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Isabelle Emile-Moëglen (Éditeur scientifique)
EAN : 9782701148731
96 pages
Éditeur : Editions Belin (19/08/2008)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 159 notes)
Résumé :
C’est au printemps 1874, dans la prison de Mons, en Belgique, que Paul Verlaine reçoit les premiers exemplaires de Romances sans paroles. Le poète maudit vient de vivre des amours tumultueuses, des ruptures et des crises. Sa poésie se libère des contraintes de la versification. Entre confidences amoureuses et impressions de voyage, voici un recueil placé sous le signe de la musique où se côtoient simplicité naïve et hardiesse virtuose.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Herve-Lionel
  13 avril 2020
Romances sans paroles. Verlaine
Le titre tout d'abord est paradoxale. Une romance est une pièce poétique simple, populaire sur un sujet sentimental. Ici le terme est au pluriel et on peut toujours considérer que chaque poème est une romance. Il y a un aspect musical dans la romance et, s'agissant de Verlaine qui met « la musique avant toute chose » et dont la mélodie du vers n'est plus à démontrer, cela tombe plutôt bien. Quant aux paroles, elles sont bien là…Le titre est emprunté à une oeuvre de Mendelssohn, reprend un vers des « Fêtes galantes » (A Clymène) mais sa publication initiale est plutôt passée inaperçue. Sa réédition en 1887 eut davantage d'audience.
Ces poèmes publiés en1874 ont été écrits en 1872 et 1873, c'est à dire à l'époque où il quitte son foyer malgré son récent mariage avec Mathilde et entame sa folle épopée avec Raimbaud sur qui il tire deux coups de pistolet, ce qui l'envoie en prison pour deux ans à Mons. C'est d'ailleurs dans sa cellule qu'il reçoit les premiers exemplaires de ce recueil.
Ces textes épousent l'itinéraire de ces deux poètes quelque peu marginaux, retracent leur épopée amoureuse (« Ariettes oubliées ») avec peut-être un peu de regret de celle qu'il a abandonnée (VII) et dont il souhaite de pardon (IV) On peut même voir dans la V° une allusion à peine voilée au piano dont jouait sa belle-mère, férue de musique et sûrement aussi à Mathilde. Il parle d'ailleurs du « boudoir longtemps parfumé d'Elle ». Regrette-il à ce moment ce foyer dont il a tant rêvé dans « La bonne chanson » ? Dans la VII° « O triste triste était mon âme, A cause à cause d'une femme » on peut y voir la marque de ce remords, de cette volonté de solliciter son aide, peut-être ? Ces textes portent la marque du talent et de l'influence de son ami notamment lorsque Verlaine dans la VI° évoque « le chien de Jean Nivelle », Rimbaud lui ayant communiqué son goût pour les chansons populaires. Verlaine abandonne ici l'esthétique du Parnasse qui lui servit de boussole à ses débuts.
Comme une transition avec ce qui va suivre, ces ariettes se terminent sur des descriptions de paysages. C'est en effet l'évocation des villes de Walcourt, de Charleroi, de Bruxelles et de Malines qui témoigne de leur itinéraire belge. L'Angleterre lui succédera. Voilà que Mathilde, en juillet 1872, part pour Bruxelles accompagnée de sa mère dans le but évident de reconquérir son mari ; « Birds at night » relate cette entrevue dans un hôtel puis dans un dans un jardin public, Verlaine lui réitère son amour, l'accuse un peu de ne l'avoir pas compris («  Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie, encor que de vous vienne ma souffrance ») , l'invective même dans « Child wife », justifie sa fuite et la quitte. Avec « Aquarelle » il est en Angleterre et il écrit encore pour Mathilde, mais le destin est en marche et il est implacable !
De tout ce recueil Verlaine fait entendre la musique de son vers, son aspect « impair », ses descriptions, les couleurs quelque peu estompées et qu'on peut apparenter à l' « impressionnisme » . Pour autant, j'en retire une sorte d'impression assez malsaine où Verlaine exprime son désarroi devant les choses d'une vie dans laquelle il a du mal à se glisser. Il relate un parcours un peu chaotique, ses amours avec Rimbaud et ceux avec Mathilde, une situation assez ambiguë, une unité assez difficile à trouver qui témoigne de son mal-être. Il n'abandonne pas la rime adopte des métriques différentes, parfois même étonnantes ce qui montre sa soif de liberté dans le domaine de la poésie comme il l'exprime dans son « Art poétique ». Cela annonce le vers libre qui s'épanouira plus tard, mais il reste sur cette position assez traditionnelle. Cette époque d'après la Commune, correspond à sa rupture avec le Parnasse. Pour autant il émane de ces textes une immense tristesse, celle peut-être de n'avoir pas sa place en ce monde, celle peut-être d'avoir définitivement perdu Mathilde même s'il n'était pas très sûr de l'aimer, triste de voir l'escapade amoureuse avec Rimbaud tourner court, triste peut-être de ne plus être capable d'aimer personne et de n'être pas capable de dominer la violence qu'il porte en lui et de ne pouvoir que s'abandonner à ses démons.
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JacobBenayoune
  27 mars 2020
En effet, le fameux poème tant chanté et étudié de Verlaine « Il pleure dans mon coeur » se trouve dans ce recueil central de l'oeuvre de ce poète maudit ; petit recueil d'une vingtaine de poèmes.
Divisé en quatre parties distinctes, le recueil constitue un tournant dans la poésie verlainienne puisqu'il est une rupture avec les Parnassiens. Ainsi, la touche du poète apparait plus claire par le choix de l'impair et du rejet qui contraste avec la linéarité fade des scènes décrites. Verlaine essaie de saisir des images fuyantes et des paysages insaisissables. Il ne garde que des traces dans un jour trouble :
Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future !
Et mon âme et mon coeur en délires
Ne sont plus qu'une espèce d'oeil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L'ariette, hélas ! de toutes lyres !
On remarque aussi ce conflit continuel entre le moi impersonnel et la sensibilité personnelle ; la tristesse et le spleen d'un côté et la joie et l'amour idéal de l'autre :
Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.
Par ailleurs, Romances sans parole, qui a inspiré le compositeur Félix Mendelssohn, comporte des pièces dignes d'un peintre impressionniste dans leur méticulosité fanée (Paysages Belges) :
La fuite est verdâtre et rose
Des collines et des rampes,
Dans un demi-jour de lampes
Qui vient brouiller toute chose.
L'or sur les humbles abîmes,
Tout doucement s'ensanglante,
Des petits arbres sans cimes,
Où quelque oiseau faible chante.
Triste à peine tant s'effacent
Ces apparences d'automne.
Toutes mes langueurs rêvassent,
Que berce l'air monotone.
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oran
  21 septembre 2016
Romances sans paroles c'est un petit recueil de vingt- et- un poèmes qui dévoilent la nostalgie de l'aventure amoureuse vécue avec Arthur Rimbaud, les souvenirs qui subsistent, ceux des voyages entrepris en Belgique, Angleterre, en Ecosse, grisante et extatique déambulation qui se voulait délivrance mais qui se révéla aussi tristesse insidieuse, avec du gris que l'on porte à l'intérieur de soi, et qui subsiste dans les paysages que l'on voit, et qui vient perturber et angoisser les instants de bonheur. « Une série d'impressions vagues, tristes et gaies, avec un peu de pittoresque presque naïf ».
Des poèmes qui révèlent l'intimité de cette relation, écrits en se libérant des contraintes de la versification mais puissamment bercés par la musicalité des mots.
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Nayac
  05 décembre 2018
Petit recueil: raison de plus pour déguster longuement son contenu. Surtout, ne pas se précipiter pour tourner la page. Relire tranquillement: de nouvelles effluves apparaissent, de nouvelles images , de nouvelles mélodies.
Comment ne pas être sensible, dès la première page, à la sonorité du titre: "ariettes oubliées", vite suivies des "frissons des bois", de "l'étreinte des brises", du "cri doux que l'herbe expire".
Et nous n'en sommes qu' à la première page!
Comment de pas être sensible à la mélodie mélancolique du "contour subtil des voix anciennes" , à ces peintures poétiques des paysages belges?
Peintures qui prennent plus loin la forme d'aquarelles, titre du dernier regroupement des Romances.
Et l'on imagine bien l'aquarelle: " les roses étaient toutes rouges et les lierres étaient tout noir"
Est il besoin de préciser mon avis? Lisez et relisez ce recueil de Verlaine.
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Maxie
  06 novembre 2016
N'étant pas particulièrement attirée par la poésie (j'ai lu cette oeuvre pour le challenge multi-défis), je me sens un peu mal à l'aise de faire une critique de ce recueil. Tout ce que je peux en dire, c'est que la poésie de Verlaine est très accessible, et que parmi cette vingtaine de petits poèmes, j'ai particulièrement apprécié les touches de Belgique (Walcourt, Charleroi, Bruxelles, Malines).
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   06 avril 2013
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
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marina53marina53   03 mai 2014
Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Comme les nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la Lune.

Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?

Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable
+ Lire la suite
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marina53marina53   21 août 2012
O triste, triste était mon âme
A cause, à cause d'une femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon coeur s'en soit allé,
Bien que mon coeur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon coeur s'en soit allé.
Et mon coeur, mon coeur trop sensible
Dit à mon âme: Est-il possible,
Est-il possible, - le fût-il, -
Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon coeur: Sais-je
Moi-même, que nous veut ce piège
D'être présents bien qu'exilés,
Encore que loin en allés?
+ Lire la suite
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dbreitdbreit   23 novembre 2012
C'est l'extase langoureuse

C'est l'extase langoureuse.
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises.
C'est, vers les ramures grises
Le chœur des petites voix.

Ô le frêle et frais murmure
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l'herbe agitée expire..
Tu dirais, sous l'eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C'est la nôtre, n'est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s'exhale l'humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?
+ Lire la suite
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AelaAela   16 février 2011
IL PLEUT DOUCEMENT SUR LA VILLE
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?

O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie
O le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi! nulle trahison?
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!
"Ariettes oubliées" III, 1874
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Videos de Paul Verlaine (87) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Verlaine
Paul VERLAINE – Une Vie, une Œuvre : 1844-1896 (France Culture, 1999) Émission "Une Vie, une œuvre" diffusée, le 15 juillet 1999, sur France Culture, et réalisée par Simone Douek. Avec la participation de Jacques Borel, Jacques Drillon, Guy Goffette, André Gendre et Alain Buisine.
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Dans l'interminable Ennui ... La neige incertaine Luit comme du sable.

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