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Pierre Léon (Traducteur)
ISBN : 2070307190
Éditeur : Gallimard (24/03/2005)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Présentation de l'éditeur
Pavel Egorovitch Khvatkine, " honnête " professeur de droit, croyait bien avoir échappé à son passé d'ancien membre très influent des sections spéciales du KGB à la toute fin du règne de Staline. Or, lors d'une soirée bien arrosée, surgit un homme se prétendant "gardien des fourneaux de l'enfer" et venu lui demander des comptes sur sa carrière passée... Ecrit entre 1976 et 1980 et longtemps tenu secret, L'Evangile du bourreau, peint... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  05 août 2008
Evanguelie ot Palatcha
Traduction : Pierre Léon
Bon, je n'irai pas par quatre chemins : si les USA ont Ellroy, la Russie, elle, possède les frères Vaïner. Et croyez-moi, j'assume pleinement ce que j'écris.
Tout d'abord, un narrateur qu'on n'est pas près d'oublier tant il symbolise toute l'horreur - et toute l'ambiguïté - du Mal : Pavel Egorovitch Khvatkine. En toile de fond, l'URSS de Staline et une analyse politique et morale qui trouve le moyen de tenir le lecteur en haleine pendant sept-cent-soixante-dix pages en Folio Poche. Et par là-dessus, ingrédient suprême, ce souffle, cette ampleur,cette folie qui n'appartiennent qu'à la littérature russe.
Au début, je redoutais un peu que, en raison de leurs origines juives, les frères Vaïner ne suivissent la mode universelle actuelle : à savoir se poser en juges d'un peuple et culpabiliser celui-ci à outrance. Mea maxima culpa : pas plus qu'ils ne veulent renoncer à leur judéité, les deux romanciers n'entendent renier leur héritage russe. Les frères Vaïner sont juifs ET russes ou russes ET juifs, l'ordre importe peu : le "ET" par contre est essentiel.
Certes, ils ont choisi de démonter l'affaire des Blouses blanches, à laquelle seule mit fin la mort (l'assassinat ?) de Staline. Ils le font d'ailleurs avec une virtuosité, une maîtrise ! ... L'autre jour, à propos de "L'Historienne et Drakula", j'évoquais la difficulté, pour un auteur, de dominer la pratique du "retour en arrière" et du récit parallèle. J'ajouterai que Mme Kostova pourrait demander des leçons aux frères Vaïner : ce qu'ils font, c'est du grand, du très grand art !
Pour vous aider à vous repérer (un peu) dans cette épopée noircissime, en voici la trame centrale :
Devenu un honnête professeur de Droit rangé des voitures sous Brejnev, l'ancien lieutenant-colonel du MGB, Pavel Egorovitch Khvatine, qui fut la "tête pensante" du montage de l'affaire des Blouses blanches, se voit, un soir de beuverie, rattrapé par son passé. Un individu démoniaque - il m'a fait penser au "Maître et Marguerite" de Boulgakov - l'interpelle en lui disant qu'il est "le Machiniste, le gardien des fourneaux de l'Enfer" et qu'il vient lui réclamer des comptes.
Forcément, notre Pavel Egorovitch, qui est pourtant doté d'une nature tout à fait exceptionnelle de professionnel de l'assassinat, est un peu ébranlé. Et, entre deux bouteilles de vodka, les souvenirs reviennent : la Loubianka et ses bureaux, le knout, les tortures, les huiles du parti, le doute et la suspicion incessants, même et d'abord chez les bourreaux, l'ombre éternellement planante du Saint-Patron, l'amour de Pavel pour Rimma, la fille d'un scientifique juif arrêté pour complot, la naissance de leur fille, Maïka, la haine que celle-ci a développée envers son père - il aime tant à être haï, Pavel Egorovitch ... - et maintenant ce Magnus Truc-Machin-Chouette, ce Juif-Allemand de l'Ouest qui veut épouser Maïka et qui vient aussi réclamer des comptes pour un obscur rabbin jadis assassiné à la Loubianka - "comme tant d'autres", fait remarquer Pavel Egorovitch qui a, au début, bien du mal, à se rappeler cette silhouette-là ...
Depuis Ellroy, je le répète, je n'avais pas vu, dans le genre polar socio-politique, une telle réussite. C'est noir, mais d'un noir somptueux, l'intrigue est encore complexifiée par les retours en arrière mais c'est si bien construit que le lecteur ne s'y perd pas un seul instant, la leçon d'Histoire est superbe et sa conclusion, d'une humanité et d'un cynisme qui suffiraient à prouver, s'il en était encore besoin, l'intelligence aiguë de ses créateurs, l'humour est cruel, noirissime, russe, la chute, on n'en voudrait pas d'autre ... Quant à Pavel Egorovitch ...
... Il entre de plein pied au Panthéon des Affreux du Polar - et de la Littérature. Beau et en même temps répugnant, implacable et pourtant capable - une seule fois mais tout de même - d'un geste qui aurait pu lui coûter sa carrière et sa vie (un geste qu'il n'explique pas d'ailleurs et dont il ne parlera jamais à la principale intéressée dans l'affaire), ange déchu et serpent, Pavel Egorovitch charme et épouvante le lecteur.
