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ISBN : 2882503377
Éditeur : Noir sur blanc (03/04/2014)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Un soir de l’hiver 1997, dans les îles de la Reine-Charlotte, un bûcheron de Colombie-Britannique nommé Grant Hadwin commet un acte d’une violence inouïe. Sa victime est légendaire : un épicéa de Sitka vieux de 300 ans, haut de 50 mètres et entièrement couvert de lumineuses aiguilles dorées. Dans un geste paradoxal, qu’il conçoit comme une protestation contre les dommages causés par l’homme à la nature, Hadwin s’attaque à l’arbre avec une tronçonneuse. L’épicéa tomb... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  15 juillet 2014
Vie et mort d'un géant canadien. le Géant Vert. Un épicéa majestueux dressé au milieu des cieux dans la province de la Colombie-Britanique. Je ne suis pas au fait de l'administration canadienne alors la Colombie-Britannique me paraissait bien loin. Tout à l'Ouest. Encore plus à l'ouest de Chambly. Plus à l'Ouest et on atterrit à l'Est. C'est dire… l'extrême ! Que faut-il savoir donc de cette province si lointaine où l'on ne parle même pas français. En fait rien. Il suffit juste de découvrir John Vaillant et de se laisser porter par la lumière de ce pays.
John Vaillant est avant tout écrivain pour le National Geographic et le New Yorker. Sa plume s'en ressent dès les premiers instants où la lumière illumine cet arbre, l'arbre d'or. Car le héros de son histoire n'est ni un homme, ni un auteur, mais bien un arbre, l'épicéa de Sitka avec ses épines de pin dorées qui s'illuminent avec les rayons du soleil comme si cet arbre était recouvert entièrement d'or. Un arbre et une région, cette Colombie-Britannique entourée de forêts primaires, d'une richesse inouïe et insondable. Enfin, ça c'était avant. Avant l'arrivée de l'homme, avant l'arrivée des tronçonneuses, des bulldozers et de tous ces outils de destruction massive.
Mais avant de parler de la déforestation intensive qui a touché irréversiblement cette région isolée du monde, je vais te montrer ce kayak retrouvé à la dérive au milieu des îles de la Reine-Charlotte. A priori, il appartiendrait à Grant Hadwin, un forestier expérimenté porté disparu depuis quelques mois. Qui est Grant Hadwin, respecté bûcheron, homme solitaire et intransigeant ? Recherché par toute une administration, tout un peuple, haï par tous. Hiver 1997, il débarque en plein milieu de la nuit auprès de cet arbre d'or et le tronçonne. Un geste de folie, de rage, un crime étrange.
L'histoire débute avec cet acte d'un irresponsable. Mais l'est-il vraiment ? D'ailleurs peu importe. de toute façon, personne ne se rend compte de la portée significative de ce fait. C'est le point de départ de John Vaillant, mais son livre explore la région bien au-delà de cet arbre. Des chapitres seront consacrés à la beauté sauvage de cette région, point de vue botanique, aux indiens originels, point de vue ethnologique, aux premiers colons, conquistadors et chercheurs d'or, point de vue historique. D'une richesse inexploitée ! Il y a tant à découvrir dans cette épopée, tout un monde à appréhender, toute une forêt à aimer, et à détruire. Parce que si la chute du livre correspond à la chute de ce géant, la forêt qui cache cet arbre est aussi sur le point de succomber, non plus aux derniers coups de haches, mais aux derniers maux de la technologie, ces étranges bulldozers capables de déchiqueter une forêt en autant de temps qu'il m'est nécessaire pour boire une Unibroue.
Tabarnak !
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Glesker
  22 juillet 2014
L'arbre d'or est un épicéa mutant aux aiguilles dorées qui poussait dans un reliquat de forêt primaire sur une île de la côte ouest du Canada. Afin de protester contre le cynisme des compagnies forestières, Grant Hadwin abattit ce géant de 300 ans en 1997. Geste qui fit de lui l'ennemi publique n°1 des locaux, et notamment des amérindiens dont cet arbre était partie intégrante de la mythologie.
Quelle sont les réelles motivations d'Hadwin ? Que représente vraiment cet arbre ? Ce sont les questions auxquelles l'auteur s'efforce de répondre.
