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Les enquêtes du commissaire Soneri tome 3 sur 8
EAN : 9782757876268
312 pages
Points (14/03/2019)
3.92/5   125 notes
Résumé :
C'est l'automne à Parme. Le commissaire Soneri décide d'échapper à la grisaille de la ville en retournant dans son village natal des Apennins pour des vacances bien méritées. Il se réjouit à l'idée de cueillir des champignons sur les pentes boisées de Montelupo, une activité jadis partagée avec son père. Sur le village isolé règne la famille Rodolfi, producteurs de charcuterie depuis des générations. Le patriarche, Palmiro, mène sa barque d'une main sûre. Mais derri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
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Les vacances ...Au moment où je vous parle , bien malin celui ou celle qui va nous dire où nous pourrons les passer cette année....En un autre temps , je vous aurais bien proposé de louer à Montelupo, en Italie, et plus précisément à l'auberge des Ecureuils, un restaurant simple où la cuisine est familiale et ..divine... et l'accueil... Vous auriez peut - être la chance d'y croiser le commissaire Soneri , un enfant du pays qui aime s'y ressourcer et retrouver certaines " images " de son passé ...et oui , la nostalgie , notre histoire .... Après, couvrez - vous bien , c'est l'automne , le brouillard enveloppe le village entouré de bois où des coups de fusil récurrents , s'ils gênent les chercheurs de champignons , rythment la vie d'un village ...muet . Des taiseux .Ici , on ne parle pas , personne ne sait rien de ces affiches placardées, de ces riches patrons qui ont...et fourni du travail à tous....de ces étranges tirs...Qui ? Contre qui ? Animal ou ...homme ?
Cette atmosphère faussement tranquille , cette atmosphère oppressante , est présente du début à la fin du roman ..Une atmosphère poisseuse dans laquelle le commissaire Soreni va essayer de se débattre afin de résoudre une bien étrange intrigue ....".Le héros "? " ,Gualardzi , le Maquisard " , un personnage qui cristallise toute l' attention des carabinieris ...Mais attention , ici , la nature , les bois , les forêts , le village , le froid , la neige .....ne laissent la place à personne....d'étranger..
Entre les froidures du " haut " et la " chaleur de l'auberge du bas " , Soreni va devoir faire un choix et , sans doute , négocier....tergiverser.?
Un roman intimiste de très bonne facture , un milieu à la fois reposant et anxiogéne , un présent et un passé pour un héros discret et altruiste ...Une enquête qui tient plus de l'introspection ...Un roman très agréable à lire , mêlant avec à propos fiction narrative et dialogues , un bien bel équilibre . Une belle traduction , vive , alerte et pleine de subtilité .Et puis , Dolly .Et , oui , Dolly , la fidélité même....Le couple Soreni-Angela y résistera- t - il ?
Bon , ne vous précipitez pas , hein , on est le 30 avril et l' ouverture de votre librairie , c'est le 11 mai ....Par contre , le 11, si vous voulez choisir rapidement , allez -y ... J'y ai trouvé certaines similitudes avec Exbrayat , et ça, pour moi , c'est ....ouaaahhh!!!!
Continuez à prendre soin de vous , c'est pas fini....Courage!!!
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Las des querelles et mesquineries de la questure de Parme, le commissaire Soneri s'accorde quelques jours de vacances dans les Appenins. Au pied du Montelupo, dans le village qui l'a vu naître, le policier compte renouer avec ses amis et surtout cueillir des champignons. Mais, sur place, l'ambiance est délétère. Tous les jours, des coups de feu retentissent dans la montagne et il se passe de drôles de choses chez les Rodolfi, propriétaires de l'usine de charcuterie qui fait vivre le village. Quand Palmiro, le patriarche se suicide et que son fils, Paride disparaît, le commissaire voit ses vacances définitivement perturbées. Refusant de se mêler de l'enquête malgré les sollicitations du carabinier local, Soneri ne peut pas non plus ignorer que son village et ses habitants sont différents des souvenirs qu'il chérissait et qu'il doit comprendre ce qu'il s'est passé.

