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Jacques Borel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070320537
Éditeur : Gallimard (17/05/1973)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 470 notes)
Résumé :
" J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer.
J'ai peur d'un baiser. "

Verlaine
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
JacobBenayoune
  20 novembre 2015
Il s’agit là d’une nouvelle expérience poétique pour Verlaine. Le titre annonce le ton. "Fêtes", joie et allégresse ; "galantes", badinages et cajoleries. De la poésie qui nous rappelle les amours des bergères et des bergers, naïves, folâtres et sincères. De plus, les "Fêtes galantes" sont inspirées des tableaux de Watteau et de ce genre de peinture qui naît de son initiative. Cette œuvre nous rappelle ce lien étroit entre la poésie et la peinture, cette alchimie qui a existé entre Baudelaire et Delacroix ou entre Valéry et De Vinci.
Tout cela est gai de prime abord. Or, ce n’est pas vrai. Lorsqu’on lit ces "Fêtes galantes", on ressent un goût de la mort, du malheur derrière tout cela :
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
(…)
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Ou
Là ! Je me tue à vos genoux !
Car ma détresse est infinie,
Verlaine, en véritable autocritique, a souvent livré des éclaircissements de ses œuvres dans des recueils ultérieurs comme dans une œuvre posthume intitulée "Varia". On y trouve ce poème qui représente cette tristesse intrinsèque déguisée d’une joie éphémère, lunaire (permettez que je l’introduise dans son intégralité) :
En 17...
Le parc rit de rayons tamisés,
De baisers, d'éclats de voix de femmes...
L'air sent bon, il est tout feux tout flammes
Et les cœurs, aussi, vont embrasés.
Une flûte au loin sonne la charge
Des amours altières et frivoles,
Des amours sincères et des folles,
Et de l'Amour multiforme et large.
Décor charmant, peuple aimable et fier ;
Tout n'est là que jeunesse et que joie,
On perçoit des frôlements de soie,
On entend des croisements de fer.
Maintes guitares bourdonnent, guêpes
Du désir élégant et farouche :
- « Beau masque, on sait tes yeux et ta bouche. »
Des mots lents flottent comme des crêpes.
Pourtant, c'est trop beau, pour dire franc...
Un pressentiment fait comme une ombre
À ce tableau d'extases sans nombre,
Et du noir rampe au nuage blanc !
Ô l'incroyable mélancolie
Tombant soudain sur la noble fête !
De l'orage ? ô non, c'est la tempête !
L'ennui, le souci ? — C'est la folie !

