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Albert Bensoussan (Traducteur)
ISBN : 2070769135
Éditeur : Gallimard (10/04/2003)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 225 notes)
Résumé :
Le 7 avril 1803 naît à Paris la militante féministe et ouvriériste Flora Tristan, fille d'un officier péruvien au service du Roi d'Espagne et d'une bourgeoise parisienne. Un siècle plus tard, le 8 mai 1903, son petit-fils, Paul Gauguin, meurt seul et presque aveugle dans sa case des îles Marquises. Le curieux rapport entre les deux dates, tout comme les liens de parenté entre le peintre et l'activiste politique, ne sont ici que le point de départ d'un récit qui met ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  08 juin 2015
Voici un livre très agréable à lire, bâti sur le principe d'un chapitre dévolu à Flora Tristan immédiatement suivi d'un chapitre consacré à Paul Gauguin. Cet ouvrage est à composante essentiellement biographique où l'on sent les heures de recherches de l'auteur sous chaque ligne.
Mario Vargas Llosa a pris le parti de raconter les vies de la grand-mère et du petit fils quasi in extenso mais en basant son roman sur les points d'orgue de leur vie respective ; à savoir, pour Flora Tristan, son tour de France en vue de la constitution de l'union ouvrière et pour Paul Gauguin son séjour en Polynésie française tantôt à Tahiti tantôt aux Marquises.
Partant de ces points d'appui, l'auteur utilise les flashbacks pour raconter la vie antérieure de ses personnages ; Flora Tristan, militante féministe, pré-syndicaliste et femme de lettre dont l'idéal est l'union internationale de tous les opprimés (chômeurs, ouvriers, femmes) en vue d'infléchir les bourgeois et de leur offrir des conditions de vie meilleures. D'autre part, Paul Gauguin (est-il besoin de le présenter ?), peintre post impressionniste taraudé par le déclin de l'art occidental et en quête de l'art brut, primitif, non perverti.
L'un et l'autre, avec des personnalités et surtout des moralités assez différentes poursuivent leur idéal jusqu'à la mort, quitte à en payer le prix, souvent lourd. La partie Gauguin a le mérite d'attirer l'attention sur certains tableaux pas nécessairement les plus connus ou bien de donner l'état d'esprit du peintre lors de leur élaboration.
Ce livre est solide, très léché, bien construit (toujours un peu la même mécanique qui peut éventuellement lasser à la longue) mais il m'a probablement manqué le petit supplément d'âme, le minuscule truc volatil et indéfinissable que l'on ressent en lisant ce qui, dans notre panthéon propre, constitue un pur chef-d'oeuvre et qui ici m'a fait défaut, d'où mes 4 étoiles au lieu de 5, mais ceci, n'est bien sûr que mon avis, un peu plus loin, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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andman
  21 juin 2016
C'est sans doute à Pont-Aven que Paul Gauguin a acquis dans son domaine de prédilection, le droit de tout oser.
Le Bois d'Amour, haut lieu pontaveniste où jaillirent naguère maintes inspirations artistiques, est le lieu idéal pour esquisser les grands traits de ce magnifique roman publié par Mario Vargas Llosa en 2003 : “Le Paradis - un peu plus loin”.
Le lien ci-dessous permet d'accéder à quelques photos donnant un petit aperçu de la quiétude des bords de l'Aven, autrefois peuplés de nombreux moulins à eau.
Mélange de primitivisme, de cloisonnisme et même de japonisme, le synthétisme marque une rupture avec le naturalisme et l'impressionnisme et se fond dans le symbolisme dont la principale caractéristique est de dépasser le monde des apparences.
Le synthétisme fut porté à la fin du 19ème siècle sur les fonts baptismaux de l'Histoire de la peinture par un cénacle d'artistes français et étrangers qui se sentaient à Pont-Aven comme des poissons dans l'eau.
Trois oeuvres, crées en 1888 dans ce petit village finistérien si accueillant, jetèrent les bases de ce mouvement pictural : “Les Bretonnes dans la prairie” d'Émile Bernard, “La Vision du sermon” de Paul Gauguin et “Le Talisman” de Paul Sérusier. Sous l'impulsion de ce dernier, le groupe des Nabis (“prophètes” en hébreu) fera jusqu'en 1900 bouger les lignes de l'art moderne.
