AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de Pois0n


Pois0n
  17 octobre 2018
Les premières lignes du Château des Carpathes donnent le ton : « Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donnée son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, – on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de la mettre au rang des légendes. »

Traduction : si vous venez chercher du surnaturel, passez votre chemin, car vous allez être déçus. le récit pencherait plutôt légèrement du côté de la science-fiction, ou plutôt le faisait du temps de sa sortie, puisque comme Jules Verne le supposait, les technologies qui y figurent ne sembleront plus extraordinaires à personne aujourd'hui.

Et encore, même cet aspect-là se veut assez discret. le Château des Carpathes, c'est un peu plus de deux-cent pages pendant lesquelles des campagnards roumains du XIXe siècle à l'éducation limitée ET particulièrement superstitieux – même pour des gens du cru – partent en vrille parce que de la fumée s'est échappée d'un château que tout le monde tenait pour abandonné. Branle-bas-de-combat ! Les propriétaires (dont personne n'a eu de nouvelles depuis fort longtemps) seraient-ils revenus ? Si cette explication logique est la première qui viendra à l'esprit du lectorat, pour les Werstiens, le doute n'est pas permis : le Chort (le diable) a pris possession du bâtiment !

De là s'ensuivent les logiques tergiversations sur la conduite à tenir, la dépêche de plus-ou-moins volontaires sur place... En toute franchise, ça se lit, même si le déroulement du récit ne laisse place à aucun suspense, aucune surprise. On digérera nettement moins des coïncidences un peu grosses, encore plus improbables que les théories des villageois (), ainsi que (spoiler)(fin spoiler). La narration est de surcroît très lente, plombée dans sa première partie par des descriptions interminables de la géographie locale tout sauf indispensables à l'histoire, puis suspendue le temps d'un long flashback (qui lui, heureusement, s'avère intéressant). Et de nouveau, à la toute fin, le temps de donner des explications techniques qui sembleront bien inutiles au lecteur d'aujourd'hui.

Bref, il ne se passe en fin de compte pas grand-chose entre le début et la fin de cette histoire et le roman laisse quand même un sacré goût de « tout ce foin pour si peu ! ». On fait une montagne, ou plutôt un livre, à partir de ce qui mériterait à peine le nom de fait-divers.

Le Château des Carpathes en est-il pour autant un mauvais roman ? Non, clairement non. La plume de Jules Verne fait encore mouche ; on pardonne même sans mal le rythme très posé du récit qui contribue à lui donner une ambiance, comme si la torpeur de la campagne avait traversé les pages, et on se laisse embarquer sans trop de mal dans ce coin reculé de la Transylvanie, deux siècles en arrière.
Reste que lorsque l'on a l'habitude des récits fantastiques, des polars, des deux ou de la littérature moderne en général, la désuétude du Château des Carpathes dans presque tous ses aspects aura bien du mal à séduire le lecteur du 21e siècle.
Commenter  J’apprécie          50



Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Ont apprécié cette critique (5)voir plus