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EAN : 9782804012496
Éditeur : Espace Nord (30/11/-1)
3.75/5   14 notes
Résumé :

Verhaeren, broyeur de syntaxe, forgeur de formules qui marquent, cracheur de mots sonores qui disent l'écartèlement du monde, les massacres intérieurs, les paysages déchirés, les cervelles à la torture. Verhaeren aussi des vents marins, des plaines mornes et des villages où les hommes dans leur métier - meunier, cordier, fossoyeur, forgeron - grandissent aux dimensions du mythe...

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  14 juin 2016
Pour le fond, Christian Berg a résumé les thèmes privilégiés de Verhaeren avec son oeil bien torve : « Mais ces images de ruts cosmiques, de ripailles gigantesques, de kermesses exubérantes font déjà preuve d'une « hypertrophie inquiétante » qui trahit une profonde angoisse pour les germes de mort et de pourriture que toute vie porte en elle ».

Pour le mouvement, Emile (un Emile !) lui-même a su exprimer la métamorphose qui nous étonne et qui réduit les échelles entre le micro et le macrocosme : « J'ai recherché […] à créer des symboles non pas avec des héros, mais avec des gens tout simples et ordinaires. Pour éviter le terre à terre et le quotidien, je m'appliquai à grandir leurs gestes et à mettre ceux-ci d'accord avec l'espace et les éléments. L'intervention de la nature me fournit le moyen d'illimiter sur le plan de l'imagination maîtresse ces humbles vies de passeurs d'eau, de sonneurs, de menuisiers, de meuniers et de forgerons ».

Pour la forme, il faut lire. Et apprendre par coeur, c'est important d'apprendre par coeur les beaux poèmes, pour les réciter le soir quand on ne dort pas, ou pour traverser les longues rues des villes et accompagner le clignotement des feux de circulation.

[Heures Mornes]
« Oh ces longues heures après ces longues heures,
Et sans trêve, toujours, et sans savoir pourquoi ;
Et sans savoir pourquoi ces angoisses majeures ;
Oh ces longues heures d'heures à travers moi ! »

[Inconscience]
« Quand je suis seul, le soir, soudainement, parfois,
Je sens pleurer sur moi l'oeil blanc de la folie. »

[Le roc]
« Aurai-je enfin l'atroce joie
De voir, nerfs après nerfs, comme une proie,
La démence attaquer mon cerveau ? »

