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Albert Bensoussan (Traducteur)
EAN : 9782070403363
357 pages
Gallimard (04/11/1997)
3.63/5   139 notes
Résumé :
Sur le front déchiqueté des Andes nous retrouvons le personnage de Lituma, échappé de La Chunga et de Qui a tué Palomino Molero ? , sous-officier rétrogradé et grelottant de froid.
Ou de peur. La menace de la guérilla du Sentier lumineux est ici permanente : un couple de professeurs français sur le chemin de Cuzco est sauvagement assassiné. Trois disparitions successives accentuent l'angoisse et l'effroi qui autorisent toutes les hypothèses. Sur fond d'enquêt... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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SophieChalandre
  29 septembre 2022
Que peut la littérature ? S'il a cru un temps au pouvoir de l'écriture engagée, Mario Vargas Llosa admet dans ce roman que la capacité de la littérature à changer le monde est bien estompée.
C'est "le monde des autres" qui est dévoilé ici, et qui prend place dans un bourg inhospitalier des Andes péruviennes, mettant en scène le caporal Lituma (protagoniste récurrent dans des oeuvres précédentes) venu de la région côtière et son adjoint andin, Tomás Carreño qui maîtrise la langue locale, le Quechua. Tous deux enquêtent sur des disparitions et des meurtres mystérieux, sous la menace du commando maoïste Sentier Lumineux qui opère dans la région.
Mario Vargas Llosa organise un récit énergique où le réel dialogue avec l'imaginaire, selon une trame qui reprend les codes de l'intrigue policière, révélant progressivement une réalité révoltante adossée à des enjeux de pouvoirs corrompus, donnant une profondeur remarquable à une mosaïque de situations humaines collectivement dramatiques et auxquelles il superpose l'histoire intime de ses deux protagonistes.
Car Mario Vargas Llosa joue des oppostions, pour mieux illustrer la violence déstabilisante, culturellement ancestrale des lieux, et la marginalisation de la région andine du sud-est du Pérou : culture côtière du héros contre celle andine de son adjoint, protagonistes représentant l'ordre institutionnel contre région abandonnée par l'Etat, douleur collective oppressante contre histoire d'amour fleurie tragi-comique de l'adjoint Tomás, réalité violente et temps présent contre pensée ancestrale magique et religieuse andine, horreurs anciennes contre abjections modernes, le "monde des autres" hostile et fermé vu et vécu par le regard personnel de Lituma l'étranger de la côte, opposition de classes sociales polarisées, beauté d'une nature cependant punitive… Et au milieu vit un peuple péruvien pris en étau, dans un temps où passé et présent se rejoignent au final de manière hallucinatoire.
Tout s'oppose et s'intrique, créant une tension inouïe qui interroge la violence collective des actes et des idéologies comme les crises personnelles, et questionne l'improbabilité d'une solution politique, économique et culturelle, à part celle de sacraliser la violence pour rester unis ou bien fuir cette région andine.
A ne plus savoir qui a tort ou raison ou ce qui est justifié ou pas. Finalement peu importe la vérité, Mario Vargas Llosa a opté pour la fantaisie de l'imaginaire puisque c'est finalement la littérature que l'auteur interpelle.
Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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tynn
  26 octobre 2013
Affectation punitive en cordillère des Andes.
Le brigadier Lituma ( déjà rencontré dans "Qui a tué Palomino Morelo) se retrouve muté dans un bled perdu de l'arrière pays péruvien, au milieu de péons loqueteux, muets et superstitieux, passant leurs nuits dans des bars de beuveries et de débauche, sur le chantier d'une improbable route en construction.
La nature est magnifique mais implacable et oppressante. Les journées sont "fournaise" et les nuits polaires.
Le poste de police est une masure et ses occupants y vivent comme des moines, avec le seul dérivatif de leurs confidences d'histoires d'amour passées.
Un séjour de rêve pour le policier et son jeune adjoint dans l'enquête de trois disparitions inexpliquées. Entre la terreur de la guérilla du Sentier Lumineux, les croyances d'un autre âge des indiens et la misère totale imposée à la garde civile, l'affaire s'annonce complexe.
