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ISBN : 2072542251
Éditeur : Gallimard (21/05/2015)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 111 notes)
Résumé :
Après plusieurs romans situés dans les géographies les plus éloignées dans l'espace et dans le temps (le Congo belge, le Tahiti de Gauguin), Mario Vargas Llosa revient au Pérou et fait de son pays natal le décor du Héros discret.
Il nous dépeint la situation actuelle d'une société dopée par une croissance économique sans précédent mais qui voit également se développer la corruption, la cupidité et le crime.
À Piura, Felícito Yanaqué, patron d'une entre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  10 juin 2015
Argent, corruption et tromperies à la louche, fidélité en amitié, honnêteté incorporées sans relâche, le tout saupoudré d'humour et d'ironie (mais moins que dans Tours et détours de la vilaine fille), d'érotisme (beaucoup moins que dans L'éloge de la marâtre) et bien sûr d'affabulations : tels sont les ingrédients principaux du nouveau roman de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature en 2010, qui se déroule à nouveau au Pérou, entre Piura et Lima.
Un petit air de déjà-vu peut-être ? Mais cette fois-ci, le roman s'articule autour de trois personnages de pères et analyse, à travers leurs trois histoires enchevêtrées, leurs démêlés rocambolesques avec leurs fils respectifs, tout en brossant un tableau critique de la société actuelle du Pérou, confrontée à des mutations majeures sur fond de corruption et de croissance économique que les héros de ce roman symbolisent sans l'ombre d'un doute.
Felicito Yanaque, quinqua self-made man, patron d'une entreprise de transports, menacé de chantage par la mafia locale, va révéler sa fibre héroïque et, bravant incendie, intimidations et coup-bas, devenir un héros national, rien que cela.
Don Rigoberto, l'esthète cultivé, amateur d'érotisme de précédents romans de Vargas Llosa, aspire ici à une retraite orientée vers les arts, les voyages et sa chère épouse Lucrecia, après une carrière de juriste au sein de la compagnie d'assurance de son ami Ismael Carrera. Ami fidèle, mari attentionné, père à l'écoute, l'auteur lui donne indéniablement le beau rôle ; j'ai d'ailleurs toujours pensé que Don Rigoberto était une sorte d'avatar idéal de l'auteur lui-même.
Puis le fameux Ismael, patron octogénaire à la colossale fortune convoitée par ses cupides fils, décide d'épouser sa gouvernante de trente-huit ans sa cadette et de profiter enfin de la vie en disparaissant quelques temps.
Voilà pour le canevas de l'histoire.
J'ajouterais juste que c'est tour à tour violent, tendre, énigmatique, imprévisible et fort bien écrit, traduit aussi sans doute. Peut-être suis-je un peu trop fan de l'auteur, je l'admets, j'apprécie tout simplement son ton, son style et sa façon d'embarquer son lecteur dans une histoire riche en rebondissements, tout en étant un témoin de son temps, un peu à la façon d'un Gary, autre conteur hors pair à l'imaginaire débridé.
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bilodoh
  27 septembre 2015
Un roman péruvien, des drames dans deux familles, l'une vivant à Lima et l'autre dans le nord du pays, à Piura.

Le prix Nobel de littérature a concocté une oeuvre complexe, qui tient à la fois du drame de moeurs, d'intrigue criminelle et de commentaire social. Complexe oui, mais agréable à lire une écriture imagée, parfois teintée d'humour.

L'homme qui vit à Piura est notre héros, né très pauvre, dont le père a travaillé toute sa vie pour lui permettre de s'instruire. Devenu propriétaire d'une entreprise de transport, il est victime d'une tentative d'extorsion. On lui promet des malheurs s'il ne verse pas un montant chaque mois. Mais voilà, notre héros a juré à son père qu'il ne se laisserait jamais faire, il ne peut pas plier devant la menace, même si elle vise sa famille ou pire, sa maîtresse…

La famille liménienne, pour sa part, vivait une vie bien tranquille et le mari aspirait à une retraite bien méritée jusqu'à ce que son patron décide d'épouser sa gouvernante, provoquant l'ire des fils du financier, ses deux fils affectueusement surnommés les « hyènes ».

