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ISBN : 2351780795
Éditeur : Gallmeister (30/11/-1)

Note moyenne : 3.26/5 (sur 168 notes)
Résumé :
Automne 1978, nord de la Californie. C’est l’ouverture de la chasse sur les deux cent cinquante hectares du ranch de Goat Mountain où un garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille se retrouvent comme chaque année pour chasser. À leur arrivée, les quatre hommes aperçoivent au loin un braconnier qu’ils observent à travers la lunette de leur fusil. Le père invite son fils à tenir l’arme et à venir regarder. Et l’irréparable se produit. De cet ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  15 novembre 2018
Onze ans, c'est l'âge pour tuer un cerf. Mettre sa veste de camouflage, quelques bières dans le sac à dos, un fusil bien huilé, casquette avec visière pour ne pas être ébloui par le soleil californien et s'aventurer en pleine forêt, dormir sur place à même le sol sur un couchage de bric et de broc et surtout d'épines de pin. Cela a tout du portrait initiatique d'un père avec son fils. le grand-père accompagne, l'oncle aussi, comme une réunion familiale et masculine, un pacte de sang à la vie à la mort. Sentir et respirer les odeurs champêtres, un sentiment de bien-être qui se dégage de mon roman étiqueté nature-writing. Pas de grizzli à s'attendre, juste des champignons, des corbeaux et peut-être quelques heures à attendre que le cerf passe devant mon viseur. Juste un cervidé.
Cela pourrait faire un excellent roman initiatique, transmission générationnelle d'un père à un fils. Apprendre à manier une batte de base-ball ou un fusil de chasse, le cérémonial est presque le même. L'intensité aussi et ce plaisir de partager quelque chose avec son fils, et de le voir grandir dans le monde « adulte ». Pourtant, les conséquences peuvent être « assez » différentes.
David Vann s'éloigne de son Alaska, pour une région plus chaude, plus étouffante même. L'histoire est toujours aussi sombre, et reste fascinante. Les méandres de l'esprit humain se fourvoient dans la noirceur de la vie. Et de la mort. A quoi tient la vie ? A une lunette de visée et un tir de précision, probablement. Mais aussi, l'après-acte, l'après-drame. Comment le gérer ? Comment assumer un lourd secret… enfoui dans une nature que l'auteur décrit avec ravissement, les couleurs, les ombres et les lumières, les senteurs… de la lumière d'un roman de pur nature-writing à la noirceur de l'âme humaine.
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LiliGalipette
  07 septembre 2014
Depuis plusieurs années, un jeune garçon accompagne son père, son grand-père et un ami de la famille lors de l'ouverture de la chasse. L'année de ses onze ans, il aura enfin le droit de tirer son premier cerf. Mais alors que son père l'invite à observer un braconnier dans le viseur de son arme, le garçon commet l'impensable et n'en ressent aucune honte. « Chacun de nous ressentant une sorte d'élan. Aucune action anodine. Chacun de nos pas, un nouveau pas vers une fin. Je le savais depuis que j'étais en mesure d'avoir des souvenirs. » (p. 15) La chasse continue, encombrée d'un cadavre, et les trois hommes s'affrontent, chacun avec sa propre idée de ce qu'il faut faire. le père peut-il encore protéger le fils face à un aïeul qui cite des règles immémoriales et contre un troisième homme qui pense aux conséquences sociales de l'acte de mort. « Tu es mon fils. Je suis ici pour t'aider. J'essaie de comprendre ce que tu peux bien être, et j'essaie de t'empêcher de le devenir. » (p. 209) Ce sombre récit est porté par l'enfant devenu adulte, comme une introspection a posteriori, probablement trop tardive, mais néanmoins nécessaire. Sur les terres familiales de Goat Mountain, le garçon a tout appris de la vie en apprenant la mort, au cours d'une initiation brutale et sauvage.
