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EAN : 9782915018134
90 pages
Quidam (21/01/2006)
4/5   8 notes
Résumé :
Brutalement immergé dans une situation violente et déroutante, harcelé par un corps au bord de la rupture, un jeune homme d'une trentaine d'années est peu à peu assailli par d'étranges rêves de mer. Il semble comme rattrapé par son enfance. Un jour, le docteur Moore lui promet sa réinvention. C'est le prélude à l'expérimentation d'une nouvelle réalité, celle de ses fantasmes, dans un lieu empreint d'étrangeté... Voyage intérieur et organique - quête de l'altérité to... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

Lu, d'une traite et sous tension : Zones Sensibles, roman atypique et dérangeant, écrit dans une prose poétique acérée qui ouvre les cavités des entrailles, les charge avec précision, y plaçant ce qu'il faut d'attachement entre le coeur, le ventre, les poumons, pour ensuite éviscérer, passer au karcher ces cavités, laissant par la force du jet une empreinte noire sur les muqueuses blanchies par le sel et l'angoisse. Angoisse des débuts amniotiques, qui continue de flotter dans les odeurs marines quelque soit l'endroit, angoisse mue par la nostalgie de l'enfance où seuls les images et les gestes comptent, où les barrières de l'entendement s'élèvent et perturbent l'innocence des découvertes immédiates. Une fois ces barrières passées - on suppose par cauchemar plus que par miracle - elles ouvrent sur les foisonnements de l'adulte condamné à voir, à ressentir en toute conscience, et à subir des douleurs de carcasse, des abandons multiples et l'anéantissement salvateur auréolé de retrouvailles morbides.

Une quête onirique, dont l'aboutissement serait de n'être plus rien ou de prouver que d'aller vers le Rien est la direction à prendre au lieu de tendre plus communément vers le Tout ; une quête dont le but serait d'atteindre ce rien pour n'être plus atteint par les autres et ne plus même avoir à prendre le risque de s'atteindre soi-même.

Or, par une écriture de mots d'écume, de mots d'un monde lisse, visqueux, de mots glissants qui veulent faire oublier la chair, Romain Verger réussit à scarifier avec cette matière organique et rappelle a contrario que l'être est plein – si sous ces mots il saigne. Pour le lecteur en instinct de survie, tout vibre, tout lutte, dans la vision de ce qui pourrait être un anéantissement.

Le narrateur s'efface, tandis que ses cinq sens mutent avec l'enveloppe du corps, et il parvient à vivre de son apparente destruction - remise d'abord entre d'autres mains, comme s'il ne voulait pas en être tenu pour responsable. Destruction de lui-même servie par une audition et une vue accrues, ou plutôt modifiées, qui le mèneront au bout de sa quête. N'être rien, dans la mort, avec ses morts. Ou être enfin quelque chose auprès de ces mêmes disparus. Etre, survivre autrement, par ou à cause de l'abandon des êtres rencontrés – car après tout, sont-ils vraiment tous morts ? - dans ce nouveau monde, imposé ou désiré, où les disparus montreraient qu'ils palpitent, là, envers et contre la chair commune.

Dans une sorte de réalisme magique, l'éternité semble apparaître sous les écailles, l'éternité en ce qu'elle a d'intemporel, et cela dans chaque particule souvent ignorée, dans ce qui demeure peut-être malgré le narrateur, malgré tous ses efforts, par une mémoire enfouie de l'origine et par les restes de l'instinct de survie transmués en instincts de mort.

Il est donc possible de percevoir une sorte d'espérance dans cette démarche qui se veut passive et morbide. Ce serait une description peu commune pour parler d'elle et l'auteur sème le doute sur ses intentions, jusqu'au bout. Quelles qu'elles soient, l'eau, même noire, est toujours vivante et le Tout pourrait bien se révéler dans le Rien.

Reste dans le ventre, une perle monstrueuse ; et dans le souvenir obsédant, un roman magistral.

EM

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Thalassothérapie, abandon, mutation. Un étrange et magnifique premier roman.

Publié en 2006 chez Quidam Editeur, le premier roman de Romain Verger impressionne d'emblée.

Professeur dans un collège de banlieue, le narrateur est à bout de souffle, broyé entre des voyages pendulaires quotidiens (dont la description prend d'emblée des accents gracquiens de route des Syrtes), des heures de cours toujours plus épuisantes et toujours moins gratifiantes, un stress et un mal de dos de plus en plus tenaces et de plus en plus éprouvants. Après une opération chirurgicale, le narrateur entame sa convalescence dans un étrange centre de thalassothérapie...

