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EAN : 9782915830071
159 pages
Éditeur : L'Echappée (01/04/2006)
3.71/5   19 notes
Résumé :
" Si tu me tires dessus, je te tire dessus ", annonce le Black Panther Party à la police d'Oakland en 1966. Inscrits dans l'histoire des mouvements d'émancipation noirs américains et partie prenante des luttes de libération des peuples opprimés, les Panthères noires passent de la théorie à l'action. Ils incarnent le réveil de l'homme noir face aux violences physiques et sociales qui l'accablent depuis des siècles. Ni intégrationnistes, ni séparatistes, leur objectif... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Stockard
  12 juin 2018
Malcolm X assassiné et Marcus Garvey exilé, il ne reste plus grand chose à quoi s'accrocher pour ceux qui trouvent que Martin Luther King, avec sa philosophie de désobéissance civile non-violente, a atteint ses limites. Parmi ceux-là, Huey P. Newton et Bobby Seale qui écument des organisations comme l'Afro American Association ou des groupes nationalistes noirs mais n'y trouvent jamais leur compte : trop de théorie, pas assez d'action car les Africains-Américains de Los Angeles, pendant ce temps, continuent à subir violence et arrestations arbitraires de la part du LAPD, police dont la réputation raciste n'est plus à démontrer au mitan des années 60. Alors que faire ? Eh bien, si le mouvement dont tu rêves n'existe pas, crée-le ! Et c'est ainsi que Newton & Seale posent les premiers jalons du bientôt célèbre Black Panther Party for Self-Defense. Entendons bien tout ce que contient ce "self-defense" : plus question de se laisser faire, d'accepter les abus au nom de gouvernements et de polices injustes... "Si tu me tires dessus, je te tire dessus". Tout est dit.
D'un programme en 10 points clair et lisible par tous, s'inspirant des théories de Frantz Fanon, de Malcolm X et de Mao, ils exposent les revendications d'un parti qui ne tardera pas à s'étendre nationalement, au grand dam de la bourgeoisie affolée.
En parallèle de sa campagne d'auto-défense, le Black Panther Party met en place un programme social aspirant à soutenir et aider la communauté noire (et souvent sans ressource) grâce à la distribution de petits-déjeuners pour les enfants, la prise en charge des personnes âgées et surtout la création d'une école visant à enseigner l'histoire afro-américaine trop souvent diffamée et galvaudée.
Bien que ce projet social ait été la ligne directrice du Parti, de celui-ci on ne retiendra que "une bande de jeunes Noirs armés et entraînés à la guérilla urbaine". Propagande négative largement véhiculée par un Edgar Hoover fumasse qui décide de reprendre le programme COINTELPRO (crée à la base pour enquêter sur le parti communiste) consistant à traquer, harceler, parasiter, faire naître la suspicion et parfois même (pourquoi se gêner ?) abattre certains membres trop menaçants avec pour malheureuse conclusion la dissolution du Parti des Panthères Noires en 1973.
Bien peu de littérature sur le sujet dans l'Hexagone, mais le livre de Tom van Eersel, heureusement, s'avère être un must. Précis, fouillé et parfaitement documenté, il nous donne à voir et comprendre les motivations de ces Panthères noires dont la plupart sont encore aujourd'hui soit exilés (Assata Shakur), soit emprisonnés (Mumia Abu-Jamal) soit morts (liste trop longue, disons juste qu'hormis Bobby Seale, il ne reste plus un seul des membres fondateurs du BPP) et, sans chercher à gommer les imperfections et mauvaises décisions dont il a pu faire preuve, nous livre la vérité sur ce qu'a été le Black Panther Party, le danger révolutionnaire qu'il a représenté, à en empêcher Nixon et Hoover de dormir (et déjà, rien que pour ça, respect !) et malheureusement la victoire de ses derniers dans le bras de fer entamé contre tous ces groupes de gauche, de pauvres ou de minorités (pour les plus connus : les Young Lords, les Young Patriots ou le Weather Underground) qui auraient bien pu faire éternuer le système mais les meurtres étant autorisés d'un côté et pas de l'autre, l'issue s'est avérée à chaque fois fatale.
