale du Rwanda, pour reconquérir la vie, retrouver les mots d'avant et inventer ceux d'après le génocide des Tutsi.

Ejo, comme un élixir de paroles croisées, vivantes, vibrantes, ambiancées, de femmes très attachantes en quête d'elles mêmes, comme nous le sommes de nous-mêmes - la terrible parenthèse du pire en moins.
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  29 novembre 2019

Quinze ans avait l'auteure lorsque son pays, le Rwanda, fut ravagé par un génocide horrible. Et en dépit de cette horreur et en faisant abstraction des sentiments, Beata Umubyeyi Mairesse a réussi un parcours plus qu'étonnant : exemplaire ! L'année même du massacre des Tutsi, 1994, la jeune fille est partie pour la France où elle a enchaîné études et diplômes, l'IEP à Lille, la Sorbonne à Paris. Ce qui demande tout de même une merveilleuse force de caractère ! Par ailleurs, simultanément à ses études poussées, la jeune dame a été fort active dans des organisations à but non lucratif, comme à Bordeaux dans le domaine de la santé par exemple.
En 2015, Beata Umubyeyi Mairesse a publié son premier ouvrage "Ejo", et pendant les 4 ans qui ont suivi, elle a manifesté le même rythme élevé comme écrivaine qu'elle avait soutenu en tant qu'étudiante. En 2017, elle sort son second recueil de nouvelles "Lézardes" et cette année elle achève un double coup : un recueil de poésies "Après le progrès" et un roman "Tous les enfants dispersés". Ce dernier ouvrage a été fort bien accueilli sur Babelio et lui a valu d'être nommée pour divers prix littéraires, parmi lesquels celui de la Société des Gens de Lettres (SGDL).
Comme Belge j'ai suivi ce génocide, qui a fait entre 800.000 et un million de victimes, avec une grande attention du fait que le Rwanda, tout comme le Burundi à côté, a été, après la 1re guerre mondiale, sous mandat belge et qu'un de mes anciens instituteurs s'y trouvait comme missionnaire.
J'ai aussi lu plusieurs ouvrages sur le sujet : du Canadien, Gil Courtemanche, "Un dimanche à la piscine de Kigali" (2000) ; de la journaliste belge du quotidien Le Soir, Colette Braeckman "Rwanda : histoire d'un génocide" (1994) et la trilogie de Jean Hatzfeld "Récits des marais rwandais" (2000-2007). Un livre que j'ai commenté, le 14 août 2017, sur la question est de l'ancienne juge de la Cour de la Haye, la courageuse Suissesse Carla del Ponte : "La Traque, les criminels de guerre et moi".
L'originalité de cet ouvrage de notre écrivaine franco-rwandaise c'est qu'en 10 nouvelles et 6 lettres elle nous peint le "passé simple, le conditionnel présent et le futur" de quelques femmes du Rwanda. "Combien hier épuise, hante et bouleverse la vie des survivant(e)s du génocide... " comme elle précise dans un court avant-propos.
En l'espace d'à peine 141 pages, Beata Umubyeyi Mairesse nous trace un tableau extrêmement convaincant de la réalité psychologique que ce génocide a représentée et continue à signifier à ces femmes. Un peu plus loin, elle spécifie : "Nous sommes trop pleines d'amertume et de souffrances... "
Très souvent par des petites touches, l'auteure évoque cette réalité. Par exemple, la tante d'une protagoniste a été arrêtée sans raison et lorsqu'elle rentre au bout d'un certain temps refusait d'en parler et la nièce de conclure : "J'ai juste remarqué qu'elle était devenue insomniaque". En d'autres termes, l'ignominie de son expérience carcérale avait comme effet qu'il lui était impossible d'en formuler le moindre mot, mais d'en voir des flashbacks qui lui empêchaient de dormir.