Est-il le Mal absolu ? Laissons lui les (presque) derniers mots de l'histoire :
Citation:
"[...] ... Avant même que les cartes fussent distribuées, j'avais déjà tous les atouts en main. Parce que je serai toujours utile à quelqu'un. Aux communistes, aux capitalistes, aux antisémites, aux sionistes. Au KGB, à la CIA, aux Etats-Unis, à l'URSS, hier comme demain."
Un grand roman, je vous dis ! ;o)
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belette2911
  24 mars 2014
Que voilà une critique difficile à écrire... D'un côté, nous avons un roman d'un noir profond, une descente horrifiante dans la Russie du camarade Staline, un pan peu reluisant de ce grand pays, la description d'un système qui fait froid dans le dos et de l'autre, il y a moi qui suis passée à côté du livre !
La profusion de personnages aux noms plus complexes que Dupond-Durand m'ont aidé à me paumer, sans compter que les souvenirs de Pavel Egorovitch Khvatkine viennent s'imbriquer dans le présent, rendant parfois le tout très confus.
Bien que je ne me sois pas forcée à lire les 770 pages, j'ai souvent décroché durant ma lecture.
Et j'enrage de n'avoir pas su m'immerger dans ce roman très sombre parce que je voulais vraiment le découvrir, ayant un faible pour la Russie (pas pour ses dirigeants) et voulant en apprendre plus sur son Histoire sombre.
Attention, les auteurs ne sont pas fautif, je vous rassure de suite. Leurs personnages sont travaillés, très profonds, ni tout blanc, ni tout noir et les auteurs ont été assez intelligents que pour éviter de faire porter le chapeau à l'un ou à l'autre. Ils sont russes avant tout et bien que de religion juive, ils ne font que décrire un système sans le juger. le lecteur est assez grand pour le faire lui-même.
Niveau méchant, Khvatkine est au dessus du lot ! Un beau salopard, pas vraiment un méchant, non. S'il torturait ou tuait du temps de Staline, c'était parce que c'était les ordres... C'était ainsi et il ne se posait pas de question. Aucun remord, aucun sentiment de culpabilité. Bref, un salaud qui s'ignore et l'utilisation du "je" renforce ce sentiment ignoble, nous donne envie de vomir... Beaucoup plus terrifiant que si c'était à la troisième personne.
Les souvenirs de cette époque lui reviennent depuis qu'il a croisé un homme se prétendant être le machiniste de la chaudière de la troisième compagnie des enfers. Notre Pavel Khvatkine est donc un salaud, un manipulateur et n'aurait pas hésité à vous tuer s'il avait reçu l'ordre ou si vous dérangiez ses plans. Bref, un salaud réussi.
Niveau Histoire, les auteurs mélangent de véritables personnages avec des fictifs, rendant le tout cohérent et le final est superbe. La seule manière de clore un récit pareil.
Malgré tout ces points positifs, j'ai souvent perdu mon entrain en suivant le fil de ses pensées, assez décousue, parfois, de Pavel. Pas lorsqu'il parlait de ses exactions, là, j'ouvrais grand mes yeux devant toute cette horreur. Je décrochais surtout lorsqu'il parlait des événements du présent, hormis sur la fin, parce que Pavel m'a prouvé, une dernière fois, qu'il était le meilleur dans son niveau de salaud.
Dommage... Mais tout n'est pas perdu puisque j'en ai appris un peu plus sur cette période remplie d'un tas d'illogismes (accuser un juif d'avoir été un espion infiltré par les nazis... heu ??).
En tout cas, ce n'est pas parce que je suis passée à côté de la moitié du roman que je vais virer les frères Vaïner de ma bibliothèque ou vouer ce roman aux gémonies. Que du contraire, il ira sur les étagères du haut, à côté des autres tout grand.
Il avait vraiment tout pour me plaire, ce roman plus noir que le trou du cul d'un vieux mineur occupé à creuser une galerie, au fond d'une mine, à minuit, par une nuit sans lune (©Frédéric Dard, avec un léger changement car ce n'était pas un mineur). J'ai loupé le train, et ça me désole parce que la coupable, c'est uniquement moi. D'où les 5 étoiles.
Un jour, je reprendrai de roman très sombre, avec l'esprit branché sur la bonne longueur d'ondes !
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maltese
  29 mars 2013
La lecture de ce livre offre une véritable plongée dans le système répressif de l'ex-URSS.
Tout débute en 1953, alors que Staline vient de mourir et qu'il va être autopsié. Parmi les témoins de ces faits se trouve Pavel Egorovitch Khvatkine, le narrateur fictif de ce roman parfaitement ancré dans la réalité historique, du moins celle à laquelle avaient accès les frères Vaïner lors de la rédaction de ce livre achevé en 1979.