Novembre dans les Appenins, entre brumes insidieuses et brouillards opaques. Un village calme en apparence mais la colère gronde, la haine couve. Ces montagnards taiseux ont vendu leurs âmes aux Rodolfi, maîtres des lieux et dont la fortune a des origines louches. le patriarche aurait fait son beurre avec les fascistes et même les nazis pendant la guerre. On a bien voulu oublier ce faux pas parce qu'il est né pauvre, qu'il a connu la faim et qu'il a réussi à force d'ambition et de volonté, mais aussi parce que presque tous les villageois lui ont accordé des prêts pour faire fructifier l'usine. Jeune, il formait un trio avec Capelli, le fromager suicidé récemment et Gualardzi, le seul à n'avoir renié ni ses origines ni ses idéaux. Il vit en reclus dans la montagne, on l'appelle ‘'Le Maquisard'', une force de la nature qui vit de braconnage et ne s'est pas vendue au Dieu Argent. Est-ce lui qui tire dans les montagnes, faisant planer une menace diffuse sur les lieux ? Est-ce lui qui a tué Paride ? Les carabiniers en sont certains et organisent une chasse à l'homme sur un terrain qui leur est forcément défavorable… Au milieu des balles qui sifflent et de l'inquiétude qui se propage, le commissaire Soneri tente de faire taire sa curiosité pour profiter de ses vacances. Mais un flic reste un flic en toutes circonstances. Même si un fossé s'est creusé entre l'homme de Parme et les montagnards qui l'ont pourtant vu grandir, Soneri connaît ces gens et ce pays où il a ses racines. Son propre père a travaillé pour les Rodolfi. A quelles compromissions s'est-il livré pour obtenir ce poste ?
On ne connaît du passé de ses parents que ce qu'ils ont bien voulu nous raconter et Soneri prend conscience que tout un pan de l'histoire de son père lui est inconnu. le résistant communiste s'est-il renié en pactisant avec le vieux Palmiro ? Partagé entre le besoin et la crainte de savoir, le commissaire creuse le passé pour expliquer le présent.
‘'Tu es un homme doux-amer'' dit Angela, sa compagne, au commissaire. Et c'est un peu le fil conducteur du livre, un partage entre la douceur des souvenirs d'enfance et l'amertume de la confrontation avec une réalité moins rose. Et bien sûr, Varesi met en valeur son petit coin d'Italie. Ici le Montelupo qui domine le village, jetant ses ombres sur des hommes qui l'ont parcouru pour chasser ou faire la guerre. Personnage du roman à part entière, la montagne cache bien des secrets. Elle a vu passé les résistants, les fascistes, les soldats allemands, les contrebandiers, aujourd'hui elle abrite les clandestins ou les passeurs de drogue. Elle dissimule, protège ou tue selon son bon vouloir…
Comme à son habitude, Valerio Varesi nous propose un polar d'ambiance qui vaut plus pour son atmosphère que pour son suspense. Paisible et bucolique de prime abord, l'histoire se fait de plus en plus sombre, au fur et à mesure que se dévoilent la cupidité, la méfiance, la jalousie…les bassesses des hommes.
Coup de coeur très subjectif, provoqué par un attachement à l'auteur et à son commissaire.
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Dans la famille "Polars d'atmosphères", je demande le fils surdoué... Bonne pioche avec Valerio Varesi (traduit par Sarah Amrani) ! Car Les ombres de Montelupo sitôt refermé, je reste sous le charme de ce livre attachant, intelligent et sans faux-col (comme on dit chez Lucky Luke).

Las des incessantes tracasseries administratives de sa charge dans la grande ville de Parme, le commissaire Soneri part se ressourcer quelques jours dans son village natal des Apennins, au pied du Montelupo. Un village aux doubles racines : les siennes, familiales, et celles des champignons qu'il cherche dans les brumes et brouillards d'automne de ce petit coin d'Italie. Pas de bol cette saison : il semble que seules les trompettes de la mort soient de sortie, au propre comme au figuré.