Mais plus que cela, ce livre est avant tout un plaidoyer pour les forêts primaires d'Amérique du nord-ouest et de son peuple de géants que des compagnies forestières ont exploité et exploitent encore éhontément. C'est une enquête qui permet d'appréhender la beauté et l'hostilité de cette région, des îles de la Reine-Charlotte (Haida Gwai) et des tribus implantées là.
L'auteur a cependant le superlatif facile ce qui décrédibilise parfois son propos. Toutefois, le panorama et le travail de recherche effectués sont convaincants et complets. Mais la première question énoncée ne trouve pas, selon moi, de véritable réponse. Seul l'auteur du méfait l'a ; ou l'avait puisqu'il est porté disparu quelques mois après l'abattage de l'arbre d'or.
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topocl
  14 août 2015
Les îles de la Reine Charlotte, battues par les pluies du Pacifique Nord, s'étendent au large de la Colombie Britannique. Les autochtones sont les Haïdas, un peuple fier de ses légendes fondatrices et de ses totems. Après avoir anihilé les colonies de loutres de mer dans le juteux commerce des peaux, les Anglo-Amériacains se sont ensuite intéressés aux forêts, d'immenses forêts qui ne sont que la continuité de la forêt primaire qui recouvrait toute la côte ouest de l'Amérique du Nord. le bois, c'est de l'énergie, , c'est le premier matériau des bateaux, d'où la puissance, et c'est aussi le confort. C'est une matière première multi-usages, qui a déjà justifié l'élimination de toutes les grandes forêts européennes, mais ici, les paysages sont si géants qu'on veut bien croire qu'elle sera inépuisable.
" La question qui occupait les esprits n'était pas de savoir comment préserver ou gérer la forêt, mais comment s'en rendre maître, accomplir le « destin manifeste » et transformer cette étendue infinie d'arbres et cette terre en quelque chose de productif."
A la suite des colons, les Haïdas eux-mêmes ont ainsi mis le premier doigt dans l'engrenage du commerce, du capitalisme, de l'acculturation et de la dévastation forestière.
Au sein des coupes claires qui ont décimé ces forêts, les Compagnies d'exploitation forestière ont eu le bon goût d'épargner quelques zones symboliquement protégées, quelques arbres prototypiques, et, parmi eux, L'Arbre d'or, un épicea de Sitka vieux de trois cent ans, haut de 50 mètres, un arbre géant, mutant aux aiguilles d'or, quasi unique, porteur, à travers de nombreuses légendes en lien avec la fondation du monde, de toute l'âme du peuple Haïda.
Dans ces forêts à la fois fascinantes et inhospitalières travaillent des hommes rudes, totalement investis à leur tâche, de grands amoureux de la nature. Parmi eux, au fil du temps , un certain nombre comprend qu'exercer ce métier, c'est détruire un monde magique, renier ses racines, courir à sa perte, spolier la génération de ses enfants.
« Huit cents ans pour pousser et vingt cinq minutes pour être mis à terre, comme le résume un ancien bûcheron de Colombie Britannique. C'est triste, mais c'est un gagne-pain. »

Parmi eux, Grant Hadwin, figure sauvage et dévastée dont la destinée va croiser dramatiquement celle de l'Arbre d'Or.

A travers l'histoire de Grant Hadwin et de l'Arbre d'or, John Vaillant nous transmet un savoir encyclopédique, tout à la fois géographique, historique, botanique, anthropologique et un questionnement écologique terrifiant.
La destruction des paysages et des écosystèmes, soigneusement organisée par les Compagnies forestières dévastatrices, se développe en parallèle avec l'extinction progressive du peuple Haïda, dont seuls 30 individus parlent encore la langue.
Formidable conteur qui a récolté des dizaines de témoignages et de lectures, John Vaillant explore avec consternation ces exactions et leurs conséquences. Il accuse mais plaide aussi coupable : à son échelle n'adopte-il pas (et n'adoptons nous pas tous) le même mode de fonctionnement en consommant sans réflexion au quotidien vite et pas cher ?
Et si une note optimiste conclue le livre (regroupement du peuple Haïda pour défendre ses droits et retrouver ses traditions, bouturages des arbres rares, reforestation) n'est-il pas déjà trop tard ?