Un roman très intéressant, on y mange des spécialités péruviennes, on y découvre la société péruvienne avec les difficultés du chômage et de la corruption, avec aussi les préjugés envers les « cholos », ces personnes qui ont une apparence autochtone.

Mais la prose de Vargas Llosa ne concerne pas que le Pérou, ses thèmes sont universels, qu'il s'agisse de la famille — ces fils qui prendront la relève ou dilapideront le fruit des privations et d'un travail acharné —, qu'on réfléchisse au sens de la vie et aux croyances religieuses, qu'il soit question de l'amour avec les conquêtes d'un soir, l'épouse ou l'amante, ou même la vie sexuelle à quatre-vingts ans.

Un texte qui n'est peut-être pas le chef d'oeuvre de cet auteur, mais qui offre un très bon moment de lecture, avec en prime un peu de dépaysement et de réflexions inspirantes.
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tynn
  26 octobre 2015
Un patron d'une entreprise de transport qui refuse des méthodes mafieuses de racket.
Un père septuagénaire qui épouse sa petite bonne pour emmerder ses truands de fistons.
Des policiers inefficaces et paresseux qui parlent souvent plus qu'ils n'agissent.
Intimidations, chantages, séquestrations, incendies, adultères, incestes, méthodes musclées judiciaires et omniprésence d'une presse avide de ragots et scandales...
Un florilège de bonheur à la Vargas Llosa!
Quand Mario Vargas Llosa retourne à ses racines péruviennes, cela donne un livre moral fait de deux histoires entrecroisées pour évoquer la spoliation financière au sein des familles ou de l'entourage proche. Face à la cupidité, la méchanceté et la bêtise peuvent s'élever des valeurs humanistes essentielles comme le courage, le refus du chantage, l'élégance d'une juste lutte en dépit de fâcheuses conséquences. On a l'impression de lire deux histoires parallèles avant la convergence finale pour illustrer l'intégrité de petites gens, déterminées à résister dans l'honnêteté et le droit chemin, tels des héros ordinaires.
Avec son style maitrisé, construit en légèreté et fantaisie, l'auteur nous entraine dans les pas de personnages haut en couleurs et parfois déjà croisés dans ses précédents romans. L'histoire, entre polar et roman social, est assez noire, plus ironique qu'humoristique.
C'est un bon moment de lecture mais j'en sors un peu déçue, avec l'impression de lire une oeuvre de jeunesse. Ce n'est pas ennuyeux mais juste un peu longuet. Il manque le souffle narratif ou l'impertinence de certains romans précédents. Et j'ai été dérangée ou peu intéressée par la part énigmatique introduite par des personnages irréels (ou spirituels), en décalage avec une chronique sociale au réalisme contemporain.
À vous de voir ... En vous méfiant des lettres anonymes signées de la petite araignée...
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isabellelemest
  07 novembre 2015
Ce dernier roman de l'auteur du Nobel de littérature et d'une oeuvre multiple se situe au Pérou, son pays natal, et en évoque la société agitée par la corruption, la cupidité et les scandales, où seuls résistent quelques âmes bien trempées ou certains esthètes à la conscience morale solide comme Don Rigoberto, un héros récurrent de Vargas Llosa.
Deux intrigues s'entrecroisent : à Piura, dans le nord du pays, l'honnête propriétaire d'une compagnie de transports, Felicito Yanaqué, d'origine indienne, un "cholo" qui s'est fait lui-même, est l'objet d'un racket de la part de mystérieux maîtres chanteurs, auteurs de lettres anonymes, signées d'une petite araignée. Mais il décide de ne pas céder, quoi qu'il puisse lui en coûter, incendie de ses bureaux, menaces, enlèvement...
À Lima, Ismael Carrera, le propriétaire octogénaire mais toujours vert d'une grande compagnie d'assurances, vient de se marier avec sa jeune gouvernante, dans le but avoué de déshériter ses fils, de véritables hyènes qui souhaitaient sa mort pour pouvoir hériter. Il a demandé à Don Rigoberto, son juriste, d'être son témoin et il l'a entraîné de ce fait dans des tracas sans fin.