Avec son style virevoltant, Mario Vargas Llosa est un guide touristique bouffon et truculent pour nous entrainer sur les chemins caillouteux des Andes, pays des extrêmes et de croyances de civilisations perdues.

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Herve-Lionel
  14 avril 2014
N°466 - Octobre 2010
Lituma dans les AndesMario Vargas Llosa*
(traduit de l'espagnol par Albert Bensoussan)
Lituma est un simple brigadier. En compagnie de son adjoint, le truculent garde civil Tomasino Carreňo, ce gradé grelotte de froid dans ce coin des Andes, lui, l'homme du littoral, mais peut-être bien aussi de trouille puisque les terroristes du Sentier Lumineux rodent et que les disparitions mystérieuses se multiplient comme celle de ce couple de touristes français qui se rendait à Cuzco en autocar ou celle de Mme d'Harcourt, cette scientifique écologiste. Ils exécutent les policiers, les cadres des mines ainsi que les étrangers et enrôlent de force les mineurs ou les « peones » dans leur milice. Les meurtres qu'ils perpétuent tiennent davantage du sacrifice humain rituel que de l'assassinat politique au nom du peuple qu'ils disent défendre. Cela procède probablement du mystère du Pérou qui est assez bien résumé par la remarque d'un personnage américain de ce roman :« C'est un pays que personne ne peut comprendre, fit Scarlatine en riant, et rien n'est plus attirant que l'indéchiffrable, pour des gens qui viennent de pays aussi clairs et transparents que le mien ».
Ces deux militaires sont contraints de cohabiter dans ce poste de police perdu dans la montagne au-dessus de Naccos. C'est une pauvre bourgade entre la « puna » de la Cordillère et la « selva » des basses terres, une ancienne ville minière où la seule distraction pour les « peones » qui construisent une route qui ne sera jamais terminée est le bar où ils se saoulent avec une grande régularité. Il est tenu par un couple énigmatique et un peu louche, Dionisio, tenancier bachique et sa femme Adriana, sorcière au passé un peu flou, au présent plus que douteux aussi, à la fois sorcière et habile intrigante. Leurs prénoms à eux seuls évoquent des personnages antiques, Dionysos et Ariane dont ils sont par certains côtés la réincarnation. Ils sont les véritables maîtres de Naccos ! Ils ont ensemble une histoire compliquée que le narrateur de cette histoire rocambolesque livre peu à peu au lecteur.

Lituma va donc devoir résoudre un de ces meurtres qui s'est produit dans sa juridiction, mais, cette fois, celui-là a été perpétré par les « peones » et non par les terroristes, sur la personne de Pedrito Tinoco, un pauvre muet, sorte d'idiot du village qui leur rendait de menus services au poste. Sa tâche ne sera pas facile parce qu'il doit enquêter sur fond de violence quotidienne, mais aussi dans la crainte des milices terroristes qui peuvent intervenir à tout instant et anéantir ces deux militaires, sans ignorer les croyances populaires héritées des Incas, les rites magiques d'un autre âge pleins de charlatanismes et de superstitions, la présence des « amarus », les « apus » esprits des montagnes qui inspirent à chacun la crainte et surtout les « pishtacos », sorte de personnages mystérieux mais apparemment bien réels qui vident ceux qu'ils rencontrent de leur substance, de leur graisse et dont les victimes finissent par mourir. Les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles leur sont systématiquement attribué. Lituma échappera à l'une d'elles, par l'entremise probable de ces divinités, faisant de lui un homme que cette montagne accepte comme l'un des siens !
Et tout cela dans le contexte d'une histoire d'amour passionnée et un peu compliquée entre Mercedes qui fut jadis vendue comme une vulgaire marchandise et Tomasino. Après moult péripéties, elle reviendra vers lui, faisant le choix de cet homme que tout cependant éloignait d'elle. Lutima, de son côté, a avec les femmes, des relations qui tiennent du fantasmes et de l'éternelle attente, comme une recherche de la compagne idéale ! Il verra son avenir professionnel prendre un tour enfin favorable.
