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ISBN : 2371270245
Éditeur : La Cheminante (29/05/2015)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 22 notes)
Résumé :

Ejo, seulement trois lettres pour dire notre origine et notre avenir. Un seul petit mot en kinyarwanda, la langue nationale du Rwanda, pour reconquérir la vie, retrouver les mots d'avant et inventer ceux d'après le génocide des Tutsi.

Ejo, comme un élixir de paroles croisées, vivantes, vibrantes, ambiancées, de femmes très attachantes en quête d'elles mêmes, comme nous le sommes de nous-mêmes - la terrible parenthèse du pire en moins.
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Myriam3
  09 février 2016
Ejo, en kinyarwanda, signifie à la fois hier et demain. Dans ce recueil de nouvelles, 10 au total, c'est exactement de ça qu'il s'agit: le génocide avant, et après.
Beata Umubyeyi Mairesse était là, au Rwanda, en 1994, lorsque tant de Tutsi ont été massacrés. Cachée dans une cave pendant trois mois , miraculeusement sauvée, elle a pu se réfugier en France et y continuer ses études.
Mais dans ce recueil, ce n'est pas d'elle qu'il s'agit, ou sans doute d'elle mais fragmentée, découpée en autant de portraits de rescapés: hommes ou femmes avant le génocide, ou revenant dans leur pays des années après tandis que d'autres y sont restés pour patiemment rechercher les ossements de leurs proches et les enterrer dignement.
Jamais Beata n'écrit directement l'horreur du génocide. Ses mots tournent autour, le frôlent dangereusement mais le contournent, trou béant, vide cauchemardesque omniprésent mais encore intouchable réellement. Bien sûr on devine, les blessures sont là, les mots crus, directs aussi, ces frères et soeurs découpés, les ossements déterrés par les corbeaux... une réalité horrifique, mais une réalité quand même.
Chacune des dix nouvelles sont comme des tableaux du Rwanda sur une vingtaine d'années, bruts tout en restant pudiques, révoltés, désespérés. Comment écrire sur une telle réalité? Beata Umubyeyi Mairesse y arrive pourtant d'une plume fine, intelligente mais sans concession.
Merci Babelio et La Cheminante -maison d'édition que je garde en mémoire - pour cette belle découverte. J'espère que Beata Umubyeyi Mairesse ne s'arrêtera pas là.
Lien : http://pourunmot.blogspot.fr..
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Meps
  20 janvier 2019
Le titre de ce livre résume tellement bien ce livre qu'il pourrait suffire à une critique... sauf pour ceux qui ne parlent pas kinyarwanda, ce qui représente tout de même une partie non négligeable de la population mondiale !
En kinyarwanda, Ejo signifie à la fois hier et demain. Drôle de façon de combiner passé et futur, mais c'est ce que parvient à faire Beata Umubyeyi Mairesse. Parler du passé de tout ce qui a amené à ce que cette tragédie survienne, parler du futur à construire après le massacre, le drame, mais finalement ne jamais parler de ce qui est toujours présent à l'esprit: l'horreur de ce génocide. Sans doute parce qu'on en a trop parlé, parce que se complaire dans la description de l'horreur est sans doute inutile ou en tout cas risque de ne laisser que s'exprimer les rancoeurs sans trouver de solutions pour l'avenir et sans retenir les leçons du passé.
Ce qui est étrange c'est qu'Ejo résume aussi mon expérience de lecture, puisque j'ai d'abord découvert Lézardes, le futur de ce premier livre, avant de lire Ejo, le passé de ma première lecture. Expérience intéressante que de découvrir ces recueils de nouvelles dans un ordre différent que celui conçu par l'auteur. J'ai écorné d'une demi-étoile ma note car j'ai trouvé - et ce n'est que logique - plus de maîtrise dans Lézardes, un plus grand art dans la façon de faire naître des émotions très fortes.
Les deux recueils sont malgré tout très proches dans leur conception, des nouvelles qui ici tournent chacune autour d'une femme qui démarre le titre, et essaient de saisir l'essence d'un pays avant la tempête ou d'êtres en cours de reconstruction. Mentions spéciales pour Spesioza - Missing person (récit très touchant où le narrateur est pour la seule fois un homme, mais avec une seule femme en tête) et pour la nouvelle épistolaire Soeur Anne - Ne vois-tu rien venir ? qui épingle cruellement nos aveuglements occidentaux.