La mort, c'est celle de Paride Rodolfi, l'actuel patron de la grosse boîte de charcuteries qui fait vivre le village depuis quelques générations, retrouvé dans un ravin de la montagne abattu au fusil de chasse. Puis celle de son père, Palmiro, fondateur de l'entreprise, pendu dans sa grange. Et si le village entier semble bouleversé, chacun se tait sur le mode "Ce qui se passe - ou s'est passé - sur les pentes de Montelupo reste à Montelupo". Même Soneri, pourtant du cru, semble être devenu une sorte d'étranger à cette communauté dont il découvre qu'elle n'est plus complètement la sienne.

Au-delà de l'intrigue, Les ombres de Montelupo sont l'occasion pour Varesi d'explorer - sans jamais se perdre, comme malheureusement trop d'autres... - de nombreuses thématiques contemporaines : l'argent facile, spéculateur et corrupteur jusqu'au fin fond de l'Italie ; le poids de l'histoire et des comportements de ses ascendants pendant la période fasciste mussolinienne ; les flux migratoires clandestins qui en Italie ne passent pas que par les plages mais aussi par les montagnes ; la notion de territoire au XXIe siècle, où à l'image de Soneri dans son village, être de quelque part a t-il encore une sens ? Et puis cette sorte de nostalgie sous-jacente dans tout le livre, d'un temps où tout était plus simple, où tout était plus sain.

Mais surtout - je parlais de "polar d'atmosphère" - Varesi (comme autrefois Vargas avec Adamsberg), plonge Soneri dans les brumes et brouillards qui envahissent la superbe nature des pentes du Montelupo en cette fin d'automne. Quel bonheur de randonner avec Soneri dans cette ouate magnifiée, où passe un sanglier, affleure un bout de rivière, découvre au détour d'un sentier un aperçu de la vallée voisine, vous offre un refuge le temps d'une pause, vous relance le temps de suivre le cri d'un oiseau… ou de fuir le coup de feu soudainement entendu.

Et la bonne nouvelle enfin, c'est que Soneri est un commissaire récurrent. Donc je sais ce qu'il me reste à faire !
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Dans les ombres de Montelupo: il y a le commissaire Soneri qui, las des tracasseries de la questure de Parme décide de venir se ressourcer dans son village natal des Apennins.
Il veut faire de longues promenades en forêt, ramasser, comme il le faisait avec son père des champignons ! C'est un homme taiseux, discret qui fume le "toscano" et aime les spécialités culinaires de sa région ! Il va surtout beaucoup arpenter les collines, les vallons et en profiter pour se pencher sur son passé. Il s'installe à l'Auberge de l'Ecureuil et va renouer avec son ami d'enfance Maini, avec Volpi le garde chasse et Delrio la carabinier venu du Sud.
Sur le village, règne la famille Rodolfi : le père Palmiro et Paride le fils marié à Manuela. C'est le père qui a bâti leur fortune en collaborant avec les fascistes, les allemands, en faisant du marché noir, des trafics divers et variés et qui a récolté l'argent des habitants en leur faisant miroiter des intérêts colossaux !
Les ombres de Montelupo : c'est la peur de ces gens qui ont donné toutes leurs économies et qui apprennent la faillite de l'entreprise Rodolfi.
Ils étaient 3 à chercher à faire fortune : Palmiro, son ami Capelli des fromageries qui s'est suicidé, et Gualardzi : le Montagnard communiste et ancien membre des gardes garibaldiennes.
Le Montagnard s'est réfugié dans les montagnes pour mener une vie aride et pauvre, c'est un révolté qui n'a pas cédé aux sirènes des magouilles .
Palmiro vient d'être retrouvé pendu à une poutre, il couchait avec sa bru et son fils s'en fichait ! L'angoisse monte au village car Paride était un enfant gâté qui dilapidait la fortune familiale et, il est introuvable aussi !
Finalement, il est mort depuis plusieurs jours tué par un coup de fusil !