L'Arbre d'or est un livre tout à la fois érudit et limpide, un livre militant aussi, qui plaira tant aux amateurs d'Histoire qu'aux amoureux de la nature ou des peuples anciens, mais aussi à tous les lecteurs qui aiment les livres-chocs qu'on parcourt sans reprendre son souffle car
"Laissez-moi vous dire une chose à propos d'histoires[dit-il]
Elles ne servent pas qu'à divertir.
Ne croyez pas ça.
Elles sont tout ce que nous possédons, voyez-vous,
Tout ce que nous avons pour nous battre
Contre la maladie et la mort."
Leslie Marmon Silko, « Cérémonie », citée par John Vaillant
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MarcoPolo85
  21 mai 2014
Voyage en Colombie Britannique - Canada, sur les îles de la Reine Charlotte, à mi-chemin entre Vancouver et l'Alaska. Dans ces contrées, la nature est encore la maîtresse des lieux. Les sapins ou les cèdres peuvent atteindre 80 mètres de haut et 4 mètres de diamètre à la base.
Pourtant, ces zones, difficilement accessibles par l'homme, sont depuis quelques années très convoitées.
En effet, après le déboisement massif de l'Est Américain, puis des Plaines et enfin de la côte Pacifique des États Unis, l'Ouest Canadien est un véritable paradis pour les Sociétés de bûcheronnage. Les Indiens Haïdas, vivant sur ces îles restent des spectateurs de ce début de déforestation forcenée.
D'ailleurs, ce massacre organisé pour le bien des consommateurs occidentaux titille sérieusement un écorché vif du nom de Hadwin.
Celui-ci a pourtant oeuvré dans la sylviculture. Mais là, c'en est trop. Il faut frapper un grand coup.
Dans les îles de la Reine Charlotte, existe un épicéa doré isolé des conifères voisins. Bizarrerie que les scientifiques ont du mal à expliquer. C'est l'Arbre d'Or. Il est une curiosité touristique et surtout l'emblème de la communauté Indienne.
Et, c'est là que Hadwin frappe. Il tronçonne ce sapin vieux de 300 ans.
Du voyage, on passe donc à l'enquête. Et John Vaillant nous conte à merveille, tel un film à suspense, l'histoire de ces lieux, sa géographie, son peuple et surtout le drame de cet Arbre d'Or à jamais disparu de cette côte Pacifique.
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Tzomborgha
  26 juin 2015
Un récent article paru dans un grand quotidien faisait état d'une publication sociologique déconcertante: Des années 40 jusqu'aux années 2000, les créateurs de dessin-animés semblent s'être peu à peu détournés de la représentation de la nature et de ses résidents, ou en offrent maintenant une vision symbolique et archétypale plutôt illustrative.
Les générations successives de dessinateurs seraient de moins en moins influencées par l'expérience de la nature (Et donc, selon certains, de la culture) là où leurs aînés honoraient encore les très riches heures de la "fabula".
L'Arbre d'Or est le récit passionnant d'une enquête hantée par un fait-divers énigmatique: Sur une île antédiluvienne des côtes du Canada battue par les courants du Pacifique Nord, un homme seul a abattu un inestimable trésor, et anéanti le symbole fragile d'époques perdues à jamais.
Grant Hadwin était un bûcheron émérite et un véritable "Mountain Man" encore animé par l'esprit pionnier de ses ancêtres, et en s'attaquant au tronc de l'énorme épicéa avec toute la méthode nécessaire, il commettait un acte politique et poétique désespéré.
En inscrivant ce conte inachevé dans l'Histoire plus vaste des civilisations l'auteur argumente la fin de la nature et de ses mythologies. À travers la violente prise de conscience de Grant Hadwin, il fait le constat nuancé d'une dévastation globale et ininterrompue depuis les premières incursions européennes sur le nouveau monde.
L'anthropisation du territoire gouvernée par la rentabilité immédiate efface toutes traces d'évolution biologique et culturelle, et laisse une zone grise bientôt intégrée aux grands réseaux des nations industrialisées.