A compléter avec l'excellent documentaire d'Agnès Varda pour approfondir ses connaissances sur ce mouvement bien trop souvent réduit à un groupe violent et raciste quand – et même s'ils prônaient l'auto-défense par les armes – les mots d'ordre furent avant tout : protéger, soigner et éduquer.
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Belem
  28 février 2013
Ce livre retrace assez bien l'histoire du Black Panther Party, qui tenta, à la fin des années 1960 aux USA, d'organiser le prolétariat noir, mais pas seulement. En effet, après la chasse au sorcière Maccarthyste de l'après-guerre, qui visait les communistes mais également toute la gauche américaine, celle-ci était exsangue au début des années 1960.
Le mouvement des droits civiques, pacifique, légaliste, ne parvint pas à résoudre la question sociale des jeunes noirs pauvres.
Comme le montre très bien l'auteur, c'est l'opposition à la guerre du Vietnam qui relança la politisation et l'activité militante, y compris dans la population noire américaine, la plus exploitée. Les soldats noirs, en première ligne au Vietnam, rentraient « au pays » avec encore moins de considération pour eux que les pauvres qui étaient restés.
Les émeutes de Watts, en 1965, cristallisèrent le mécontentement des noirs américains, surtout les jeunes, et certains décidèrent de réagir.
Face aux brutalités policières dont leur communauté était continuellement victime, des groupes d'auto-défense se formèrent, mais les femmes organisèrent aussi des repas pour les enfants qui allaient à l'école mais dont les parents n'avaient pas les moyens de payer la cantine.
On pourrait croire que l'appartenance au groupe se faisait sur des critères ethniques, mais ce n'était pas du tout l'intention de la majorité des leaders : ils voulaient s'organiser sur une base plus sociale que communautaire : le peuple, les ouvriers, les jeunes des ghettos, et non plus seulement « tous les blancs sont contre nous, et tous les noirs sont nos amis ». Il y avait des blancs au Black Panther Party, mais très peu, car, à cette époque, militer avec les noirs impliquait de se couper de sa famille, de sa position sociale, etc... et très peu de blancs étaient près à franchir ce pas.
A travers l'histoire du BPP, dont on découvre le programme, les règles internes, les questions qu'il se pose, les discussions, c'est aussi un autre visage des USA qui est montré dans ce livre : la situation sociale dramatique d'une partie de la classe ouvrière, le développement des ghettos, mais aussi les tendances fascistes de l'État, qui dispose d'organes de répression ne reculant devant aucune méthode pour détruire des mouvements protestataires (FBI, CIA).
Le BPP évolue politiquement tout au long de son existence, de par les influences qu'il se choisit (Malcolm X, puis Frantz Fanon, puis Ho Chi Minh, Che Guevara, jusqu'à Lénine, pour certains). Ils voient aussi qui les soutiennent réellement, au-delà des discours, et l'idéologie du parti se déplace ainsi de plus en plus vers la gauche, et, à partir de 1968, jusqu'à l'extrême gauche (voir les citations).
Le gouvernement US prend très au sérieux cette « menace » idéologique. L'auteur va jusqu'à dire qu'il craint une « révolution sociale » sur le sol américain. S'il est vrai que la CIA était traumatisée par le succès de la révolution cubaine, la menace que faisait planer le mouvement noir aux USA était beaucoup plus modeste. Cependant, la persistance de ce courant radical pouvait leur faire craindre qu'il ne franchisse un cap et se répande parmi les travailleurs américains. La répression contre le BPP va alors s'intensifier, jusqu'à atteindre une violence extrême, qui passera inaperçue de la majorité des américains.
A la fin de 1971, cinq ans après sa création, le BPP est anéantit. Jusqu'en 1973, ce sont 28 de ces militants qui auront été assassinés (par le FBI ou la CIA), des centaines sont en prison. Leurs imprimeries et leurs locaux ont été détruits.
Cette répression marquera longtemps la communauté noire militante. Pour l'auteur, l'anéantissement est total, et les jeunes en révolte qui relèveront la tête au début des années 1980 choisiront plutôt la musique pour s'exprimer : ce serait l'origine du hip-hop, puis du rap. Pourquoi pas ?
