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ISBN : 2864324695
Éditeur : Verdier (02/03/2006)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Gaston Ferdière, c'est ce psychiatre inconnu qui a reçu et soigné Antonin Artaud à l'hôpital de Rodez entre 1943 et 1946. La mémoire collective a gardé de lui l'image tremblée d'un aliéniste incapable de distinguer la littérature de la graphomanie, d'un père-la-morale acharné à ramener Artaud au bercail de la raison ordinaire. Autant de contresens. Homme sensible et cultivé, praticien généreux et compétent, Ferdière n'a guère péché que par manque de souffle poétique... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  12 juin 2017
La Feuille Volante n° 1147
Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud – Emmanuel Venet – Éditions Verdier Poche
Gaston Ferdière (1907-1990) avait un penchant très prononcé pour la poésie et aussi pour la polémique constructive puisqu'il combattit la légende misérabiliste tressée par Jehan-Rictus lui-même ou défendit la mémoire d'Anatole France. Pour l'heure, il a vingt ans et croit qu'on peut concilier médecine et littérature un peu comme l'a fait Louis-Ferdinand Céline mais dans un tout autre registre et la notoriété en moins. Il soigne à l'hôpital le jour et la nuit il déclame ses poèmes d'inspiration surréaliste dans les bistrots. André Breton est son modèle, comme lui il est un poète égaré en médecine qui veut devenir psychiatre, c'est à dire « un paria aux yeux ce ses confrères sérieux », curieux de l'écriture automatique et de la création, fasciné par le monde des fous et de leurs vies en lambeaux. Pour lui ce sera Villejuif. C'est aussi un idéaliste qui part combattre en Espagne ravagée par la guerre civile. Il y sera médecin mais aussi écrivain, bouleversé devant tant de morts et d'absurdités.
Il sera donc psychiatre c'est à dire en prise directe avec « le verbe déstructuré, grandiose et hermétique des fous, : la source même de toute poésie », attentif « (aux) salles communes et (aux) galeries où l'humanité fait naufrage », mais aussi insoumis, marginal. Est-ce l'exploration de l'inconscient humain qui le rapproche d'André Breton ? Pourtant il choisit, sous les coups du sort, d'étouffer la poésie qu'il porte en lui au profit de la psychiatrie et devient novateur en privilégiant les facultés créatrices de ses malades. Il se hasardera aussi dans des expériences médicales nouvelles, notamment sur Antonin Artaud, mais qu'on lui reprochera plus tard. En lui cohabiteront toujours le poète mort et le médecin renié, un véritable naufrage. Cette rencontre ravive chez Ferdière ses anciens démons poétiques et, adepte du sacrifice volontaire, il favorise chez son patient ce qu'il a étouffé en lui.
Il recherche, et c'est légitime, la reconnaissance à laquelle tout homme aspire dès lors qu'il fait quelque chose avec passion mais n'oublie pas pour autant le partage. Malheureusement il y aura toujours quelque chose qui viendra s'opposer à lui sans qu'il y puisse rien, aussi bien acceptera-t-il d'étouffer lui-même ses aspirations de poète au profit de son métier de psychiatre mais un exercice plus humain de la psychiatrie se heurta au système et aux élites qui le broieront. Poète chez les psychiatres ou psychiatre chez les poètes, il ne sera sans doute jamais à sa vraie place, toujours « en deuil de lui-même » et il aura beau faire, il y aura toujours quelque chose, le destin contraire ou la malchance, pour se mettre en travers de son chemin. Ce sera le vrai paradoxe de sa vie, d'une sa vie ratée qu'il a acceptée ! L'auteur le présente comme une sorte d'abandonné de Dieu. Je ne sais si j'ai bien compris cette allusion mais j'avoue que j'accepte assez facilement cette explication aussi abrupte soit-elle.
Comme j'ai déjà dit dans cette chronique, j'ai découvert cet auteur par hasard et je m'en félicite puisque j'apprécie son style fluide, toujours agréable à lire. J'ai retrouvé ici sa verve mais j'ai lu aussi une parole un peu acerbe, comme si notre auteur, réglant peut-être quelques comptes personnels, mais surtout hors de lui devant tant d'injustices, choisissait de réhabiliter cet homme de bonne foi et de bonne volonté, un peu trop ballotté par l'adversité et la volonté de nuire de ses contemporains. Cela ne me dérange pas car nous avons tous des choses sur le coeur et la fonction cathartique de l'écriture n'est pas incompatible avec le talent. En lisant ce court texte, j'ai aussi pensé, toutes choses égales par ailleurs, à Louis-Ferdinand Céline qui sera médecin hygiéniste, soutenant sa thèse de doctorat sur « La vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Sommelweis ».