Les carabiniers portent leurs soupçons sur Gualardzi et vont tenter de le débusquer dans les bois de Montelupo : tirs de fusil, de révolvers, explosions, grange brûlée : les vacances de Soneri deviennent agitées d'autant qu'il ne veut pas se mêler du commandement du capitaine Bovolenta qui accumule les erreurs ! Tout le village est du coté du Montagnard et, Soneri pense aussi qu'il est innocent !
Mais qui a tué Palmiro et Paride ?
C'est un "slow" polar qui est basé surtout sur l'analyse sociologique des habitants de ces lieux brumeux, froids ! Ces gens qui ont fait confiance à des escrocs en croyant gagner plus, et le commissaire Soneri sous la plume de Valerio Varesi est un flic qui se cherche dans les ombres de son passé !
L.C polar de Juin 2021
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Roman noir, polar d'atmosphère, policier brumeux….
Amateurs de thrillers ou de serial killers, passez votre chemin ! Les enquêtes du Commissaire Soneri sont très loin de cet univers survolté et se déroulent lentement. C'est la deuxième que je lis après le fleuve des brumes et je l'ai préférée.
Notre Commissaire, cette fois, est en vacances dans son village natal dans un endroit reculé des Appenins, au pied du Montelupo. Les brumes envahissent la montagne au mois de novembre, rendant difficiles ses cueillettes de champignons. Et des coups de feu retentissent régulièrement dans ce brouillard, ce qui assombrit encore l'ambiance générale. Car le village est en émoi : des rumeurs vont bon train sur une possible faillite de l'entreprise de charcuterie Rodolfi qui fait vivre tous les habitants du coin. Palmiro Rodolfi, le père a disparu, bientôt suivi par son fils Paride. Il n'en faut pas plus pour aiguillonner la curiosité du commissaire qui s'interroge également sur son propre passé.
L'enquête se déroule doucement entre ballades en montagne, passé et présent, et introspection du héros. le Commissaire est préoccupé par les événements présents mais aussi et surtout, par une parole malheureuse qui le fait douter de l'intégrité de son père. Qui était réellement cet homme silencieux qui lui a appris à sillonner la région ? A-t-il lui aussi profité des procédés peu scrupuleux des Rodolfi ? Soneri regrette de ne pas lui avoir consacré assez de temps.
L'auteur en profite aussi pour dresser un tableau assez sombre de la communauté habitant cet endroit reculé de l'Italie entre les escroqueries des patrons de l'usine locale et la concupiscence de ceux qui leur ont confié leurs économies et qui vont finalement tout perdre…..
C'est un roman noir très mélancolique et d'une belle finesse.
Merci à Babelio et Masse critique pour cette lecture.



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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Rivara offrit à boire. Tous en rang devant le comptoir, ils faisaient penser à un régiment de soldats. Puis la radio de Delrio grésilla.
« L’ambulance ? Elle est déjà sur la place. Le médecin ? Bien sûr qu’il y a un médecin, celui de garde est venu », répondit l’agent de police.
Un autre grésillement.
« Oui, on est en alerte, on attend les ordres? Que dis-tu ? Vous avez entendu une voix ? Vous n’en êtes pas sûrs ? Bah, au cas où, on est prêt. Ils disent avoir entendu une voix, mais ça pouvait être tout aussi bien le cri d’un animal, annonça Delrio.
– Il y en a qui ressemblent aux cris des êtres humains, admit Rivara.
– Comme les chats en chaleur, ajouta Ghidini.
– Pas moyen de savoir quelque chose de précis, dit le commissaire en secouant la tête.
– Ici, ce n’est pas comme en ville, essaya d’expliquer Maini, ces montagnes semblent faites exprès pour brouiller les pistes.
– Les montagnes n’ont rien à voir là-dedans, ronchonna Soneri.
– Ça pouvait être Palmiro qui appelait son chien. Il ne savait peut-être pas qu’il était déjà rentré à la maison, insista Maini.
– Il aime davantage son chien que son fils, fustigea Volpi.
– Le chien est plus fidèle », fit Ghidini.