Ce vieux pays de meuniers, ce paradis des artistes, Mario Vargas Llosas en parle admirablement dans ce roman, mais toujours par flash-back.
Il a choisi en effet de décrire dans le détail la vie au quotidien de Gauguin lors de ses deux longs séjours à Tahiti puis à Hiva Oa, la plus grandes des îles Marquises où il mourut en mai 1903 à l'âge de 54 ans.
Un des points forts de ce roman dépaysant tient au style jubilatoire adopté par le Nobel péruvien pour imaginer la genèse des principaux tableaux peints par Gauguin dans son exil polynésien :

“Manao Tupapau” (L'esprit des morts veille) ;
“Pape moe” (Eaux mystérieuses) ;
“Aita Tamari Vahiné Judith Te Parari” (La femme-enfant Judith, pas encore déflorée) ;
“Nevermore” (d'après le poème d'Edgar Poe intitulé “Le Corbeau”, traduit et par Baudelaire et par Mallarmé) ;
“D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?” (Le tableau le plus imposant et peut-être le plus connu de l'artiste, réalisé en 1897-98) ;
“Le sorcier d'Hiva Oa” (La dernière oeuvre de Gauguin, “sa pierre tombale”, date de mars 1903 alors que sa vue décline de jour en jour).
Mais une fois de plus, l'aisance de Mario Vargas Llosa à percer l'intimité des protagonistes, se double d'une générosité débordante. Dans “Le Paradis - un peu plus loin” il ne se contente pas de relater le parcours de vie chaotique de Paul Gauguin mais retrace également l'étrange destinée de Flora Tristan, sa grand-mère maternelle d'ascendance péruvienne, que le peintre n'a pas connue car décédée à seulement 41 ans, en 1844.
Un chapitre sur deux, le lecteur se familiarise avec le caractère entier de cette féministe, de cette pacifiste pure et dure, de cette écrivaine engagée qui, parcourant les routes de France avec l'aide de ses amis saint-simoniens et fouriéristes, essaie d'inculquer à qui veut l'entendre ses idées avant-gardistes relatives à l'unité ouvrière et à la fraternité universelle.
Seul un auteur de tout premier plan pouvait si justement brosser en parallèle deux parcours de vie aussi empreints de passion, d'anticonformisme et de tolérance, à l'atavisme évident.
On referme ce roman un peu triste de quitter ces deux êtres libertaires qui jusqu'à leur dernier souffle sont restés fidèles aux idéaux que l'un et l'autre se sont forgés à l'âge de la maturité ; mais aussi avec au cœur la joie ineffable d'avoir entraperçu lors de cette lecture vivifiante… de nombreuses ébauches de Paradis.


Lien des quelques photos du Bois d'Amour : http://adobe.ly/269oyYC
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Marple
  30 août 2014
Pas de doute, Mario Vargas Llosa est un vrai grand écrivain, avec une personnalité littéraire et un style bien à lui. Pas de doute non plus, il peut être profondément dérangeant, en tout cas il l'a été ici pour moi dans sa façon d'inventer la vie, les pensées et les secrets de personnages réels.
Car 'Le paradis, un peu plus loin' est une double biographie romancée, celle de Flora Tristan, militante socialiste et féministe des Années 1840, et celle de son petit-fils, le peintre Paul Gauguin, dans les dernières années de sa vie en Polynésie. Les chapitres s'attachent alternativement à chacun de ces deux personnages, décrivant sa vie quotidienne, ses voyages, ses rencontres, sa maladie, mais aussi ses rêves, ses pensées ou son intimité amoureuse.
Et c'est là que le bât blesse à mon sens, parce qu'il y a une profusion de détails très précis, mais forcément imaginés : les hallucinations de Gauguin pendant son agonie, les doutes de Flora face à ses soupirants ou ses amies, les scènes de sexe avec des Maori(e)s... Même s'ils sont cohérents avec la personnalité et la vie des personnages, ils ne sont pas 'vrais', alors que Flora et Gauguin l'ont été, et pas qu'un peu !