Attention, texte dense et étouffant ! Impurs présentait déjà une jeune personne flirtant avec trop de plaisir avec la violence et la mort. Sukkwan Island et Désolations montraient les violences que l'on s'inflige au sein des familles. Avec Goat Mountain, la boucle est refermée, ainsi que l'annonce l'auteur en postface. « Ce roman consume les derniers éléments qui, à l'origine, m'ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence. Il revient également sur mes ancêtres cherokees, et leurs interrogations lorsqu'ils furent mis face à l'idée de Jésus. » (p. 249) Sur une terre nord-américaine qui a bien changé depuis la découverte du Nouveau Monde, les récits de la Bible se mêlent au folklore américain et ce mélange culturel interroge l'être humain. « Je me fiche bien de Jésus, mais l'Ancien Testament est un recueil d'histoires d'un temps ancestral, des ombres ataviques parmi lesquelles j'erre sans cesse dans l'espoir d'y trouver une confirmation. » (p. 86) En faisant de l'enfant un tueur naturel, le texte questionne le rapport de l'homme à la mort et au meurtre. « Ce qui est instinctif porte soudain le poids d'une conséquence, notre nature animale trahie par la conscience. » (p. 150) le narrateur est obsédé par la figure de Caïn, le premier assassin dont l'offrande refusée a été remplacée par un sacrifice païen. Les réflexions métaphysiques et religieuses du narrateur sont finalement profondément humaines : dans un monde et une civilisation en décrépitude, sur des terres vidées de leurs grands troupeaux, l'homme expérimente l'enfer de son vivant, toujours en quête de réponse et de sens. « Dans ce que nous considérons comme inviolable, quelle quantité n'est qu'aléatoire, sans aucun fondement ? » (p. 112)
Dans ce roman, David Vann fait montre d'un style extrêmement percutant, où les phrases ne manquent pas leur cible. Avec une économie de mots et une écriture resserrée qui sait tout dire en ne nommant pas tout, l'auteur porte son texte à un degré de précision que n'avaient pas ses précédents romans. Fluide et obsédante, la narration place le lecteur en lieu et place de l'action : il est impossible d'être un simple spectateur, de ne pas sentir le sang, de ne pas entendre les chairs se déchirer et les coeurs battre au rythme fou des pulsations cosmiques. Et ce constat du narrateur peut devenir celui du lecteur, s'il se laisse prendre au piège du texte. « Une partie de moi-même n'aspirait qu'à tuer, constamment et indéfiniment. » (p. 21)
Profondément ancré dans le courant du nature writing, ce roman époustouflant pourrait également s'inscrire dans ce que j'ai déjà appelé l'human nature writing, l'homme étant sans cesse exclu et partie prenante de la nature. Goat Mountain est un récit âpre, barbare et infanticide : lecteurs qui entrez ici, abandonnez toute innocence.
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tynn
  03 octobre 2014
On peut dire que David Vann a trouvé un filon depuis "Sukkwan Island"...Et que depuis il creuse, creuse, creuse toujours au même endroit.
Des relations familiales biscornues et violentes, des êtres écorchés ou dérangés, sans moralité sociale ou sans inhibition, et, pour le meilleur de ses livres, des paysages grandioses aux conditions de vie extrême.
"Nous étions toujours occupés à tuer quelque chose, c'était comme si nous avions été mis ici-bas pour tuer".
Homme ou gibier, quelle différence pour un jeune garçon de 11 ans, dans une famille de chasseurs? le braconnier était dans sa lunette de visée, il a tiré, touché et il a aimé cela.
Ce dernier roman démarre en fanfare! La partie de chasse à peine entamée en est à jamais plombée... Et qui devra porter le chapeau, de l'enfant ou des trois adultes?
Un monde d'hommes taiseux, frustres, insensibles, un cercle familial masculin sans tendresse, une suspicion collective sourde en huit-clos, un crescendo dans la bestialité...
Rincée par la noirceur des êtres, je reste impressionnée par le talent descriptif de l'auteur. Grace à lui, on voit, on ressent, on observe et on réagit.
Roman initiatique, réflexion sur l'éducation, sur la violence des pulsions, de l'animalité de l'individu.
Il n'empêche, je crains de ne plus faire, dorénavant, le voyage dans l'univers de David Vann.
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isabelleisapure
  15 mai 2015
Difficile de conseiller un livre aussi éprouvant et pourtant, c'est ce que je vais tenter de faire en quelques lignes, parce qu'un bon roman, c'est un roman qui provoque des émotions, même si ces émotions sont douloureuses.
