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EAN : 9782070722983
480 pages
Éditeur : Gallimard (03/05/1991)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Les fruits du Congo, c'est une affiche. Elle représente une magnifique négresse qui porte des citrons d'or. Les collégiens d'une ville d'Auvergne rêvent devant cette affiche qui symbolise pour eux l'aventure et l'extrême poésie de l'existence.

Qu'est-ce que l'adolescence ? Telle est la question à laquelle Alexandre Vialatte répond avec ce grand roman. En fait, il n'y répond pas : il nous montre l'adolescence, avec ses extravagances, ses aspirations su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  11 mai 2020
Vialatte, c'est la magie de l'adolescence, plus près de Meaulnes et de ses rêveries romantiques que des gamins déjà accro aux paradis superficiels et l'appât des biens illusoires.
C'est un monde de doux dingues, qui trouvent leur bonheur au sein de sociétés secrètes nourries de mythologie et de fantasmes. Les décors prennent vie et se dressent parés d'une histoire digne de contes et légendes d'un univers imaginaire.
Mais même dans un conte de fées, il arrive que la réalité rattrape et dépasse la fiction, brouillant les pistes à un point que ni le héros ni le lecteur ne parvienne à faire la part de choses. Et c'est un double meurtre qui vient semer le doute au coeur d'une histoire d'amour.
Les personnages multiples, réels mais avec une grande part de romanesque, se mêlent à d'autres, plus énigmatiques , dont le fameux Mr Padano, qui occupera tout un chapitre consacré à son ubiquité
Vilalatte c'est aussi la mélodie d'une prose envoutante, , parfois pléthotrique, mais toujours magique.
Alors, lorsque le doute survient, se laisser porter par les phrases et ce qu'elles cachent, pour un moment d'onirisme unique .
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Lutvic
  24 avril 2019
A une époque ignorant les longues-vues et les télescopes, on regardait le soleil et les éclipses à travers un morceau de verre enfumé.
Les éblouissants « Fruits du Congo » font office d'une telle lentille à émerveillements : Alexandre Vialatte nous installe derrière la fenêtre d'un train en mouvement et nous montre défiler la vie, avec ses magnificences qui éclatent, palpitent et s'éteignent, ses couleurs vives et ses déceptions, ses grandeurs imaginées et ne cessant de rapetisser au fur et à mesure que l'adolescence s'éloigne ; des feux de Bengale qui s'abîment, comme tous les feux, sur la terre plate.
Le balancement de ce train entre une vie rêvée et un rêve vécu, entre Éros et Thanatos, nous hypnotise lourdement, nous fascine et contamine pour nous laisser soûls d'amertume et de mélancolie.
J'ai lu très lentement « Les fruits du Congo » et j'aurais voulu ne plus sortir de l'ivresse procurée par leurs alcools forts.
J'y vis des contrées fabuleuses, des processions et des rites à l'allure merveilleuse, que la vie prend soin de trahir et d'assagir, de figer et de ranger par la suite dans le tiroir à souvenirs magiques.
J'y vis, comme dans « Le Grand Meaulnes », toute une mythologie de l'adolescence, cet âge avant que la vie n'étrique les vastes champs des possibles dont il en restera tout au plus une poignée d'anecdotes carbonisées.
J'y vis deux garçons ulcérés gracieusement par le virus livresque, témoignant des pulsions bovariques et rongés par la soif de faire corps avec un fantasme.
J'y poursuivis ces deux adolescents pendant leur quinzième année, rendus siamois par un songe commun : qui aime qui à travers les yeux de l'autre ? Est-ce vraiment Fred L amoureux malheureux ou bien le narrateur-récitant qui nous transcrit l'histoire du premier, en en souffrant pareillement ?
J'y saisis, à travers leur regard, ce songe qui gangrène et nourrit l'âme en douceur, lui promettant de la brillance au milieu de la banalité, poussant le destin à s'accomplir pour tout lui reprendre.
J'y vis Dora et « la négresse » porteuse des fruits : artefacts plus réels que la réalité ; images chéries, irradiant de la légende et de l'exaltation ; des chimères constitutives et façonnant des vies ne sachant et ne voulant plus se défaire de leurs illusions originaires.
J'y aperçus l'étrangeté de la banalité et la banalité de l'étrange.