J'ai eu plaisir à travers cette courte biographie, rédigée me semble-t-il avec une sorte de rage retenue, à faire la connaissance de Gaston Ferdière. Cette démarche m'a rappelé un peu celle adoptée par Jérôme Garcin qui a souvent choisi, en les romançant parfois, d'exhumer de l'anonymat des figures oubliées de la littérature ou de l'histoire, abandonnées de la chance ou de Dieu, si on y croit, des idéalistes qui ont dû malgré eux accepter leur sort pour s'abîmer dans le quotidien et dans une mort souvent prématurée, alors qu'ils portaient en eux un tout autre rêve. Au moment où on montre en exemple ceux qui ont réussi, sans pour autant entrer dans le détail de leur succès, j'avoue avoir beaucoup d'empathie pour les laissés pour compte.
© Hervé GAUTIER – Juin 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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MarianneL
  24 octobre 2013
Qui se souvient de Gaston Ferdière ? Médecin et directeur de l'hôpital psychiatrique de Rodez, où Antonin Artaud fut interné entre 1943 et 1946, on ne se souvient de lui que pour le désavouer, en tant que psychiatre borné et obscurantiste, notamment du fait des traitements par électrochocs qu'il fit subir à l'écrivain.
Emmanuel Venet fait revivre Ferdière, depuis son grand-père fabricants de billards à Saint-Etienne, ses études à la Faculté de Médecine de Lyon, ses ambitions de poète refroidies par le voisinage quotidien de la souffrance et de la mort, et son virage vers la psychiatrie.
“Voilà notre jeune marié à Paris, plus près du Dieu qui hante encore les couloirs de Sainte-Anne et vient d'éventrer le professeur Claude d'une griffe insolente. Ferdière atterrit d'abord à Villejuif. C'est là qu'il rencontre le verbe déstructuré, grandiose et hermétique des fous : la source même de toute poésie, l'endroit rêvé pour étancher enfin sa soif d'inouï et se lancer vraiment.
On imagine sans peine sa fascination pour ce monde clos, déglingué, somptueusement cacophonique. Une vacuole où la langue bureaucratique répond aux sémaphores des corps mal tenus, où le sens trace d'innombrables pistes à travers les éruptions de violence, de sperme ou de charabia. Il faut s'être aventuré dans un asile, même actuel, pour savoir combien cette humanité chancelante fait d'abord peur et mal, et comment on s'en défend par le rire jaune et la fausse science quand on n'ose pas la fuir ou la singer."
Dans ce magnifique récit d'une quarantaine de pages, dans la lignée de ce que fit Pierre Michon avec, notamment, la "Vie de Joseph Roulin", Emmanuel Venet continue d'explorer la relation entre maladie et littérature, et trace un portrait nuancé de Ferdière, médecin généreux, se battant contre la famine dans les asiles pendant la seconde guerre mondiale, un homme trop tôt convaincu de son manque de talent littéraire, et qui réussit malgré tout à remettre Artaud à sa table de travail.
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vdujardin
  24 février 2009
J'avais acheté ce livre il y a quelques mois, après avoir lu la réédition des Nouveaux écrits de Rodez d'Antonin Artaud, réédité cette année dans la collection l'Imaginaire de Gallimard, accompagnée d'un CD avec des extraits d'interview de Ferdière sur France Culture. A. Artaud se plaint du traitement inhumain de Ferdière et surtout des électrochocs, alors que celui-ci les justifie par l'état mental d'Artaud.
Emmanuel Venet tente de réhabiliter Ferdière, en montrant qu'il avait lui-même essayé de rédiger des poèmes, qu'il avait eu à subir les pressions de la hiérarchie psychiatrique sur Paris après ses positions sur la guerre d'Espagne et à s'exiler en province. Pendant la guerre, il a probablement sauvé ses malades de la famine, et Artaud en particulier en l'accueillant à Rodez, caché plusieurs juifs. Mais il y a quand même pratiqué une lobotomie et de nombreux électrochocs sur plusieurs patients. le livre ne permet pas de trancher la question : les électrochocs ont-ils réellement permis à Artaud de revenir à l'écriture ?
Lien : http://vdujardin.over-blog.c..