Le commissaire écoutait, de plus en plus mal à l’aise, ces dialogues pleins d’allusions qui lui échappaient. On tournait sans arrêt autour du pot, en effleurant un sens confirmé par des signes, des rires et des clins d’oeil, dans un jeu de mimiques qui, pour lui, équivalait désormais à une langue étrangère. Il sentait grandir en lui un sentiment d’étrangeté envers des gens avec qui il aurait aimé avoir des relations fraternelles. Une communauté qu’il avait cru pouvoir réintégrer, mais il se trompait. Et maintenant, au contraire, il se sentait seul comme il l’était à la Questure et comme, sans doute, il l’était depuis toujours. (…)
Une voiture qui déboula à toute vitesse sur la place mit fin à ce suspense insoutenable. C’étaient les jeunes gens de tout à l’heure qui descendaient en courant.
« Palmiro est rentré à la maison », annonça le conducteur.
La tension retomba d’un coup. Rivara fit un pas en avant.
« Qui l’a trouvé ?
– Personne, il s’est débrouillé tout seul. Au réservoir, il a croisé les carabiniers et a demandé si c’était lui qu’ils cherchaient. Il n’a même pas voulu qu’on l’accompagne, expliqua le garçon.
– Palmiro est un homme de fer ! s’écria Volpi.
– Il nous a fait perdre du temps pour rien, grommela Delrio, quant à lui, avant d’appeler aussitôt avec la radio : Alors ? Tout est fini ? On peut s’en aller ? »
L’agent resta longtemps à l’écoute, tandis que les autres chuchotaient pour ne pas déranger. Lorsqu’il eut coupé la communication, il constata que plusieurs paires d’yeux le regardaient de manière interrogative.
« Les feux d’artifice ont fait effet, il dit qu’il les a vus et qu’il a pu s’orienter, mais que, de toute façon, il était capable de retrouver son chemin même sans.
– Il doit être mort de fatigue…
– Apparemment, mais il faisait sombre et ils l’ont tout juste aperçu.
– Il avait son fusil ?
– Non, léger comme un oiseau.
– Est-ce qu’on lui a demandé au moins comment il s’est perdu ? (…)
L’un des garçons descendus de la voiture s’approcha du comptoir, y posa ses deux coudes et se pencha vers l’aubergiste.
« À ton avis, que peut bien faire un camion sur la nationale, à cette heure-ci ? »
Il avait parlé assez fort pour que tout le monde entende.
« Quel camion ? » demanda Rivara.
– Un poids lourd frigorifique immatriculé à l’étranger. Le chauffeur semblait perdu au milieu du brouillard et il a demandé le chemin pour se rendre à l’usine de charcuterie.
– Il doit peut-être charger et il était en retard, essaya d’expliquer Volpi.
– Il n’y avait pas que le chauffeur. Ils étaient trois et on les a vus monter vers l’usine.
– À trois ? » demanda Rivara.
Le garçon fit signe que oui, en esquissant un léger sourire entendu.
« D’après moi, ils avaient l’intention de charger la marchandise maintenant.
– Ils doivent être vraiment pressés, dis donc, railla Ghidini.
– Je le crois aussi, confirma le garçon. Devinez pourquoi », lança-t-il pour conclure.
Personne n’osa répondre et le silence s’installa de nouveau.
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Après le savarin de riz, on apporta les champignons. Leur goût avait quelque chose de familier au point de réveiller en Soneri des réminiscences de la cuisine maternelle. Une vague d'émotion remonta depuis son estomac en le ramenant bien loin en arrière, dans un lieu dont il ne voulait pas se souvenir pour ne pas tomber dans la mélancolie ennuyeuse. Ces saveurs l'accrochaient au passé, bouchée après bouchée, en suivant un chemin dire t qui échappait au contrôle de la pensée.
