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EAN : 9782264009319
187 pages
Éditeur : Flammarion (08/07/2006)
3.61/5   168 notes
Résumé :
Treize nouvelles écrites de 1945 à 1952, sur tous les registres où Boris Vian s'est plu à laisser son imagination battre la campagne, la ville et quelques mondes moins connus comme celui des loups-garous de Ville-d'Avray, ou celui des skieuses lesbiennes et sadiques de Vallyeuse.
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Nowowak
  25 août 2021
Cette nuit-là, un paisible loup du bois de Fausses-Reposes s'aperçoit avec stupeur qu'il s'est transformé en homme. L'horreur de la noirceur assombrit son doux visage et raidit ses pattes inertes. Il va devoir oublier les tendres flancs auxquels il ventousait son groin immonde. Chassez le surnaturel il bat les cartes et revient au tarot. Durant les nuits de pleine lune au lieu d'hurler avec délices, la face blanchâtre et les yeux rubis tournés vers l'astre divin, lui qui n'avait rien d'un Vian pire, il s'immolera en de lentes succions gargouilleuses et glaireuses. La retraite n'existe pas chez les loups-garous, ils ne peuvent rêver que de brouillards mystérieux d'où jaillissent d'affreuses créatures sanguinaires animées de pulsions morbides se vautrant dans des agressions cauchemardesques.
"Il aimait aussi, par les soirs d'été, rôder dans les taillis pour y surprendre les amoureux impatients dans leur lutte avec la complication des garnitures élastiques dont s'encombre malheureusement de nos jours l'essentiel de la lingerie."
Son âme est devenue comme une vitre sans rideaux. On peut y regarder à travers et contempler l'absence de compassion et le besoin de vider le sas de ses pulsions. Elle est aussi sèche que la pierre et aussi coupante que la lame du couteau. C'est un fluide mécanique qui agit par songes répétitifs pour se nourrir en affamant les coeurs et en déchirant les familles. N'est-ce pas ainsi que l'humain procède depuis sa naissance : destruction puis reconstruction, mort puis naissance ? le cycle est sans fin. On y use ses phalanges si l'on cherche à gratter et découvrir l'humanité derrière la bestialité. Il en tomberait des vents de poussière qui ajouteraient au remue-ménage. Cela n'empêche pas le crime et la préméditation lorsque le promeneur de préférence d'un âge tendre s'aventure dans la forêt par temps d'obscurité et voit surgir une large silhouette de derrière les buissons. On peut remplacer la métaphore par le viol discret du peuple innocent et inconscient lorsqu'il se rend à l'urne.
"Il habitait dans le bois de Fausses-Reposes, en bas de la côte de Picardie, un très joli loup adulte au poil noir et aux grand yeux rouges. Il se nommait Denis et sa distraction favorite consistait à regarder les voitures, venues de Ville-d''Avray, mettre plein gaz pour aborder la peinte luisante sur laquelle une ondée plaque parfois le reflet olive des grands arbres."
"Il observait avec philosophie le résultat de ces efforts parfois couronnés de succès et s éloignait pudiquement en hochant la tête lorsqu'il arrivait qu'une victime consentante passât, comme on dit, à la casserole. Héritier d une longue lignée de loups civilisés, Denis se nourrissait d'herbe et de jacinthes bleues, corsées en automne de quelques champignons choisis et en hiver, bien contre son gré, de bouteilles de lait chipées au gros camion jaune de la Société ; il avait le lait en horreur, à cause de son goût de bête, et maudissait, de novembre à février, l'inclémence d'une saison qui l'obligeait de se gâter l'estomac. Denis vivait en bonne intelligence avec ses voisins, car ils ignoraient, vu sa discrétion, qu'il existât. Il s'abritait dans une petite caverne creusée, bien des années plus tôt, par un chercheur d'or sans espoir."
Tous les loups ne subissent pas de métamorphose quand ils se lèvent au beau milieu de la nuit, la gueule pâteuse et les membres rompus, dépourvus de poils, pour aller faire pipi. Passées vingt-deux heures, certains aiment les coccinelles et consacrent leur temps à compter leurs grains de beauté. Ils ne subissent que la morsure de la poésie et aiment caresser l'espoir d'une aube meilleure et d'une atmosphère bienfaitrice. S'ils finissent par aller respirer dehors pour ne pas grelotter de fièvre, le sage s'éloignera prudemment en marmottant une excuse tandis que sa gorge retiendra un glapissement d'angoisse. il n'est pas prudent de se balader à minuit dans les ruelles.
Nowowak

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Myriam3
  18 janvier 2020
Publié à titre posthume en 1970, ce recueil regroupe 13 nouvelles pas toutes fabuleuses mais en tout cas intéressantes. Ecrites entre 1945 et 1952, pendant la même période où Vian a écrit et publié ses romans principaux en son nom et sous le pseudo de Vernon Sullivan, on retrouve en elles les deux genres qu'il a exploité en particulier, l'un basé sur l'imaginaire et l'invention, et l'autre plus noir et cynique.