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Charybde2
  10 octobre 2016
Folie et poésie, contradictions médicales et sociales, par un angle profondément rusé.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2016/10/10/note-de-lecture-bis-ferdiere-psychiatre-dantonin-artaud-emmanuel-venet/

Lien : http://charybde2.wordpress.c..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   10 octobre 2016
Voilà Ferdière, jeune remarié mais seul dans la tourmente, plus que jamais rivé à son poste pendant que ses conscrits tapent le carton sur la ligne Maginot. Sa petite colonie commence à danser devant le buffet, on s’énerve ici plus vite qu’ailleurs et la pulsion picturale s’épuiserait à moins. Un confrère portugais, Egas-Moniz, vient de proposer une technique radicale pour calmer les excités. Simone joue peut-être les Homais, l’ancienne envie d’ouvrir des crânes fait le reste, en tout cas Ferdière, tout heureux de réaliser une première française, entreprend de lobotomiser un de ses malades. Il en rendra compte sans trop de tact à ses pairs, et s’attirera une réputation de sadique. On oubliera qu’au printemps quarante il organise un hôpital de fortune pour les blessés de l’exode, et que dès le début de la grande famine asilaire il trafique comme il peut pour éviter à ses patients la mort par dénutrition. On oubliera aussi qu’en quarante-neuf, Egas-Moniz recevra le prix Nobel pour son indéfendable trouvaille, entrée dans les mœurs alors que Ferdière n’a jamais récidivé. On oubliera enfin qu’en quarante et un, il a dénoncé le scandale des restrictions alimentaires dans les hôpitaux psychiatriques, et qu’il a été peu après condamné pour avoir fait du marché noir au profit de ses agonisants. Si rien n’est littéraire, rien n’est pour autant simple au pays où la vie vaut plus que la mort.
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Charybde2Charybde2   10 octobre 2016
Quand un poète égaré en médecine cherche un second souffle dans la psychiatrie, il lui plaît de devenir un paria aux yeux de ses confrères sérieux – ceux qui enseignent la palpation du foie et la suture des vaisseaux, qui sauvent ou autopsient avec une égale dextérité, et pontifient plus ou moins savamment sur les mystères contre lesquels butte leur art. Psychiatre, donc foncièrement insoumis, il soignera désormais des malades et non des maladies, privilégiera l’écoute sur l’examen, et préfèrera le langage de l’âme à celui des organes : autant dire qu’à son insu il deviendra médecin, c’est-à-dire juge de paix, confident et accompagnateur infatigable des causes perdues. En outre, le futur psychiatre bretonnisant des années trente se piquera de freudisme mal digéré, confondra association libre et écriture automatique, et bricolera de ses gros doigts la délicate horlogerie de la pulsion créatrice. Voilà notre jeune marié à Paris, plus près du Dieu qui hante encore les couloirs de Sainte-Anne et vient d’éventrer le professeur Claude d’une griffe insolente. Ferdière atterrit d’abord à Villejuif. C’est là qu’il rencontre le verbe déstructuré, grandiose et hermétique des fous : la source même de toute poésie, l’endroit rêvé pour étancher enfin sa soif d’inouï et se lancer vraiment.
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Charybde2Charybde2   10 octobre 2016
On imagine sans peine sa fascination pour ce monde clos, déglingué, somptueusement cacophonique. Une vacuole où la langue bureaucratique répond aux sémaphores des corps mal tenus, où le sens trace d’improbables pistes à travers les éruptions de violence, de sperme ou de charabia. Il faut s’être aventuré dans un asile, même actuel, pour savoir combien cette humanité chancelante fait d’abord peur et mal, et comment on s’en défend par le rire jaune et la fausse science quand on n’ose pas la fuir ou la singer. Il connaîtra ces tentations, Ferdière, comme tous ceux que la folie d’autrui empoigne assez aux tripes pour qu’ils en refusent le scandale ou la fatalité. Et comme la tripe ne lui manque pas, il y deviendra carabin, savant, chevalier de la raison, chercheur d’or et fauteur de changement. Lancera toutes ses forces contre le roc de la psychose sans se douter que le poète en lui s’y fracassera – mais pour l’heure il découvre avec ravissement les éclipses et les resurgissements du sens dans ce Babel où chacun martèle la langue pour soi seul et laisse traîner des pépites.
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Herve-LionelHerve-Lionel   10 juin 2017
Sans doute commence-t-il à comprendre, Ferdière, que l'ornière est plus profonde qu'il y paraît, et qu'ouvrir des crânes et des ventres vous préciite régulièrement contre des veuves ou des desespérés à qui il faut annoncer la situation de la manière la plus littérale qui soit, en réservant ses fleurs de rhétorique pour les comptes rendus opératoires.
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Herve-LionelHerve-Lionel   12 juin 2017
Il sait, Ferdière, désormais suspendu aux caprices de son corps, avoir oeuvré pour la plus épanouissante des libertés, échoué et réussi à la fois, et que les injures en témoignent autant que les remerciements.
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