Sur ces prémisses relatiement ténues, Romain Verger, d'une écriture à la fois précise et poétique, bâtit un conte onirique surprenant et extrêmement attachant, qui rappelle à sa manière que si l'être humain surgit il y a bien longtemps de la mer, il peut - il doit ? - y retourner. Si les échos paradoxaux d'un Robert Merle, d'un David Brin ou d'un Hugo Verlomme ne sont pas si éloignés, comme souvent lorsqu'il y a communion - fût-elle glacée - entre la mer et une intelligence, c'est aussi par un fantastique aussi discret que profondément inquiétant que nous frappe Romain Verger, et il nous frappe d'autant plus fort, avec son sourire dissimulé, que l'on a été témoin, dans la "vraie vie", de la suprême passivité qui caractérise le "patient", une fois qu'il a remis son sort aux mains des autorités médicales (des autorités tout court, sans doute), et plus encore, de la curieuse allure de carnaval des zombies que prend aisément la scène hôtelière d'une thalassothérapie... A moins bien entendu que tout ne soit que bouffées de rêve ou d'imagination narrative issues du cerveau surchauffé d'un écrivain hypocondriaque... Comment savoir ?

Une bien belle réussite qui donne nettement envie de découvrir les autres romans de l'auteur.

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Voilà un bien étrange ouvrage. Il m'a rappelé Truismes de Marie Darrieusecq. le roman est composé de deux parties. Dans la première, on suit le parcours du narrateur (plus ou moins autofictionnel) prof en zone sensible et tenaillé entre la survie en collège hostile, les transports en train et ses visites chez le médecin afin de tenter de calmer ses douleurs dans le dos. Au passage, des digressions poétiques amènent légèreté au propos. Dansune seconde partie, il se fait opérer, puis part en rééducation dans un centre de balnéothérapie tout à fait singulier. Sa mutation opère peu à peu. C'est très bien écrit. le poisseux, l'humide et le liquide innondent le récit. C'est poétiquement très maîtrisé. La prose est concise. On se laisse embarquer, mais bon, on n'irait pas soi-même !

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« Zones sensibles » est le premier roman de Romain Verger (2006), et encore une très belle découverte chez Quidam Éditeur.

Le narrateur, jeune professeur dans une banlieue difficile, nous livre un récit en forme d'instantanés intimes, dépeignant le rythme du train, carcasse d'acier qui le transporte à travers la banlieue de son domicile vers son collège, la dureté des rapports aux élèves, la glaire des crachats et les barrières qu'on dresse, les douleurs de son dos qui le brûlent comme une carapace, les consultations chez le médecin qui lui semble un démiurge, les rêves qu'il fait de son père disparu à l'automne précédent, son attirance pour Ariel, l'enseignante en arts plastiques à la pédagogie étrange, qui fait cuisiner des livres aux élèves.

Ce quotidien est empli de visions marines, de cours d'eau et d'écluses, de marées et d'océans, par un narrateur qui se malmène lui-même comme un noyé roulé dans les vagues.

Le mal de dos devient insupportable, il doit se faire opérer et accepte de suivre une cure pour sa rééducation, et le récit s'enfonce davantage dans le registre fantastique si particulier de cet auteur, grand dès ce premier roman.

Romain Verger impose d'emblée une image de puissance, celle d'un écrivain habité de visions d'une force archaïque, de visions organiques, morbides et poétiques.

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Citations et extraits (2) Ajouter une citation

Pour aller là-bas, il fallait se lever à l'aube. Le train s'ébrouait sur le quai et m'emportait dans la nuit. J'allais aux confins de la banlieue. Deux mois plus tôt, c'est vers la ville qu'il m'emportait en flot. Je me souviens de ces quais comme d'embarcadères. Et maintenant, j'avance à contre-courant, dans la résistance, loin de la houle urbaine. Il faut s'y mettre à deux pour écarter les portes, choisir sa place, à l'étage pour surplomber le paysage pétrifié de l'aurore, ou dans le soubassement, et sentir l'épaisseur de la terre et les quais défiler comme des couteaux à hauteur de gorge. On suit la Seine sans jamais déboucher sur la mer. Roulant, j'imagine pourtant des bouts de fleuves digérés par la mer, des limons salivant aux approches du sel, dans l'euphorie d'un imminent engloutissement. Après tout, c'est peut-être la mer, ce long et maigre fil d'eau stagnant que déroule mon train dans l'été automnal, arrachant comme une croûte le paysage bordé de petits pavillons comateux, derrière la vitre griffée au cutter.

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Je repense à Ariel, à je ne sais quoi d'Ariel puisqu'on ne sait rien d'elle, ni le timbre de sa voix, ni la teinte de ses cheveux qu'elle dissimule sous un chapeau. On ignore l'âge d'Ariel, le sourire d'Ariel, où habite Ariel, si elle est femme, mère ou célibataire. On ne sait rien d'Ariel et sur Ariel sinon qu'elle aime nager à la piscine municipale.

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