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Jocelyne Hubert (Éditeur scientifique)
EAN : 9782210754591
180 pages
Magnard (01/01/2004)
3.83/5   145 notes
Résumé :
Vercors Zoo ou l'Assassin philanthrope


On ne naît pas homme, on le devient. Telle pourrait être la morale du procès de Douglas Templemore, impliqué dans " un scandale sans précédent dans toute l'histoire de la justice britannique ". Sous le procès hilarant de cet " assassin philanthrope " se cache, outre la satire du colonialisme, la question philosophique fondamentale : qu'est-ce qu'un homme ? Anthropologues, paléontologues, zoologistes et mé... >Voir plus
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Zoo ou l'Assassin philanthrope est la version théâtrale du roman de l'auteur "Les animaux dénaturés". Il s'agit d'un drame faisant intervenir anthropologues, paléontologues, zoologistes et médecins lors d'un procès dont la question primordiale est : "Qu'est-ce qu'un homme?". Cette pièce de théâtre, retraçant un procès est assez complexe, proche d'un conte philosophique alliant satire et réflexion morale. Cette lecture me donne envie de découvrir le roman de Vercors, auteur que j'avais déjà apprécié lors de ma lecture de son roman "Le silence de la mer".
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En 1952, Vercors publie un conte philosophique « Les Animaux dénaturés », qui explore la définition de l'homme. Onze ans plus tard, il en propose une transposition théâtrale, « Zoo ou l'Assassin philanthrope », qu'il présente comme une comédie judiciaire, zoologique et morale.

La pièce s'ouvre sur un sinistre constat : le docteur Figgins est appelé à cinq heures du matin par Douglas Templemore, un journaliste londonien, pour constater le décès de son fils, nouveau-né. le journaliste avoue au médecin qu'il lui a lui-même injecté une dose létale d'un produit toxique, précisant qu'il a aussitôt appelé la police.

Face au médecin et à l'inspecteur de police, Douglas Templemore dévoile les dessous de ce crime : la mère de ce nouveau-né est une pensionnaire du jardin zoologique, du quartier des grands anthropoïdes. En d'autres termes : la mère est un singe et, selon toute vraisemblance, son enfant l'est également. Mais la réalité est plus complexe. L'espèce dont provient la mère est une sorte inconnue d'anthropoïde, récemment découverte en Nouvelle-Guinée, dont on a ramené une trentaine d'individus en Angleterre. Douglas Templemore a inséminé la mère avec son propre sperme, a procédé à l'accouchement et déclaré la naissance à l'état civil, avant de le tuer. Un procès s'engage : Douglas Templemore a-t-il tué un singe ou un homme ?

Vercors s'attache ici à définir l'humain, à préciser la frontière entre l'homme et l'animal, en passant en revue des considérations techniques, physiques, philosophiques ou religieuses, maniant l'ironie et l'absurde d'une main de maître.
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Cette pièce de théâtre traîne depuis des années dans ma bibliothèque. Je l'avais déjà lue (et étudiée) en première car elle était dans mon programme pour le bac de français. Je me souviens avoir apprécié cette lecture à l'époque mais ne m'en souvenant plus des masses, j'avais envie de la redécouvrir avec un oeil un peu plus mature (enfin j'espère !).
J'ai profité du dernier Read-A-Thon pour redécouvrir cette histoire et je ne suis pas du tout déçue, bien au contraire !

Un homme - Douglas Templemore - appelle le Docteur Figgins et l'Inspecteur Mimms en pleine nuit. Il a besoin des deux professionnels pour qu'ils constatent le décès d'un nourrisson, son fils, né d'une « femme indigène ». Il avoue l'avoir tué délibérément en lui injectant un produit toxique.
Les questions s'enchaînent alors : est-ce un bébé humain ou est-ce un petit singe ? Templemore est-il coupable d'infanticide ou a-t-il « simplement » tué un animal ?
Un tribunal se réunit pour juger du crime de Douglas Templemore, appelant successivement à la barre de nombreux témoins et scientifiques de diverses domaines : anthropologues, médecins légistes, zoologistes, religieux,… malgré tout ce savoir, le doute persiste : quelle est la définition de l'être humain ?