Je suis en tout cas particulièrement touché par la simplicité apparente de l'écriture de cette auteure qui cache une complexité foisonnante d'impressions, de sentiments, de réflexions profondes et troublantes, d'émotions très fortes. Tout comme la simplicité du prénom Beata ouvre à la complexité d'une identité double Umubyeyi Mairesse qui amène à une richesse extraordinaire.
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SoniaFontaine
  02 août 2015
Ejo est un recueil de nouvelles de Beata Umubyeyi Mairesse, toutes chargées d'une profonde émotion, d'une profonde humanité mais sans le moindre pathos. Chacune est annoncée par une phrase qui se voudrait bien être à valeur de vérité générale, d'abord écrite en kinyarwanda puis traduite en français. On apprend dans la dernière nouvelle qu'il s'agit des phrases dites par une rescapée du génocide Rwandais de 1994, Agnès, professeure d'histoire, ardente à se battre pour échapper à son chagrin et qui s'effondre pourtant lorsque le gouvernement décrète que l'on doit maintenant enseigner en anglais alors même que la langue rwandaise existe et qu'elle est pratiquée. Devenue folle, elle lance ces phrases, au sens souvent obscur, ces phrases parfois absurdes, sans doute aussi absurdes que les actes du génocide perpétré dans l'indifférence générale. Nous voilà prévenus, l'écrivaine a du tempérament et peut jouer du présent gnomique par dérision. Elle bouscule mais elle sait aussi écouter, raconter, toucher. Son écriture déploie très subtilement des registres différents.
Elle donne à entendre la voix d'êtres différents, à percevoir l'expression de leurs sentiments, de leurs sensations, alors que la douleur les taraude tous, que l'effroi les tenaille encore. Aucune de ces femmes n'est éloignée de nous, jamais. Aucune des nouvelles n'a de fin… Leurs épreuves non plus. Une nouvelle, p.63, rompt avec cette structure : elle raconte l'histoire de France – quel prénom ! et de Félicitée – quel prénom aussi pour celle qui est restée au Rwanda ! Elle est construite en boucle autour d'un même lieu…les latrines ! le sarcasme, l'autodérision ne l'éloignent pas pour autant des autres séquences parce que de l'une à l'autre persiste la même incompréhension, la même sidération. La structure éclatée de ce livre n'éparpille pas les récits qui sont certes des témoignages nourris des outils culturels, religieux, sociaux et politiques indispensables mais sont avant tout, autant de preuves de vies, de survies ? différentes et semblables à la fois. On y parcourt aussi des paysages, on savoure les lieux où la végétation invite à regarder.
Si certains détails laissent imaginer l'horreur, l'écrivaine n'entre pas dans les faits des tortionnaires. D'autres écrivains ont déjà raconté, on pense par exemple à Survivantes d'Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad publié 10 ans après le génocide de 1994. Les reportages des journalistes, même à l'époque des évènements ont été éloquents, la télévision était sur place. La souffrance de chacun de ces personnages, hommes, femmes, enfants est probablement indicible. On pense à la même difficulté à nommer chez Primo Lévi ou Imre Kertesz. le texte de Béata Umubeyi Mairesse parvient à suggérer l'inimaginable : s'il faut choisir parmi ces nouvelles, lire par exemple : Béatrice Coup d'État classique, p.109 ou Euphrasie, 0pération biscuit, p.121. Son recueil parvient à mettre en avant la mauvaise foi, les ambiguïtés complices sans accuser, sans juger (lire l'échange de lettres entre Anne et sa soeur, religieuse, p.39 au titre si humoristique « Soeur Anne - Ne vois-tu rien venir ? », allusion au conte de Perrault, Barbe Bleue). J'aime particulièrement : France – Kazungu, p.63 pour sa virulence et son sens fécond de la provocation.
« Dans la plupart des langues, hier et demain sont désignés par des mots différents. En kinyarwanda, qui est pourtant une langue très riche et raffinée, c'est un même mot qui exprime deux temporalités : ejo. » p.10
Livre à lire absolument.
