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ISBN : 2847550313
Éditeur : Ange de Saint Mont (01/06/2002)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 6 notes)
Résumé :

Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ; Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude, Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes Usent l'amour le plus tenace et le plus fort.

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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Harioutz
  21 mai 2019
Un très beau recueil de poèmes du poète belge flamand Émile Adolphe Gustave Verhaeren, dans lequel se mêlent, entre autres, amour, regrets, espoirs et désespoirs.
Connu davantage pour sa "conscience sociale proche de l'anarchisme" , ce sont, pour ma part, les aspects plus "romantiques" de son oeuvre qui me touchent le plus.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   21 mai 2019
Autour de ma maison

Pour vivre clair, ferme et juste,
Avec mon cœur, j'admire tout
Ce qui vibre, travaille et bout
Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste.

L'hiver s'en va et voici mars et puis avril
Et puis le prime été, joyeux et puéril.
Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte,
Rouges, verts, bleus, jaunes, bistres, vermeils,
Les mille insectes
Bougent et butinent dans le soleil.
Oh la merveille de leurs ailes qui brillent
Et leur corps fin comme une aiguille
Et leurs pattes et leurs antennes
Et leur toilette quotidienne
Sur un brin d'herbe ou de roseau !
Sont-ils précis, sont-ils agiles !
Leur corselet d'émail fragile
Est plus changeant que les courants de l'eau ;
Grâce à mes yeux qui les reflètent
Je les sens vivre et pénétrer en moi
Un peu ;
Oh leurs émeutes et leurs jeux
Et leurs amours et leurs émois
Et leur bataille, autour des grappes violettes !
Mon coeur les suit dans leur essor vers la clarté,
Brins de splendeur, miettes de beauté,
Parcelles d'or et poussière de vie !
J'écarte d'eux l'embûche inassouvie :
La glu, la boue et la poursuite des oiseaux
Pendant des jours entiers, je défends leurs travaux ;
Mon art s'éprend de leurs œuvres parfaites ;
Je contemple les riens dont leur maison est faite
Leur geste utile et net, leur vol chercheur et sûr,
Leur voyage dans la lumière ample et sans voile
Et quand ils sont perdus quelque part, dans l'azur,
Je crois qu'ils sont partis se mêler aux étoiles.

Mais voici l'ombre et le soleil sur le jardin
Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;
Voici les longs et clairs et sinueux chemins
Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;
Aujourd'hui même, à l'heure où l'été blond s'épand
Sur les gazons lustrés et les collines fauves,
Chaque pétale est comme une paupière mauve
Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.
Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles
Sont d'un dessin si pur, si ferme et si nerveux
Qu'en eux
Tout se précipite et tout accueille
L'hommage clair et amoureux des yeux.

L'heure des juillets roux s'est à son tour enfuie,
Et maintenant
Voici le soleil calme avec la douce pluie
Qui, mollement,
Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;
Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches
Et que notre cœur croie, en baisant leur beauté
Faite de tant de joie et de tant de mystère,
Baiser, avec ferveur, délice et volupté,
Les lèvres mêmes de la terre.

Les insectes, les fleurs, les feuilles, les rameaux
Tressent leur vie enveloppante et minuscule
Dans mon village, autour des prés et des closeaux.
Ma petite maison est prise en leurs réseaux.
Souvent, l'après-midi, avant le crépuscule,
De fenêtre en fenêtre, au long du pignon droit,
Ils s'agitent et bruissent jusqu'à mon toit ;
Souvent aussi, quand l'astre aux Occidents recule,
J'entends si fort leur fièvre et leur émoi
Que je me sens vivre, avec mon cœur,
Comme au centre de leur ardeur.

Alors les tendres fleurs et les insectes frêles
M'enveloppent comme un million d'ailes
Faites de vent, de pluie et de clarté.
Ma maison semble un nid doucement convoité
Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.
J'admire immensément la nature plénière
Depuis l'arbuste nain jusqu'au géant soleil
Un pétale, un pistil, un grain de blé vermeil
Est pris, avec respect, entre mes doigts qui l'aiment ;
Je ne distingue plus le monde de moi-même,
Je suis l'ample feuillage et les rameaux flottants,
Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles
Et l'herbe des fossés où soudain je m'affale
Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.
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HarioutzHarioutz   21 mai 2019
Au temps où longuement j'avais souffert

Au temps où longuement j'avais souffert,
Où les heures m'étaient des pièges,
Tu m'apparus l'accueillante lumière
Qui luit aux fenêtres, l'hiver,
Au fond des soirs, sur de la neige.

Ta clarté d'âme hospitalière
Frôla, sans le blesser, mon cœur,
Comme une main de tranquille chaleur.

Puis vint la bonne confiance,
Et la franchise, et la tendresse, et l'alliance
Enfin de nos deux mains amies,
Un soir de claire entente et de douce accalmie.

Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,
En nous-mêmes, et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,
Et que l'amour soit devenu la fleur immense
Naissant du fier désir
Qui sans cesse, pour mieux encore grandir,
En notre cœur se recommence
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la première.
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Aurel82Aurel82   29 juillet 2019
Le silence

Depuis l’été que se brisa sur elle
Le dernier coup d’éclair et de tonnerre,
Le silence n’est point sorti
De la bruyère.