L'Arbre d'Or fut une splendeur sans objet, une anomalie spectaculaire plantée au milieu d'un paysage pelé par les broyeuses depuis longtemps. Il y avait là d'immenses forêts primitives où s'élevaient des cathédrales végétales hautes de 100 mètres et vieilles de 800 ans, vestiges captivants de temps immémoriaux que Grant Hadwin ne supporta plus de voir transformés en vulgaire pâte à papier destinée aux inutiles prospectus qui viennent gaver nos boîtes aux lettres.
" [...] Dans les Grandes Plaines, la population des bisons connaissait un destin similaire : vers 1880, l’espèce la plus nombreuse d’animaux grégaires vivant sur terre – qui se comptait jadis en dizaines de millions de têtes – avait été réduite à moins de trois cents individus. C’était comme si le Nouveau Monde avait été envahi par des légions d’apprentis sorciers. Maîtres d’énergies qui allaient changer la face du monde – celle de la vapeur, de la scie circulaire et de la carabine Sharps -, ils ne pouvaient pas, ou ne voulaient pas, prendre toute la mesure des conséquences qu’auraient ces puissances surhumaines."
Ainsi, peut être, nos fables délaissent-elles progressivement l'exemplarité de la nature, à mesure que les forêts reculent aux frontières de notre environnement sensible, et que les bêtes se rabougrissent puis disparaissent.
La nature primitive n'est déjà plus qu'un concept, un idéal que cherchent à sauver des romantiques vaincus d'avance comme Grant Hadwin.
L'expansion humaine n'est pas en question nous prévient l'Arbre d'Or, elle est inéluctable et même achevée, or la lucidité n'a jamais été le moteur de son formidable développement technologique, et il reste beaucoup à effacer.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   07 juillet 2014
Avant "Le tigre", qui lu valut un vif succès, John Vaillant s’est intéressé à la disparition d’un arbre emblématique. A travers lui, c’est toute une industrie et une civilisation qui révèlent leurs excès, irrémédiables pour la planète.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
GabySenseiGabySensei   02 juin 2014
Par une journée d'automne, au environ de 1700, sur la rive ouest de la Yakoun, un de ces pins fit tomber un fruit qui, en s'ouvrant, laissa échapper une graine à nulle autre pareille. Cette graine tombée comme des centaines d'autres cette année-là de l'un des milliers de cônes produits par un épicéa de Sitka parmi des dizaines de millions de spécimens poussant sur la côte Nord-Ouest. L'arbre dont elle était issue semait sans doute ses graines depuis l'époque des Vikings. Si les chances de survie d'une graine d'épicéa n'étaient pas aussi faibles que celles d'un spermatozoïdes humain, chaque arbre père serait une forêt à lui tout seul. Pourtant, malgré une période de fertilité de sept cent cinquante ans, un épicéa de Sitka n'engendre pas plus d'une douzaine de descendants qui atteignent leur maturité. Que la graine en question ait pu faire partie de ces survivants laisse tout le monde pantois aujourd'hui encore.
Cette graine en forme de larme et de la taille d'un grain de sable ne devait se distinguer en rien, à première vue, de toutes les autres qui jonchaient le sol depuis des millénaires. De ses sœurs tombées sur l'épaisse mousse qui tapisse la forêt, une seule sur cent germerait. Celles qui auraient la chance d'atterrir sur une grume-abri s'en sortiraient mieux que les autres, mais même elles auraient une probabilité sur trois de finir dévorées par les champignons en moins d'un mois. Sans qu'on sache comment, cette modeste graine porteuse de son étrange message a réussi à faire mentir les statistiques et à prendre racine. La pousse minuscule aurait facilement pu passer inaperçue dans la pouponnière surpeuplée qu'est le sol de la forêt, entourée qu'elle était par des milliers d'autres arbres aspirant à vivre. Des épicéas de Sitka, mais aussi des pruches, des cèdres rouges, des cyprès jaunes et même un if par-ci par-là. A ce stade de son existence, elle devait être surpassée par tous, y compris par les habituels habitants de l'ombre - mousses, hépatiques, lys noirs, fougères, bois piquant -, sans parler des épais buissons de salal qui peuvent atteindre quatre mètres de haut et devenir si touffus qu'il faut y pénétrer à la machette.