Dans le même ordre d'idées ou plutôt de sentiments, il y a les Tutsi à qui le sommeil échappe à cause des messages atroces de haine qu'elles entendent toujours de l'infâme Radio Télévision Libre des Milles Collines (RTLM), qui de juillet 1993 à juillet 1994, a répandu systématiquement une propagande virulente contre les Tutsi et les Hutus modérés. En fait, une incitation au génocide avec des slogans tels "Tuez tous les cafards". Durant la tuerie, la RTLM, surnommée "Radio Machette" ou "RTLMort", indiquait où les "cancrelats" ou les Tutsi se cachaient avec comme "conseil" : "Remplissez les fosses" ! le commandant des forces de l'ONU, le général canadien Roméo Dallaire, a proposé de bloquer l'émetteur, mais les États-Unis s'y sont opposés. Lire les mémoires de Dallaire "J'ai serré la main du diable : La faillite de l'humanité au Rwanda" (2004).
Parmi les condamnés pour planification du génocide figurait une femme, l'animatrice Valérie Bemeriki qui a eu perpète en 2009.
À la page 119, l'auteure fait dire à une de ses héroïnes : "Je crois que les seules disputes qu'il y ait jamais eues à la maison étaient dues à la radio". À sa fille, elle dit : "Tu n'as pas idée de ce que dit cette radio petite idiote ! Toi tu danses quand on veut te couper les jambes ?"
Parmi tant d'abomination, tout de même une phrase plus légère, en parlant d'une jeune fille férue de la mode : "Elle s'est fait éclaircir la peau avec des crèmes et des savons soi-disant parisiens - mais est-ce que les Parisiennes ne sont pas déjà blanches ?"
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Myriam3
  09 février 2016
Ejo, en kinyarwanda, signifie à la fois hier et demain. Dans ce recueil de nouvelles, 10 au total, c'est exactement de ça qu'il s'agit: le génocide avant, et après.
Beata Umubyeyi Mairesse était là, au Rwanda, en 1994, lorsque tant de Tutsi ont été massacrés. Cachée dans une cave pendant trois mois , miraculeusement sauvée, elle a pu se réfugier en France et y continuer ses études.
Mais dans ce recueil, ce n'est pas d'elle qu'il s'agit, ou sans doute d'elle mais fragmentée, découpée en autant de portraits de rescapés: hommes ou femmes avant le génocide, ou revenant dans leur pays des années après tandis que d'autres y sont restés pour patiemment rechercher les ossements de leurs proches et les enterrer dignement.
Jamais Beata n'écrit directement l'horreur du génocide. Ses mots tournent autour, le frôlent dangereusement mais le contournent, trou béant, vide cauchemardesque omniprésent mais encore intouchable réellement. Bien sûr on devine, les blessures sont là, les mots crus, directs aussi, ces frères et soeurs découpés, les ossements déterrés par les corbeaux... une réalité horrifique, mais une réalité quand même.
Chacune des dix nouvelles sont comme des tableaux du Rwanda sur une vingtaine d'années, bruts tout en restant pudiques, révoltés, désespérés. Comment écrire sur une telle réalité? Beata Umubyeyi Mairesse y arrive pourtant d'une plume fine, intelligente mais sans concession.
Merci Babelio et La Cheminante -maison d'édition que je garde en mémoire - pour cette belle découverte. J'espère que Beata Umubyeyi Mairesse ne s'arrêtera pas là.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
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Meps
  20 janvier 2019
Le titre de ce livre résume tellement bien ce livre qu'il pourrait suffire à une critique... sauf pour ceux qui ne parlent pas kinyarwanda, ce qui représente tout de même une partie non négligeable de la population mondiale !
En kinyarwanda, Ejo signifie à la fois hier et demain. Drôle de façon de combiner passé et futur, mais c'est ce que parvient à faire Beata Umubyeyi Mairesse. Parler du passé de tout ce qui a amené à ce que cette tragédie survienne, parler du futur à construire après le massacre, le drame, mais finalement ne jamais parler de ce qui est toujours présent à l'esprit: l'horreur de ce génocide. Sans doute parce qu'on en a trop parlé, parce que se complaire dans la description de l'horreur est sans doute inutile ou en tout cas risque de ne laisser que s'exprimer les rancoeurs sans trouver de solutions pour l'avenir et sans retenir les leçons du passé.
