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EAN : 9782070213627
238 pages
Éditeur : Gallimard (21/09/1982)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 53 notes)
Résumé :
Battling le ténébreux raconte les joies, les amusements et les désespoirs d'un trio de lycéens qui rêvent et désirent, dans une petite ville de province, autour de la figure d'une jeune Allemande, sculpteur de profession, qui vient de s'installer non loin du collège.
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  28 mars 2020
Dès les premières lignes, la mélodie et la fluidité de la langue est saisissante : c'est un flux harmonieux qui nous incite à découvrir les aventures ces lycéens en pleine révolution hormonale. Jouant les rôles des adultes qu'ils ne sont pas encore, avec la désinvolture de circonstance, ils apprennent les codes d'une vie sentimentale, parfois docile, parfois subie.
Battling est au coeur de l'histoire. Battling, autrement dit Fernand Larache, élève dans un lycée de province. de jolies femmes font des apparitions remarquées dans les cercles étroits de la petite ville, où l'on vit dans le calme des ragots en se remettant des pertes de la guerre passée, sans savoir qu'une autre suivra.
Analyse fine des passions adolescentes, d'autant plus douloureuses qu'elles sont sans filtre, faisant fi de toute raison. Sans compter le désir augmenté par la concurrence des autres jeunes aspirants à l'amour;

Grand plaisir de lecture pour ce roman du début du vingtième siècle.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Kickou
  02 août 2017
Le style est distingué et en même temps inventif. Ecrire de cette façon, faut l'avouer, c'est la grande classe, mais on est en 1928. Une espèce de mélancolie émane de ces longues phrases, comme les vagues lentes de la nostalgie ; C'est certainement le rythme du point-virgule. le sujet s'y prête : L'adolescence chez les petits bourgeois bien éduqués de province ; Reste l'adolescence, avec ces émois, ces amours, ces défaites, l'amitié, l'ennui et l'exaltation. de Vialatte, j'ai lu, il y a longtemps, des chroniques qui firent sa renommé (Pierre Desproges, notamment, les recommande). Ce roman est aussi bien torché que ses chroniques, la grande classe disais-je, mais moins loufoque, moins farfelu, même si l'humour n'y est pas absent. Et puis dans quel autre roman ai-je trouvé le mot : félibre ? Il faut prendre le dictionnaire de temps en temps, non ? Alors 5* forcement. Allez, salut.
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AudreyT
  08 avril 2020
***
Voici un roman sur les souvenirs d'adolescence, les amitiés sincères, les premières amours et l'enfance qui s'évanouit.
Une écriture toute en finesse, avec des phrases longues et mélodieuses...
Écrit en 1928, ce roman d'Alexandre Vialatte est à découvrir pour la plume de son auteur, qui vous emporte avec lui sur le fil des souvenirs...
Merci aux 68 premières fois pour ce doux voyage...
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CalliPetri
  16 juin 2020
"La maladie de l'adolescence est de ne pas savoir ce qu'on veut et de le vouloir cependant à tout prix." - Philippe Sollers, "Le défi"
"Il était à un âge cruel, plein d'idées fausses et d'orgueils déplacés, l'âge des pires souffrances, celles qu'on se nie à soi-même."
D'Alexandre Vialatte (1901-1971), le pince-sans-rire de quelque 900 chroniques savoureusement impertinentes et loufoques publiées dans le journal "La Montagne", on a retenu l'homme qui écrivit un jour à Gaston Gallimard pour le convaincre qu'il fallait traduire Kafka dont il allait devenir le premier traducteur français. Kafka, donc. Mais aussi Goethe, Nietzsche, Asch…
Alexandre Vialatte est, en outre, l'auteur d'une dizaine de romans, dont seuls trois ont paru de son vivant.
"Battling le ténébreux ou la Mue périlleuse", son 1er roman lauréat du Prix Blumenthal 1928, est un récit d'adolescence où pointent déjà son humour absurde et sa tendresse pour ces jeunes gens de province qu'il connait bien, lui qui naquit dans une petite commune de Haute-Vienne. Son écriture poétique, par la grâce de la magie des mots, laisse sourdre la mélancolie éprouvante du désespoir romantique.
"Battling le ténébreux ou la Mue périlleuse" est le roman des entre-deux.