En regardant cette jeune pousse - à condition que quelqu'un ait réussi à la voir -, l'idée qu'elle ait eu l'intention de devenir l'une de ces gigantesques colonnes qui masquent le ciel du Nord-Ouest aurait paru très présomptueuse. Pendant sa première année de vie, le jeune arbre ne devait pas mesurer plus de cinq centimètres, et ses aiguilles vert pâle ne devaient pas être plus d'une dizaine. Il devait offrir un spectacle fascinant sur le plan abstrait, comme peut l'être celui d'une jeune tortue serpentine, son étrange aspect étant masqué par les signes universels de la petite enfance dans la nature : un mélange à part égale de totale vulnérabilité et de détermination primitive. En dépit de son collier hérissé et de sa tige aussi droite qu'un rayon de soleil, la jeune pousse était encore aussi fragile qu'un œuf de grenouille. Une branche tombée d'un arbre, le pied d'un humain ou d'un animal - ou tout autre événement aléatoire - pouvait mettre un terme définitif à son existence. Dans les profondeurs sombres et humides des sous-bois, la merveilleuse anomalie de ce jeune arbre était un secret bien gardé. D'année en année, il enfonça ses racines plus loin dans la rive, s'accrochant toujours plus farouchement à la vie et à la terre. Contre toute probabilité, il se transforma en l'un des rares jeunes survivants assez fort pour se frayer un chemin jusqu'à la lumière du jour et rivaliser avec les géants larges de trois mètres et haut de dizaines de mètre. C'est finalement le soleil qui allait dévoiler aux yeux du monde le secret de cet arbre. Dès le milieu du XVIIe siècle, il devait déjà être clair que quelque chose d’extraordinaire était en train de grandir sur les rives de la Yakoun, une créature digne d'un mythe ou d'un conte de fées : un épicéa aux aiguilles d'or.
A moins d'être particulièrement grand ou d'avoir une forme inhabituelle, un arbre ne se démarquera pas de ses congénères ; on ne le remarquera pas de loin, à moins qu'il ne soit isolé des autres. Mais bien que planté au milieu d'une forêt de géants, le spécimen qui serait un jour connu comme l'Arbre d'or était une exception à plusieurs titres. A hauteur de sol, sa couleur clouait les gens sur place d'étonnement. Vu du ciel, il se dressait tel un phare visible à des kilomètres à la ronde. Comme une grande partie du paysage environnant, les Haïdas l'inscrivirent dans le vaste répertoire de leurs histoires, mais à ce que l'on sait, parmi la multitude de ses congénères, il est le seul arbre à qui ce peuple eût jamais donné un nom. Ils l'appelèrent K'iid K'iyaas, le vénérable épicéa, et selon la légende il était l'avatar d'un humain.
Bien que très connu de ceux qui vivaient aux environs de la vallée de la Yakoun, l'arbre d'or ne fut découvert par les scientifiques qu'au XXe siècle. Il avait alors plus de deux cent ans et ne passait pas inaperçu. Lorsque, en 1924, Sir Windham Anstruther, un baron écossais qui faisait profession de marqueur, le croisa sur sa route, il en resta ébahi : "Je ne l'ai même pas marqué de ma hache, rapporta-t-il à un journaliste avant sa mort. Il faut croire que j'ai été saisi par son aspect étrange au milieu de cette forêt toute verte." Par la suite, pendant des années, personne ne sut quoi faire de cette licorne végétale qu'avait découverte Sir Windham. Pour certains, il pouvait s'agir d'une nouvelle espèce indigène de l'archipel. Pour d'autres l'arbre avait été frappé par la foudre ou était simplement mourant. Mais il s'avéra que cet épicéa était bien vivant et en bonne santé, qu'il était juste un spécimen d'une exceptionnelle rareté. D'une rareté telle qu'elle lui valut de recevoir en propre le nom scientifique de Picea sitchensis "Aurea". Picea sitchensis est le nom latin de l'épicéa de Sitka et Aurea signifie "doré" ou "brillant comme l'or", mais peut aussi vouloir dire "beau" ou "splendide". Haut de six étages, avec sa circonférence de plus de six mètres, l'épicéa d'or n'avait pas d'équivalent dans le monde botanique.