Dans Goat Mountain, on part à la chasse. Un jeune garçon accompagne son père, son grand-père et Tom, un ami de la famille.
Le jeune garçon a onze ans, il est donc en âge d'abattre son premier cerf. Tout ne se passera pas exactement comme prévu car le premier cadavre de l'enfant sera celui d'un braconnier!
Dès les premières lignes, la tension est palpable, le malaise s'installe subtilement.
Roman psychologique à l'atmosphère oppressante et au décor sublime, la lecture de Goat Mountain m'a perturbée par la violence de certaines scènes. La mort du braconnier m'a presque semblée banale face à la violence des descriptions lorsque l'enfant abattra son premier cerf, un carnage insoutenable suivi du rite initiatique cannibale dont je ne peux parler tant le dégout que j'ai ressenti est encore présent.
Je ressors de cette lecture profondément perturbée, mais pas seulement, j'ai ressenti une sorte de fascination qui m'a tenue en haleine tout au long de « cette épreuve littéraire ».
Pourquoi suis-je allée jusqu'au bout de cette épreuve ? Peut-être par compassion pour l'enfant ou alors tout simplement parce que David Vann est un grand écrivain, la description des paysages est sublime, la psychologie des personnages est disséquée avec minutie. David Vann excelle dans l'art de mettre au jour la noirceur de l'âme humaine dans des récits où la nature est prépondérante.
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Renod
  09 avril 2018
1978, Nord de la Californie. Un pick-up emprunte des chemins escarpés qui mènent à un territoire isolé en pleine montagne. A son bord, un garçon, son père, son grand-père et un ami de la famille s'apprêtent à chasser pendant quatre jours. Le rituel est le même chaque année pour l'ouverture de la chasse, à un détail près : le garçon âgé de onze ans a la permission de tuer son premier cerf. Et s'il y parvient, il devra manger le foie et le coeur de sa victime, prouesse qui fera de lui un homme. Mais la partie de chasse initiatique espérée va être marquée par un grave accident et se transformer pour le narrateur en un « rêve lugubre et intermittent peuplé de formes scandaleuses ».
Le roman a pour cadre une nature inhospitalière et décharnée : vallée de pins, routes poussiéreuses, rivière asséchée, mer d'herbe fanée percée ça et là de rochers abrupts, de buissons de manzanita ou de sumac vénéneux. Les crotales se confondent aux branches cassées. Un sommet domine ce terrain : Goat mountain, la montagne de la chèvre, une des formes du diable, qui semble imprégner ici la nature et le coeur des hommes.
La lecture de ce roman est – avouons-le - éprouvante. Le récit est marqué par une forte intensité dramatique, les descriptions sont faites en phrases hachées et dépourvues de verbe, les rapports entre les personnages sont passionnés et chaque moment revêt une forte portée symbolique. Les événements narrés dans ce roman sont le prétexte de réflexions sur de nombreux sujets : le bien et le mal, la culpabilité et la rédemption, la nature face à la société, les fondements de la loi morale. Ces questionnements trouvent un écho dans la Bible et la mythologie et les croyances ancestrales. Nous sommes renvoyés à nos origines ; une fois le vernis de la civilisation gommé, nous redevenons ce que nous sommes, des êtres primitifs guidés par leurs instincts, le premier d'entre eux étant de tuer.
« Goat mountain » est si sombre et si violent qu'il peut indisposer un lecteur déjà éprouvé par un style rugueux. Mais le roman parvient à nous éblouir par ses passages sublimes et son questionnement profond sur la nature humaine.
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critiques presse (1)
Actualitte   22 décembre 2014
Ainsi la littérature sauverait l'écrivain… Mais pas le lecteur, cette fois qui s'embourbe dans cette histoire dramatique, très intérieure, bute sur les références bibliques et la dimension religieuse du roman (les personnages de l'Ancien Testament, Caïn et Abel, reviennent souvent, tel un délire mystique), s'agace parfois du style répétitif [...].