Alors qu'il est désormais un professeur de droit nantis, bon vivant appréciant les beuveries, Khvatkine va être de façon brutale rattrapé par son passé de membre du KGB, véritable bourreau, tortionnaire de nombreuses victimes du cauchemardesque système soviétique, notamment archarné à persécuter les juifs. Mais un beau jour, sa fille lui ramène un gendre des plus embêtants, qu'il surnommera la Mangouste: en effet celui-ci, petit-fils d'une des victimes de Khvatkine, va lui demander de le suivre à l'Ouest afin de répondre de ses crimes.
Ce roman n'est pas d'une lecture facile, les allers-retours entre le présent de la narration et le passé du narrateur étant nombreux. Et j'avoue avoir souvent été perdu au milieu des nombreux patronymes russes.
Cet "évangile" fait froid dans le dos et illustre à merveille toute l'absurdité et la monstruosité du pouvoir soviétique d'alors, le ton volontiers outrancier du narrateur soulignant bien cet état.
Ce livre m'a également fait penser aux "Bienveillantes" de Jonathan Littell, qui transcrit également de manière convaincante et documentée les faits et gestes d'un bourreau, cette fois-ci nazi.
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Epytafe
  12 octobre 2011
Un polar écrits par un auteur de polars reconnu par le régime soviétique, mais jamais publié du vivant de l'URSS. le narrateur, un notable jouisseur, terriblement cynique, opportuniste et alcoolique, nous emmène dans les dédales de la bureaucratie soviétique, sous Brejnev et sous Staline via de longs et terrifiants flashbacks. Une peinture terrifiante et réaliste d'un quotidien heureusement révolu. Quoique...
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frmwa
  02 février 2018
La réalité soviétique de Staline à Brejnev - on n'ose ajouter "comme si vous y étiez", de peur de disparaître soi-même dans les sous-sols de la Loubianka ou d'y envoyer quelqu'un, et la dégradation morale qui l'accompagne. Il est intéressant de faire le lien avec "Vie et Destin" de Vassili Grossman, concernant le climat antisémite notamment, et le stalinisme. Autre référence : certains films d'Aleksei Balabanov, comme "Chargement 200" - le code désignant les cercueils des soldats de retour d'Afghanistan. Comme Woland a fait référence à "le Maître et Marguerite", Balabanov a également réalisé un film "Morphine" basé sur un roman de Michaël Boulgakov.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
soleil23soleil23   20 février 2018
- comment peux-tu vivre avec cette dinde ? demanda t-elle avec curiosité.
- Je ne vis pas avec elle.
- C'est à dire ?
- Je meurs avec elle.
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soleil23soleil23   20 février 2018

Un lourd silence se fit autour de la table.
La décision de frapper se prend indépendamment de ma volonté, je n'y pense jamais auparavant. Parce qu'on ne frappe pas tout le monde pour les mêmes raisons. Quand on frappe, c'est pour:
- Humilier
- Effrayer
- Punir
- Paralyser
- Blesser
- Torturer
On frappe pour tuer. D'un seul coup, d'un seul.
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soleil23soleil23   20 février 2018

L'ignorance et l'incohérence de la punition. On autorise quatre personnes à sortir et on l'interdit à la cinquième. Sans aucune raison ni explication. Il n'y a qu'une règle dans ce jeu : l'absence de règles.
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PecosaPecosa   03 juin 2012
Toutes ces caves de torture étaient un mythe, du perlimpinpin moyenâgeux, dont nous n'avions absolument pas besoin, puisque la Prison intérieure centrale du MGB de l'URSS, qui occupait l'immeuble de cinq étages de l'ex-hôtel, ex-compagnie de cargos Caucase et Mercure, dans la cour du 2, rue Loubianka, et reliée au bâtiment principal par un passage, permettait d'assurer le cycle complet de la sécurité nationale, depuis le travail préparatoire des agents jusqu'à l'arrestation du figurant, depuis le début de l'instruction jusqu'aux aveux complets de l'inculpé, depuis le procès par la Commission spéciale auprès du ministre, la COS, jusqu'à l'exécution du condamné, le tout sans mettre le nez dehors une seule fois. Tout se passait dans un lieu unique! Le rêve du technocrate, le but inaccessible du technicien: une production sans déchets, en circuit fermé, un intestin qui se digère lui-même.
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belette2911belette2911   23 mars 2014
La veille encore, Lioutostanski s'esclaffait comme un vampire rassasié. Son bonheur était complet, sans nuages, car l'heure approchait où se réaliserait enfin le rêve de toute sa vie : l'extermination des juifs.

Et il tirait un orgueil légitime d'avoir apporté son obole, et pas des moindres, à l'organisation de ce nouvel Armageddon. Seulement, Lioutostanski ignorait qu'il n'était pas du pouvoir des hommes de fixer les limites de l'existence et de décider de l'heure du trépas. Il ne pouvait pas savoir que le Saint Patron s'éteindrait le lendemain, et encore moins ce que cela aurait comme conséquence pour les juifs ou pour lui-même.
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