(P34)
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le_Bisonle_Bison   14 juillet 2014
Quand les écorcheurs de bisons laissaient dans leur sillage des montagnes de crânes et d’ossements, les bûcherons, eux, laissaient des rémanents – des piles irrégulières de résidus d’exploitation hautement inflammables qui pouvaient s’étendre sur plusieurs hectares et mesurer jusqu’à quatre mètres de haut. Beaucoup plus concentrés que les combustibles de bois naturel, ces tas de déchets n’attendaient que d’exploser, et quand cela arrivait inévitablement les effets étaient dévastateurs. Les survivants disaient avoir eu l’impression que le jour du Jugement dernier était arrivé et le plus terrible de ces brasiers a donné naissance en anglais au terme de firestorm, tempête de feu. Le jour où éclata le grand incendie de Chicago, en 1871, le brasier de Peshtigo, dans le Wisconsin, ravagea environ cinq mille kilomètres carrés de forêt en l’espace de vingt-quatre heures, tuant mille cinq cents personnes – des morts si nombreux que les corps durent être ensevelis par centaines dans des fosses communes, parce qu’il ne restait personne pour les identifier.
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le_Bisonle_Bison   30 juin 2014
L’épicéa de Sitka présente une grande résistance aux embruns et sert souvent de première ligne de défense entre la mer et la forêt. Sa haute taille et sa force brisent les vents violents qui peuvent venir à bout d’essences plus fragiles. De toutes les espèces d’épicéa répertoriées dans le monde, l’épicéa de Sitka est la plus grande et la plus ancienne. Cet arbre peut vivre plus de huit cents ans et atteindre une hauteur de quatre-vingt-dix-mètres, ce qui est beaucoup, même pour un séquoia. Mais si le résultat final est colossal, les débuts de cet arbre sont d’une modestie inimaginable. Une graine d’épicéa de Sitka ne pèse pas plus de cinq centièmes de gramme, et cependant elle contient toutes les informations nécessaires pour produire un arbre dont le poids peut dépasser trois cents tonnes, soit à peu près autant que trois baleines bleues.
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le_Bisonle_Bison   30 août 2014
La tronçonneuse et ses auxiliaires mécaniques – le bulldozer, la débusqueuse et les camions autochargeurs – ont réussi à réduire les grands arbres du Nord-Ouest à l’état de simples objets qu’un homme de taille et de condition physique moyennes pouvait abattre, débiter, charger et transporter sans grand effort. Aujourd’hui un arbre de trois mètres de diamètre peut être abattu en dix minutes à peine et débité en une demi-heure. Ensuite, il ne faut pas beaucoup plus de temps à un débardeur à pince – sorte de grosse tenaille montée sur un tracteur – pour soulever les grumes de plusieurs tonnes et les charger sur un camion. En théorie donc, un arbre de deux cents tonnes qui a grandi à l’abri des regards pendant un millier d’année et qui a résisté aux bourrasques, aux incendies, aux inondations et aux tremblements de terre peut être abattu, débité et expédié à la scierie en moins d’une heure et par trois hommes seulement. En 1930, toute l’opération aurait nécessité douze hommes et une journée entière de travail. En 1890, plusieurs semaines, et en 1790 des mois – à supposer qu’on ait pu abattre un tel arbre à l’époque.
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le_Bisonle_Bison   06 juillet 2014
Comme en Alaska, ce paysage a le pouvoir d’écraser de son immensité tout ce qui le traverse. Une colonie de lions de mer de cinq cents kilos chacun pourrait passer pour un tas de gros vers blancs et un être humain n’y est rien d’autres qu’un sac de plasma sur pattes servant de pâtures aux moustiques. L’idée qu’une créature aussi petite que l’homme puisse avoir un quelconque impact sur un tel lieu semble risible.
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Videos de John Vaillant (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de John Vaillant
John Vaillant - Les enfants du jaguar .A l'occasion du Festival Etonnants Voyageurs 2016, rencontre avec John Vaillant autour de son ouvrage "Les enfants du jaguar" aux éditions Buchet-Chastel. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/vaillant-john-les-enfants-jaguar-9782283028926.html Notes de Musique : As Colorful As Ever by Broke For Free. Free Music Archive. Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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