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À deux heures et demie, le village somnolait encore dans les vapeurs du bouillon de viande. Soneri monta dans sa chambre, mit ses bottes en caoutchouc et s’esquiva sans se faire voir de Sante. Pour une fois, il suivait les conseils d’Angeal. Et puis ces bois lui étaient familiers, il s’y déplaçait les yeux fermés. Il emprunta la route de Montelupo avec l’intention de monter deux kilomètres environ sur la chaussée avant de pénétrer dans la hêtraie. Une petite trotte pour vérifier son souffle. Il commença d’un pas régulier en observant, de temps en temps, le village qui rapetissait. Il leva son regard vers le sommet quand il fut arrivé au réservoir d’eau potable, où se trouvait une fontaine. Le brouillard était un peu plus haut, à dix minutes de marche. Le premier voile de vapeur l’effleura à Boldara, là où finissait le bitume. Puis des clairs-obscurs intermittents, selon l’envie du vent qui effrangeait les nuages. Ce n’est que lorsqu’il s’engagea sur le sentier de la hêtraie que tout se referma. Les arbres et les fins branchages tout autour, le brouillard épais qui pesait depuis les hauteurs, et la terre noire sous ses pieds le firent frissonner. Il poursuivit, légèrement mal à l’aise, en s’enfonçant de plus en plus loin dans cet obscur tunnel. Il avait l’impression de ne pas être seul. Des pépiements d’oiseaux ou des frottements de bogues de châtaigne alternaient avec le bruit des pas d’un gros animal quelque part au fond du bois. Le brouillard et la brise emportaient les sons vers des directions imprécises, trompeuses.
Il avait grimpé sur une bonne distance quand il sentit qu’il avait chaud. Son cœur battait fort et sa respiration était irrégulière : il payait les trop nombreux cigares. Puis il regarda ses bottes incrustées de boue et il comprit le reste : il promenait avec lui au moins deux kilos de terre. Il les frotta contre la mousse et s’aperçut que la nuit allait tomber dans moins d’une heure. Alors il descendit un bout de chemin et s’arrêta lorsqu’il entendit un bruit de branches brisées. Il pensa à un sanglier en fuite et, pendant un instant, il craignit que l’animal ne fonce sur lui. Mais le sanglier coupa par un couloir qui creusait en biais ce versant de la montagne, sans avancer à découvert sur le sentier, cherchant plutôt un abri au milieu du feuillage.
Soneri venait à peine de repartir qu’un tir fit trembler l’air, dont l’écho se répercuta dans toute la vallée comme un bruit de tonnerre. La balle était passée tout au plus à une dizaine de mètres, il avait entendu son sifflement et son impact contre les branches traversées de part en part. Il se coucha immédiatement dans l’herbe humide de rosée, attendant le deuxième tir qui ne vint pas. Puis il resta un instant dans cette position à se demander si le tir de fusil était dirigé contre le sanglier ou contre lui, jusqu’à ce qu’il trouve cette question insensée. Vingt minutes plus tard, il déboucha sur la route goudronnée et, avant même de sortir du brouillard, il entendit la fanfare qui jouait sur la place.
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A la base de la fortune des Rodolfi, il y a l'avidité, la violence, et le larcin. Comme pour tous ceux qui ont accumulé de l'argent en ce bas monde. On les respecte et on les révère par crainte, et on oublie leurs saloperies. Mais même l'animal le plus beau de ces bois, si tu lui ouvres le ventre, il n'a dans les entrailles que de la merde et des choses dégoûtantes, ne l'oublie pas.
- Des saloperies, les Rodolfi ont continué à en faire.
- Tout le monde en fait, dit Magnani en s'impatientant. Ça a mal tourné pour les Rodolfi, c'est tout. Tu crois que les autres entreprises ne sont pas endettées jusqu'au cou et qu'elles ne font pas sous le manteau, la même chose ? La différence, c'est qu'elles sont sans doute plus habiles et qu'elles ont un peu plus de style.
- Ou plus de protections politiques... suggéra le commissaire.
