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Les enquêtes du commissaire Soneri tome 4 sur 8
EAN : 9791095718543
258 pages
Agullo (04/04/2019)
3.74/5   107 notes
Résumé :
Dans la chaleur humide et gluante du mois d’août à Parme, Francesco Galluzzo, un marchand du centre, a été battu à mort. Le commissaire Soneri, chargé de l’enquête, écarte rapidement le motif du vol pour se concentrer sur un usurier, Gerlanda, qui tire toutes sortes de ficelles dans l’ombre depuis des années.
La vérité a mille visages, et Soneri, malgré sa répugnance pour les méthodes de l’usurier, comprend bien vite que Gerlanda et consorts ne sont que les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Une chaleur caniculaire s'abat sur Parme, reflet parfait de l'enquête poisseuse aux mille visages que va mener l'inspecteur Soneri sur le meurtre d'un commerçant, Galuzzo. La mort de ce dernier n'est en fait un détail presque insignifiant d'un projet plus vaste dans lequel la principale victime est la ville de Parme elle-même.

Très nettement, ce qui intéresse Valerio Varesi dans cette enquête, ce n'est pas de définir qui a tué, mais plutôt pourquoi, de s'interroger sur les causes du mal.

J'ai beaucoup apprécié le personnage de l'inspecteur, un double de l'auteur, attachant, ancré à de saines valeurs, profondément humaniste. Il va découvrir les coupables mais surtout les mécanismes qui l'empêchent de révéler la vérité.

Si on retrouve bien les codes du polar Les Mains vides contourne le genre en s'inscrivant dans le roman noir social, voire moralisateur faisant le constat des changements néfastes à l'oeuvre dans nos sociétés. A mesure que l'enquête avance, le roman est traversé d'un pessimisme croissant, d'une amertume, d'une mélancolie profonde en mettant en scène un nouveau type de crime, déguisé en sociétés financières et immobilières aux montages imparables, remplaçant la vieille garde de la pègre classique. le basculement de Parme vers la perdition devient une métaphore de la déroute de l'Italie actuelle, un corps affaibli prêt à s'attraper n'importe quelle maladie. Les truculents dialogues entre l'inspecteur et Gerlanda le vieux mafieux usurier sont exemplaires à ce titre.

« Ne vous faites pas avoir par les gens respectables : les industriels, les entrepreneurs, les banquiers, les avocats ... Ils utilisent tous les mêmes méthodes, ils possèdent tous une sauvagerie sans limites, sinon, ils ne seraient pas là où ils sont. Les affaires te font régresser au stade primitif, là où la raison sert uniquement à organiser la violence. Ou bien à se garantir des complices en politique, grâce à l'argent qui ouvre toutes les portes. le reste, les rites de notre prétendue démocratie ne sont que de la dramaturgie, rien d'autre que du théâtre. »