Disons que le livre est très intéressant, instructif, riche, vivant, mais que le biographe ne s'est pas complètement effacé derrière ses héros. On retrouve en effet ses thèmes de prédilection : le sexe (je ne pense pas être prude, mais Vargas Llosa est un peu obsédé), l'égoïsme et la froideur (sa Flora et son Gauguin sont pétris d'idéaux, mais incapables d'aimer quelqu'un au quotidien), l'histoire du Pérou...
Un livre hors du commun, donc, et un livre qui compte triple, comme au Scrabble : pour le Challenge ABC, pour le Challenge Nobel et pour le Challenge Pavés de Gwen21 (5/xx)
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Sachenka
  05 octobre 2017
Deux histoires, deux destins hors de l'ordinaire. D'un côté, il y a Flora Tristan, d'origne vaguement espagnole, épouse la cause ouvrière, milite pour les droits des moins fortunés et, surtout, des femmes. Elle voyage à travers la France du début du 19e siècle pour convaincre les travailleurs de joindre son mouvement et les propriétaires d'offrir de meilleures conditions de travail à leurs employés. de l'autre côté, le peintre postimpressionniste Paul Gauguin, qui chercha le succès à Paris puis l'inspiration aux iles Marquises. Dans tous les cas, deux individus à la recherche d'un idéal : le paradis un peu plus loin.
La narration alterne entre les deux trames, un chapitre étant dévoué à Flora et l'autre, à Paul. le lien entre les deux ? La première est grand-mère du deuxième. Et un destin exceptionnel, bien sûr, ces êtres sont deux étoiles avant-gardistes au caractère impétueux. Était-ce suffisant pour les unir dans ce roman ? Je me le demande encore. À quelques reprises, le lecteur peut établir des liens entre les deux histoires, elles se rejoignent parfois. Mais je me serais attendu à plus de ce côté.
Et pourquoi Mario Vargas Llosa a tenu à écrire cette histoire ? Après tout, ce n'est pas comme si Flora Tristan est un personnage si connu et son petit-fils ne l'a pas connu. C'est peut-être qu'un épisode de sa vie se déroule au Pérou, le pays d'origine de l'auteur. Après avoir milité en France avec assez peu de succès, Flora se retrouve sans mari et sans argent, désespérée, alors elle se tourne vers l'Amérique du Sud d'où son père était originaire et elle espère obtenir sa part d'héritage. Décidément, toute sa vie, elle aura lutté pour les droits des autres ou les siens. Au moins, ces passages auront été appréciés après plusieurs chapitres répétitifs (et parfois longs) sur son combat en France.
Pareillement pour les séjours de Gauguin en Polynésie. le peintre vit des moments de bonheur à Paris, il fonde un foyer avec Bette mais elle le quitte, il se retrouve sans le sou (ça vous semble familier ?) alors il doit s'exiler. Ce changement de décor et tout l'exotisme qui vient avec les îles Marquises, c'est également apprécié. On découvre des gens et une culture différente et la façon dont ils ont influencé sa peinture. Ce que j'ai moins compris, c'est pourquoi l'auteur passait parfois à la 2e personne pour s'adresser à ses personnages (ou donner cette impression au lecteur pour souligner des traits de Flora et Gauguin). Était-ce nécessaire ?
Avec le paradis un peu plus loin, le lecteur se retrouve avec un roman historique mais sans la lourdeur qui vient parfois avec ce type d'ouvrages. Les paysages, les décors sont décrits avec beaucoup de réalisme. Comme des peintures ! Mais, au final, ce qu'on retient surtout, c'est ces deux êtres hors normes. Deux êtres incompris en lutte contre les autres, contre les conditions de vie pénibles, contre la misère et la pauvreté, contre le manque d'inspiration. Parfois même contre eux-mêmes.
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Woland
  21 avril 2016
El paraíso en La Otra Esquina
Traduction : Albert Bensoussan, avec la collaboration d'Anne-Marie Casès et le concours de Stéphane Michaud, spécialiste de Flora Tristan
ISBN : 978-2070429295
Pourquoi réunir, objecteront certains, Flora Tristan et Paul Gauguin dans un parallèle biographique que son auteur a voulu le plus fidèle possible mais dans lequel, bien entendu, il romance un peu et nous décrit entre autres de superbes paysages maoris et les images, tout aussi splendides, de l'art du peintre, mort pratiquement méprisé de tous le 10 mai 1903, aux Marquises ? Depuis quelques années, un autre "rebelle à la société" est venu le rejoindre : si vous voulez vous incliner un jour sur la tombe de Jacques Brel, eh ! bien, vous verrez qu'il repose non loin de la tombe de Gauguin.