Zoo ou l'assassin philanthrope est une pièce de théâtre. Habituellement, c'est un genre qui me « déplaît » (enfin, peut-être pas à ce point, mais c'est un des genres avec lequel je prends rarement du plaisir) mais pour une fois et grâce à Vercors, je suis enthousiasmée !
Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde… Les didascalies sont assez nombreuses pour qu'on s'imagine correctement les scènes et les dialogues sont assez « intelligents » pour tenir en haleine jusqu'au bout.
Il y a plusieurs passages amusants, beaucoup d'ironie et parfois ce qu'on pourrait qualifier d'humour noir ; tout pour me plaire !
Les personnages sont assez nombreux mais arrivent un par un sur scène (ou presque) donc on ne les confond pas. Et puis, la liste des personnages en introduction permet de s'y retrouver, au cas où.
Vraiment aucune difficulté de compréhension dans cette lecture et les termes scientifiques sont de toute façon expliqués en note de bas de page.

Je ne suis pas une adepte des questions « philosophiques ». Enfin, disons que je lis surtout pour me détendre, pas tellement pour me prendre la tête ; mais ici, la question de la nature de l'Homme est si bien amenée que c'est un plaisir !
Au fil des pages, on se rend compte, comme le soulignent les personnages, que tout (ou presque) a été décortiqué et définit sauf… l'Homme. Où s'arrête le singe, où commence l'Homme ? Et puis, d'autres questions, d'autres zones d'ombre voient le jour avec les témoignages pendant le procès : quand peut-on commencer à parler de langage ? Encore une fois, où est la limite ? Peut-on, objectivement, la fixer ?
Autant de questionnements amenés par Vercors qui, en retour, apporte des hypothèses scientifiques qu'il s'amuse à opposer, mettant en évidence un grand nombre d'absurdités.
Finalement, la mort de l'enfant n'est qu'un prétexte à la question générale. Vercors parvient-il à une réponse ? A une réponse cohérente ? Et bien, à mon goût, la réponse à la question n'est en fait pas ce qui compte le plus. En effet, c'est surtout le cheminement jusque là et la mise en évidence de certaines absurdités qui importent.

Il semblerait que Vercors ait également abordé le sujet dans un roman en 1952 - Les Animaux dénaturés - qui, dorénavant, me tente bien. Quelqu'un l'a lu ? Me le (dé)conseille ?
J'ai cru voir que Zoo ou l'assassin philanthrope était comparé à Candide ou l'optimisme mais personnellement, j'ai préféré Vercors à Voltaire… à vous de voir !
Lien : http://bazar-de-la-litteratu..
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Très bien. Très intéressant. Et drôle.
Cette ironie intelligente nous pousse dans nos questionnements.

C'est clair que la frontière est floue entre l'homme et l'animal.
Quand je vois certains comportement humains, je me pose des questions.

On pourrait philosopher longtemps.
Et ça serait bien intéressant.
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Je découvre le théâtre de Vercors et j'avoue que dans ce domaine il excelle. Que j'aimerais avoir vu cette pièce ! Dommage, je n'en ai pas eu l'occasion. "Zoo où l'assassin philanthrope" a été créé à Carcassonne le 6 juillet 1963 et jouée à Paris au TNP en 1964. Il faut dire qu'entre Emmanuelle Riva, Georges Wilson et Claude Pieplu, entre autres, cela devait être assez extraordinaire à voir.
Comme Vercors l'indique en sous-titre, il s'agit d'une comédie judiciaire, zoologique et morale et c'est très bien trouvé. On rit de ce divertissement mais pas seulement. On réfléchit aussi, car cette pièce est instructive et morale, comme un conte philosophique. D'ailleurs, la pièce est une adaptation du roman de Vercors "Les Animaux dénaturés".
C'est un très bel exemple d'apologue et j'ai trouvé le texte très original dans son contenu et dans sa construction.
Ce qu'il y a d'admirable dans la pièce de Vercors c'est qu'il développe avec ingéniosité toutes les variations du thème "qu'est-ce qu'un homme?". Cette question est soumise à un jury au cours d'un procès d'un genre inédit. Dans Zoo, il y a bien un meurtrier, mais y-a-t-il une victime ? C'est ce qu'on cherche à savoir. Tous les critères spécifiques de l'espèce humaine (langage articulé, religion, rites funéraires, caractéristiques biologiques, goût de la parure…) sont invoqués tour à tour à la barre, à l'appui de l'accusation et de la défense, sans qu'on arrive à se mettre d'accord tant les arguments de part et d'autre sont convaincants.
L'idée essentielle, celle qui domine la pièce, est la suivante: ce qui distingue l'homme de l'animal c'est que l'animal subit la nature tandis que l'homme lutte pour la dominer. En dehors de cette rébellion il n'y a pas de notion humaine. Concept qui permet à Vercors de déclarer qu'on ne naît pas homme mais qu'on le devient.
Sujet grave ou un jeu de miroir avec le public renforce le comique de cette comédie admirable.