Tout est juste dans ce polar désenchanté qui pénètre tel un soc dans la réalité contemporaine. J'ai cependant trouvé que la litanie moralisatrice dénonçant le néo-libéralisme voyou assez répétitive, elle aurait pu être allégée sans pour autant perdre en force d'indignation.
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Parme au mois d'août. Accablement dû à une chaleur moite , humide . Peu de gens dans les rues que même la nuit ne parvient pas à rafraîchir....Le décor est posé. Qu'ils sont loin des papilles , le célèbre jambon et le parmesan , dans une ville désertée par ses habitants et évitée par les touristes . Et pourtant , dans cette belle ville au passé culturel riche , malgré les notes mélodieuses de l'accordéon de Gondo , un meurtre est commis et le commissaire Soneri est chargé de l'enquête....Au premier abord , le vol apparaît comme un mobile plausible . La voie s'éclaircit encore lorsque le chemin le mène jusqu'à un usurier....Ce même chemin qui , peu à peu , est " envahi d'épines " . Pas si simple pour Soneri qui , malgré des avancées apparemment décisives, se retrouve toujours " les mains vides " , les " coupables" lui échappant à chaque fois comme " une savonnette " facétieuse . Mais il est opiniâtre, le commissaire ,on peut lui faire confiance ......
Son personnage est du reste particulièrement fouillé, un flic proche de la retraite , particulièrement désabusé face à l'évolution d'une société où l'argent donne le pouvoir à ceux qui en ont , corrompt et gangrène tout , de " la base au sommet " . Un flic qui nie toutes les évidences et n'accepte pas les conseils de ses collègues qui , depuis longtemps , se sont " adaptés " à ce monde nouveau où tout s'achète et se vend , où les comptes se règlent avec " intérêts". Un flic , un homme d'un autre temps dans une ville qu'il ne reconnaît plus et qu'il a hâte de quitter . Un flic " à l'ancienne " , aux valeurs affirmées mais ...désuètes et chargées de mélancolie.
Si la chaleur enserre la ville dans ses griffes acérées, c'est surtout " une toile d'araignée ", autrement dangereuse , qui se tisse d'abord sournoisement....puis....
Ce roman écrit par un auteur italien reconnu est " gluant " tant par son atmosphère que par les événements qu'il relate . Pas d'explosion de violence , rien de bien " dérangeant " pour les âmes sensibles mais de la nostalgie , de l'amertume , une certaine langueur , c'est l'enquête avec ses " joies et ses peines " , la partie d'échecs où chaque déplacement de pièce ne se fait qu'après moultes réflexions, moultes déductions, moultes conclusions .Un polar bien construit et qui , pour ma part , m'a fait sortir des sentiers communs , sans toutefois "m' emballer " , ce qui , vu le contexte climatique , se serait avéré suicidaire .
J'irais bien faire un tour à Parme , moi , mais pas en Août. Trop chaud .C'est bien le climat qui semble être l'obstacle principal et j'espère qu'aujourd'hui , le commissaire Soneri profite de la " fraîcheur et du calme " de la campagne . On lui doit bien cela ...Quant au banditisme ....c'est une autre histoire ...et pas qu'à Parme , hélas. Ainsi va le monde ....A bientôt.



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Nous avions fait connaissance avec le commissaire Soneri, "créature" du romancier italien Valerio Varesi, .il y a déjà trois ans avec le Fleuve des brumes un des tous premiers romans écrit par la maison d'édition AGULLO , instillant une ambiance très brumeuse, où le Pô révélait des secrets enfouis, et où notre cher Soneri développait une personnalité bien singulière, entre introspection et mélancolie latente.

Depuis, deux autres romans de Valerio Varesi parus en France ( la collection complète des 10 enquêtes a été publié en Italie de 1998 à 2010) ont développé les enquêtes du commissaire Soneri , hélas nous sommes passés à côté de ceux ci,, et nous avons raccrochés les wagons de la saga Soneri, en ce printemps 2019 avec la sortie du 4e volet, Les mains vides, dans lequel Valerio Varesi nous plonge cette fois ci dans l'ambiance de la ville de Parme, dans une Parme aoûtienne et totalement étouffée par la canicule.

Dans cette ambiance entre Chandler et Simenon, se dégage surtout celle d'une Parme en fin de règne, une ville qui tente tant bien que mal à se raccrocher à son flamboyant passé, mais qui ne parvient pas à juguler une nouvelle criminalité venue d'ailleurs, plus violente et aux yeux d'un Soneri plus que jamais désabusé, moins élégante que celle qu'il connaissait bien …

Dans ce Parme crépusculaire, un commerçant que l'on cherchait à intimider trouve la mort.

Mais ce qui semble le plus préoccuper le commissaire Soneri, c'est plus encore, que ce meurtre mystérieux, le vol de l'accordéon de Gondo, un musicien des rues qui joue devant le Teatro Regio, et qui pourrait bien cristalliser les symptômes du mal qui ronge la ville.

Varesi , journaliste d'investigation depuis 30 ans, n'a pas son pareil pour décrire formidablement bien ce Parme qu'il connait si bien, et son évolution au fil des décennies d'une ville prolétaire qui, certes ne connait pas la même criminalité que les villes du Sud de l'Italie - on est loin du Naples terrifiant de Roberto Saviano mais qui doit faire face à cette criminalité financière qui voient des personnes pratiquer l'usure et piétiner allègrement le droit des pauvres gens serrés jusqu'à la corde et broyés par la précarité économique.