Etc.
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Floyd2408
  14 juin 2016
Merci à Babelio et aux éditions Labor pour ce recueil de poème d'Émile Verhaeren reçu pour la dernière masse critique.
Ce poète Belge m'est connu grâce à Stefan Zweig dont je suis un lecteur assidu, il dit de lui dans sa biographie,
Et c'est pourquoi l'heure est venue de parler d'Émile Verhaeren, le plus grand de nos lyriques d'Europe et peut-être le seul des hommes de nos jours qui ait eu la conscience claire de ce que le présent enfermait de poésie, qui ait su en dégager la forme artistique, qui, avec une émotion et une habileté technique incomparables, ait pour ainsi dire sculpté le poème de notre temps. Toute notre époque se reflète dans l’œuvre de Verhaeren. Tous ses aspects nouveaux y sont envisagés : les sombres silhouettes des grandes villes, la tempête menaçante des foules populaires, les mines avec leurs puits, les cloîtres silencieux qui meurent dans l'ombre lourde. Il n'est pas aujourd'hui de force spirituelle qui chez lui ne soit devenu poème : l'idéologie, les conceptions sociales subversives, la lutte sans merci de l'industrie et de l'agriculture, la puissance démoniaque qui tire les hommes hors des saines campagnes pour les jeter aux agitations brûlantes des grandes cités, tout le tragique de l'émigration, les crises financières, les conquêtes éblouissantes de la science, les conclusions de la philosophie, les acquisitions des arts et des métiers, jusqu'à la théorie impressionniste de la couleur. Toutes les manifestations de l'activité moderne se reflètent dans l’œuvre de Verhaeren et s'y transmuent en poésie.
Ce préambule décris avec précision ce que Emile Verhaeren fût et sera, ces mots seront marqués au fer rouge de son sang Flamant, de ce pays berceau de son cœur, de cette métamorphose qui bouleverse les mœurs et les habitudes, Émile Verhaeren devient l'icône de toute une génération celle du changement et de la révolution industrielle où l'urbanisation assèche les campagnes de ses habitants,,
Petite biographie de ce poète belge Flamand d'expression française, car à l'époque, les familles bourgeoises flamandes parlait le français même si la langue officielle était le Flamand. Émile Verhaeren est né à Saint Amand, dans la province d'Anvers en 1855 et mort à Rouen en 1916. Il fait des études de droit à l'université catholique de Louvain, mais abandonne cette carrière juridique pour l'écriture. Ses premières œuvres sont plutôt parnassiennes de l'Art pour l'Art, puis elles s'orientent vers le symbolisme. En 1887, victime d'une crise de neurasthénie, il s'isole du monde et exhale la profondeur de son spleen dans un ensemble de trois recueils : La Trilogie noire. Puis, dans les années 1890, le poète se réalise dans la poésie de la modernité. Son enthousiasme poétique du monde moderne qui se cristallise devant lui, la désertion des campagnes et la naissance des grands complexes industriels dont il exaltera la beauté dans une trilogie : Les Campagnes hallucinées (1893), Les Villages illusoires (1895) et Les Villes tentaculaires (1895), est un chant Mystique, une prière suprême souligne Zweig dans sa biographie de 1910 sur Verhaeren. Ses poèmes le rendent célèbre, et son œuvre sera traduite et commentée dans le monde entier.
Ce livre regroupe des extraits de poème de la trilogie noir, des poèmes en proses et Les villages illusoires, œuvres incontournables de ce grand poète belge.
Lorsque mes yeux ont commencé la lecture soudain Charles Baudelaire, comme un écho lointain, est venu murmuré sa mélancolie dévorante, un souffle Baudelairien émane de ces vers sanguins. Lorsque la Belgique carrefour de l'Europe, à la croisé de la France, de l'Allemagne, verse sa grandeur moderne dans les poèmes d'Émile Verhaeren, la puissance des mots bouillonne mes veines comme la lave d'un volcan, la modernité de l'époque jaillit avec une hallucination présente presque palpable.
Ce condensé de poèmes narre la complexité sociale de l'Europe en mutation et relève une part autobiographe de notre poète Belge flamand, ses crises le coupant du monde pour accoucher de la trilogie noire où la mort rode ses crocs dans la plupart de ses poèmes, un pessimiste passager, étape vers un état d'âme plus aigu, qu'il affirmera dans les "confessions de poète" puis dans Impressions.
Les Villages illusoires cœur de la trilogie les Campagnes hallucinées et les Villes tentaculaires expriment la désertification des campagnes face à l'urbanisation frénétique, la mutation d'une société industrielle au détriment de l'agriculture, une vision moderne d'une Europe en effervescence.
Émile Verhaeren dans ce romantisme-futurisme m'a complétement suspendu à ses mots, ces poèmes ont réussi à caresser mes sentiments, j'ai acheté la biographie de Stefan Zweig pour connaitre ce poète et j 'aspire à ce lyrisme Victorien.
J'aime me perdre chaque soir dans plusieurs de ses poèmes pour songer ma nuit de cette mélancolie apaisante.
Voici pour finir un passage me renvoyant à mon enfance perdue
Le silence
(...)
Et les hameaux qui l'avoisinent,
Sous les chaumes de leurs cassines,
Ont la terreur de le sentir, là-bas,
Dominateur, quoique ne bougeant pas ;
Mornes d'ennui et d'impuissance,
Ils se tiennent, sous sa présence,
Comme aux aguets — et redoutent de voir,
À travers les brumes qui se desserrent,
Soudainement, s'ouvrir, dans la lune, le soir,
Les yeux d'argent de ses mystères
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bdelhausse
  09 mars 2016
Une sélection de poésie en vers et en prose qui rend un bel hommage à Verhaeren. Si les textes en prose ont un peu vieilli, les poésies en vers sont d'une fraîcheur incroyable. Quand je pense qu'adolescent, j'avais ce genre de textes en horreur. Les redécouvrir des années plus tard m'a permis d'y mettre les deux pieds dedans et de m'y complaire encore et encore.
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Sarah_DD
  03 juin 2008
J'aime ses vers tordus et ses thématiques "début XXe siècle".
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Citations et extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
Annette55Annette55   24 mars 2018
"L'entendez- vous, l'entendez- vous
Le menu flot sur les cailloux?
Il passe et court et glisse,
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse ..

Là- bas,
Le petit bois de cornouillers,
Oú l'on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers
Dansa.

Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers,
Et les putois et les fouines,
Et les souris et les mulots,
Écoutent
Loin des sentes et loin des routes,
S'en aller l'eau ."


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JudithbouJudithbou   22 janvier 2016
Le vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes.
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d'oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre ! -
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église.
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L'avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.
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Floyd2408Floyd2408   03 juin 2016
Insatiablement

Le soir, plein des dégoûts du journalier mirage,
Avec des dents, brutal, de folie et de feu,
Je mords en moi mon propre coeur et je l'outrage
Et ricane, s'il tord son martyre vers Dieu.

Là-bas, un ciel brûlé d'apothéoses vertes
Domine un coin de mer - et des flammes de flots
Entrent, comme parmi des blessures ouvertes,
En des écueils troués de cris et de sanglots.

Et mon coeur se reflète en ce soir de torture,
Quand la vague se ronge et se déchire aux rocs
Et s'acharne contre elle et que son armature
D'or et d'argent éclate et s'émiette, par chocs.