J'y suivis la rencontre des garçons, tel le baiser de la foudre, avec la Beauté – initiatrice perverse, qui se fait plaisir à rendre boiteux ses fidèles sujets, transfigurés à jamais.
J'y trouvai, dans les jeux de ces mômes, un nom à donner au hasard, à la (mal)chance, au coup de destin, à l'angoisse et au cafard : « M. Panado », un être « stupide, machinal, sordide et tatillon » (p. 404), capable « d'un tas de petites saletés mélancoliques qui feraient de la vie, si on n'aimait pas rire, une pauvre et répugnante misère » (p. 398).
J'y suivis aussi Vingtrinier, le rhétoricien tuant des mouches qui, au lieu de vivre, écrivait sa vie : et aussi insignifiant qu'il soit, le scribe-criminel dont tout le monde voudrait s'éloigner, Vialatte nous laisse comprendre qu'il gesticule, inquiétant, dans tout un chacun.
J'y trouvai des personnages comme ceux de Jacques Tati et d'Ingmar Bergman, comme sortis du manteau de Gogol et de la redingote de Flaubert, des insectes à élytres luisants, décrits minutieusement jusqu'à ce que le lecteur perde pied et glisse dans l'onirisme somptueux de ce roman baroque, composite, foisonnant de vie(s).
Roman sur la vérité (que l'on devrait écrire seulement entre guillemets, tout comme la réalité, d'après Nabokov), sur l'amitié et sur l'altérité, sur l'amour rêvé et le rêve vécu intensément, sur le soupçon d'un sentiment resté en état de pure potentialité – donc apte à façonner une psyché et toute une vie –, flamboyante variation musicale sur le thème du destin et du temps qui passe, « Les fruits du Congo » demeure un livre de l'indicible.
Un chef-d'oeuvre.
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aleatoire
  04 août 2014
Vialatte ! J'en avais entendu l'éloge du temps que j'étais curiste dans une petite ville thermale d'Auvergne. Le docteur Dedet, le talentueux écrivain devrais-je dire, celui de la Mémoire du fleuve, me semblait davantage attiré par les lettres que par les caprices de mon dolichocôlon. Il m'enjoignit d'aller aux eaux et doctement, me prescrit la lecture d'Alexandre Vialatte, le régional de la station qui livrait ses chroniques à La Montagne (journal local), non sans les clore chacune par : "Et c'est ainsi qu'Allah est grand".
Outre une rencontre avec Battling le ténébreux, son ordonnance insistait sur des prises régulières de Fruits du Congo.
Cependant, la posologie sut attendre...
Beaucoup d'années plus tard, oublié sur un rayonnage, je retrouvai l'ouvrage, "Il était là, pareil à la vie indulgente."
Les comparaisons sont souvent vaines, stupides ou stériles ; tout de même, il me semble que lire Vialatte c'est comme lire à la fois les trois Jacques : Sternberg, Audiard et Prévert plus Blondin, Fallet, un peu Anouilh et beaucoup Giono (Jean le Bleu). Avouons que c'est là prendre un plaisir de lecture avantageux...
La poésie, la tristesse, la mélancolie le disputent au baroque, à la truculence, à l'humour en une sorte de faconde, véritable hymne, envers et contre tout, à la vie, "là où le meilleur vaut le pire", cependant qu'implacable et inéluctable le fatum menace toujours :
"Le destin passe dans nos vies avec des semelles de feutre. Il se cache en ne se masquant pas. Ce qui empêche de l'identifier, ce sont ces gestes si quotidiens, cette absence de mystère et de cérémonie. On ne le reconnaît qu'une fois passé. Il faut donc excuser les enfants romanesques qui s'attendent à le voir venir entouré de foudres et d'éclairs, de ne pas sentir quand il arrive, quand sa main saisit leur poignet sous leur pèlerine de collégien, d'un geste qui laissera des traces."
Cette nostalgie d'une adolescence en allée, il convient de la conduire lentement afin d'y distiller sans mesure un style subtil, inattendu dans lequel le zeugma se livre généreux et fantasque tandis que l'oxymore s'excuserait presque de tant d'audace. Il ne faut pas craindre de s'abandonner et se perdre au sein d'un univers fantastique, parfois surréaliste à l'instar de celui du Grand Meaulnes.
