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ISBN : 1684053587
Éditeur : IDW Publishing (15/01/2019)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
The classic revisionist superhero saga that predates Watchmen and The Dark Knight Returns and presented a shocking worldview that almost predicted today's political climate!

Rick Veitch's ground-breaking series has been called the last word on superheroes. It is a world-spanning, continent-crushing, over-the-top adventure story that brings the United States and Russia to the brink of annihilation... from both nuclear warheads and crazed superheroes-ru... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Presence
  31 mai 2019
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 1985/1986, écrits, dessinés et encrés par Rick Veitch la mise en couleurs a été refaite pour la présente édition, par Kirby Veitch, l'initiale réalisée par Rick Veitch ne pouvant être restaurée de manière satisfaisante. le tome commence avec un texte d'introduction de 3 pages, rédigé par Alan Moore en 1989, vantant les mérites de ce récit visionnaire, et rappelant qu'il a commencé à paraître avant Watchmen et Dark Knight Returns. Il comprend également les 6 pages de gag de Puzz Fundles, réalisées par Rick Grimes. Il se termine par une postface d'une page rédigée par Rick Veitch en août 2018. Il s'agit d'une superbe édition, supérieure en qualité aux précédentes.
Une page de texte sous la forme d'un article de journal daté du mercredi 14 mars 1984 : il est évoqué des travaux menés à l'université de Toronto par des chercheurs qui développent le concept de la bombe atomique comme média. Dans le cadre de ce programme McLuhan (du nom de Herbert Marshall McLuhan, 1911-1980, théoricien des médias), il est abordé le fait que les bombes atomiques créent une menace à l'échelle planétaire rassemblant ainsi toute l'humanité sous la même crainte, influençant la psyché collective. Dans une grande pièce dotée d'un énorme écran de télévision, et d'autres plus petits, Itchy Itch, l'un des individus les plus riches de la planète, soliloque sur le Grand Sommeil, les Supérieurs. Il discute également avec le président des États-Unis et Mikhail Kubalov, le président de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, sur le fait qu'il vient de prendre le commandement de leurs navires de guerre pour organiser la plus grande bataille navale de tous les temps. Itchy Itch explique aux 2 dirigeants qu'il a pour objectif de provoquer une crise planétaire qu'il a préparée, et pour laquelle il s'est préparé afin d'en retirer un maximum de profit.
Egypt, une jeune femme, évoque le fait qu'elle n'avait pas été affectée par le Gand Sommeil dans un premier temps, et qu'elle a appris l'information de la grande bataille navale, alors qu'un galeriste lui indiquait qu'il allait exposer ses oeuvres. Elle est rentrée à l'appartement qu'elle partage avec Doc Benway, Guda et Jay-Hole Jacobs, pour y retrouver son jeune fils Larry. Ce dernier ressent pleinement l'inquiétude de sa mère et demande si les bombes nucléaires vont bientôt tomber, provoquant une réaction de colère chez sa mère. Soudainement, Larry, Doc Benway et Guda tombent dans une sorte de stupeur qui épargne Egypt et Jay-Hole. Larry explique à un interlocuteur invisible que toutes les personnes affectées par le Grand Sommeil craignaient que la fin du monde soit advenue, puis ils ont pu se voir les uns les autres, pas avec leurs yeux. Dans le ciel au-dessus de New York se produit un étrange phénomène lumineux en forme de cercles concentriques. Mikhail Kubalov explique à un interlocuteur invisible que quand le phénomène du Grand Sommeil est survenu, il n'a pas hésité une seconde à ordonner de lancer les missiles nucléaires. Jay-Hole entraîne Egypt pour monter au sommet d'un gratte-ciel afin d'observer la ville depuis un point haut. The Other finit par se manifester à eux. Ailleurs, 2 individus dotés de superpouvoirs détruisent un tank. À Moscou, Vera Pavlova présente le projet ÜberMaus à Mikhail Kubalov.
Il est difficile de transcrire l'expérience de lecture de cette bande dessinée. Au premier niveau, Rick Veitch raconte une histoire de fin de civilisation à l'échelle de la planète : les 2 superpuissances ont déclenché une guerre nucléaire. Elle ne se déroule pas comme prévu, car les ogives nucléaires n'explosent pas, mais il se produit des catastrophes naturelles et des émeutes sanglantes. le lecteur suit un groupe improbable composé d'une femme n'assumant pas de s'occuper d'un enfant, d'un vieux hippie pas complètement redescendu, d'un jeune homme usant de drogues récréatives et rêvant d'argent facile, et d'une jeune femme vivant avec le vieux hippie. Mais en fait, rapidement d'autres personnages occupent le premier plan régulièrement : l'homme le plus riche du monde, le président des États-Unis, celui de l'URSS, l'intrigante russe, les 2 superhéros américain, l'Un, sans oublier le garçon Larry. C'est un étrange entremêlement de fils narratifs tous participant directement à l'intrigue principal, mais régulièrement sous la forme de 4 cases de la largeur de la page où ils s'expriment directement face caméra, comme s'ils parlaient au lecteur sur un fond noir. L'auteur fait en sorte de présenter les défauts de chacun, à l'exception de Larry.