Écrit en 1928, il est évidemment celui de l'entre-deux-guerres dans une petite localité terne, pas encore urbaine, plus vraiment rurale. Quelques garçons, pas encore adultes, plus vraiment enfants, usent l'ennui de leurs 17 ans. Ils sont arrivés à cette période un peu floue de leur vie, un entre-deux-âges où les rêves se cognent à la réalité et abiment leurs "âmes encombrantes", tourmentées par de vaines illusions.
Quel que soit le roman d'Alexandre Vialatte, on retrouve en fil rouge le passage à l'âge d'homme, période nostalgique et désabusée, où un sourire gai éclaire des yeux tristes.
"C'était un garçon qui aimait à se faire mal, peut-être parce qu'il avait tant souffert sans le savoir de la misère de son enfance qu'il avait trouvé une volupté dans la douleur."
Un trio de garçons - le narrateur anonyme, Fernand Larache dit Battling et Manuel Feracci - va l'espace de quelques pages connaître ses premières amours et, partant, les premières jalousies et rancoeurs. L'amitié entre ces trois-là est difficile à cerner et, si l'on ne sait pas au juste à quoi elle tient - peut-être à une même détestation des petits bourgeois infatués de province satisfaits de leur petite vie étriquée ? - on soupçonne assez vite qu'il suffirait d'un rien pour la faire voler en éclats.
Ce rien, qui aurait pu être Maria la serveuse de l'estaminet paternel, va prendre les traits d'Erna Schnorr, une artiste allemande venue chercher un anonymat de bon aloi dans la petite ville.
"Il vit […] la forme mince et ferme d'Erna Schnorr, ses yeux gris un peu bridés, ses lèvres pâles, ce masque curieux d'étrangère qu'il s'en voulait de désirer tout en le trouvant laid."
Si Battling, écorché vif comme on l'est à cet âge, cherche à se persuader qu'il n'aime personne, c'est pour mieux oublier qu'il ne s'aime pas lui-même, enfant privé de mère, puis de père et que M. Charles Sardaigne a recueilli. le regard qu'il porte avec ses amis sur le monde des adultes est empreint d'une admiration méprisante.
"Orgueilleux et vils à la fois, c'est en les méprisant que nous les prenions pour modèles."
Quand on a l'âme pudique du fier et ombrageux Battling, il est impensable d'avouer être ferré par Erna au point de la guetter dans le jardin chaque jour :
"[…] toute expression du sentiment lui semblait une préciosité insupportable et de mauvais goût."
Aussi, quand il comprend que Manuel la voit en secret, il n'a d'autre choix que de serrer ses grandes mâchoires et lâcher avec une désinvolture de façade qui cache mal d'amères fissures :
" “C'est une belle poule bien balancée.” (Cela signifiait dans sa bouche : c'est une femme comme on n'en voit qu'en rêve, mais je crèverais plutôt que de l'avouer. Manuel aurait dit : “C'est une femme charmante.” et son expression polie n'en aurait pas moins recouvert une pensée brutale. Question d'âge. Manuel était plus vieux que nous.)"
"Brute paisible" encore sur le fil de l'adolescence, "homme à l'air sombre et mélancolique. [...] le ténébreux, [...] — l'inconsolé" tel le héros romantique nervalien, Battling est-il de taille à lutter contre un garçon plus âgé pour qui la vie ayant déjà éventé certains de ses mystères s'écoule sans heurts ? Se savoir supplanté le met au supplice. Il devient inutilement mauvais
" — Elle ? fit-il ; mais c'est une grue finie ! …
Oh ! Battling, qu'il faudrait te haïr pour ce mot ; misérable Battling qui adorais Erna Schnorr dans le secret de ton âme étrange… Il la reniait éperdument, avec une grossièreté acharnée ; son excuse était dans le mal qu'il se faisait à lui-même."
et ridiculement retors
"Je ne me charge pas de démêler exactement les nuances du sentiment qui poussait Battling à aller chercher Céline ce matin-là ; […] il devait y avoir surtout un désir d'humilier Erna Schnorr et de s'humilier soi-même en lui donnant pour rivale une femme aussi vulgaire."
À ces jeux malhabiles, presque puérils, on en viendrait à oublier qu'il est question d'une souffrance réelle, d'une faille intime qui s'ouvre, béante. L'art d'Alexandre Vialatte est de poser des indices çà et là comme autant de détonateurs dans l'espoir que le lecteur perspicace saura les repérer avant la déflagration finale. Puisque déflagration il y aura.