Cette oeuvre appellerait une création cinématographique mais quel réalisateur aurait été ou serait assez inconscient pour s' aventurer dans ces dédales de l'imaginaire et du merveilleux : Philippe de Broca , Michel Deville, Jean-Pierre Jeunet ?
Et si tout cela devait se traduire dans l'image d'un peintre peut-être Aristide Caillaud aurait-il su brosser une juste vision de cet exotisme enchanteur, fut-il provincial.
Mais trêve de synesthésie...
Puisque c'est ainsi que Vialatte est grand !
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Woland
  14 décembre 2007
"Les Fruits du Congo", c'est avant tout une musique, l'essence de la poésie qui se fait ruisseau cristallin pour raconter l'histoire tragique et douce de Frédéric et de Dora qui "fut Reine des Iles et du Labyrinthe." Si vous avez oublié votre adolescence, si vous ne vous sentez aucun atome crochu avec le fantastique et le bizarre qui courent dans les rues étroites de certains films, muets et parlants (songez au "Liliom" de Fritz Lang par exemple), si vous considérez les poèmes comme des élucubrations d'esprits dérangés, si la tendresse et le rêve ne sont pour vous que des mots,
Alors, ne lisez pas "Les Fruits du Congo." Vous n'y comprendriez rien et en plus, vous vous demanderiez si l'auteur ne se moque pas de vous.
L'intrigue en est fragile et presque ténue : Frédéric, dit Fred, un lycéen trop long et trop maigre, coiffé par son oncle et tuteur, le Dr Lamourette, d'un melon incongru en lieu et place du traditionnel béret de l'époque (nous sommes en 1951) étudie les maths et la philosophie au collège de M. Vantre. Ses loisirs passent par les assemblées des "Plaisirs de Corée", réunions périodiques de potaches qui se gavent de mots et de rêves et qui s'imaginent avoir apprivoisé les mauvais tours du Destin en l'incarnant dans un personnage fictif, dénommé M. Panado.
Fred tombe amoureux d'une toute jeune fille qui se fait appeler Dora et dont il met les deux tiers du livre à apprendre le vrai nom et les origines. La sexualité compte ici pour rien : tout n'est que regards, soupirs, émotions à fleur de peau et de sensibilité. Et tout finira en drame parce que, à cet âge, tout est drame et que M. Panado - cela, on l'apprend avec l'âge - ne lâche jamais prise.
Un style incroyablement musical pour un roman atypique, bourré de ciels rêveurs et d'étoiles filantes, que vous aimerez ou rejetterez en bloc mais qui ne vous laissera pas indifférent. ;o)
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Bruno_Cm
  20 septembre 2016
Ce livre est une pépite, que dis-je c'est une pépite, c'est une mine !!
Va falloir le relire un peu plus tard, parce qu'il y a tellement à comprendre et tellement de plaisir, à chaque phrase... plein d'idées (folles), émouvant beaucoup...
Merveilleux. J'en reste coi ou ma porte et ma bouche et mes doigts sont perturbés, oui, voilà un livre, ardu, on comprend pas tout, mais ouah quel plaisir. On l'aime. Enfin je l'aime et vivement la prochaine relecture, plus tard, quand jchrais plus grand !!
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
LutvicLutvic   24 avril 2019
Si les histoires ont du succès cela tient sans doute en grande partie à ce prestige mystérieux des « autres ».
Nous imaginons que dans leurs Iles, « les autres » devaient mener une vie étonnante. Nous ne songions pas un instant que nous sommes les « autres » des autres, que nous pouvons par là tout savoir de leur vie et qu'ils ne voient pas plus la leur que nous n'apercevions la nôtre. Le romanesque est une optique de spectateur.
Le merveilleux commence à notre voisin, l'exotisme est à notre porte. Tout le romanesque tient dans un mur mitoyen : c'est une défense de franchir, c'est un défi et une barrière, c'est un mica qui laisse voir, mais s'interpose. L'amour est une façon de traverser le mica ; ou bien plutôt de se figurer qu'on le traverse, et parce que c'est une illusion, mais violente et hallucinante, il s'accompagne de folies, si pondéré qu'il puisse paraître. […]
Je sais bien aujourd'hui que les pommes du voisin ne sont pas meilleures que celles du verger familial, et cependant toute notre vie est réglée sur cette illusion. Nous ne croyons qu'aux fruits de la négresse (Folio 1978 : p. 443, 444).