Au premier niveau, c'est aussi une histoire de superhéros, mais il ne s'agit pas du fil narratif principal. Les 2 superpuissances ont chacune fait aboutir un programme génétique avec succès, mais les individus qui en sont issus deviennent vite ingérables. le lecteur repère rapidement des éléments qui nourrissent l'intrigue, et qui s'inscrivent aussi dans un deuxième niveau de lecture. Ainsi, les références aux Beatles ou à Charles Lindbergh sont explicites. le lecteur peut reconnaitre dans le personnage de Itchy Itch, une version pervertie de Richie Rich créé en 1953 par Alfred Harvey et Warren Kremer. En découvrant Übermaus, le lecteur ne peut s'empêcher d'y voir une caricature de superhéros, un monstre à l'effigie d'une souris rappelant un personnage emblématique d'un empire multinational du divertissement. En page 23, il voit un individu chevauchant une bombe atomique en plein ciel, évoquant une scène similaire dans Dr. Folamour (1964, Doctor Strangelove) de Stanley Kubrick. Bien sûr, l'article de journal introductif reprend les théories de Marshall McKuhan en les appliquant au principe de destruction mutuelle assurée (Mutually Assured Destruction, MAD) de la guerre froide. Doc Benway évoque des penseurs de la génération de mai 1968, entre utopie hippie, et éveil à un état d'existence supérieure par l'usage de drogues. Doc Benway prononce le nom de Timothy Leary et fait référence aux Illuminés de Thanatéros, l'ordre magique dont il était membre.
Il faut un peu de temps au lecteur pour se rendre compte de ce qui rend la narration visuelle toute aussi personnelle que l'intrigue. Les dessins décrivent les individus et les lieux avec un bon niveau de détails, et de manière réaliste, sauf pour les individus dotés de superpouvoirs ou les créatures extradimensionnelles. Mis à part pour les pages où un personnage s'adresse à un interlocuteur (au nombre de 25), la narration reste traditionnelle avec des cases le plus souvent détourées, un bon niveau de fluidité dans leur enchaînement, et une compréhension immédiate de ce qui est représenté. de temps à autre, Rick Veitch réalise des cases en trapèze, ou une mise en page dans laquelle les cases se télescopent pour rendre compte de la violence ou de la simultanéité.
Au fil des pages, le lecteur se rend compte que mis à part pour Larry, tous les personnages présentent une apparence désagréable à un moment ou à un autre. L'artiste représente les visages avec des expressions crues et souvent intenses. Itchy Itch a un visage aux traits tirés et à la peau ayant perdu de son élasticité du fait de son âge. le président des États-Unis semble toujours énervé, en train de passer sa colère sur son interlocuteur. le regard de Jay-Hole semble habité par une sorte de folie méchante. Camarade Bog perd la maîtrise de ses émotions progressivement, laissant apparaître des expressions bestiales. Vera Pavlova donne l'impression de toujours être dans un jeu de la séduction vénéneux. Etc. Les dessins montrent une humanité à nu, en proie à ses obsessions et ses névroses, incapable de maîtriser ses pulsions qui menacent d'emporter chaque individu, les émotions faisant perdre tout contrôle. Ce spectacle a pour effet de mettre le lecteur mal à l'aise, car il s'identifie complètement avec ces individus en proie à leurs émotions, confrontés à des situations elles aussi hors de contrôle : la plus grande bataille navale de l'histoire de l'humanité, les missiles nucléaires dans le ciel, un missile qui percute une tour à New York, des phénomènes inexplicables dans le ciel, des tremblements de terre, un raz de marée, un exode de New York… Rick Veitch n'a pas lésiné sur les scènes spectaculaires.
Dans la postface, l'auteur explique que cette histoire cristallise son angoisse de la capacité de la race humaine à provoquer sa propre destruction. À nouveau, l'article de journal introductif prend tout son sens : le stress généré sur la psyché individuelle et collective doit provoquer une réaction chez l'humanité l'incitant à évoluer de manière à soulager cette pression psychologique. En fonction de sa sensibilité et de ses convictions, le lecteur est plus ou moins réceptif à la dimension spirituelle et ésotérique du récit, aux références à la culture hippie et la forme d'aboutissement qui lui est donnée dans cette histoire. Il est aussi possible de considérer cela comme une métaphore d'un archétype s'étant imposé à l'échelle de la planète, dans toutes les cultures, la guerre nucléaire devenant le symbole de l'extinction de la race humaine, associé à l'angoisse indicible d'une catastrophe inéluctable sur laquelle l'individu n'a pas de prise. Dans les 2 cas, la résolution de l'intrigue fait sens, soit comme la réponse de l'amour au capitalisme dévorant, soit comme une forme de société plaçant le bien être des individus la constituant avant le profit.
La lecture de cette histoire hors norme s'avère facile, malgré le nombre élevé de fils narratifs, et de thèmes abordés, aboutissant à une structure un peu éclatée. Rick Veitch réalise une histoire d'anticipation se nourrissant de références culturelles de l'époque, de la peur de la guerre nucléaire, de la tension entre les superpuissances, pour une mise en scène de thème comme l'irresponsabilité des dirigeants, de l'inconscient collectif, des émotions négatives et des émotions positives. Un voyage inoubliable.
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