Avec Vialatte, nulle démonstration complaisante, seulement une langue belle, jamais pesante car économe de ses effets et riche de raccourcis qui valent tous les portraits en pied :
"Nos yeux graves démentaient notre mauvais sourire."
Sa poésie limpide serre le coeur :
"Elle ne se laissait revoir que rarement, mais nous nous obstinions tous les jours, avec la fidélité des prisonniers dans les chansons populaires, à fouiller l'horizon décevant auquel nous réclamions son image comme un signe précieux du destin, là-bas, du côté où, le matin, les brouillards de l'étang patrouillaient lentement, séparés en hautes colonnes, du côté où naissait l'arc-en-ciel quand il avait plu."
Son style est d'une simplicité gracieuse. Souvent, cela tient à un mot qui, au détour d'une phrase, crée la surprise là où on ne l'attendait pas, tels cet "horizon décevant" et ces "brouillards" qui "patrouillent lentement". Et puis comment résister au rythme suranné et languissant du point-virgule qui fait entendre la respiration calme de ces phrases amples alors que le drame se noue dans la tranquillité d'un jardin ?
"L'herbe brillait, toute fraîche de pluie, drue comme la force de nos jeunesses ; l'arc-en-ciel bâtissait un viaduc double, beau comme un démenti à l'expérience humaine ; ce miracle - un effet d'optique - nous autorisait à tout."
"Battling le ténébreux" est le roman déchirant de l'adieu à l'enfance pour la possibilité d'une vie prête à s'offrir à qui saura l'aimer "avec patience", comme le dit Erna Schnorr très justement.
Sauf qu'on n'est pas patient quand on a 17 ans.
Ce roman est le choix de Jérôme Chantreau pour la sélection anniversaire 5 ans des #68premieresfois que je remercie tant j'ai été heureuse de retrouver Vialatte, pour la langue magnifique bien sûr, mais aussi pour le regard tendre qu'il pose sur cette période périlleuse de la vie.
"C'est ainsi que s'étaient évadés, tour à tour, dans l'espace ou dans le temps, les personnages de cette histoire"
et je n'avais pas mesuré combien ils m'avaient manqué.
Lien : https://www.calliope-petrich..
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Arwen78
  19 mai 2020
Merci aux 68 premières fois et aux éditions L'imaginaire Gallimard de m'avoir permis de découvrir ce livre.
Écrit en 1928, ce roman nous retrace l'histoire de Fernand Larache dit Battling, lycéen dans une petite ville de province.
L'auteur nous décrit les amours, les émois, les rêves et les rivalités qui puissent exister entre amis ainsi que la jalousie aux premiers temps de l'adolescence.
Un livre où j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire mais dont le style d'écriture et la fluidité ne laissent pas indifférent grâce à des phrases longues et parfois poétiques.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
JulienPhilippeJulienPhilippe   13 août 2020
Depuis ce temps, plusieurs d'entre nous sont entrés dans la tombe étroite, dans le garde-à-vous solennel de l'au-delà. Le vieux gentleman sauvage de la vallée saugrenue ne pourra plus ressusciter pour les survivants les fantasmagories aimables de cette époque ; l'ombre des camarades disparus, ceux pour qui le ciel de cinq heures a peut-être tenu ses promesses, a envahi cette marge extra-terrestre des prairies de Mexico, et ce sont des sortilèges plus tristes qui hantent à la première étoile ces pelouses inspirées.
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JulienPhilippeJulienPhilippe   13 août 2020
Il l'avait revue souvent depuis, dans ses cauchemars, l'ombre borgne de ce géant mélancolique qui chassait des moches transparentes dans un café de l'autre monde, un café de luxe, avec des lauriers-roses surnaturels dans des caisses vertes, et des squelettes en melon gris qui buvaient des rhums-fantaisie sur la terrasse.
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aleatoirealeatoire   30 décembre 2015
- Il faut aimer la vie, mon petit, mais avec patience. Moi, j'ai voulu me rattraper trop vite. Et maintenant je suis dégoûtée de tout. S'il n'y avait pas la peinture...
- Et moi ? dit Manuel. Je ne compte pas ?