Pourquoi, donc ? Tout simplement parce que la première, révoltée exclusivement sociale, n'est autre que la grand-mère maternelle du second, révolté à la fois social et artistique, qui fut le chef de file des "Nabis" et dont l'influence se retrouve dans le futur 'Fauvisme".
Gauguin était en effet le fils d'Aline Chazal, seule enfant survivante d'Albert et de Flora Chazal, née Tristan ou plutôt Tristán, laquelle descendait par son père de riches propriétaires terriens péruviens. Certains soutiennent encore qu'elle était le fruit illicite des amours de sa mère avec Simón Bolivar. Ces rumeurs, qui courent toujours, sont évidemment invérifiables mais Flora aimait à les affirmer authentiques car cette pionnière du féminisme, qui eut l'idée d'allier la cause de l'exploitation des ouvriers et celle de l'exploitation des femmes, était, il faut bien le signaler tout de même, un tantinet mégalomane.
Il n'en reste pas moins vrai que Paul Gauguin - et moi-même, j'avoue, à ma grande honte, que je l'ignorais - était le petit-fils de Flora Tristan, décédée à Bordeaux en 1844, à 41 ans, et qu'il passa une partie de son enfance chez son grand-oncle maternel, au Pérou, le très riche, très avare et très puissant don Pío Tristán. Les chapitres impairs sont consacrés à Flora, que l'on voit entreprendre, en 1844, sa dernière "tournée" en France, et les pairs à Gauguin et à sa transformation en "Koké le Maori." Des retours en arrière nous permettent de saisir des reflets du passé de l'une comme de l'autre, ce temps où Flora était une femme au foyer (comme on dirait aujourd'hui) amoureuse folle de son Albert mais dégoûtée par le sexe dès probablement sa nuit de noces, et Paul un trader (comme on dirait aujourd'hui aussi ) que s'arrachait les banques.
Car Gauguin avait le don de l'argent. Jusqu'au jour où le Don, l'Autre, celui qui n'a qu'une majuscule mais qui surclasse tous les autres, le Don de l'Art, qui couvait en lui sans que, apparemment, il le sût (à moins qu'il se forçât inconsciemment à l'ignorer) le frappa, un peu comme l'ange dans ""La Vision Après le Sermon", toile qui date de son séjour à Pont-Aven et qui peut être considérée comme le chef-d'oeuvre qu'il peignit durant cette période.
Si Gauguin, renié par les gens du monde de la finance et même d'ailleurs par certains peintres, a eu des doutes sur sa décision (doutes que nous dépeint d'ailleurs Vargas Llosa), cela ne l'a pas empêché de quitter la France pour la Polynésie française et Tahiti. Il souhaitait retrouver là-bas une Nature et une civilisation que le progrès n'avait pas encore atteintes. Rongé, à compter d'un certain âge par la syphilis qui devait finir par l'emporter en détruisant lentement son corps, son long (et passionnant) séjour à Tahiti où il peignit, entre autres toiles que l'on doit connaître, "L'Esprit des Morts Veille", après le décès du bébé qu'il eut avec sa première femme tahitienne ou "D'Où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?", est ici raconté avec moult détails que l'auteur dans des pages qui restituent à merveille l'univers onirique, à la fois si proche et si éloigné de celui du schizophrène de génie et de peintre suicidé sans gloire que fut Van Gogh, que la magie de son Don transmuait en passant par la magie du pinceau, sa certitude et son obsession d'aller encore plus loin en s'installant aux Marquises (il est alors, sur le le plan santé, quasi "en phase terminale") tient au fait que, à la longue, il trouve Tahiti contaminé par la société occidentale et bien-pensante. Aux Marquises, il s'apercevra là encore qu'il s'est trompé. Gauguin, un peu comme Brel dans "L'Inaccessible Etoile", veut toujours "aller plus loin" - tout à fait comme sa grand-mère Flora d'ailleurs. La perfection ...
