AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9782842053468
79 pages
1001 Nuits (27/05/1998)
3.88/5   26 notes
Résumé :
Lorsque l'école et le lycée se comportent comme des entreprises, que les élèves sont traités comme des clients, incités non à apprendre mais à consommer, il est salutaire de rappeler que l'éducation appartient à la création de l'homme, non à la production de marchandises.
Loin des critiques réductrices du système éducatif, l'auteur du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations étudie et dénonce l'aliénation qui s'empare des élèves et des enseigna... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Pavlik
  17 mai 2020
Raoul Vaneigem, l'auteur de ce texte, est un des fondateurs de l'Internationale Situationniste, avec Guy Debord. Il prône donc, par définition, une critique radicale de la société, qui s'inscrit dans la mouvance anarchiste.
Il entend, dans ce texte rédigé en 1995, s'attaquer à l'organisation du système scolaire et en dénoncer les effets délétères sur la jeunesse :
- l'enseignement (au sens de l'Education Nationale) ne vise pas l'épanouissement des élèves, à travers la découverte et la réalisation de leurs désirs, mais leur incorporation dans un système productiviste et consumériste aliénant
- l'organisation "militariste" et hiérarchique des rapports enseignants / élèves n'a pour conséquence qu'éteindre progressivement la soif d'apprendre naturelle des enfants, et encourager les comportements rebelles
Pour l'auteur, l'avenir de l'enseignement passe par une prise de conscience du "vivant" qui nous entoure, de sa beauté mais aussi de sa fragilité, bref par la promotion d'un paradigme écologiste, en devenir.
Si les idées sont belles (chacun appréciera selon sa sensibilité), si l'idéal de l'anarchie individualiste (la réalisation de son plein potentiel, de ses désirs) est présent, l'aspect formel du texte dessert le propos ; une accumulation de formules percutantes (aujourd'hui on dirait de "punchlines") ne saurait remplacer une argumentation construite. Et puis l'alternative proposée ici est quand même un peu courte et manque de définitions claires. Que veut dire exactement apprendre à l'enfant à "satisfaire ses désirs, non dans l'assouvissement animal mais selon les affinements de la conscience humaine"?...De quels désirs parle-t-on ? Qu'entend-on ici par "conscience humaine" (on comprend bien qu'il n'est pas possible pour l'auteur de faire référence à une quelconque morale, la référence à Kropotkine aurait surement été utile ici)
Pour finir sur une note positive, je suis surpris de la prégnance, dans ce texte, d'un discours écologiste (auquel j'adhère sans réserves, de même que, pour être tout à fait honnête, j'éprouve beaucoup de sympathie à l'endroit de la pensée anarchiste), qui semble avoir beaucoup progressé depuis 25 ans, quand on voit que certains propos tenus ici sont aujourd'hui largement diffusés, par des intellectuels ayant pignon sur rue, tel Aurélien Barrau par exemple.
Y aurait-il matière à espérer, quant au futur du vivant sur terre ? Seul l'avenir nous le dira...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          133
JulienDjeuks
  09 janvier 2022
Malgré la modernisation du pays, malgré mai 68, malgré l'abandon des châtiments corporels, la fin du pouvoir absolu du père de famille et l'autorité indiscutable de l'État-patrie, malgré les apports des pédagogies alternatives, le système scolaire conserve des allures de prison et de centre de dressage... En bon situationniste, Vaneigem remarque que la persistance morbide de l'organisation verticale dans l'école n'est que le reflet de l'organisation pyramidale de la société, l'école étant dès lors un jeu de rôles formateur, une répétition de la vie de domination qui aura lieu dans l'usine ou dans l'entreprise, voire dans toute la société. L'erreur fondamentale, selon lui, est d'avoir adopté la morale et les manières de faire du monde des affaires (après avoir rejeté celles de l'armée), du monde économique, un monde dont la morale est profondément suspecte ! Où la concurrence est sans pitié, où l'on élimine les faibles, on les licencie, on les rachète, on les trompe, on dissimule, on réalise des coups, on spécule, on parie... pas vu pas pris... La belle concurrence sportive que prônent les penseurs de la religion du management, cache en réalité le caractère jetable et remplaçable du sportif, les intérêts financiers dominants. L'auteur considère que ces valeurs sont celles d'une "société mafieuse". L'autre face de ce système de valeurs, c'est l'assistance, la charité pour le faible, pour celui qui échoue. On le sait la charité est souvent le moyen de blanchir l'argent des trafics. L'école fait ainsi preuve de bienveillance envers ses mauvais élèves (non-redoublement, activités de rattrapage faciles, générosité des notes ou des coefficients...) comme une charité qu'on donnerait gentiment pour encourager à reprendre sa place dans la compétition. On n'est pas si méchant, voyez-vous, alors soyez sages et faîtes comme on vous demande.