Dans ce recueil, j'ai largement préféré le premier genre, du Vian tout craché avec l'humour qu'on retrouve aussi dans ses chansons. Je suis fan de l'inventivité qu'il déploie dans ses mots, ses phrases et ses histoires, j'ai l'impression en le lisant de jouer comme une enfant, de retomber en enfance et j'essaie de l'imaginer lui-même écrivant -tapant à la machine? - riant de ses idées loufoques, débordant d'imagination tourbillonnant sans cesse autour de lui. Boris Vian est à mes yeux quelqu'un d'admirable quand on pense à tout ce qu'il a fait au cours de sa courte existence.
Les quatre premières nouvelles sont à mes yeux les plus abouties, contrairement aux autres qui se terminent parfois en queue de poisson mais qui ont en germe ses romans à venir.
Quant aux nouvelles de type Sullivan, elles sont clairement maîtrisées au niveau du style et possèdent une certaine violence qu'on retrouve bien sûr dans ses romans sous pseudo.
Boris Vian a longtemps été mon auteur préféré, et ce recueil me donne bien envie de le retrouver.
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domisylzen
  09 septembre 2015
Treize nouvelles, écrites de 1945 à 1952, sur tous les registres où Boris Vian s'est plus à laisser son imagination battre la campagne, la ville et quelques mondes moins connus comme celui des loups-garous de Ville-d'Avray, ou celui des skieuses lesbiennes et sadiques de Vallyeuse.
La première, qui porte le nom du recueil est un petit bijou : Denis, loup de sont état vit dans les bois de Fausses-Reposes et aime regarder passer les voitures et mater les amoureux. Malheureusement pour Denis, il croise à minuit pile, le mage de Siam qui le transforme en loup-Garou.
J'adore : c'est absurde et déglingué à souhait. Quelques fois, avec Boris Vian, il convient de relire certains passages plusieurs fois pour être sûr de bien comprendre ce dont il s'agit. L'histoire ne coule pas forcément de source avec lui. Rarement même.
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jamiK
  20 avril 2020
Ce livre rassemble 12 petits contes écrits de 1946 à 1952. Plusieurs genres y sont abordés, fantastique, polar, récits de soirées, horreur et même science fiction (“Le danger des classiques”, peut-être le plus drôle). Les plus fantastiques sont ceux qui m'ont le plus plu : “Le loup garou”, “L'amour est aveugle (un peu grivois, très drôle aussi), mais tous possèdent une part de fantaisie, une étrangeté un peu loufoque, où la logique est inversée dans un délire léger et poétique et souvent drôle, parfois noir (Les chiens, le désir et la mort, le voyeur). J'ai un peu moins aimé “Les remparts du sud”, où les référence à la vie d'après guerre ne me parlait pas vraiment, et “Martin m'a téléphoné” qui est le récit d'une soirée de musique, écrit dans un style différent, en écriture brute, sans paragraphe où je n'ai pas reconnu la même patte. J'aime cette manière qu'a Boris Vian de bouleverser les valeurs, rendant absurde ce qui devrait être le plus sérieux, et vice-versa, j'aime son ton joyeusement festif et déluré, ces petites nouvelles sont presque toutes totalement réjouissantes.
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greg320i
  26 septembre 2013
AHHH..Qu'il fait bon lire dans un Boris VIAN
Ecriture libre, phrases légères, sans censure ,mêlant l'élan poétique et traitant le tragique de façon unique.
Mais vous le connaissez déjà je le sais : ce monsieur là ne donne pas dans la dentelle, il démantèle plutôt le démentiel car sa verve est fantastique voir unique en nous livrant comme cela ses impressions, ses expressions à ciel ouvert.
La belle plume de la bonne affaire à faire avec ce recueil précieux ! Car le chanteur-compositeur corsaire du français d'époque nous titille toujours le bon mot, nous baignant par là même dans sa fanfaronnade magique et féerique touchante et drôle , visant vos intérêts propres mais détourné et retourné sauf votre respect . Excuser donc que les situations ici ne seront jamais le quotidien journalier et routinier de chacun .
Ne vouloir en lire qu'un passage est déjà la barrière franchie, vous alors aussi deviendrez sans le vouloir alors victime de ce Loup-garou .
BORIS , créateur ,, créature, ta marque est rester gravé dans nos mémoires.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
VALENTYNEVALENTYNE   23 mars 2014
Le signal jaunâtre du réverbère s’alluma dans le vide noir et verreux de la fenêtre ; il était six heures du soir. Ouen regarda et soupira. La construction de son piège à mots n’avançait guère.
Il détestait ces vitres sans rideaux ; mais il haïssait encore plus les rideaux et maudit la routinière architecture des immeubles à usage d’habitation, percés de trous depuis des millénaires. Le coeur gros,il se remit à son travail ; il s’agissait de terminer rondement l’ajustage des alluchons du décompositeur, grâce auquel les phrases se trouvaient scindées en mots préalablement à la capture de ces derniers. Il s’était compliqué la tâche presque à plaisir en refusant de considérer les conjonctions comme des mots véritables ; il déniait à leur sècheresse le droit au qualificatif noble et les éliminait pour les rassembler dans les boîtiers palpitants où s’entassaient déjà les points, les virgules et les autres signes de ponctuation avant leur élimination par filtrage. Procédé banal, mécanisme sans originalité, mais difficile à régler. Ouen s’y usait les phalangettes.