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Le jour de la Saint-Martin, les affiches sur Paride Rodolfi firent leur apparition au village. Elles disaient qu’il n’avait pas disparu, qu’il était en vie et en bonne santé. La dernière, on l’avait placardée peu avant l’arrivée du commissaire Soneri, et il tomba dessus alors qu’elle ruisselait de colle. Cet avis, qui sentait les ennuis et le mystère à plein nez, ne lui plut guère. Et il n’avait pas encore eu vent de la rumeur selon laquelle les Rodolfi étaient dans le pétrin. Des murmures imprégnés d’envie, mais contenus par le respect qu’imposaient la villa monumentale sur le chemin de crête, la villa du Talus, et l’immense usine de charcuterie. Le nom « Rodolfi » rappelait à Soneri une marque familiale, avec le charcutier replet et moustachu près d’un cochon bien gras. Une image, dans son cadre coloré ovale, qui hantait son imagination depuis son enfance, depuis qu’il l’avait aperçue pour la première fois ornant, telle une cravate, les jambons qui pendaient aux crochets des charcuteries embaumant le saindoux. Rien à voir avec l’ambiguïté de ces affiches : elles avaient beau annoncer une bonne nouvelle, elles ne parvenaient pas à cacher que quelque chose clochait.
Une curiosité agaçante l’accabla. Il leva son regard sur le cercle des montagnes alentour qui semblait coupé à mi-hauteur par des nuages bas d’un gris souris, et il imagina les brèches des sommets fichées dans le ventre de cette brume comme de vieilles dents. Plus bas, les bois de châtaigniers se dépouillaient lentement dans les flaques de rosée : ils ne sécheraient qu’avec le gel. La pensée de l’humidité lui redonna de l’énergie : elle ferait pousser les champignons qui l’avaient fait monter jusque-là, dans cette vallée qu’il connaissait depuis tout petit. Il s’imaginait retrouver le dialecte guttural des montagnards et l’envie de marcher accompagné du seul bruit de ses pas. L’été en ville, passé à transpirer dans la chaleur étouffante qu’il détestait, avait été pénible. Puis l’automne et le remplacement du commissaire de police, avec la procession des nouvelles dispositions, circulaires et directives, l’avaient épuisé. Après des années à la Questure, il sentait croître son exaspération jour après jour. Ainsi, Angela, sa compagne, lui avait-elle presque ordonné de décrocher et lui, au lieu de passer deux semaines sur la Côte d’Azur, avait décidé d’aller ramasser des champignons.
Il avait l’opportunité d’échapper au brouillard de Parme et il s’y était enlisé malgré tout, dans cette vallée des Apennins où le soleil rasant de la mauvaise saison ne pénétrait presque pas.
« Je cherche le calme, s’était-il excusé auprès de son amie, je n’en peux plus des histoires de bureau.
– Va où tu veux, lui avait-elle répondu, sceptique, de toute façon, en ce moment, je ne pourrai te suivre nulle part, je croule sous le travail. »
C’est pourquoi il était parti plutôt serein, sans culpabiliser. Mais dès qu’il avait mis un pied au village, il s’était vu contrarié par cette effervescence fébrile, comme un chœur de chuchotements sous les apparences tranquilles, une sueur froide transpirant dans l’immobilité.
Sur la place aussi il y avait un avis, dans la vitrine de la mairie, et Soneri en relut attentivement le texte tandis qu’il allumait son toscano : « Nous informons les habitants que monsieur Paride Rodolfi est en excellente santé et qu’il est parfaitement en mesure de tenir ses engagements professionnels. Nous remercions les habitants pour la sollicitude qu’ils nous ont témoignée. »
Il essaya de penser aux champignons et aux rejetons de hêtre qui devaient avoir poussé dans le sous-bois trempé. Il était impatient que le ciel soit un peu dégagé pour aller plus haut et cueillir la floraison éphémère d’un bolet. Il n’aspirait qu’à rester loin de tout, sauf des bois et des champignons.
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Vidéo de Valerio Varesi
Valerio Varesi vous présente son ouvrage "Ce n'est qu'un début, commissaire Soneri" aux éditions Agullo.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2800892/valerio-varesi-ce-n-est-qu-un-debut-commissaire-soneri
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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