Au cours de son l'enquête, Soneri va être très vite confronté au problème du blanchiment de l'argent, oeuvres de grands groupes criminels venus du sud de l'Italie qui vont ternir les entreprises et le marché immobilier du Nord, entrainant dans son sillage, son cortège de corruption et de violence..

A travers cette peinture d'une Parme en pleine mutation économique, c'est tout le libéralisme économique que semble fustiger Soneri ( et Varesi avec lui sans aucun doute) : les coupables que recherche Soneri à travers son enquête, sont les prototypes de l'avidité et de l'égoïsme inhérent à la mondialisation actuelle et nul doute que le Parme de 2005 ( année à laquelle Varesi a écrit ce livre) portait en elle les prémisses du Parme de 2019."

Soneri, face à cette peinture cruelle et terrifiante de la société actuelle, sait plus que jamais, que son rôle a des limites et qu'il ne peut pas grand chose pour contrecarrer cet état de fait.
Anticonformiste idéaliste, observateur à l'oeil bienveillant, résigné, introspectif, Soneri le moraliste donne constamment l'impression d'aller contre le vent, et continue d'intriguer le lecteur dans ce roman dont le titre " les mains vides", renvoie totalement à ce sentiment d'impuissance, de fatalisme, voire d'échec....

En ce sens le dénouement, particulièrement pessimiste mais hélas lucide va a contre courant des romans policiers traditionnels où le mal est brisé et pourrait dérouter ceux qui s'attendent à un représentant des forces de l'ordre infaillible et déductif..

Ceux qui en revanche aimeront les personnages qui ne vont pas dans le moule et également et surtout, une plume élégante et délicate, seront ravis de faire ce voyage mélancolique et profond en compagnie du formidable commissaire Soneri..
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Ouvrir un roman de Valerio Varesi, c'est avoir l'assurance de se retrouver dans un de ces polars d'atmosphère, ceux dans lesquels l'ambiance, le décor mais surtout les personnages comptent bien davantage que l'intrigue elle-même, aussi creusée soit-elle.

Avec Les mains vides, son dernier roman – traduit par Florence Rigollet – Varesi confirme son indéniable talent de créateur d'atmosphère unique. Dans la lignée d'un Maigret, d'un Adamsberg ou d'un Longmire, il y installe encore un peu plus le commissaire Soneri dans la lignée des grands flics récurrents ombrageux, philosophes et atypiques.

Si Parme est toujours ici en toile de fond, on n'est plus vraiment dans la perle de l'Émilie Romagne décrite dans les opus précédents. Les équilibres de la ville sont en train de changer, à l'instar de la civilisation qui n'en gagne pas. Et même l'ancien monde des voyous mafieux mais réguliers bat de l'aile sous les coups de boutoir répétés des nouveaux caïds d'Europe de l'est aux méthodes plus violentes.

Dans une ville suffoquant sous la canicule d'août, les démarches de Soneri pour élucider le meurtre d'un commerçant vont vite tourner à l'impasse dans ce monde qu'il ne comprend plus, qui échappe à toute logique, sauf à celle du pouvoir de l'argent roi. Jusqu'à ce que l'orage éclate… et que Soneri soit emporté par une vague de pouvoir qui le dépasse.

Les mains vides est un régal déambulatoire et amoureux à travers Parme la belle qui se fane ; un délice de dialogues savoureux entre Soneri et l'usurier Gerlanda ou le SDF accordéoniste Gondo ; une dénonciation – un brin répétitive – des méfaits de la corruption des nouveaux maîtres financiers du monde, qui sont ailleurs et contre lesquels on ne peut rien ; une nouvelle brique dans une oeuvre qui se construit avec élégance…
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Est-ce dû au fait que je viens de lire ce livre alors que nous sommes en pleine canicule ? Quoi qu'il en soit, j'ai bien eu l'impression d'être dans Parme écrasée de chaleur, guettant nuages et coups de tonnerre, dans l'attente d'une libération… Et, en effet, le côté poisseux, moite, m'a paru particulièrement bien décrit.

