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Critique de kielosa


kielosa
  10 juillet 2018

+++++ ATTENTION AUX VOISINS +++++

Temps idéal pour profiter de ce bel été, en plein soleil ou à l'ombre, entre 2 matches de la coupe du monde de football à Moscou, du dernier roman policier de la "reine du crime des Flandres" , comme j'avais qualifié Hilde Vandermeeren dans ma chronique du 11/11/2017 à propos de son thriller à succès "Si tout devient obscur". L'auteure apparemment a dû être satisfaite dudit billet, puisque le jour de sa sortie, elle m'a aimablement offert un exemplaire de "Attention aux voisins" avec une belle dédicace. Et qui plus est, en reprenant ma formule en quatrième de couverture avec, en lettres majuscules, comme source : BABELIO ! Une primeur pour les Pays-Bas et la Flandre. Dire que j'en suis fier et ravi serait une litote.
Ce qui me gêne un peu pour en faire la critique, c'est que les éditeurs en France n'ont toujours pas découvert notre reine du crime et qu'il n'y ait donc pas encore de traduction française disponible. Mais je reste optimiste, intimement convaincu qu'ils ne peuvent pas y échapper !

Hilde Vandermeeren qui est diplômée en psychologie à l'université de Louvain a certainement été une très bonne élève, puisque dans ses romans elle n'a pas peur de s'attaquer à des troubles psychologiques étranges mais réels. Si dans son précédent roman "Si tout devient obscur" il s'agissait d'un cas de prosopagnosie ou du trouble de la reconnaissance de visages, dans "Attention aux voisins", l'auteure se penche sur le syndrome de Capgras.

Un mot d'explication sur ce trouble d'ordre neurologique s'impose.

En 1923, le psychiatre français Joseph Capgras (1873-1950) a identifié une maladie psychologique particulière assez angoissante qui consiste d'un délire d'illusion de sosies. En langage simple cela veut dire qu'une personne ne reconnaît plus dans une personne de son entourage, la personne qui elle est, mais est convaincue qu'il a à faire à un sosie. Contrairement à quelqu'un d'affecté de prosopagnosie, qui ne reconnaît plus les traits d'une personne déterminée, parfois même d'une personne très proche, dans le cas du syndrome de Capgras, il est convaincu qu'il s'agit, en fait, d'une autre personne. D'usurpation d'identité en quelque sorte : il lui ressemble, mais ce n'est pas lui !

Je ne puis rien ajouter quant à la fréquence de cette déviation, sauf que, d'après Wikipédia, ce syndrome est "plus fréquent chez les femmes avec un ratio de femme/homme de 3 : 2". J'ai essayé de trouver des personnes célèbres ayant cette affection, mais je n'en ai pas trouvé.

En revanche en littérature, il y a 3 livres qu'il convient de signaler à ce propos. D'abord, de Dostoïevski, la nouvelle "Le double" de 1846 et plus récemment de Jack Finney "L'invasion des profanateurs" de 1955 et de Richard Powers "La chambre des échos" de 2008 (en pocket, 2009).
Au cinéma, il y a le film autrichien "Goodnight Mommy" de Veronika Franz et Severin Fiala (en allemand, " Ich seh, ich seh" ou je vois, je vois), qui est sorti en 2014, mais que je n'ai pas (encore) réussi à voir.


Voyons un peu comment Hilde Vandermeeren s'y prend avec ce syndrome de Capgras.

Ruth Williams est une écrivaine de romans noirs qui rentre chez elle d'une entrevue pénible avec son éditeur qui lui s'est plaint des délais pour la publication d'un nouveau roman. Notre héroïne souffre du syndrome de la feuille blanche ("writer's block"). Elle habite avec son ami Matthew Cunnings, un spéléologue, un endroit paisible mais à l'écart, en somme dans une rue où il n'y a que 4 maisons isolées. Perturbée par l'entretien et roulant trop vite pour le temps maussade, tout à coup Ruth entend un bruit bizarre. Son coeur s'arrête de battre, car elle craint d'avoir renversé la fille de leur voisin le plus proche, la gamine Katie de 7 ans. En sortant de sa bagnole, elle aperçoit ce voisin, Luke, un veuf inconsolable depuis la mort de la mère de Katie. Luke est penché dans l'herbe du bord de la route sur ce que semble être leur matou noir Beanie. Heureusement, elle n'a pas touché ce terrible Beanie. le chat a juste eu un moment de frousse avant d'essayer de se sauver dans le bois environnant, où il a chuté. En s'approchant de Luke, Ruth a une impression étrange........ comme si Beanie n'est pas Beanie, mais un autre chat !

Arrivé à ce passage, sceptique, je suis allé vérifier sur Internet et effectivement le syndrome de Capgras ne se limite pas à des humains, mais peut parfaitement bien s'étendre à des animaux.

Comme il s'agit d'un thriller, il faut que je termine, malencontreusement, ici déjà mon récit. Je me permets de vous présenter juste les autres voisins de notre Ruth : dans la 3ème maison habitent Judith et Jeff Morgan, un couple à la retraite, et dans le dernier bungalow, Brenda Owen, la quarantaine et qui est souvent à l'étranger pour affaires.

Une considération qui mérite réflexion : imaginez-vous un couple, dont une ou un souffre du syndrome de Capgras et ne reconnaît plus dans son partenaire la personne aimée et croit fermement qu'il s'agit d'une intruse ou intrus ! Une application littérale et originale de la fameuse boutade de Jean-Paul Sartre : l'enfer c'est les autres !

Avec cette idée lumineuse d'écrire des thrillers, dans lesquels un personnage central est frappé d'une affection neurologique rare, Hilde Vandermeeren a trouvé un moyen évidemment efficace de lever ses oeuvres à un niveau supérieur. Une trouvaille originale certes, mais pas évidente du tout, car le danger de gaffes ou fausses notes est aussi réel que les maladies psychologiques qu'elle sélectionne comme point de départ. N'étant ni psychologue diplômé , ni à plus forte raison psychiatre, j'ai donc lu ce roman de façon extra attentive, presque à la recherche d'éventuelles erreurs et je n'en ai pas trouvé. Autrement, il va de soi que j'aurais arrêté ma lecture du livre en cours de route et certainement pas fait l'effort d'une chronique documentée, en dépit du sympathique cadeau et la jolie dédicace.
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