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ISBN : 2070279138
Éditeur : Gallimard (22/09/1978)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 50 notes)
Résumé :
«La bêtise n'est pas mon fort.» Le narrateur, qui commence par cette affirmation, est un homme qui a vécu. Il aurait pu être valablement célèbre. Mais, dit-il, «je me suis préféré». Il rêve «que les têtes les plus fortes, les inventeurs les plus sagaces, les connaisseurs le plus exactement de la pensée devaient être des inconnus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer.» Monsieur Teste, qu'il rencontre dans un café, est un de ces héros silencieux.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  08 septembre 2017
UNE BOUFFISSURE.
Publié en 1929, Monsieur teste de Paul Valéry comprend: "La soirée avec M. Teste" (1896), "Lettre d'un ami", "Lettre de Madame E. Teste", "Extraits du Log-book de M. Teste". Paul Valéry a écrit une préface à "La soirée" à l'occasion d'une traduction de cette oeuvre en Anglais. "La soirée avec M. Teste" se présente sous les aspects d'un conte philosophique, d'une note hypertrophiée qui aurait pu devenir un roman. Tout aussi bien une autobiographie intellectuelle.
Les premières pages sont traitées dans un style volontairement rèche, expéditif, avec, comme par défi, tout le matériel brut du genre: confessions. La vie sentimentale sociale, mentale, du narrateur y est exposée à la hâte et sur un rythme exemplaire: "La bêtise n'est pas mon fort. J'ai vu beaucoup d'individus; j'ai visité quelques nations; j'ai pris ma part d' entreprises diverses sans les aimer; j'ai mangé presque tous les jours; j'ai touché à des femmes. Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n'ai pas retenu le meilleur, ni le pire de ces choses: est resté ce qui l'a pu". Puis nous apprenons que l'auteur rêve "que les têtes les plus fortes, les inventeurs les plus sagaces, les connaisseurs le plus exactement de la pensée devaient être des inconnus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer". A partir de là, il s'agit donc de se donner par coup d'Etat, par effet de dictature sur sa propre liberté, l'image possible d'un homme de cet ordre, d'un de ces "solitaires qui savent tout avant le monde". Cette gageure nous est présentée sous les traits familiers et quotidiennement relevés, d'un certain M. Teste, auquel Valéry prête le comportement le moins visible, le plus banal qui soit. Il nous donne quelques renseignements sur le physique de cette créature: "M. Teste avait peut-être quarante ans. Sa parole était extraordinairement rapide, et sa voix sourde. Tout s'effaçait en lui, les yeux, les mains. Il avait pourtant les épaules militaires, et le pas d'une régularité qui étonnait. Quand il parlait, il ne levait jamais un bras, ni un doigt: il avait "tué la marionnette". Il ne souriait pas, ne disait ni bonjour ni bonsoir; il semblait ne pas entendre le "comment allez-vous?" M. Teste opère tout ce qui se pense et se sent chez un homme, sans autre but que de résoudre la question: "Que peut un homme?". Il parle:"Il y a vingt ans que je n'ai plus de livres. J'ai brûlé mes papiers aussi. Je rature le vif... Je retiens ce que je veux. Mais le difficile n'est pas là. "Il est de retenir ce dont je voudrais demain"... J'ai cherché un crible machinal..." Nous le voyons à l'opéra, tournant le dos au spectacle, et seulement intéressé par les éléments contagieux qui composent la salle. Dans la rue, dans sa chambre, couché, aux prises avec "un dixième de seconde qui se montre". Avec son angoisse, et sa certitude: "Je suis étant, et me voyant. Me voyant me voir, et ainsi de suite." Enfin: "Il ronflait doucement. Un peu plus doucement je pris la bougie, je sortis à pas de loup".
M. Teste est une mécanique extraordinairement bien réglée, sans transcendance possible, puisqu'il est cette transcendance. Sa puissance est réduite à rien par l'absolu qu'elle implique. S'il voulait, il ferait sauter le monde. Mais que peut-il vouloir? Il a prévu tout acte, par l'opération systématique qui l'annule de lui-même. "Pourquoi M. Teste est-il impossible? -C'est son âme que cette question. Elle vous change en M. Teste", dit Valéry dans la préface. On peut se laisser aller à imaginer ce qu'eût fait l'âme allemande -ou Edgar Poe- de ce héros, de cette idole de l'esprit, placé chez Valéry sous le signe cartésien. Dans quelle nuit fantastique elle l'eût égaré pour en tirer les sons les plus inouïs!
Une fois achevée, que reste-t-il cependant de cette lecture ? On n'aura sans doute pas ajouté grand chose en rappelant, une fois de plus, que le surréaliste André Breton était capable de dire "La Soirée" par coeur, ou encore qu'André Gide y voyait une éthique, que des auteurs aussi importants que Jorge-Luis Borges y voyaient «la plus extraordinaire invention des lettres contemporaines», qu'un lecteur à la critique aussi acérée et judicieuse qu'un Georges Perros en faisait l'un de ses livres de chevet, etc.
Cette oeuvre est très certainement l'une des plus lue et appréciée des grands écrivains d'une large première moitié du XXème siècle. Pour autant, il est apparu plus sec et abrasif qu'un vent de sirocco, plus prétentieux qu'un vieux professeur polymathes dispensant son savoir universel du haut de sa chaire, plus aride et stérile que le désert d'Atacama, plus bouffi qu'un lupus mal soigné...
Nul doute que le créateur de "Le Cimetière marin" était un homme d'une intelligence en tout point supérieure au commun des mortel, qu'il créa une oeuvre singulière marquant son époque et les décennies qui suivirent, il n'en demeure pas moins que son Monsieur Teste, dans lequel d'aucuns auront cru reconnaître une sorte d'autoportrait de son démiurge, est d'un ennui total, d'une arrogance rare, d'une sécheresse pénible et d'une bouffissure insupportable. Une leçon à retenir, peut-être : que cet heureusement bref objet littéraire inclassable fut appelé à devenir un livre culte de bien des auteurs -et pourtant de très bon - de ce vingtième siècle révolu en dit sans doute long de ce qu'il fut dans ses aspects les plus intellectualisant et présomptueux.
Mais plus assurément votre serviteur sera-t-il passé totalement à côté de ces rivages inhospitalier des lettres moderne ? C'est bien possible, et sans le moindre regret !
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colimasson
  12 janvier 2016
En parlant de Monsieur Teste, me revient à l'esprit une anecdote parmi tant d'autres. Ça se situe au niveau du cours d'étymologie, et ça nous permettra peut-être de comprendre l'évolution de l'espèce humaine.