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VALENTYNEVALENTYNE   23 mars 2014
- Où vais-je , bourgeois? demanda le chauffeur, un Russe ukrainien à en juger par son accent.
- Fais le tour du pâté de maison…dit Aulne.
- Combien de fois ?
- Autant de fois qu’il faut pour te faire biglouser par les flics.
- Ah ! Ah ! … réfléchit le chauffeur de façon audible. Bon…eh bien….voyons…comme je ne peux pas possiblement faire d’excès de vitesse, je roule à gauche? hein?
- D’ac, dit Aulne.
Il baissa la capote et s’assit le plus haut possible pour qu’on voit le sang de ses vêtements ; ceci, combiné au chapeau d’honnête homme, prouverait qu’il avait quelque chose à dissimuler.
Ils firent douze tours et il passa un de ces poneys de chasse immatriculés au numéro de police. Le poney était peint en gris fer et la légère charrette d’osier qu’il tirait portait l’écusson de la ville. Le poney renifla la Bernazizi et hennit.
- ça va dit Aulne, il nous prennent en chasse ; roule à droite, car il ne faut pas risquer d’écraser un gosse.
Afin que le poney, pût suivre sans se fatiguer, le chauffeur régla son allure au minimum. Impassible, Aulne le dirigeait ; ils se rapprochèrent du quartier des maisons hautes.
Un second poney peint en gris lui aussi, rejoignit bientôt le premier. Comme l’autre charrette, celle-ci contenait un flique en tenue de gala. Les deux fliques, d’une voiture à l’autre, se concertèrent en chuchotant et en montrant Aulne du doigt, tandis que les poneys trottaient côte à côte, au même pas, en relevant les pattes et en agitant la tête comme des petits pigeons.
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AdrasteAdraste   23 avril 2016
Monsieur le curé, sobre par hasard, durant la retraite qui précède la communion, interrogea Urodonal :
- A quoi est due la chute d'Adam et Eve ?
Nul ne sut répondre, car, à la campagne, faire l'amour n'est plus un péché. Mais Urodonal leva le doigt.
- Tu le sais ? Demanda le curé.
- Oui, m'sieur le curé, dit Urodonal. C'était une erreur de Genèse.
Le curé sentit passer l'aile du Saint-Esprit et referma son col, de peur du courant d'aire.Il congédia les gamins et s'assit pour méditer. Trois mois plus tard, méditant toujours, il quittait le village et se fit ermite.
- Ca va loin, ce qu'il a dit là, répétait-il.
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AdrasteAdraste   23 avril 2016
- Je descends chez ma logeuse et je laisse ma braguette ouverte, dit-il. On va bien voir s'il y a du brouillard ou si c'est mes yeux.
Car l'esprit cartésien du Français le porte à douter de l'existence d'un brouillard opaque, même s'il l'est assez pour lui boucher la vue ; et ce n'est pas ce que l'on peut dire à la radio qui risque d'orienter sa décision pour lui faire conclure à l'étrange. La radio, c'est tous des abrutis.
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domisylzendomisylzen   10 septembre 2015
Quatre bieilles d'alliage léger soutenaient un couvercle de malle utilisée en guise de table ; le lit se composait des sièges de cuir d'une vieille Amilcar éprise passagèrement d'un gros platane costaud, et deux pneus constituaient des cadres luxueux pour le portrait des parents longtemps chéris ; le tout se mariait avec goût aux pièces plus banales rassemblées jadis par le prospecteur.
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« Édouard Vian et Laure Brankovi ont formé pendant trente ans le couple le plus célèbre du cinéma européen. Ils se sont mariés trois mois avant ma naissance. Ils ont divorcé quand j'avais un an. Se sont remariés quand j'en avais cinq et se sont à nouveau séparés pour mes quinze ans. Ils ont signé leur dernier divorce la veille de mes vingt-cinq ans. Entre-temps, ils ont fait une trentaine de film ensemble et un seul enfant : moi. À eux deux, ils ont créé une sorte de légende, lui à la réalisation, elle au scénario. Quant à moi… c'est une autre histoire. »
Ainsi commence une ronde, où des héros fantasques et attachants jouent, se cachent, s'aiment, des marches du festival de Cannes aux studios hollywoodiens, de Paris à New York et de la Grèce au Mexique, avant d'être percutés par les secousses de la grande histoire... À leur côté, dans les rues de la capitale, sur un plateau de tournage ou au sommet des Alpes, des amis, des amants, des femmes venues du passé. Mais aussi une maladie qui chemine, et bien des énigmes. Tout mot est réplique. Tout personnage porte un masque. Et chacun aime la vie, imparfaite mais follement vécue. Un talent romanesque tendre et magnifique.
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