Je n'ai pas eu l'occasion de lire le récit des enquêtes précédentes du commissaire Soneri. Il s'agissait donc d'une découverte. du coup, je ne sais pas si les autres sont aussi sombres, aussi désabusés, mais en tout cas celui-ci est vraiment marqué du sceau d'une noirceur désespérée. Qui se marque jusque dans la fin du livre, alors que l'enquête est close bien que nous sachions, le commissaire Soneri en premier, le juge également et nous avec, que les véritables coupables non seulement ne sont pas en prison, mais, au contraire, sortent encore renforcés de l'affaire. Et même l'accordéoniste ne retrouvera pas son instrument, sorte de symbole ultime du renoncement. Les bons ne gagnent pas toujours à la fin !

Soneri est un personnage assez curieux. On ne peut pas dire, en tout cas dans cet opus, qu'il soit réellement attachant. Il donne surtout l'impression d'être dévoré de colère contre cette société qui lui échappe, qu'il ne comprend plus. Idéaliste, humaniste, mais aussi un peu passéiste, il se sent totalement débordé par les événements. Son côté le plus sympathique, c'est son goût pour la nourriture et en particulier celle qui est servi au Milord, son repère favori, loin des fantaisies culinaires branchées du Nabucco. Seule Angela semble parvenir à l'apaiser, mais il n'est pas facile à vivre…

En essayant de ne pas spoiler, on découvre aussi, dans ce livre, une sorte d'aristocratie de la délinquance en col blanc, installée, qui se fait dépasser par de nouveaux acteurs, plus durs, plus brutaux, plus déterminés. Ces derniers viennent conquérir des « parts de marché », dans tous les trafics, sans états d'âme, quitte à évincer des héritiers qui manquent de mordant et n'aspirent qu'à se vautrer dans un confort matériel – et parfois artificiel -. Cette peinture de notre société n'est guère réjouissante !