En latin, deux mots se faisaient concurrence pour désigner la tête : « caput » et « testa ». Caput s'est spécialisé dans les éléments pleins et on le retrouve encore rescapé dans le mot « couvre-chef ». Testa s'est quant à lui dévoué pour désigner nos petites têtes sous le signe de la vacuité car, dans son sens latin, ce mot servait également à désigner les cruches vides que l'on n'emplit jamais sans finir par se retrouver avec un marais de moustiques écrasés et de crapauds copulants.

Pourquoi cette anecdote ? Peut-être parce que Monsieur Teste, sous ses abords de grand homme nietzschéen, s'embourbe en fait dans un complexe d'infériorité qui le rend pompeusement emmerdant.

Moi, je faisais pleinement confiance à Walter Benjamin et si j'en suis venue à lire ce Monsieur Teste, c'est parce que les quelques extraits que j'avais pu lire m'avaient semblé brillants. Je dois en fait le reconnaître : ils l'étaient surtout dans l'oeuvre de Benjamin car ils étaient entourés des commentaires de ce dernier. Walter Benjamin, en voilà un, au moins, qui ne se donne pas des airs de vouloir gagner le prix Nobel à chaque point-virgule.

Les points positifs que je soulignerais dans ce livre sont les suivants :
- Lecture rapide : peu de chapitres, pensée peu profonde malgré des tournures parfois empruntées, peu de surprises.
- Ne nécessite aucune mémoire et, partant, aucune méthode : je vous conseille même une lecture décousue et incohérente. C'est en butinant que l'on pourra éventuellement apprécier cette daube, plutôt que de se la farcir d'un coup comme une botte de poireaux.