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Boubouddha31
  09 juin 2021
PANTHERES NOIRES, histoire du Black Panther Party est un ouvrage qui permet de découvrir en profondeur l'histoire d'un mouvement trop souvent caricaturé encore aujourd'hui.
En 5 chapitres (La montée de la contestation, les débuts du BPP, le succès du BPP effraie les autorités américaines, le pouvoir américain contre le Black Panther Party, le BPP de 1973 à nos jours) on plonge au coeur d'une organisation révolutionnaire basée sur l'autodéfense, l'éducation, l'égalité et l'autonomie, qui fut combattue avec véhémence, avec cruauté même, par les institutions US.
Dans ces pages judicieusement organisées on découvre la réalité du Cointelpro, le pouvoir égotique et paranoïaque de monsieur John Edgar Hoover, les manipulations et les mensonges du FBI, et toutes les forces qui ont infiltré, divisé, discrédité, une force populaire qui n'avait pour motif que la fin réelle de la ségrégation raciale aux États-Unis d'Amérique.
Mais on découvre surtout les figures du BPP, avec leurs forces et leurs faiblesses, et la construction d'un mouvement qui fut capable de faire trembler la nation autoproclamée la plus forte du monde, de son émergence rapide jusqu'à sa fin brutale.
Le livre est relativement court, il va à l'essentiel. Cependant Tom van Eersel nous propose d'élargir le cadre en donnant toutes ses sources, en proposant une liste d'oeuvres littéraires et cinématographiques utiles pour les esprits curieux et avides de connaissance.

"les panthères noires [...] proposent une autre façon de faire de la politique, une alternative socialiste et participative. Alternative malheureusement incompatible avec la démocratie représentative américaine, et sans doute avec toute démocratie contemporaine".

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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
StockardStockard   07 juin 2018
Les anciens Panthères noires sont aujourd'hui touchés par le fait que la colère qui les habitait dans leur jeunesse est invisible chez beaucoup d'Afro-Américains. "Quand Amadou Diallo a été abattu [de quarante et une balles] par la police, en 1999, je pensais que les gens allaient se lever, en colère, et que cela ferait changer certaines choses, mais cela n'a pas été le cas. Si la police continue à tuer les Noirs, c'est parce que personne ne dit rien. Plus personne n'est en colère", tel est le sentiment de certains.
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StockardStockard   01 juin 2018
Pour que se forge un sentiment anticommuniste – destiné en particulier à maintenir en place l'économie de guerre qui avait su arracher le pays à la crise – les autorités se doivent de réduire l'influence de cette gauche américaine, et même de l'éliminer, quitte à devoir criminaliser des activités culturelles ou syndicales. Le complot communiste international et son infiltration dans la société devient le cauchemar des autorités. Pendant près de quarante ans, tous les problèmes que vont rencontrer les États-Unis seront mis sur le compte de cette infiltration communiste.
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StockardStockard   02 juin 2018
La Constitution américaine et la législation de certains États autorisent la possession d'armes, et dans l'esprit de beaucoup d'Américains, un bon citoyen se doit d'en avoir une chez lui. Pourtant, quand ce sont des citoyens noirs qui s'en procurent, on ne peut s'empêcher, dans la communauté blanche, d'y voir le début de l'insurrection noire.
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StockardStockard   04 juin 2018
Les autorités américaines ont usé de tous les moyens en leur possession pour éliminer le Black Panther Party. Moyens légaux ou non. Directement ou non, elles sont même allées jusqu'à l'élimination physique de certains dirigeants du Parti. C'est le cas de "Bunchy" Carter, de John Huggins à Los Angeles, et surtout de Fred Hampton à Chicago.
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StockardStockard   07 juin 2018
Le Black Panther Party fait de la politique, puisqu'il se donne la mission de changer la vie de la Cité, de la communauté. Le danger qu'il représente pour l'État se trouve finalement là : les Panthères noires, tout comme la "Nouvelle Gauche" blanche ou les hippies, proposent une autre façon de faire de la politique, une alternative socialiste et participative. Alternative malheureusement incompatible avec la démocratie représentative américaine, et sans doute avec toute démocratie contemporaine.
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