Ce roman un peu policier se déroule dans le décor grandiose, dépaysant et dépouillé de cette Cordillère mystérieuse et envoûtante.
Ce n'est pas le premier roman de Llosa que je lis. J'avais déjà apprécié « L'éloge de la marâtre » (la Feuille Volante n° 279) qui se situe pourtant dans un tout autre registre. Comme souvent chez les écrivains sud-américains, j'ai retrouvé cet art du conteur que j'attends toujours de la part d'un romancier.
*Prix Nobel de littérature 2010].
Hervé GAUTIER – Octobre 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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tristantristan
  28 mai 2018
Après la lecture de " La ville et les chiens" dont la lecture m' avait ennuyé, il ne me semblait plus plausible de prendre un nouveau Vargas Llosa. Pourtant, ayant eu à ma main Lituma dans les Andes en espagnol, j' ai retente l' expérience. Les mots sont recherchés mais le style est froid. La narration glacée. On pourrait même dire sans ame. La polyphonie est un artifice mineur, le sexe et les grossièretes de langage et de situations n' ont même pas la justification de produire de l' humour.
Je n' oublie pas qu'il il s' agit d' un prix Nobel mais pour moi cet auteur n'est pas intéressant.
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lacazavent
  26 mai 2016
Dans ce roman, nous retrouvons Lituma le héros de « Qui a tué Palomino Molero ? », pour avoir mis son nez là où il n'aurais pas dû, rétrogradé et muté dans un avant poste des Andes. La région, ses habitants vivent sous la menace permanente de la guérilla du Sentier Lumineux et a plus forte raison, Lituma et son adjoint représentant (agent pour d'autres) du gouvernement.
Bien plus que dans l' ouvrage précédemment cité, l' enquête n'est pas ici la finalité du récit. Mario Vargas Llosa l' utilise comme fond et prétexte pour nous décrire une région reculée où des croyances datant d'avant la conquête espagnole se mêlent à des rites chrétiens. Une région extrêmement pauvre, où se côtoie, groupe révolutionnaire d'inspiration marxiste, paysan, ouvrier, mineur
Pauvre, certes mais au sous-sol riche en minerai.
Un très beau récit mais certainement plus difficile d'accès que « Qui a tué Palomino Molero ? », son écriture nous égare parfois certains passages en deviennent mystérieux. Et pourtant, il se dégage de ce livre une intensité omniprésente, le contexte nous est présenté sans concessions avec beaucoup de lucidité tout comme les personnages dont les portraits ont été formidablement soignés de Lituma personnage principal à son adjoint jusqu' aux personnages les plus secondaires .
C'est une lecture que j' ai pour ma part, particulièrement apprécié, par contre je ne suis pas tout à fait sûr que ce livre conviennent pour une première découverte de l' oeuvre de Mario Vargas Llosa à moins d' être intéressé par l' Amérique Latine contemporaine, ses croyances, ses difficultés etc et surtout de ne pas avoir peur et d'accepter par avance les errances de l' auteur.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
oliviersavignatoliviersavignat   22 août 2020
Mais ce qui plaisait le plus [à Casimiro] c'était cette vie à l'air libre qu'ils menaient, sans horaires ni buts prédéterminés, à la merci de la rigueur ou de la clémence du temps, des foires et des fêtes patronales, des commissions dont on le chargeait et des caprices de sa camionnette, facteurs qui décidaient de leur destination quotidienne, de leurs itinéraires, de leurs nuits passées en chaque bourg. Don Pericles avait une maison stable et sans roues, une fermette à Pampas, qu'il partageait avec une nièce mariée et ses enfants. Quand ils étaient là, Casimiro logeait dans la maison, comme s'il était de la famille. Mais la plupart du temps il vivait dans le camion, où, au milieu de la marchandise et protégé par une grosse bâche, il s'était construit un abri avec des peaux de vache. S'il pleuvait, il allait dormir dans la cabine ou au-dessous du camion.