Les chapitres traitant des deux intrigues sont habilement alternés, ménageant suspense et péripéties. Ces entrepreneurs sont tous deux en proie au démon de midi et Felicito entretient une maîtresse, tandis qu'Ismael épouse la sienne. Tous deux ont fort à se plaindre de leurs fils, des bons à rien fainéants, seulement intéressés par la débauche et l'argent. Tous deux sont victimes de la presse et des médias avides de scandales qui vont répercuter leurs mésaventures sur toutes les chaînes de télévision, les journaux, les réseaux sociaux. Rigoberto lui-même voit sa vie tranquille bouleversée par toutes ces menaces.
Nous assistons en quelque sorte à la lutte du bien contre le mal, les vieux entrepreneurs incarnant le premier tandis que les fils dégénérés ou illégitimes représentent le second.
Bien sûr le roman n'est pas si schématiquement construit et il ménage toutes sortes de situations à rebondissements et de dialogues merveilleusement ironiques et magistraux.
La lecture en est plaisante et captivante, les ambiences péruviennes, notamment celles de la provinciale Piura surchauffée en été et de sa vie mouvementée et colorée, de ses habitants pittoresques, mendiants, petites gens, policiers paresseux et méprisants, est évoquée avec talent.
Toutefois le livre refermé, un certain malaise persiste, car les fils (hormis l'angélique adolescent Fonfon, aux visions étranges et non élucidées) sont la lie de la terre, alors que les pères sont des modèles de vertu et de courage (nonobstant leur penchant pour la chair fraîche). Ce constat ne traduit-il pas un étrange manque de générosité, et l'échec d'une éducation donnée peut-être par des pères trop égoïstes ? Quant au regard sur les femmes, il n'échappe pas à un certain machisme, malgré toutes les qualités de Doña Lucrecia, l'épouse de Rigoberto. Même la culture ne semble accessible qu'à ceux qui peuvent se la payer, livres coûteux, chaînes HiFi, voyages de luxe à l'étranger... Il est plus question de posséder que de ressentir...
Tout cela n'enlève rien aux qualités du roman mais dessine en creux un portrait de l'auteur moins sympathique qu'on ne le souhaiterait.
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Peteplume
  20 mars 2019
Ce n'est pas un roman mais deux et qui n'ont pas grand chose à voir l'un avec l'autre si ce n'est l'extravagance des situations et la couleur pittoresque péruvienne omniprésente. Donc on a affaire ici à une dualité d'actions et de lieux et l'on passe d'une histoire à l'autre aussi bien que, dans le cadre d'une des deux histoires, on passe d'une conversation rapportée à la conversation actuelle et vice-versa: on est également dans une multiplicité des temps… Et tout ça sans que le lecteur se perde ce qui représente—avouons-le—un tour de force de la part de cet auteur qui excelle autant dans le récit historique que dans le roman policier. Narrations télescopiques et vases communicants sont les termes qu'il utilise pour décrire son procédé narratif. J'ai eu personnellement l'impression de passer d'un univers à l'autre par des « trous de ver » …. (On n'est pas loin de la science-fiction.)
Ceci étant dit, ce roman ne m'a pas éblouie comme d'autres de Vargas Llosa. Il est dans la veine de Tours et détours et de la tante Julia et ce que je préfère c'est le filon de la fête au bouc et du Rêve du Celte. J'explique ainsi ma relative sévérité quant au nombre d'étoiles que je lui accorde tout en reconnaissant qu'il m'a apporté un bon (et assez long) moment de lecture.