La joie, enfin, me vient de souffrir par moi-même,
Parce que je le veux, et je m'enivre aux pleurs
Que je répands, et mon orgueil tait son blasphème
Et s'exalte, sous les abois de mes douleurs.

Je harcèle mes maux et mes vices. J'oublie
L'inextinguible ennui de mon détraquement,
Et quand lève le soir son calice de lie,
Je me le verse à boire, insatiablement.
+ Lire la suite
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colimassoncolimasson   27 juillet 2016
Je rêve une existence en un cloître de fer
Brûlée au jeûne, et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme enfin, toute la chair.

[…]

N’entendre plus ses cris, ne sentir plus ses pleurs,
Mater son instinct noir, tuer sa raison traître,
Oh ! le pouvoir et le savoir ! Etre son maître
Et les avoir cassés les crocs de ses douleurs !

Et peut-être qu’alors, par un soir salutaire,
Une paix de néant s’installerait en moi ;
Et que sans m’émouvoir j’écouterais l’aboi,
L’aboi tumultueux de la mort volontaire.
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coco4649coco4649   15 mai 2018
Les Pêcheurs


Le site est floconneux de brume
Qui s’épaissit en bourrelets,
Autour des seuils et des volets,
Et, sur les berges, fume.

Le fleuve traîne, pestilentiel,
Les charognes que le courant rapporte;
Et la lune semble une morte
Qu’on enfouit au bout du ciel.

Seules, en des barques, quelques lumières
Illuminent et grandissent les dos
Obstinément courbés, sur l’eau,
Des vieux pêcheurs de la rivière,

Qui longuement, depuis hier soir,
Pour on ne sait quelle pêche nocturne
Ont descendu leur filet noir,
Dans l’eau mauvaise et taciturne.

Au fond de l’eau, sans qu’on les voie
Sont réunis les mauvais sorts
Qui les guettent, comme des proies,
Et qu’ils pêchent, à longs efforts,
Croyant au travail simple et méritoire,
La nuit, sous les brumes contradictoires.

Les minuits durs sonnent là-bas,
À sourds marteaux, sonnent leurs glas,
De tour en tour, les minuits sonnent,
Les minuits durs des nuits d’automne
Les minuits las.

Les pêcheurs noirs n’ont sur la peau
Rien que des loques équivoques ;
Et, dans leur cou, leur vieux chapeau
Répand en eau, goutte après goutte,
La brume toute.

Les villages sont engourdis
Les villages et leurs taudis
Et les saules et les noyers
Que les vents d’Ouest ont guerroyés.
Aucun aboi ne vient des bois
Ni aucun cri, par à travers le minuit vide,
Qui s’imbibe de cendre humide.

Sans qu’ils s’aident, sans qu’ils se hèlent,
En leurs besognes fraternelles,
N’accomplissant que ce qu’il doit,
Chaque pêcheur pêche pour soi :
Et le premier recueille, en les mailles qu’il serre,
Tout le fretin de sa misère ;
Et celui-ci ramène, à l’étourdie,
Le fond vaseux des maladies ;
Et tel ouvre ses nasses
Aux deuils passants qui le menacent ;
Et celui-là ramasse, aux bords,
Les épaves de son remords.

La rivière tournant aux coins
Et bouillonnant aux caps des digues
S’en va — depuis quels jours ? — au loin
Vers l’horizon de la fatigue ;
Sur les berges, les peaux des noirs limons
Nocturnement, suent le poison
Et les brouillards sont des toisons,
Qui s’étendent jusqu’aux maisons.

Dans leurs barques, où rien ne bouge,
Pas même la flamme d’un falot rouge
Nimbant, de grands halos de sang,
Le feutre épais du brouillard blanc,
La mort plombe de son silence
Les vieux pêcheurs de la démence.

Ils sont les isolés au fond des brumes,
Côte à côte, mais ne se voyant pas :
Et leurs deux bras sont las ;
Et leur travail, c’est leur ruine.

Dites, si dans leur nuit, ils s’appelaient
Et si leurs voix se consolaient !

Mais ils restent mornes et gourds,
Le dos voûté et le front lourd,
Avec, à côté d’eux, leur petite lumière
Immobile, sur la rivière.
Comme des blocs d’ombre, ils sont là,
Sans que leurs yeux, par au delà
Des bruines âpres et spongieuses
Ne se doutent qu’il est, au firmament,
Attirantes comme un aimant,
Des étoiles prodigieuses.

Les pêcheurs noirs du noir tourment
Sont les perdus, immensément,
Parmi les loins, parmi les glas
Et les là-bas qu’on ne voit pas ;
Et l’humide minuit d’automne
Pleut dans leur âme monotone.
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Videos de Émile Verhaeren (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Émile Verhaeren
Émile VERHAEREN – Une vie, une Œuvre : 1855-1916 (France Culture, 1988) Émission "Une Vie, une Œuvre", par Claude Mettra, diffusée le 10 mars 1988 sur France Culture. Invité : Werner Lambersy
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