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Joëlle Varenne (Autre)
EAN : 9782491436223
80 pages
Mediapop (19/02/2021)
4.5/5   2 notes
Résumé :
« Isola avance avec une sensation d’ivresse, de vertige, et par moments s’approche du vide, des quelques centimètres pouvant lui arracher la vie. Elle reste là, assise. Elle se sent si peu de chose, si reconnaissante aussi. Elle pense à sa joie, l’impossibilité de partager cette joie. »

Solitaire d’île en île, Isola croise le fantôme de sa mère, un marin qui lit dans les rêves, une Pénélope derrière son comptoir. Cela se passe ailleurs, mais sait-on v... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique

Toutes les vies d'Isola

Dans Isola, un court roman, Joëlle Varenne dresse le portrait d'une femme qui choisit de fuir pour conjurer ses peurs. Jusqu'au jour où elle décide enfin d'affronter ses démons.

C'est la fin de l'été à Zadar. La fin des vacances et la fin d'un amour. Pour la narratrice de ce beau et bref roman, il faut laisser partir cet homme aux longues mains que la maladie a empêché de pouvoir jouer du piano, des «mains condamnées qui semblaient caresser des touches d'ivoire sur la jetée.» Encore quelques heures à l'attendre, à faire les cent pas le long de la jetée. le retrouver pour mieux s'en séparer.

«C'est mon dernier soir dans une ville que j'aime et je ne te dis rien quand tu me demandes à quoi je pense. Tu te rapproches de moi, je résiste. Mes pensées résistent. Je pars demain, tu resteras.»

Fuir, mais pourquoi? Fuir pour ne pas penser à cette mère dont la vie s'étiole? Fuir ces hommes voraces qui s'attaquent à sa liberté? Depuis qu'elle est montée dans le taxi vers l'aéroport et tout au long de son voyage, elle se pose mille questions et fouille son passé. Les images de ces hommes qui rôdent autour de la fille qu'elle était la hantent. Des images et des gestes de prédateurs. Une expérience déstabilisante. «Comme une lave dévalant la pente noire d'une île, ces caillots de sang disparus dans les eaux anthracite de son enfance.»

Au chevet de Maman, elle se dit que maintenant il lui faut prendre sa vie en mains. Qu'elle restera désormais. Que cette promesse vaut autant pour sa mère que pour elle. Mais les habitudes ont la vie dure. Et la fuite est si facile…

C'est finalement sur une île – mais pouvait-il en être autrement quand on s'appelle Isola – qu'elle va trouver la force d'affronter son passé pour se construire un avenir.

Joëlle Varenne construit son roman à la manière d'un peintre pointilliste, par petites touches de couleurs qui, en s'éloignant de la toile, finissent par donner une image saisissante, attirante, étonnante. À la poésie de son écriture, on ajoutera une sensualité que la photo de Monica Vitti choisie pour la couverture reflète bien. Et l'ambiance de L'avventura n'est pas trop éloignée de ce récit non plus. L'amour qui se cherche, la passion et la déception, la fuite et le doute.