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   24 mars 2018
Je m'agenouillai devant le cerf, devant les hommes, je portai le foie cru à ma bouche. Encore tiède quand je mordis dedans, aucune résistance, rien qu'une bouillie chaude au goût de sang. Je sentis un haut-le-coeur mais le retins, je mâchai et j'avalai, je mordis à nouveau et je pensai au mort, je m'imaginer manger son foie et je sentis la bile monter, ma poitrine et ma gorge se convulser, mais je tins bon et j'avalai encore, et je pouvais percevoir le goût des entrailles de chaque homme et de chaque bête, je pouvais percevoir au goût que nous étions faits des mêmes éléments oubliés et plus anciens que la mémoire, à l'époque où les premières créatures avaient rampé hors de la soupe primordiale. Un goût d'eau de mer et de placenta dans ma bouche, un rappel d'où nous venions tous.
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le_Bisonle_Bison   08 novembre 2018
La roche au-dessus avait été maculée, toute entière, une bande longue de trois mètres. Je comprenais qu’il s’agissait d’un homme, mais, ce qui me venait véritablement à l’esprit, c’était à quel point le tir avait été excellent. Un tir parfait, à plus de deux cent mètres, avec une arme trop grande pour moi, une arme difficile à maintenir fermement. Si ç’avait été un cerf, tout le monde afficherait un sourire. Il y aurait des hurlements de joie et le cri de guerre aigu que nous lâchions uniquement quand le cerf venait d’être abattu. Nous ne serions pas si étrangement silencieux. Avec mon couteau Buck, je lui ouvrirais la panse, j’en sortirais les entrailles et je mangerais le cœur et le foie, et tout cela serait perçu comme une bonne chose. Et si l’on ne nous avait jamais enseigné qu’il était mal de tuer un homme ?
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le_Bisonle_Bison   22 mars 2018
Les arbres devenus des colonnes de pierre, inscriptions sculptées dans une langue oubliée, et le ciel notre coupole, la montagne derrière nous, l'abside. Un sol de terre, pas de plafond atteignable. L'autel traîné depuis la nef jusqu'à l'entrée, jusqu'à la frontière du ruisseau, jusqu'à la lumière du soleil et la clairière au-delà, le monde extérieur à ce sanctuaire. Le plus simple des autels, un crochet et une chaîne. Et une grande dalle de marbre pour le prêtre, le matelas de mon grand-père. Le reste d'entre nous autour de lui, parés de notre frayeur. Chaque messe, une bataille, rompre le corps du Christ, boire son sang. La messe chrétienne, l'une des choses les plus macabres qu'on ait inventées. Mais le mort pendu par les chevilles transpercées était docile, nous ne buvions pas son sang, nous ne mangions pas sa chair. Nous n'étions pas des cannibales.
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le_Bisonle_Bison   20 mars 2018
Peu importe que le cerf soit imaginaire. Je savais qu'il le trouverait quoi qu'il arrive. Il ferait apparaître un cerf. Il l'abattrait en pleine course, cette détonation puissante roulant d'une crête à l'autre et claquant contre le sommet des montagnes.
Ce que nous voulions, c'était courir ainsi, pourchasser notre proie. C'était l'intérêt. Ce qui nous poussait à courir, c'était la joie et la promesse de tuer.
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romain29romain29   13 octobre 2014
Ils regardaient tous les deux par terre, et je savais que je trouverais le braconnier à leurs pieds. Je n'hésitai pas. Une part de moi-même ne tournait pas rond, et je ne pourrais jamais découvrir la source de tout ceci. Je fus en mesure de marcher jusque-là, de regarder ce corps et, bizarrement, je n'en fus pas davantage bouleversé qu'en regardant la carcasse d'un cerf. Si j'éprouvais quelque chose, c'était de l'excitation. Et c'était peut-être parce que, toute ma vie, j'avais vu quantité de cerfs et d'autres cadavres étendus au sol. Nous étions toujours occupés à tuer quelque chose, c'était comme si nous avions été mis ici-bas pour tuer. 
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Vidéo de David Vann
Les traumatismes du passé : des blessures invisibles, et pourtant aussi douloureuses que celles qui se voient. Pour les soigner, on se plonge dans "Un Poisson sur la lune" de David Vann. C'est en tout cas ce que nous proposent Héloïse Goy et Tatiana Lenté, auteures du livre "Bibliothérapie" publié aux éditions Hachette Pratique.
En savoir plus sur "Bibliothérapie : 500 livres qui réenchantent la vie" ? http://bit.ly/Bibliotherapie-500-livres
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