Ce qui est étrange c'est qu'Ejo résume aussi mon expérience de lecture, puisque j'ai d'abord découvert Lézardes, le futur de ce premier livre, avant de lire Ejo, le passé de ma première lecture. Expérience intéressante que de découvrir ces recueils de nouvelles dans un ordre différent que celui conçu par l'auteur. J'ai écorné d'une demi-étoile ma note car j'ai trouvé - et ce n'est que logique - plus de maîtrise dans Lézardes, un plus grand art dans la façon de faire naître des émotions très fortes.
Les deux recueils sont malgré tout très proches dans leur conception, des nouvelles qui ici tournent chacune autour d'une femme qui démarre le titre, et essaient de saisir l'essence d'un pays avant la tempête ou d'êtres en cours de reconstruction. Mentions spéciales pour Spesioza - Missing person (récit très touchant où le narrateur est pour la seule fois un homme, mais avec une seule femme en tête) et pour la nouvelle épistolaire Soeur Anne - Ne vois-tu rien venir ? qui épingle cruellement nos aveuglements occidentaux.
Je suis en tout cas particulièrement touché par la simplicité apparente de l'écriture de cette auteure qui cache une complexité foisonnante d'impressions, de sentiments, de réflexions profondes et troublantes, d'émotions très fortes. Tout comme la simplicité du prénom Beata ouvre à la complexité d'une identité double Umubyeyi Mairesse qui amène à une richesse extraordinaire.
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SoniaFontaine
  02 août 2015
Ejo est un recueil de nouvelles de Beata Umubyeyi Mairesse, toutes chargées d'une profonde émotion, d'une profonde humanité mais sans le moindre pathos. Chacune est annoncée par une phrase qui se voudrait bien être à valeur de vérité générale, d'abord écrite en kinyarwanda puis traduite en français. On apprend dans la dernière nouvelle qu'il s'agit des phrases dites par une rescapée du génocide Rwandais de 1994, Agnès, professeure d'histoire, ardente à se battre pour échapper à son chagrin et qui s'effondre pourtant lorsque le gouvernement décrète que l'on doit maintenant enseigner en anglais alors même que la langue rwandaise existe et qu'elle est pratiquée. Devenue folle, elle lance ces phrases, au sens souvent obscur, ces phrases parfois absurdes, sans doute aussi absurdes que les actes du génocide perpétré dans l'indifférence générale. Nous voilà prévenus, l'écrivaine a du tempérament et peut jouer du présent gnomique par dérision. Elle bouscule mais elle sait aussi écouter, raconter, toucher. Son écriture déploie très subtilement des registres différents.
Elle donne à entendre la voix d'êtres différents, à percevoir l'expression de leurs sentiments, de leurs sensations, alors que la douleur les taraude tous, que l'effroi les tenaille encore. Aucune de ces femmes n'est éloignée de nous, jamais. Aucune des nouvelles n'a de fin… Leurs épreuves non plus. Une nouvelle, p.63, rompt avec cette structure : elle raconte l'histoire de France – quel prénom ! et de Félicitée – quel prénom aussi pour celle qui est restée au Rwanda ! Elle est construite en boucle autour d'un même lieu…les latrines ! le sarcasme, l'autodérision ne l'éloignent pas pour autant des autres séquences parce que de l'une à l'autre persiste la même incompréhension, la même sidération. La structure éclatée de ce livre n'éparpille pas les récits qui sont certes des témoignages nourris des outils culturels, religieux, sociaux et politiques indispensables mais sont avant tout, autant de preuves de vies, de survies ? différentes et semblables à la fois. On y parcourt aussi des paysages, on savoure les lieux où la végétation invite à regarder.