Autour de lui, là-bas, les clochers droits
Secouent leur cloche, entre leurs doigts,
Autour de lui, rôdent les attelages,
Avec leur charge à triple étage,
Autour de lui, aux lisières des sapinières,
Grince la roue en son ornière,
Mais aucun bruit n’est assez fort
Pour déchirer l’espace intense et mort.

Depuis l’été de tonnerres chargé,
Le silence n’a pas bougé,
Et la bruyère, où les soirs plongent
Par au delà des montagnes de sable
Et des taillis infinissables,
Au fond lointain des loins, l’allonge.

Les vents mêmes ne remuent point les branches
Des vieux mélèzes, qui se penchent
Là-bas, où se mirent, en des marais,
Obstinément, ses yeux abstraits ;
Seule le frôle, en leurs voyages,
L’ombre muette des nuages
Ou quelquefois celle, là-haut,
D’un vol planant de grands oiseaux.

Depuis le dernier coup d’éclair rayant la terre,
Rien n’a mordu, sur le silence autoritaire.

Ceux qui traversèrent sa vastitude,
Qu’il fasse aurore ou crépuscule,
Ont subi tous l’inquiétude
De l’inconnu qu’il inocule.

Comme une force ample et suprême,
Il reste, indiscontinûment, le même :
Des murs obscurs de sapins noirs
Barrent la vue au loin, vers des sentiers d’espoir ;
De grands genévriers songeurs
Effraient les pas des voyageurs ;
Des sentes complexes comme des signes
S’entremêlent, en courbes et lignes malignes,
Et le soleil déplace, à tout moment,
Les mirages, vers où s’en va l’égarement.

Depuis l’éclair par l’orage forgé,
L’âpre silence, aux quatre coins de la bruyère,
N’a point changé.

Les vieux bergers que leurs cent ans disloquent
Et leurs vieux chiens, usés et comme en loques,
Le regardent, parfois, dans les plaines sans bruit,
Sur les dunes en or que les ombres chamarrent.
S’asseoir, immensément, du côté de la nuit.
Alors les eaux ont peur, au pli des mares,
La bruyère se voile et blêmit toute,
Chaque feuillée, à chaque arbuste, écoute
Et le couchant incendiaire
Tait, devant lui, les cris brandis de sa lumière.

Et les hameaux qui l’avoisinent,
Sous les chaumes de leurs cassines,
Ont la terreur de le sentir, là-bas,
Dominateur, quoique ne bougeant pas ;
Mornes d’ennui et d’impuissance,
Ils se tiennent, sous sa présence,
Comme aux aguets – et redoutent de voir,
A travers les brumes qui se desserrent,
Soudainement, s’ouvrir, dans la lune, le soir,
Les yeux d’argent de ses mystères.
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Aurel82Aurel82   01 juillet 2019
A cropetons, ainsi que les pauvres Maries
Des légendes de l’autrefois,
Par villages, sous les cieux froids,
Sont assises les métairies :

Chaumes teigneux, pignons crevés, carreaux fendus,
Souffreteuses et lamentables ;
Le vent siffle, par les étables
Et par les carrefours perdus.

A cropetons, ainsi que les vieilles dolentes,
Avec leurs cannes aux mentons,
Et leurs gestes, comme à tâtons,
Elles s’entrecognent branlantes,

Derrière un plant gelé d’ormes et de bouleaux,
Dont les livides feuilles mortes
Jonchent le seuil barré des portes
Et s’ourlent comme des copeaux.

A cropetons, ainsi que les mères meurtries
Par les douleurs de l’autrefois,
Aux flancs bossus des talus froids,
Et des sentes endolories,

Pendant les deuils du brume et d’envoûtement noir
Et les novembrales semaines,
O les tant pauvres par les plaines,
O les si tristes dans le soir !
+ Lire la suite
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Aurel82Aurel82   11 juin 2019
Comme à d’autres, l’heure et l’humeur :
L’heure morose ou l’humeur malévole
Nous ont, de leurs sceaux noirs, marqué le coeur,
Mais, néanmoins, jamais,
Même les soirs des jours mauvais
Nos coeurs ne se sont dit les fatales paroles.

La sincérité claire, ardente, illuminée,
Nous fut joie et conseil,
Si bien que notre âme passionnée
Toujours s’y retrempa, comme en un flux vermeil.

Et nous nous sommes dit nos plus pauvres misères,
Les égrenant comme un âpre rosaire,
L’un devant l’autre, en sanglotant d’amour ;
Et doucement et tour à tour
Sur nos lèvres qui les disaient d’une voix haute
Nos deux bouches, à chaque aveu, baisaient nos fautes.

Ainsi,
Très simplement, sans lâcheté ni sans blasphème,
Nous nous sommes sauvés du monde et de nous-mêmes,
Nous épargnant des deuils et les rongeants soucis,
Et regardant notre âme renaître,
Comme renaît après la pluie,
Quand le soleil la chauffe et doucement l’essuie,
La pureté de verre et d’or d’une fenêtre.
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