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Celkana
  04 février 2016
Un recueil de nouvelles formidables, franchement, avec de la poésie, de l'humour parfois, et surtout de l'émotion, beaucoup d'émotions, qui fait comprendre au lecteur que le génocide du Rwanda est non seulement difficile à appréhender mais aussi à raconter car ceux qui ne l'ont pas vécu peuvent très difficilement se rendre compte de l'horreur que cela a pu être...
Mais au travers de ces diverses histoires, on retrace le chemin de ceux ou celles qui ont fui, ceux ou celles qui sont restés, et chacun de vivre ou de recommencer à vivre plutôt comme il le peut.
Beata Umubyeyi Mairesse a un talent exceptionnel pour nous faire passer tout cela, essayer de mettre des mots sur ce qui s'est passé et surtout, voir la vie EJO, c'est-à-dire hier et demain, un mot pour deux significations très différentes mais qui reflète totalement ce que l'auteure veut nous faire comprendre.
Un très beau livre que je recommande chaudement, trop court tellement le talent est là!!
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Ulikbey
  22 janvier 2016
Ejo.
D'ou nous venons, ou nous allons, en un seul mot. Passé et futur prononcés au présent en trois lettres. C'est fulgurant et subtil.
Des nouvelles comme des petits objets uniques d'art populaire. Des joyaux modestes et bouleversants. Taillés et polis pour n'en laisser que la forme et les lignes essentielles. Dire l'émotion avec pudeur. le désir de vivre se travaille au quotidien.
Convoquer mémoire et imaginaire pour donner corps à son chemin.
Il y a dans cette écriture là quelque chose d'aussi évident, puissant, que dans l'écriture de Raymond Carver. Une même exigence à dire que la vie vaut d'être vécue, partagée. Ecrire, poétiser nos façons de dépasser la souffrance.
Loin des appétits de pouvoir et de profit qui dominent le monde, les gens simple de la vie simple, s'ils ne peuvent changer le monde, ont toujours la capacité de se transmettre la façon dont ils l'habitent, l'éprouvent.
Lire Ejo c'est sentir monter en soi trés surement que l'on a tant en commun avec tous ces personnages du pays des milles collines. Toutes les frontières et les injonctions au rejet, à la désignation d'ennemis, n'y changeront rien.
Le cynisme du pouvoir, sa capacité à tisser d'horreurs l'histoire humaine n'enlèveront pas le gout du bonheur à celles et ceux qui continuent de vivre.
Merci Beata.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
MepsMeps   20 janvier 2019
Léa, ma seule véritable amie ici m'a dit une fois : "Les gens ne supportent pas ton trop grand malheur. Non parce qu'ils sont saisis par l'horreur de ce que tu as traversé, mais parce qu'ils ne veulent pas admettre que leurs cicatrices, sur lesquelles ils passent des heures à chialer, sont toutes petites à côté des tiennes. Ils préfèrent imaginer que tu vas bien. Certes tu as beaucoup souffert, mais aujourd'hui, grâce à l'accueil que leur pays riche et démocratique t'a offert, grâce à l'aide qu'ils t'on apportée, qui en t'offrant les vêtements qu'elle ne mettait plus, qui en te payant des heures de ménage dans sa maison, grâce à eux et à ton courage inné de femme noire, aujourd'hui tu es guérie. Ils disent que tu es un bel exemple de résilience, te présentent fièrement à leur famille, parlent du merveilleux job que tu as décroché à la commune (encore leur petit coup de main). Et toi tu joues la parfaite négresse reconnaissante . Oh oui, un emploi précaire de dernière catégorie, est-ce que tu pouvais rêver mieux, vu qui tu es et d'où tu viens !
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CelkanaCelkana   02 février 2016
Aux pieds des panneaux solaires flambants neufs, dans les jardins luxuriants des lodges pour riches Américains, poussent des herbes folles d'avoir bu trop de sang. Les chèvres ne risquent plus de s'étouffer avec des sacs en plastique-désormais interdits-mais jouent parfois avec des ossements humains que les pluies font affleurer.
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CelkanaCelkana   04 février 2016
Agahinda ntikica kagira mubi (Le chagrin ne tue pas, il abîme)
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beberootsbeberoots   29 juillet 2017
Des histoires de femmes qui disent leur passé simple, leur conditionnel présent et leur futur, certainement imparfait.
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