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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
A Sunset Cottage. (Le tribunal est invisible). Lumière sur un berceau. Douglas Templemore marche de long en large. Un temps assez long. Sonnerie au-dehors. Douglas va à la rencontre du visiteur.

DOUGLAS : Le docteur Figgins, je suppose?
FIGGINS (vieux et atrabilaire) : Qui voulez-vous que ce soit à cinq heures du matin?
DOUGLAS : Vous m'excuserez, docteur, mais le cas est assez grave.
FIGGINS : Je l'espère bien! Se faire tirer du lit à une heure pareille! Où est notre malade?
DOUGLAS (il lui retire son manteau) : C'est moi qui ai besoin de vous, docteur.
FIGGINS : Mais vous n'êtes pas de mes pratiques, monsieur... heu...?
DOUGLAS : Templemore. Douglas Templemore. Non, en effet.
FIGGINS (fourrageant dans sa trousse) : Nouveau dans le pays?
DOUGLAS : Oui. J'habite Londres ordinairement.
FIGGINS : C'est ça. Nous finirons par être complètement envahis par les gens de la ville. Enfin (il se passe au cou son stéthoscope). Déshabillez-vous.
DOUGLAS : Est-ce bien nécessaire?
FIGGINS : En voilà une question! Etes-vous malade ou non?
DOUGLAS : Je me porte à merveille, docteur.
FIGGINS : Mais alors... Bon Dieu! que fais-je ici? A quatre heures du matin! et par ce temps de chien encore!
DOUGLAS : Si vous voulez bien approcher, docteur...
Il le conduit au berceau.
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Justice Draper.
Comment ? Que voulez-vous dire ?
Sybil.
Que le racisme, c'est la loi du plus fort, rien d'autre. Et que, un jour, les peuples d'Asie ou d'Afrique pourraient tout aussi bien nous rendre la pareille.
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Et quand, en Amérique, vous lisez en grosses lettres sur une station-service : HERE EAT CAR WASH ("ici-mange-auto-lave") est-ce encore du langage articulé ? L'Américain moyen limite son vocabulaire à trois ou quatre cents mots : il vaut donc dix corbeaux ou six orangs-outangs ?
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LE PRÉSIDENT DU JURY - Enfin, c'est incroyable !... Faut-il comprendre, my lord, que l'on a pensé a tout, à fabriquer des lois sur tout et sur le reste, qu'on a tout promulgué, édicté, enregistré, réglementé, même les plus petites choses, sauf... quoi ! (il se frappe le sternum) justement nous-mêmes ?
JUSTICE DRAPER - C'est peut-être incroyable, en effet, il est pourtant ainsi. Vous m'en voyez surpris comme vous.
LE PRÉSIDENT DU JURY - Mais alors... n'est-ce pas comme si l'on n'avait pensé à rien ? Comme si l'on avait mis un tas de charrues avant les boeufs ? Parce qu'enfin, my lord, si les hommes ne savent pas ce qu'ils sont, comment diable peuvent-ils s'entendre sur ce qu'ils veulent ?
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- Eh bien, je ne prie pas. Par conséquent je n'ai pas d'âme. donc je ne suis pas un homme (...)
- Vous priez sans le savoir.
- Alors je suis un homme sans le savoir.
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