Verlaine avait vécu un drame en 1867, à l’époque où il écrit "Fêtes galantes". Son grand amour de jeunesse, sa protectrice qui l’a aidé à publier "Les Poèmes saturniens", sa cousine Élisa Moncomble est morte. Et ainsi l'incroyable mélancolie tomb[e] soudain sur la noble fête. Cette fête et ces masques sont des paradis artificiels pour ce pauvre Lélian au cœur déchiré.
Par ailleurs, la composition de ces poèmes ressemble à la création des fêtes galantes de Watteau. On sait que la représentation des scènes de la vie quotidienne et partant, de scènes de fêtes champêtres et de jeux empruntés à la commedia dell’arte était considérée par l’Académie royale de peinture et de sculpture comme inférieure à la représentation de scènes mythiques et historiques. Watteau a essayé de marier fêtes champêtres et cadres mythiques. Pour Verlaine, le sujet des fêtes galantes (déjà présent chez des poètes comme Hugo ou Banville mais aussi Gautier, dans certains de leurs poèmes) est exploité d’une manière originale -on y voit souvent le chef-d’œuvre de Verlaine- avec musicalité et préciosité, dans un style souple (des vers courts, de petites strophes). Verlaine lui consacre tout un recueil et le mène à la perfection. En pleine possession de ses outils de poète, il a su varier les rythmes et le vocabulaire et teinter l’atmosphère du recueil d’une mélancolie douçâtre qui nous amuse, nous emmène, nous touche.
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Petitebijou
  18 novembre 2011
Lorsque j'ai passé mon bac de français, il y a pas mal de temps, nous avions une liste imposée par notre professeur de français avec laquelle j'entretenais des rapports assez conflictuels (je n'étais pas facile, elle non plus...) et elle nous laissa la latitude d'ajouter deux ou trois oeuvres de notre cru. Je choisis "Fêtes galantes" de Paul Verlaine, ce qui ne manqua pas d'attirer une remarque ironique de sa part. le jour de l'oral, l'examinateur me proposa de choisir le texte que je désirais. Me voilà partie à disserter sur Verlaine, Debussy, Ravel, la correspondance des arts, la musique, la poésie... Je ne sais si c'est mon enthousiasme brouillon ou la pertinence de ce que j'ai dit qui m'a valu la meilleure note de toute mon année scolaire... et l'étonnement sceptique de mon professeur l'année suivante.
"Fêtes galantes", au-delà de l'anecdote scolaire, est une musique impaire, nostalgique et précieuse, raffinée, qui fredonne aujourd'hui encore à ma mémoire. Une poésie passeport pour la liberté, la beauté, une déclaration d'amour à la langue française.
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Cer45Rt
  16 mars 2019
Je n'ai pas vraiment été séduit par ces Fêtes Galantes. Pourtant, Verlaine est un excellent versificateur ; c'est incontestable. Mais, je n'y ai pas retrouver ce que je cherche en poésie : la puissance évocatrice du vers, notamment. Ce que je trouve dans le Spleen de Paris ou dans Les Chimères a manqué aux Fêtes Galantes. Ce sont de beaux vers, mais je n'en ait pas été ému ; je me suis même ennuyé à lire ces vers beaux, esthétiques, travaillés ; il a manqué l'alchimie qui fait aimer un bon poème, l'alchimie qui crée le contact entre le lecteur et un poème, la sensibilité, l'émotion, il n'y a que le bon vers et il n'y a pas l'émotion. Je n'ai pu être subjugué par aucun de ces poèmes. J'ai eu le poème, je n'ai pas eu la poésie ; j'ai eu le vers qui caractérise le poème, mais non sa poésie. La poésie, la capacité du poème à me bouleverser, à m'évoquer quelque chose, à m'enchanter m'a manquée.
Une rencontre ratée pour moi, donc.
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Jackiedream
  03 avril 2016
Comment parler de ces vers, d'une justesse et d'une musicalité incroyables ? Avec Verlaine tout a l'air facile, tout a l'air écrit au fil de la plume du poète. J'ai beaucoup aimé cette liberté, ce choix de vers courts, au nombre impair de syllabes. Comment si peu de mots peuvent-ils avoir un impact aussi énorme ? Voilà, je sais ce que j'aime chez Verlaine : je trouve qu'il y a toujours une certaine pudeur, une retenue lorsqu'il évoque la douleur. Beaucoup de dignité, de classe. le talent de dire en trois mots ce que d'autres diraient en 4 strophes. Je trouve également que c'est l'un des poètes qui sait le mieux évoquer la nostalgie et le temps qui passe. Que dire d'autre... Les poèmes sont toujours très denses, très intenses. Chaque mot, même le plus petit, fait sens et contribue à l'équilibre de tout le poème. Il y a cette fragilité, cette folie douce qui transparaît à chaque fois. On sent l'homme instable, vacillant derrière la rime alerte et le vers leste. Il parle des femmes, de l'amour, de la solitude. Thèmes classiques, topos qui avec lui n'en sont pas. Je me suis énormément retrouvée dans certains vers, notamment lorsqu'il dit que le pire dans le malheur c'est de ne pas savoir pourquoi l'on est malheureux, chose que j'ai écrit et pensé bien des fois.
Lien : http://lantredemesreves.blog..
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Lenora
  17 mai 2014
Jusqu'à ce jour, le seul poète qui a vraiment su me toucher, me parler, n'était autre que le célèbre et talentueux Charles Baudelaire. Un homme qui connaît souvent l'unanimité auprès de ses lecteurs, qu'ils soient amateurs ou non. Mais à l'instant où j'écris ces mots, voilà que Paul Verlaine vient s'installer dans un petit coin de mon coeur poétique.
Sa douceur, à la fois discrète mais tellement évidente, s'impose à la lecture comme son mélange de la rêverie arrive à taquiner la réalité. Les tonalités musicales, automnales et mélancoliques s'accordent dans une harmonie qui s'inscrit pas forcément dans la composition des vers. Ce tournoiement des sons, des couleurs et des sentiments n'ont pu que me toucher et me saisir par cette beauté poétique qui m'a toujours semblé inaccessible.
Et voilà qu'aujourd'hui, journée ensoleillée, je me réconcilie avec la poésie.
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
rasibusrasibus   17 octobre 2019
Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?



Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !



Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écœure.

Quoi ! nulle trahison ?…

Ce deuil est sans raison.



C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !
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OrpheaOrphea   03 décembre 2010
Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.


Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
— L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.


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marina53marina53   30 août 2012
Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.

Fondons nos âmes, nos coeurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.

Ferme tes veux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton coeur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient à tes pieds rider
Les ondes de gazon roux.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.
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NuitDeChineNuitDeChine   19 avril 2014
Marco.

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d'amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l'âme en pleurant s'anéantissait;
Sur ses cheveux roux un charme glissait;
Sa robe rendait d'étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l'ivoire,
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n'a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l'enthousiasme alors transportait
Vers de cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d'argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l'éclat des plus belles armes;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n'avait rien d'humain;
Pareil au foyer que l'huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l'on aurait
Dit d'une lionne à l'âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
et, tel qu'un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc :
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh! quels parfums d'ambre
Et de chairs mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l'ombre des rideaux
L'haleine montait, rhythmique et légère;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l'étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d'une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout;
Le torrent rompait les digues de l'âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.
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marina53marina53   15 octobre 2012
Chaque coquillage incrusté
Dans la grotte où nous nous aimâmes
A sa particularité.

L’un a la pourpre de nos âmes
Dérobée au sang de nos cœurs
Quand je brûle et que tu t’enflammes ;

Cet autre affecte tes langueurs
Et tes pâleurs alors que, lasse,
Tu m’en veux de mes yeux moqueurs ;

Celui-ci contrefait la grâce
De ton oreille, et celui-là
Ta nuque rose, courte et grasse ;

Mais un, entre autres, me troubla.
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