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critiques presse (4)
LaPresse   19 août 2015
L'oeuvre littéraire de Mario Vargas Llosa regorge de diversité, d'inventivité et de profondeur. L'écrivain hispano-péruvien nobélisé en 2010 tâte autant de l'essai critique que de la biographie romancée ou du roman tragique ou divertissant, avec toujours le même brio acéré et la plume à la fois précise et foisonnante.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LesEchos   19 août 2015
Dans ce roman aux airs de série télévisée, dans lequel le père se retrouve à partager sa maîtresse avec son fils adoptif à son insu et où les voyantes ont toujours le dernier mot, Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, ancien candidat libéral à la présidence de la République péruvienne, met en lumière avec légèreté la violence et la corruption qui minent la société péruvienne. Les troubles de cette société en mutation tournent à la farce et les personnages n’en sont que plus attachants.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Telerama   01 juillet 2015
En grand conteur, le Prix Nobel de littérature 2010 dresse un portrait sans fard de la société péruvienne, dans un roman palpitant.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro   22 mai 2015
Un roman foisonnant et truculent sur le Pérou d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   03 juin 2015
Elle, une femme très grosse et très grande, aux joues comme des jambons, noyée dans une sorte de tunique écrue qui lui arrivait aux chevilles et couverte d'un gros tricot vert caca d'oie. Mais le plus étrange était l'absurde bibi plat à voilette planté sur sa tête, qui lui donnait une air caricatural. L'homme , en revanche, menu, petit, rachitique, semblait empaqueté dans un étroit complet gris perle très cintré et un gilet bleu fantaisie des plus criards. Lui aussi portait un chapeau, enfoncé jusqu'au milieu du front. Ils avaient un air provincial, semblaient égarés et déconcertés dans la foule de l'aéroport, et regardaient tout avec appréhension et méfiance. On eût dit qu'ils s'étaient échappés d'un de ces tableaux expressionnistes pleins de gens extravagants et disproportionnés du Berlin des années vingt, peints par Otto Dix ou George Grosz.
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bilodohbilodoh   17 septembre 2015
… cette inquiétude subliminale qui affleurait chez lui quand il volait, ce souvenir qu’il était à dix mille mètres d’altitude — dix kilomètres —, glissant à une vitesse de neuf cents ou mille kilomètres à l’heure, et que, dehors, la température était de moins cinquante ou soixante degrés. Ce n’était pas exactement de la peur qu’il éprouvait en vol, mais quelque chose de plus intense, la certitude que ce serait à tout moment la fin, la désintégration de son corps en un fragment de seconde, et, peut-être, la révélation du grand mystère, savoir ce qu’il y avait au-delà de la mort, si tant est qu’il y eût quelque chose, (p. 475)
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PiatkaPiatka   10 juin 2015
La fonction du journalisme à notre époque, ou, du moins, dans notre société ( à Lima ), n'était pas d'informer, mais de faire disparaître toute distinction entre le mensonge et la vérité, de remplacer la réalité par une fiction où se manifestait la masse abyssale de complexes, de frustrations, de haines et de traumatismes d'un public rongé par le ressentiment et l'envie.
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PiatkaPiatka   23 mai 2015
Il fit les exercices de qi gong. [..]
La posture de l'arbre qui se balance en avant et en arrière, de gauche à droite et en rond, poussé par le vent. Les pieds bien plantés dans le sol et en essayant de faire le vide dans sa tête, il se balançait, cherchant le centre. Chercher le centre. Ne pas oublier le centre. Lever les bras et et les abaisser très lentement, une petite pluie qui tombait du ciel en rafraîchissant son corps et son âme, en apaisant ses nerfs et ses muscles. Maintenir le ciel et la terre à leur place et les empêcher de se toucher, avec les bras.
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PiatkaPiatka   25 mai 2015
" Dans ce pays, on ne peut construire un espace de civilisation, même minuscule, conclut-il. La barbarie finit par tout dévaster. " Et une fois de plus il accusa, comme chaque fois qu'il se sentait déprimé, son erreur de jeunesse quand il avait décidé de ne pas émigrer et de rester là, dans Lima l'Horrible, convaincu qu'il pourrait organiser sa vie de telle sorte que, même si pour des raisons alimentaires il devait passer plusieurs heures par jour plongé dans le bruit mondain des Péruviens de classe élevée, il aurait une vraie vie dans cette enclave pure, belle, noble, faite de choses sublimes, qu'il se fabriquerait comme alternative au joug quotidien. C'est alors qu'il avait eu l'idée des espaces salvateurs.
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Interview de Mario Vargas Llosa.
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