C'est celle, inexorable et en même temps miséricordieuse, de la Mort, qu'il trouve enfin aux Marquises, dans cette "Maison du Jouir" qu'il avait bâtie de ses propres mains et dont il avait orné le jardin de deux cruels "totems", celui du prêtre catholique du lieu et de sa maîtresse supposée, Teresa. de nos jours, elle a été reconstituée là où fut construite l'originale, à Atuona et, bien sûr, si vous avez la chance d'aller aux Marquises, ne manquez pas de la visiter. Visitez aussi, plus proche de vous et cela vous permettra d'admirer ma région natale, que Gauguin, ce fanatique des couleurs, aimait pourtant beaucoup ;o), à Clohars-Carnoët, la Maison-Musée du Pouldu, tenue au XIXème siècle par Marie Henry, surnommée "Marie-la-Poupée", qui acceptait que tous les peintres de Pont-Aven logeassent chez elle et se satisfaisait de leurs toiles pour tout paiement. Croyait-elle en leur talent ? Y retrouvait-elle sa Bretagne à elle malgré tout ? En tous cas, la France artistique lui doit beaucoup, assurément ... Et Gauguin aussi ...
Pour en terminer avec "Le Paradis - Un Peu Plus Loin", disons que c'est un livre peut-être inégal (plus inégal que "La Fëte au Bouc") mais si j'écris ceci, cela tient en partie, à mon sens, au fait que la personnalité de Flora Tristan y est admirablement dépeinte et que nous rencontrons une certaine gêne à la découvrir bien plus étriquée et, pire, bien plus puritaine que celle de son petit-fils. Ce qui n'enlève d'ailleurs rien à la noblesse de sa "Quête" personnelle : il lui en a fallu, du cran, pour la poursuivre, sous Louis-Philippe La Poire o) . Les lecteurs s'amuseront sans doute à chercher et trouver des points communs entre Gauguin et sa grand-mère maternelle, point positifs (la Foi, plus mystique il est vrai chez Gauguin, quoiqu'il s'affirmât athée, comme sa grand-mère), points ambigus, tantôt qualités, tantôt erreurs (l'entêtement et une propension à la colère que la carrure masculine du peintre - c'était un baraqué - rend certainement redoutable physiquement alors que, chez Flora, elles demeurent verbales (mais tout aussi terribles et écrasantes de mépris), tantôt négatifs (une déresponsabilisation absolue envers la famille, même si Flora a certainement aimé ses enfants, et une manie épouvantable de bougeotte.) Et n'oublions pas que tous deux étaient bisexuels - tous les défauts, on vous dit ! ;o)
Enfin, peut-on qualifier le désir d'aller plus loin, toujours et malgré les coups et les chutes, surtout chez une pionnière du féminisme (du vrai féminisme ) et d'un des plus grands peintres du monde comme un défaut ? Ils cherchaient, c'est tout et se refusaient parfois à voir que, en cherchant ce qu'ils sentaient tous deux mais sur quoi ils ne pouvaient vraiment mettre un nom ou même une image satisfaisante pour le peintre, ils faisaient mal à ceux qui les aimaient.
"Le Paradis - Un Peu Plus Loin" ne juge ni l'une, ni l'autre. Ce n'est peut-être pas le meilleur ouvrage de Vargas Llosa mais il donne en tous cas en vie de mieux connaître Gauguin - et sa grand-mère aussi. (Enfin, pour moi, c'est surtout Gauguin qui m'a fascinée.)
Lisez-le donc, ce livre, et laissez-vous bercer par la merveilleuse poésie qui s'en dégage, au-delà du réalisme de certaines scènes. Ah ! Et, en fond sonore, pourquoi pas "Les Marquises" de Brel ? ... Vous ne devriez pas regretter ... Bonne lecture ! ;o)
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   25 mai 2014
La Maison du jouir fut achevée en six semaines. Elle était en bois, nattes et paille tressée et, comme ses farés de Mataiea et de Punaauia, elle avait deux étages. [...]
Paul sculpta un panneau de bois pour l'entrée, en gravant au linteau Maison du jouir, et deux longs panneaux verticaux qui flanquaient cet écriteau, avec des femmes nues dans des poses voluptueuses, des animaux et une verdure stylisés, ainsi que des invocations qui mirent en émoi tant la mission catholique ( la plus nombreuse ) que la petite mission protestante de Hiva Oa : " Soyez mystérieuses " et " Soyez amoureuses et vous serez heureuses ".