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zhivagozhivago   17 décembre 2011
Il faut avoir des dispositions et perdre son orgueil, sa honte, descendre du piédestal où les gens sont juchés. Celui qui ne met pas en sommeil sa pensée, celui qui ne s'oublie pas lui-même, ni ne se libère des vanités et des orgueils, ni ne devient musique quand il chante, danse quand il danse, saoulerie quand il se saoule, celui-là ne sort pas de sa prison, ne voyage pas, ne perd pas la boule, n'accède pas à l'esprit. Il ne vit pas : il est décadence et mort-vivant.
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tristantristantristantristan   28 mai 2018
Le Pérou ! Ahí estaba: inmenso, misterioso, verdegris, pobrísimo, riquísimo, antiguo, hermético. Era este paisaje lunar y las caras cobrizas, desabridas de las mujeres y hombres que los rodeaban. Impenetrables, la verdad.

Le Perou! Il était là : immense, mystérieux, vert de gris, très pauvre, très riche, ancien, hermétique. C' était ce paysage lunaire et les visages cuivrés, maussades des femmes et des hommes qui les entouraient. Impenetrables, á dire vrai.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   29 décembre 2013
Le jour se levait rapidement sur le plateau et l’on distinguait très nettement les corps, les profils. Ils étaient jeunes, adolescents, l’air pauvre, et quelques uns semblaient des enfants. Outre les fusils, les revolvers, les machettes et les bâtons, beaucoup tenaient des gros cailloux dans leurs mains. Le petit bonhomme au chapeau, tombé à genoux et les deux doigts en croix, jurait, en levant les yeux au ciel. Jusqu’à ce que le cercle se refermât sur lui, le cachant à leur vue. Ils l’entendirent crier, supplier. Se poussant, s’excitant, rivalisant les uns les autres, les pierres et les mains s’abattaient, se relevaient, s’abattaient, se relevaient.
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Herve-LionelHerve-Lionel   14 avril 2014
C'est un pays que personne ne peut comprendre, fit Scarlatine en riant, et rien n'est plus attirant que l'indéchiffrable, pour des gens qui viennent de pays aussi clairs et transparents que le mien
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Vidéo de Mario Vargas Llosa
[Rentrée littéraire 2022]
De passage à Barcelone pour la rétrospective que la Cinémathèque lui consacre, le réalisateur colombien Sergio Cabrera s'interroge : quel tour auraient pris sa carrière, ses mariages, ses relations familiales, sans l'influence de son père ? Ce père maoïste convaincu, qui emmena sa femme et leurs deux enfants vivre à Pékin pendant la Révolution culturelle puis qui les enrôla, au péril de leur vie, dans la guérilla colombienne.
Adolescent, Sergio a été garde rouge, ouvrier en usine et a suivi l'entraînement militaire du Parti. Il a connu le Paris de 1968 et rencontré Louis Malle. de retour en Colombie, il a combattu dans la jungle au nom de la révolution.
Entre les mains de Juan Gabriel Vásquez, cette existence hors du commun se meut en un roman haletant qui mêle avec talent l'intime et la grande marche de l'Histoire. Une aventure personnelle fascinante, symbole d'un courant de pensée qui façonna des générations entières à travers le monde.
Traduit de l'espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon
« Un des plus grands romans écrits dans notre langue. » Mario Vargas Llosa
« Il mord, frappe, blesse, étincelle. La littérature lutte pour être vivante et la vie pour être racontée. Un grand livre ! » Manuel Rivas
« Une plume hypnotisante. Comment parvient-il à transmettre une telle variété d'émotions ? » El País
« Fascinant. Une de ces histoires qui se racontent au coin du feu soir après soir. » La Vanguardia

Juan Gabriel Vásquez est né à Bogotá, Colombie, en 1973. Il est l'auteur de six romans, de deux recueils de nouvelles et de plusieurs essais littéraires. Son oeuvre a été traduite dans une trentaine de langues et couronnée par de nombreux prix. Une rétrospective a reçu le Premio Bienal de Novela Mario Vargas Llosa, l'une des récompenses les plus prestigieuses pour les romans écrits en langue espagnole.
Lire les premières pages : https://bit.ly/3N7ulcc
Découvrir tous les romans de la rentrée littéraire des éditions du Seuil : https://bit.ly/3NQpKeq
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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