C'est étouffant – et pas uniquement d'un point de vue strictement climatique -, c'est sombre, c'est efficace. Il ne s'agit pas d'un policier pour amateur de thrillers échevelés ou de page turner survitaminés, mais il y a une profondeur dans ce livre qui ravira les amateurs !
Lien : https://ogrimoire.com/2020/0..
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critiques presse (1)
LeSoir
13 mai 2019
Durant deux jours, Valerio Varesi nous a fait découvrir Parme sur les traces de son héros, le commissaire Soneri. Une ville, un héros et un auteur auxquels on ne peut que s’attacher.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
« Le seul air que je me rappelle, dit-il, c’est Ciao Bella, mais c’est plus à la mode, plus personne n’a envie de l’écouter.
_ Moi, je l’aime beaucoup, insista le commissaire.
_ Alors, je vais le jouer pour toi, et pour lui », répondit Gondo en indiquant le partisan de bronze à la gauche du Regio.
Soneri entendit les premières notes après avoir fait quelques pas. Le ciel s’était accordé une pause, comme s’il voulait à son tour entendre le vieux jouer cette ancienne chanson de la Résistance. Le commissaire s’arrêta. Les notes se balançaient dans l’air et flottaient comme un parfum. Il ferma les yeux et tenta de revoir Parme bien des années plus tôt, à l’époque où elle était encore une ville aussi chaude et passionnelle qu’une mazurka. Quelques secondes plus tard, une imprécation le tira de ses rêveries et abrégea le dernier refrain de Gondo. D’une fenêtre, quelqu’un braillait d’arrêter dans une langue étrangère entrecoupée d’italien. Fin de la mélodie. Depuis le ciel, des gouttes aussi grosses que des crachats commencèrent à pleuvoir sur l’asphalte. »
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Lorsqu’il fut en bas, la via Cavour s’apprêtait à changer de peau. Les boutiques et les bureaux fermaient, et les premières troupes de noctambules, qui piétinaient le tapis blanc de tracts abandonnés par les ouvriers de la Forneria Duomo, remplaçaient peu à peu les vendeuses et les employés. L’asphalte était bouillant, bien décidé à maintenir la ville dans sa cocotte en fonte pour réchauffer la nuit. L’obscurité n’apporterait aucune fraîcheur, seulement de l’insomnie et des bouffées de sueur. Soneri s’aperçut avec un certain étonnement qu’il n’avait pas allumé son cigare depuis plusieurs heures parce que la flamme lui était devenue insupportable. Il fit tourner son mégot entre ses lèvres, aussi trempé que son corps en nage. Son portable se remit à sonner.
« La souscription a déjà atteint la somme qu’on s’était fixée, l’informa Angela. Pas mal de magistrats ont voulu y participer et si le revendeur nous fait un prix…
– Je pense que vous faites une erreur, murmura-t-il.
– Tu crois toujours que tout le monde est comme toi, avec ses petites habitudes. Il aura un instrument plus moderne, il sera très content.
– On ne fait rien avec les choses sans passé, décréta Soneri avec amertume avant de lui parler brièvement de Galluzzo, un type apparemment sans histoire, parachuté dans la ville.
– Commissaire, je sens tous tes rouages en action, c’est bon signe.
– Cet homme ressemble à l’accordéon que vous voulez offrir à Gondo », lui dit finalement Soneri en ramassant un tract par terre.
Il lut la phrase imprimée par-dessus le dessin d’une semelle : « La ville piétine sa tradition ouvrière et se convertit à la rente immobilière », et constata une nouvelle trahison de l’histoire.
« Tôt ou tard, on finira tous comme lui, observa Angela. Plus personne n’a de patrie et tout le monde va et vient, nous sommes tous des migrants déracinés.
– Moi, heureusement, je suis une vieille plante, il faut me tailler au pied. Impossible de me déraciner, déclara Soneri.
– Tu ne voudrais pas au moins venir un petit peu chez moi, ce soir ? Tu sais que j’ai un climatiseur…
– Loin de moi, alors. Le froid artificiel, rien de pire pour les os. »
Il s’achemina vers la Questure, touché par les derniers rayons du soleil oblique qui filtraient entre les immeubles. Une bulle de vapeur stagnait au-dessus de la ville, prête à cacher les étoiles. Il aurait tant voulu se retrouver sur ses collines, là où les prés rafraîchissent l’air et où la brise, fille de l’ombre, surgit des bois.
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Ta sensibilité. Si tu étais un flic comme les autres, tu n'en aurais pas grand chose à foutre de toutes ces horreurs. La vérité, c'est que tu es un moraliste. C'est ça qui te fout en rogne. Tu n'as pas renoncé à tes idéaux et quand tu vois la réalité s'en éloigner, tu deviens enragé. Si beaucoup de tes collègues continuent d'avancer bêtement, c'est qu'ils n'affrontent rien.
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Il n'avait jamais aimé l'été en ville, quand les rues puent la pisse et que des odeurs âcres de transpiration flottent dans les autobus. Il n'aimait pas non plus son agitation nocturne désespérée, les foules d'ivrognes hurlant aux lunes opaques voilées par la touffeur, les insomnies et ses coups de barre poméridiens au plus fort de la canicule. Il aurait voulu retourner au brouillard et à sa discrétion, humide et enveloppante. Heureusement le 15 août approchait et la ville se viderait en laissant derrière elle les vieux et les fauchés. Il se consola en songeant aux rues désertes, à la beauté de la ville enfin silencieuse et aux dîners dans quelque auberge à l'ombre des tonnelles : sa petite villégiature personnelle.
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Vous ne voyez pas à quoi cette ville en est réduite ? Le supermarché a remplacé les idées, la télé a pris la place des curés et des philosophes, l'argent est la nouvelle idole unique et totalitaire. Il ne nous reste plus que deux possibilités : soit en profiter, soit tenter de s'y opposer. Moi, j'ai choisi la première et vous, la seconde. Le seul point sur lequel on se retrouve, c'est le mépris que l'on peut ressentir pour ce monde-là.
Soneri s'efforça par tous les moyens de trouver un argument pour le contredire, mais n'eut aucune repartie. Il dut reconnaître, avec amertume, que Gerlanda avait secoué au plus profond de lui-même quelque chose qu'il aurait préféré laisser en sommeil.
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