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PiatkaPiatka   27 mai 2014
L'art devait rompre ce moule étroit, ce minuscule horizon où avaient fini par l'emprisonner les artistes et les critiques, les académiciens et les collectionneurs de Paris pour s'ouvrir au monde, se mêler aux autres cultures, respirer d'autres airs, voir d'autres paysages, connaître d'autres valeurs, d'autres races, d'autres croyances, d'autres formes de vie et de morale. Ce n'est qu'ainsi qu'il retrouverait la vigueur que l'existence molle, frivole et mercantile des Parisiens lui avait retirée. Tu l'avais fait, toi, en partant à la rencontre du monde, en allant chercher, apprendre, t'enivrer de ce que l'Europe méconnaissait ou refusait. Cela t'avait coûté cher, mais vraiment, tu le le regrettais pas, Koké, hein ?

Koké, surnom donné à Paul Gauguin à Tahiti
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PiatkaPiatka   21 mai 2014
Tu avais peint ta meilleure toile non seulement avec tes mains, avec tes idées, ton imagination et ton métier, mais aussi avec ces forces obscures venues du fond de l'âme, le bouillonnement de tes passions, la fureur de tes instincts, ces impulsions qui surgissaient dans les tableaux exceptionnels. Les tableaux qui ne mourraient jamais, Koké. Comme l'Olympia de Manet.

Koké, surnom de Paul Gauguin à Tahiti
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andrasandras   12 février 2016
Alors Paul se souvint qu'en cet hiver si dur dix-huit ans plus tôt, alors qu'il collait des affiches dans les gares de chemin de fer de Paris, le hasard lui avait mis entre les mains un petit livre qu'il avait trouvé, oublié ou jeté là par son possesseur, sur une chaise de café, près de la Gare de l'Est, où il s'asseyait pour boire une absinthe à la fin de sa journée de travail. Son auteur était un Turc, l'artiste, philosophe et théologien Mani Velibi-Zumbul-Zadi qui, dans cet essai avait mêlé ses trois vocations. La couleur, d'après lui, exprimait quelque chose de plus caché et de plus subjectif que le monde naturel. Elle était une manifestation de la sensibilité, des croyances et des fantaisies humaines. La mise en valeur et l'usage des couleurs traduisaient la sensibilité d'une époque, les anges et les démons des personnes. Aussi les artistes authentiques ne devaient-ils pas se sentir tenus par un quelconque mimétisme pictural face au monde naturel : bois vert, ciel bleu, mer grise, nuage blanc. Ils avaient pour obligation d'user des couleurs en accord avec des exigences intimes ou le simple caprice personnel : soleil noir, lune solaire, cheval bleu, flots émeraude, nuages verts. [...] C'est ce que, vu l'état de tes yeux, tu étais en train de faire, Koké.
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PiatkaPiatka   24 mai 2014
Le hasard lui ( Paul Gauguin ) avait mis entre les mains un petit livre qu'il avait trouvé, oublié ou jeté là par son possesseur [...]
Son auteur était un Turc, l'artiste, philosophe et théologien Mani Velibi-Zumbul-Zadi qui, dans cet essai, avait mêlé ses trois vocations. La couleur, d'après lui, exprimait quelque chose de plus caché et de plus subjectif que le monde naturel. Elle était une manifestation de la sensibilité, des croyances et des fantaisies humaines. La mise en valeur et l'usage des couleurs traduisaient la spiritualité d'une époque, les anges et les démons des personnes. Aussi les artistes authentiques ne devaient-ils pas se sentir tenus par un quelconque mimétisme pictural face au monde naturel : bois vert, ciel bleu, mer grise, nuage blanc. Ils avaient pour obligation d'user des couleurs en accord avec des exigences intimes ou le simple caprice personnel : soleil noir, lune solaire, cheval bleu, flots émeraude, nuages verts. [...]
Les artistes, pour préserver leur authenticité, devaient s'abstraire des modèles et peindre en se fiant exclusivement à leur mémoire. Ainsi leur art matérialiserait-il mieux leurs vérités secrètes.
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Interview de Mario Vargas Llosa.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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