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KittiwakeKittiwake   14 mai 2020
Car M. Vingtrinier ne faisait rien. Il est difficile faire moins que ne faisait M. Vingtrinier, si l'on ne convient pas d'appeler faire quelque chose se réciter du Hérédia en face de son miroir à barbe, regarder sa chaussette percée, tuer des mouches par vingt-trois dans l'arche des David, ou compter les bons-primes d'une veuve gémissante. M. Vingtrinier ne faisait donc rien, mais ce rien, il le faisait à l'heure, son oisiveté ne lui laissait aucun loisir ; elle le poursuivait de devoirs impérieux, elle le harcelai sans trêves. C'était le bagnard de l'inaction, le persécuté de la paresse, le damné du désoeuvrement. Sa journée était un néant, mais il n'y eu jamais de néant si distribué, si ramifié, si réparti, et si souvent chronométré.
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LiliGalipetteLiliGalipette   16 mai 2012
Dora, je revois ta robe verte au bal du Labyrinthe, et ta ceinture
d' argent qui accrochait des lumières.
Mais tu ne reviendras jamais.

Jamais je n' accepterai ta mort. Jamais je n' accepterai cette mort inhabitable.

Je ne veux pas que tu sois morte ainsi, que ton fantome traine
dans ce grenier, ou sous les orties d' un tombeau.
Je t' ai choisi une mort habitable, je te l' ai choisie comme pour moi.
C' est dans un vieux village, un vieux village de montagne, couleur
de bure et de fumée, sur un horizon de meme couleur.
Il n' accueille que des morts paisibles.
Les enfants de la mort violente n' ont pas le droit d' entrer ici, mais
je te passerai en contrebande pendant la nuit sur la barque de Pied-volage.....

Nous ferons venir Fred ici. Nous nous referons une existence au petit hotel du Labyrinthe, qui a une enseigne d' or ternie, au dessus d' une salle basse aux poutres apparentes.
Il y fait sombre, autour d' une petite lampe jaune.
Nous y vivrons comme au moulin à vent.
Ton marin reviendra, nous ne serons pas jaloux, il sortira de son sac vert des choses brillantes.
Et nous vivrons au fil de l' heure une vie de fantomes sans professsion.
Tu nous chanteras les chansons tristes qui faisaient plaisir à ton marin, et Fred nous dira les histoires qu' on racontait à la Sardine
bleue.
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LutvicLutvic   22 avril 2019
Sylvain Duprat était un vieux propriétaire de la montagne que son fils Germain gardait dans un cercueil en verre pour ne pas le perdre de vue. Il le conservait dans l'alcool comme une vipère de pharmacie. Il avait fait déposer le cercueil dans un pavillon de son jardin. A l'occasion, il y recevait des visiteurs, et comme son père avait aimé les airs joyeux, il lui jouait par attention filiale, des gaillardes chansons qu'il avait préférées. Il y passait de bien bons moments.
Le maire s'en était mêlé. Il avait fallu faire habiller le cercueil d'une espèce de blindage en zinc, à l'exception d'une lucarne, si bien qu'en tapant au carreau on faisait remonter ce père comme une épave remonte à la surface de l'eau. Le mort collait le nez à la vitre. Cette indiscrétion du trépas était une chose impressionnante, car le liquide qu'on avait employé pour injecter le cadavre avait été additionné par mégarde d'un colorant, et le père était rouge comme de l'encre. Germain Duprat en avait fait une pièce de vers de six quatrains (Folio 1978 : p. 240).
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aleatoirealeatoire   19 novembre 2017
Depuis elle, j'ai vu bien des choses ; j'ai vu... mais qui d'entre les hommes finirait de dire ce qu'il a vu ? J'ai été torturé, comme les autres sans doute, par l'arbitraire beauté de cette terre insolite, l'énigme de ses fascinations, au point de prendre rendez-vous avec des murs de brique ou des gares de villages, le jour jaune d'une lucarne, une affiche décollée, mille merveilles de l'insignifiance. Je l'ai aimée de mes yeux et de mes pieds, de ma sueur et de mes songes. Elle m'a tourmenté parfois péniblement, elle m'a fait faire de longs voyages...
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Interprétation d'un texte de Vialatte par Dufilho à l'ORTF.
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