Ce qui sous-tend cette idéologie, c'est la notion destructrice de réussite, que Vaneigem dévoile en l'appelant par son vrai nom de "volonté de puissance". La réussite scolaire, ce n'est pas l'espoir d'avoir un métier et un salaire décent (comme ce put être le cas à une époque), mais la réalisation de l'ambition, la montée dans l'échelle sociale (réaliser sa puissance, c'est devenir plus fort que les autres, prendre l'ascendant, diriger les autres). L'école est un atout de plus pour cette montée, parmi les autres moyens que propose ce système économique immoral. de là, la réussite scolaire est prise comme outil et non comme validation d'un riche apprentissage réussi. Un faux diplôme agrémenté d'un peu de tchatche peut faire l'affaire, tout comme la lèche et la corruption favoriseront cette ascension. La réussite sociale, c'est la débrouille dans un monde de requins. Les professeurs s'étonnent naïvement de la telle naïveté des élèves qui trichent en recopiant le premier contenu internet au lieu de réfléchir par soi-même pour apprendre... Devenir maître en tricheries, c'est être apte à se débrouiller dans le monde. Et quoi de mieux que la bienveillance des professeurs pour s'y exercer ? L'admiration de la réussite, qu'elle soit financière ou sportive, sans regarder les moyens, est une constante de notre temps (comme il est admis que le système est vicié, il est naturel d'ailleurs que les manières de réussir ne soient pas prises en compte dans notre jugement).
C'est en situationniste également que Vaneigem prône justement comme valeur centrale pour une nouvelle école, la fantaisie, la moquerie de ce monde sérieux et crapuleux, la dénonciation de ce système et de ceux qui le défendent. Un peu comme les valeurs chrétiennes vicieuses défendent parfois une souffrance immédiate, une docilité, au bénéfice d'une jouissance future, au ciel, l'école hypothéquerait le bonheur de l'enfant au bénéfice de sa jouissance par l'argent qu'il retirera de sa réussite future. Contre cette position viciée, Vaneigem prône bien entendu la rébellion immédiate et la réalisation collective dans l'école du bonheur de l'enfant. Contre l'utilitarisme de la formation - prendre le pli du monde impitoyable des affaires dans lequel l'enfant va entrer -, il vante le triomphe de la fantaisie, de la dérision, du rêve. Il ne s'agit pas de protéger l'innocence et la pureté de l'univers enfantin, mais au contraire créer des êtres qui iront consciemment à l'opposé de ce monde détestable. L'école doit constituer une arme de guerre contre cette supercherie gigantesque, ce monde stupide et déréglé, cette escroquerie en bandes organisées, qui s'appuie sur l'illusion de l'homo oeconomicus, le charlatanisme du darwinisme social hérité d'Herbert Spencer (qui voit l'individu humain comme un monstre d'égoïsme se battant contre les autres pour survivre - simplification nullissime de Darwin), la domination de pouvoirs financiers criminels bâtis sur l'exploitation, la spoliation ou la guerre.
Lien : https://leluronum.art.blog/2..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
anhj
  18 mai 2021
J'ai lu de nombreuses fois ce petit livre depuis sa parution en 1995, il est d'ailleurs bien usé.
Raoul Vaneigem, dans son combat contre une société qui a remplacé le bonheur par la consommation, s'attaque ici à la racine du mal, l'école, accusée en quelque sorte de formatter au lieu de former, de fermer et non d'ouvrir.
Lyrique jusqu'à l'outrance, imperméable à la nuance, il est difficile d'adhérer toujours au discours de l'auteur. Il n'en reste pas moins que ces quelques pages sont salutaires en ce qu'elles nous bousculent et nous dessillent, et nous obligent à réfléchir.
Commenter  J’apprécie          10
VirginieDoucet
  30 mars 2022
Vaneigem démontre l'obsolescence de notre système scolaire, imitation du système carcéral au profit de la société capitaliste, et enjoint aux enseignants et élèves à favoriser l'esprit de vie à l'école.
 A LIRE (parce que j'ai choisi un extrait mais qu'il y en avait bien 30 autres qui valaient la peine d'être retenus) !
Commenter  J’apprécie          10

Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
gaillard1gaillard1   26 septembre 2010
Épingler un papillon n'est pas la meilleure façon de faire connaissance avec lui. Celui qui transforme le vivant en chose morte, sous quelque prétexte que ce soit, démontre seulement que son savoir ne lui a même pas servi à devenir humain.

Tel que relevé pour "Les fils de la pensée" https://filsdelapensee.ch/
Commenter  J’apprécie          290
gaillard1gaillard1   26 septembre 2010
Mettre l'école sous le signe de la compétitivité, c'est inciter à la corruption, qui est la morale des affaires.

Tel que relevé pour "Les fils de la pensée" https://filsdelapensee.ch/
Commenter  J’apprécie          220
PavlikPavlik   16 mai 2020
Maintenant que les idéologies de gauche et de droite fondent au soleil de leur mensonge commun, le seul critère d'intelligence et d'action réside dans la vie quotidienne de chacun et dans le choix, auquel chaque instant le confronte, entre ce qui affermit sa propre vie et ce qui la détruit. Si tant d'idées généreuses sont devenues leur contraire, c'est que le comportement qui militait en leur faveur en était la négation.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
JulienDjeuksJulienDjeuks   09 janvier 2022
La fonction de l’éducation dans le monde capitaliste, p. 53 :
Frustrés d’un bonheur qui ne coïncidait pas tout à fait avec l’inflation de gadgets inutiles et de produits frelatés, les consommateurs ont, dès 1968, pris conscience de la nouvelle aliénation dont ils étaient l’objet. Travailler pour un salaire qui s’investit dans l’achat de marchandises d’une valeur d’usage aléatoire suggère moins l’état de béatitude que l’impression désagréable d’être manipulé selon les exigences du marché. Ceux qui subissaient l’atelier et le bureau pendant la journée n’en sortaient que pour entrer dans les usines, moins coercitives mais plus mensongères, du consommable.
Les faux besoins primant sur les vrais, ce « n’importe quoi » qu’il fallait acheter a fini par engendrer à son tour une production de plus en plus aberrante de services parasitaires, tissés autour du citoyen avec mission de le sécuriser, de l’encadrer, de le conseiller, de le soutenir, de le guider, bref de l’engluer dans une sollicitude qui l’assimile peu à peu à un handicapé.
On a vu ainsi les secteurs prioritaires être sacrifiés au profit du secteur tertiaire, qui vend sa propre complexité bureaucratique sous forme d’aides et protections. L’agriculture de qualité a été écrasée par les lobbies de l’agro-alimentaire, surproduisant des ersatz de céréales, de viandes, de légumes. L’art de se loger a été enseveli sous la grisaille, l’ennui et la criminalité du béton qui assure les revenus des milieux d’affaires. Quant à l’école, elle est appelée à servir de réserve pour les étudiants d’élite à qui est promise une belle carrière dans l’inutilité lucrative et les mafias financières. La boucle est bouclée : étudier pour trouver un emploi, si aberrant soit-il, a rejoint l’injonction de consommer dans le seul intérêt d’une machine économique qui se grippe de toutes parts en Occident – bien que les spécialistes nous annoncent chaque année sa triomphale remise en marche.
Nous nous enlisons dans les marais d’une bureaucratie parasitaire et mafieuse où l’argent s’accumule et tourne en circuit fermé au lieu de s’investir dans la fabrication de produits de qualité, utiles à l’amélioration de la vie et de son environnement. L’argent est ce qui manque le moins, contrairement à ce que vous répondent vos élus, mais l’enseignement n’est pas un secteur rentable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
gaillard1gaillard1   26 septembre 2010
Le développement de la consommation a permis, en touchant une plus large couche de population, d'absorber jusqu'à un certain point une quantité croissante de marchandises conçues moins pour leur usage pratique qu'à l'effet de rapporter de l'argent. La qualité d'un produit a été traitée avec d'autant plus de désinvolture que ce n'est pas elle qui déterminait le chiffre des ventes mais le mensonge publicitaire dont elle était habillée pour séduire le client.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40

Video de Raoul Vaneigem (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raoul Vaneigem
Le 22.05.18, Thibault Henneton recevait Gérard Berréby dans "À voix nue" (France Culture), pour un entretien en cinq parties :
"Gérard Berréby vit de petits boulots et se met en quête : que faisaient les Guy Debord, Raoul Vaneigem et consorts avant 1968 ?
Sa première rencontre, c?est avec le poète et plasticien Gil Joseph Wolman, membre fondateur de l?Internationale lettriste : point de départ d?une généalogie des avant-gardes qui le conduira à rassembler et publier, en 1985, ses Documents relatifs à la fondation de l?Internationale situationniste. Ce qui n?a pas plu à tout le monde."
Photo : Gérard Berréby et Ralph Rumney à Cosio d'Arroscia. © Pauline Langlois.
+ Lire la suite
autres livres classés : pamphletsVoir plus
Notre sélection Non-fiction Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (5 - essais )

Roland Barthes : "Fragments d'un discours **** "

amoureux
positiviste
philosophique

20 questions
681 lecteurs ont répondu
Thèmes : essai , essai de société , essai philosophique , essai documentCréer un quiz sur ce livre