J'ai beau me creuser la tête, je trouve pas d'autres raisons mais enfin, puisqu'elle est vide et que nos ancêtres ont décidé de la réduire à une cruche, ceci s'explique peut-être aisément.
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NMTB
  18 décembre 2014
Monsieur Teste est un intellectuel, mais un vrai de vrai, un pur et dur, pas un fanfaron qui perd son temps à écrire des livres ou à étaler sa science. Il se moque éperdument de l'image qu'il peut donner aux autres et rien ne semble plus le dégoûter que les influences sentimentales et illogiques. Une sorte d'anti-communicant. Une seule chose l'intéresse au fond et il y consacre toute sa pensée : Lui, son Moi, le vide.
Plusieurs petits textes, écrits à des époques différentes, composent cet ouvrage. Des narrations classiques, des lettres, des extraits d'un log-book, un portrait philosophique, des aphorismes, qui tous ont pour sujet Monsieur Teste. Et c'est toujours un plaisir de retrouver l'univers poétique de Paul Valéry, ses pensées sur le narcissisme, la solitude, le destin, l'agitation du monde. Car cette étude de cas est en fait de la poésie. Extraire une citation est un vrai casse-tête quand ce n'est pas une indélicatesse tellement tout se tient, s'enchaîne naturellement et semble lié comme des notes de musique. Valéry est comme Mallarmé, dont l'influence est palpable ici ; il vous oblige à le lire attentivement pour essayer de comprendre Monsieur Teste, cet homme qui force l'admiration de son rare entourage. Mais peu importe que l'on trouve des vérités profondes ou non, car le summum de cette lecture arrive quand on entend la musique de Valéry et qu'on se laisse bercer par ses phrases comme si elles étaient insignifiantes, comme un air familier qui reviendrait inopinément en tête.
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zazimuth
  07 août 2017
Par curiosité intellectuelle et pour ma culture personnelle j'ai voulu lire ce texte qui se trouvait dans ma Pile mais j'avoue n'avoir que survolé certaines des extensions au texte original.
J'estime avoir compris l'esprit du propos et du personnage mais il n'y a pas d'histoire alors je me suis vite lassée... trop abstrait pour moi^^
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argonaute
  29 mars 2013
Monsieur Teste est le livre de chevet de ceux qui savent sentir avec la pointe la plus aiguisée de leur pensée et qui savent penser avec la part la plus acérée de leur sensibilité.
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Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   13 janvier 2018
Alors j'ai dit à M. l'abbé que mon mari me faisait bien souvent penser à un mystique sans Dieu...
- "Quelle lueur !" a dit l'abbé, - "Quelles lueurs, les femmes quelquefois tirent des simplicités de leurs impressions et des incertitudes de leur langage ! ..."
Mais aussitôt, et à soi-même, il répliqua :
- "Mystique sans dieu !... Lumineux non-sens !... Voilà qui est bientôt dit !... Fausse clarté... Un mystique sans Dieu, Madame, mais il n'est point de mouvement concevable qui n'ait sa direction et son sens, et qui n'aille enfin quelque part !... Mystique sans Dieu !... Pourquoi pas un Hipppogriffe, un Centaure !"
- "Pourquoi pas un Sphynx, Monsieur l'abbé ?"

Lettre de Madame Emilie Teste, p. 48
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AlzieAlzie   14 janvier 2018
Je n'ai jamais eu plus fortement l'impression du quelconque. C'était le logis quelconque, analogue au point quelconque des théorèmes, - et peut être aussi utile. Mon hôte existait dans l'intérieur le plus général.

La soirée avec Monsieur Teste, p. 28
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AlzieAlzie   13 janvier 2018
M. Teste, d'ailleurs, pense que l'amour consiste à pouvoir être bêtes ensemble, - toute licence de niaiseries et de bestialité.

Lettre de Madame Emilie Teste, p. 46.
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NMTBNMTB   18 décembre 2014
Nous allons, à la fin, où vous aimeriez d’aller si vous étiez ici, à cet antique jardin où tous les gens à pensées, à soucis et à monologues descendent vers le soir, comme l’eau va à la rivière, et se retrouvent nécessairement. Ce sont des savants, des amants, des vieillards, des désabusés et des prêtres ; tous les absents possibles, et de tous les genres. On dirait qu’ils recherchent leurs éloignements mutuels. Ils doivent aimer de se voir sans se connaître, et leurs amertumes séparées sont accoutumées à se rencontrer. L’un traîne sa maladie, l’autre est pressé par son angoisse ; ce sont des ombres qui se fuient ; mais il n’y a pas d’autre lieu pour y fuir les autres que celui-ci, où la même idée de la solitude attire invinciblement chacun de tous ces êtres absorbés. Nous serons tout à l’heure à cet endroit digne des mots. C’est une ruine botanique. Nous y serons un peu avant le crépuscule. Voyez-nous, marchant à petits pas, livrés au soleil, aux cyprès, aux cris d’oiseau. Le vent est froid au soleil, le ciel trop beau parfois me sert le cœur.
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NMTBNMTB   18 décembre 2014
Paris enferme et combine, et consomme ou consume la plupart des brillants infortunés que leurs destins ont appelés aux professions délirantes… Je nomme ainsi tous ces métiers dont le principal instrument est l’opinion que l’on a de soi-même, et dont la matière première est l’opinion que les autres ont de vous. Les personnes qui les exercent, vouées à une éternelle candidature, sont nécessairement toujours affligées d’un certain délire des grandeurs qu’un certain délire de la persécution traverse et tourmente sans répit. Chez ce peuple d’uniques règne la loi de faire ce que nul n’a jamais fait et que nul jamais ne fera. C’est du moins la loi des meilleurs, c’est-à-dire de ceux qui ont le cœur de vouloir nettement quelque chose d’absurde… Ils ne vivent que pour obtenir et rendre durable l’illusion d’être seuls, - car la supériorité n’est qu’une solitude située sur les limites actuelles d’une espèce. Ils fondent chacun son existence sur l’inexistence des autres, mais auxquels il faut arracher leur consentement qu’ils n’existent pas…
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Vidéo de Paul Valéry
"Au loin s’en vont les images", une table-ronde filmée au Centre Georges Pompidou, le 16 novembre 2011, dans le cadre du cycle « Paroles » organisé par Benoît Peeters. La lectrice était Irène Jacob. Les intervenants animant le débat étaient William Marx, Luc Dellisse, Jean-Christophe Cambier et, bien entendu, Benoît Peeters.
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