- Oh toi, mon petit, je ne me fais pas d'illusions sur ton compte. Tu seras heureux comme tu le mérites. Mais je crains que ce ne soit pas brillant. Si tu m'écoutais, tu ferais quelque chose. Mais tu es paresseux, tu aimes les femmes et tu n'auras jamais le courage de choisir. Donne-moi encore une caporal et dis-moi l'heure.
- Cinq heures et quart.
- Déjà ? On n'a pourtant pas entendu le clairon de ton camarade ?
Un coup de fusil claqua dans l'air sec des jardins.
- Il s'exerce au tir, dit Manuel. Tu entends ? ... Il veut absolument s'engager l'année prochaine.
- C'est un sentimental, dit Erna. Comme toi, n'est-ce pas ? Viens m'embrasser, mon petit ; mens-moi bien. Dis-moi que tu m'aimes. (...)

Il est mort : Voici la chambre qui sent les pommes parce qu'elle servit autrefois de resserre pour les fruits ; voici le "calendrier du facteur" où les spahis passent l'oued sur un couchant rouge, et une femme porte une amphore, tournée vers eux ; voici les objets qui t'appartinrent, plus émouvants, plus accusateurs, plus grands déjà, plus symboliques : la montre d'or de ta première communion, le paroissien vert, le stylographe où tant de fois s'imprima la trame merveilleuse de tes doigts moites, délicate, mystérieuse et compliquée comme une empreinte de fougère dans la houille ; voici tes yeux fermés, tes mains vides et cette pauvreté parfaite... Et cette vieille femme accrochée à tes draps, tordue comme le bois de la vigne, ces remous qui font houler ses épaules comme si quelque bête était entrée en elle qu'il lui fallût chasser avec de grands efforts. La flamme des cierges toute pâle dans la lumière de la fenêtre sans volets. Sous la chaleur, exaspérée, la terre craque et se dessèche, les vignes écartelées sur les treilles se rôtissent contre la chaux. Mais quel été réchauffera jamais ta tête vide, tes jambes mortes, tes mains transparentes, que toutes les eaux de l'argile vont laver ?
Il est mort : par les convois éternels, ce soir, il débarque aux stations surnaturelles pareilles à quelque halte nostalgique dans les champs, mais sans timbre, sans cailles, sans roses, sans tilleuls, sans étoiles ; il débarque d'un train sans bagages, avec sa poitrine trouée, ses jambes encore inhabiles, son âme excessive et si lourde dans ce corps qui voulait tant vivre comme ces chevaux qui chargent encore dans la bataille, emportant leur cavalier mort.
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aleatoirealeatoire   05 novembre 2015
Il me suffit de fermer les yeux pour entendre encore ronronner les becs de gaz de la petite étude, voir les murs verts et les grandes cartes géographiques, le Bassin parisien avec ses auréoles, le Tonkin violet, l'Annam rose, et trente têtes penchées patiemment sur des cahiers. C'est là que nous vivions nos seize ans. Nos yeux graves démentaient notre mauvais sourire ; nous avions des tabliers noirs, des doigts tachés d'encre et des signatures indécises ornées de paraphes copiés. Les vieux pupitres, invraisemblablement ravinés de formules, de dates et de devises, proposaient à la mémoire des patronymes fameux. C'est là que la génération précédente avait sculpté ses noms au couteau avant d'aller mourir à la guerre. Maintenant les pupitres avilis cachaient des photographies de femmes, découpées dans des magazines, des collections de timbres et des croûtons de pain, les déchets d'un âge inutile. Une République au profil grec regardait dans le vide avec des yeux de plâtre, horizontalement, plus loin que nous.
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aleatoirealeatoire   10 novembre 2015
Le docteur Meyer-Fehr était un homme méticuleux, joyeux et doux, dont le crâne rond, passé au papier de verre, reflétait indifféremment les roses grimpantes, les arbres, les toits, les oeufs posés sur les jets d'eaux, et plus généralement tous les objets de la nature qui s'élevaient à plus d'un mètre soixante au-dessus du sol. Il avait une petite barbe poivre et sel, un sourire gai et des yeux tristes, une femme insignifiante et féconde, des enfants qui foisonnaient dans son jardin, une griffe de panthère du Kâfiristan à sa chaîne de montre, et une connaissance des hommes si parfaite qu'il en était au désespoir.
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Videos de Alexandre Vialatte (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexandre Vialatte
Interprétation d'un texte de Vialatte par Dufilho à l'ORTF.
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