Si certains détails laissent imaginer l'horreur, l'écrivaine n'entre pas dans les faits des tortionnaires. D'autres écrivains ont déjà raconté, on pense par exemple à Survivantes d'Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad publié 10 ans après le génocide de 1994. Les reportages des journalistes, même à l'époque des évènements ont été éloquents, la télévision était sur place. La souffrance de chacun de ces personnages, hommes, femmes, enfants est probablement indicible. On pense à la même difficulté à nommer chez Primo Lévi ou Imre Kertesz. le texte de Béata Umubeyi Mairesse parvient à suggérer l'inimaginable : s'il faut choisir parmi ces nouvelles, lire par exemple : Béatrice Coup d'État classique, p.109 ou Euphrasie, 0pération biscuit, p.121. Son recueil parvient à mettre en avant la mauvaise foi, les ambiguïtés complices sans accuser, sans juger (lire l'échange de lettres entre Anne et sa soeur, religieuse, p.39 au titre si humoristique « Soeur Anne - Ne vois-tu rien venir ? », allusion au conte de Perrault, Barbe Bleue). J'aime particulièrement : France – Kazungu, p.63 pour sa virulence et son sens fécond de la provocation.
« Dans la plupart des langues, hier et demain sont désignés par des mots différents. En kinyarwanda, qui est pourtant une langue très riche et raffinée, c'est un même mot qui exprime deux temporalités : ejo. » p.10
Livre à lire absolument.
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fklevesque
  18 octobre 2019
Un recueil de nouvelles d'une force remarquable par rapport au drame rwandais de 1994.
L'auteur emprunte des mots toujours juste pour décrire l'ensemble des facettes de l'âme des victimes déchirée par les violences physiques et morale. Il s'agit d'une oeuvre brutale par la force des images qu'elle évoque sans jamais entrer dans une dimension crue ou sordide attachée à des descriptions complaisantes de situations génocidaires.
C'est la personne humaine, dans toute sa fragilité, qui domine chaque drame individuel exprimé sur le ton de la confidence. Ce qui accroît la puissance de chaque propos, de chaque histoire, de chaque mort intérieure, de chaque résurrection potentielle.
Un livre que je recommande sans aucune restriction.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
MepsMeps   20 janvier 2019
Léa, ma seule véritable amie ici m'a dit une fois : "Les gens ne supportent pas ton trop grand malheur. Non parce qu'ils sont saisis par l'horreur de ce que tu as traversé, mais parce qu'ils ne veulent pas admettre que leurs cicatrices, sur lesquelles ils passent des heures à chialer, sont toutes petites à côté des tiennes. Ils préfèrent imaginer que tu vas bien. Certes tu as beaucoup souffert, mais aujourd'hui, grâce à l'accueil que leur pays riche et démocratique t'a offert, grâce à l'aide qu'ils t'on apportée, qui en t'offrant les vêtements qu'elle ne mettait plus, qui en te payant des heures de ménage dans sa maison, grâce à eux et à ton courage inné de femme noire, aujourd'hui tu es guérie. Ils disent que tu es un bel exemple de résilience, te présentent fièrement à leur famille, parlent du merveilleux job que tu as décroché à la commune (encore leur petit coup de main). Et toi tu joues la parfaite négresse reconnaissante . Oh oui, un emploi précaire de dernière catégorie, est-ce que tu pouvais rêver mieux, vu qui tu es et d'où tu viens !
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CelkanaCelkana   02 février 2016
Aux pieds des panneaux solaires flambants neufs, dans les jardins luxuriants des lodges pour riches Américains, poussent des herbes folles d'avoir bu trop de sang. Les chèvres ne risquent plus de s'étouffer avec des sacs en plastique-désormais interdits-mais jouent parfois avec des ossements humains que les pluies font affleurer.
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CelkanaCelkana   04 février 2016
Agahinda ntikica kagira mubi (Le chagrin ne tue pas, il abîme)
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beberootsbeberoots   29 juillet 2017
Des histoires de femmes qui disent leur passé simple, leur conditionnel présent et leur futur, certainement imparfait.
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fklevesquefklevesque   18 octobre 2019
Amarira y’umugabo atemba ajya mu nda
[Les larmes de l’homme coulent à l’intérieur]
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Videos de Beata Umubyeyi Mairesse (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Beata Umubyeyi Mairesse
BEATA UMUBYEYI MAIRESSE & GAËL FAYE TOUS TES ENFANTS DISPERSÉS
Rencontre animée par Valérie Marin la Meslée
Plus d'informations | bit.ly/2momX4I
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