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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
INCIPIT
Pâle septembre
C’est la fin de l’été, samedi soir. Étranger, étrangère partie sur un coup de tête, coup de cœur pour une ville à la résonance familière. Zadar, une incantation, un prolongement dans la nuit noire. Lointaine et mystérieuse.
So far…
La mer est couleur anthracite, changeante. Des silhouettes sont assises sur des marches, immobiles, face à la mer. Je marche le long du quai, j’entends les vagues amplifiées, des harmonies curieuses, liquides provenant de la terre. Dans l’obscurité naissante, j’aperçois d’étroites cavités parcourant le sol de la jetée. Le son s’en échappe, une mélodie orchestrée par le vent et les vagues.
Au chant de l’orgue marin, je me souviens.
Avant de te quitter, je devais t’annoncer mon absence.
Je ne savais comment te le dire, je redoutais ta réaction.
Un bateau passe avant de disparaître, emportant une foule vêtue de noir. Désormais, je suis seule sur le quai. Je m’éloigne quand tu avances dans ma direction. Je te regarde, mais tu continues et me dépasses.
Je t’appelle. Tu tournes rapidement la tête vers moi et me regardes. Nous restons interdits. À distance. Quelque chose se scelle. Nous ne trouvons rien à nous dire, trop. Nous nous ressemblons. Nos yeux se ressemblent. Une tristesse particulière, une fêlure familière. Nous marchons côte à côte le long du quai, nous enfonçant dans les ruelles de cette ville, ses contrastes, ses ruines à ciel ouvert côtoyant les terrains vagues. Un joyeux bordel de bois, carrosserie, jouets détruits. Des impacts de balles sont encore visibles sur les murs. Au détour d’une rue, un groupe d’hommes chante à une terrasse. Les yeux mi-clos au milieu des volutes de fumée. Nous prenons place à une table, face à face. Seule la litanie des hommes se confond avec nos regards.
Tu me parles de la maladie qui a condamné ton rêve de devenir pianiste. Comment tu l’as vécue. Fini par l’accepter. Cela fait trois mois que tu es parti, tu rentres chez toi, remontant la route de la soie à contresens. J’aime ta réserve, le soin que tu mets à répondre à mes questions. Tes yeux d’une profondeur rare, secrète, mais ce qui me trouble davantage, ce sont tes mains. Longues, aux gestes mesurés, ces mains condamnées qui semblaient caresser des touches d’ivoire sur la jetée.
Ce qui me manquait n’était pas le sexe,
mais des bras dans lesquels je pourrais m’abandonner.
Je me sentais vide et voulais que ces bras
emplissent ce vide pour oublier.
Tu me regardes intensément puis te détournes. Je me penche au-dessus de la table. Tu lèves les yeux vers moi. Je pose ma main sur le dos de la tienne, tu ne la retires
pas. Je ne veux pas m’en détacher mais quelque chose en moi cède. Tu te lèves, te rassois, donnes le nom de ton hôtel, d’une île que tu projettes de voir le lendemain et quittes la table. Je te regarde t’éloigner, ce n’est pas possible. Tu vas te retourner, je crois, mais tu ne le fais pas. Les yeux rivés sur la ruelle, je te vois disparaître.
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Au lever du jour dans une autre ville, un théâtre antique ouvre ses portes. Nous sommes seuls à l’intérieur, éclaboussés par la lumière entrant par les arches. Le ciel s’éclaircit. Nous goûtons à la ville, une ville ancienne qui s’éveille, un jour, encore. Une femme chante à sa fenêtre, un peigne à la main. Je regarde les façades, l’ocre devenant sable. L’homme avec qui je voyage et m’oublie des heures en plein jour dans une chambre à rideaux fermés.
C’est mon dernier jour de vacances. Une journée particulièrement chaude, ensoleillée. Nous marchons vers une plage. Tu me regardes partir au large, assis sur un rocher. Je disparais sans me retourner, sans te faire signe comme autrefois au lac avant de revenir m’étendre à tes côtés. Tu me regardes. Tu me regardes comme un homme regarde une femme quand je semble ne plus te voir, ne plus savoir. Une image remonte à la surface. Une île surgie de la mer, vue des hauteurs. Je me sens comme l’image d’une carte postale écornée. Sans origine, sans savoir par où commencer. Cette carte est toujours vierge dans mon sac. Écrire à son destinataire. J’en suis incapable.
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Comme une lave dévalant la pente noire d’une île, ces caillots de sang disparus dans les eaux anthracite de son enfance.
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J’ai mal.
Je te parle. En vain. Je ne comprends pas ce que tu dis, ni ce que je dis. Je parle, demande pourquoi vite, vite, vite? Une suite d’actions logiques, mais tout est incohérent. Je caresse ton visage, toujours cette lueur dans tes yeux. Cette vitre. Je cherche à te retrouver derrière, retrouver le sourire. Trop souvent, je suis partie. Maintenant, je suis là, je ne partirai plus, je me le promets, te le promets.
Je suis là, reviens.
Mais tu ne reviens pas.
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Le soir, mon téléphone sonne. Je connais ce numéro mais ne réponds pas. Un signal retentit pour annoncer un message. Des musiciens chantent dans la rue comme le soir de notre rencontre. C’est mon dernier soir dans une ville que j’aime et je ne te dis rien quand tu me demandes à quoi je pense. Tu te rapproches de moi, je résiste. Mes pensées résistent. Je pars demain, tu resteras.
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