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EAN : 9782021291919
480 pages
Seuil (03/09/2020)
3.58/5   13 notes
Résumé :
« Stress », « burn out » ou « charge mentale » : les xxe et xxie siècles ont vu une irrépressible extension du domaine de la fatigue. Les épuisements s’étendent du lieu de travail au foyer, du loisir aux conduites quotidiennes. Une hypothèse traverse ce livre : le gain d’autonomie, réelle ou postulée, acquis par l’individu des sociétés occidentales, la découverte d’un « moi » plus autonome, le rêve toujours accru d’affranchissement et de liberté ont rendu toujours p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
FATIGUE PHYSIQUE HIER, LASSITUDE PSYCHIQUE AUJOURD'HUI.
Cette étude sociologique remarquablement documentée retrace l'évolution du concept de fatigue à travers les âges.
LA FATIGUE DU CORPS : Au Moyen Âge, elle tient à une fuite d'humeurs contemporaine de la moindre transpiration, blessure, confirmant ainsi l'amalgame entre fluide et vitalité ; la présence de ces humeurs signifie la vigueur, leur disparition c'est l'épuisement voire la mort. Mais en même temps, la fatigue peut être rédemptrice ou sanction : on envoyait les pécheurs et les malandrins se racheter par un pèlerinage à Compostel, (ce qui pouvait rendre le camino moins bien fréquenté !).
Jusqu'au XVe siècle, la durée du travail était balisée par le soleil levant et couchant, puis l'horloge va délimiter des durées égales quelque soit les saisons.
Au XVIIIe avec les physiciens apparaît l'unité de travail : élever 20 livres à la hauteur de 3 pieds à chaque seconde équivaut à élever 60 livres à la hauteur d'un pied dans le même temps. Ainsi le travail peut être additionné, soustrait et divisé c'est-à-dire faire l'objet d'une algèbre économique. Puis on ajoutera le temps que dure cette action (vitesse) pour mesurer la « dépense » du corps. Lavoisier va plus loin en mesurant la dépense énergétique du travail musculaire avec la découverte de l'oxygène. « Le corps est un brûleur dont il est possible de quantifier la consommation ». Cela profile déjà la notion de rendement. 1829 : invention du dynamomètre, instrument dont la version ludique envahit les foires. On découvre que la musculation augmente la puissance musculaire. Les chimistes vont faire le ratio entre exercice musculaire et dépense de calories, lesquelles sont apportées sous forme d'hydrates de carbone.
Pourtant, Jean-Jacques Rousseau pour la première fois prend en compte le ressenti du travailleur avec la notion de compassion. Diderot fera d'ailleurs le lien entre harassement des métiers et espérance de vie. Puis avec la taylorisarion, la fatigue viendra non pas tant de l'effort physique, qui est économisé, mais de l'attention soutenue à la fixité du poste, de la monotonie prolongée. Mais parallèlement, la fatigue va être recherchée comme gage d'atteindre l'extrême sous forme d'une performance (conquête du Mont Blanc). Avec la lassitude, l'effort par le sport devient récompense du plaisir (Pierre de Coubertin)
LA FATIGUE DE L'ESPRIT : mais à l'ère industrielle, la fatigue musculaire participe également à une fatigue mentale, la dépense pour une peine moins acceptée est de plus en plus mal supportée. Stakhanov : l'homme transformé qui ne connaît pas la fatigue ? Ici le stalinisme va essayer d'idéaliser l'image de l'homme au travail pour stimuler une économie déjà déficiente, puis utiliser l'épuisement du Goulag pour le casser.
Produire vite, beaucoup et à bon marché, telle est la devise d'un capitalisme stigmatisé par Germinal et combattu par Engel et Marx.
Avec la mécanisation, la fatigue physique diminuera au profit de la fatigue mentale, qui est médicalement reconnue au XIXe sous le nom de neurasthénie, évoluant au XXe vers le stress, la dépression ou le burnout. La pharmacologie va bien sûr s'adapter avec la commercialisation de la cocaïne, la synthèse des amphétamines et des antidépresseurs.
Au total, une belle étude sociologique, que j'ai trouvée parfois un peu longue (370 pages) sur l'évolution au cours des siècles, de la fatigue physique vers la souffrance mentale.
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Etant vivement intéressée par le sujet de la fatigue, je ne pouvais passer à côté de cette histoire très poussée et détaillée du sujet. Malgré ma motivation, ma progression a été pour le moins poussive. Sans doute à cause de la forme et de la multiplication d'exemples et de mentions de sources. J'avoue m'être forcée à terminer cet ouvrage. Et finalement, les idées clés ne me sont pas restées car noyées dans un flux d'informations. Sans doute ce livre n'est-il pas assez grand public pour moi.
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critiques presse (3)
LeJournaldeQuebec
02 novembre 2020
Avec son impressionnante Histoire de la fatigue, l'historien français Georges Vigarello décrit tout ce qui nous épuise depuis le Moyen Âge.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaCroix
24 septembre 2020
Entreprenant un nouveau champ de recherche historique, l’historien du corps, de l’hygiène et des sensibilités Georges Vigarello a composé un panorama de la perception de la fatigue et des souffrances morales depuis le Moyen Âge.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde
16 septembre 2020
A travers son nouvel essai, l’historien éveille dix siècles d’archives rares ou familières et secoue même, ce faisant, sa discipline. Enthousiasmant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
L'individu doit triompher en ce milieu du 20è siècle, alors que se multiplient les défiances envers ce qui l'oblige et le contient. Non plus l'impuissance du neurasthénique, mais la désespérance de celui qui s'éprouve injustement "obligé". D'où sa force réactive et son sentiment de légitimité. Introduction à ce que notre temps se targue, avec force, de promouvoir.
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Videos de Georges Vigarello (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Vigarello
Table ronde, carte blanche proposée par la CASDEN
Modération: Pascal BLANCHARD, codirecteur du groupe de recherches Achac
Intervenants: Laetitia BERNARD, journaliste à France Inter, Sandrine LEMAIRE, professeure agrégée en classes préparatoires à Reims, Thomas SNÉGAROFF, journaliste à Radio France et à France TV, Lilian THURAM, footballeur international, président de la Fondation Lilian Thuram, Georges VIGARELLO, directeur d'études de l'EHESS
Les Jeux Olympiques participent pleinement du processus contemporain de mondialisation et à chaque décennie on annonce « la fin des Jeux ». Quatorze pays étaient rassemblés à Athènes en 1896. Ils seront plus de 200 à Paris en 2024. Entre temps, l'espace olympique est devenu un lieu de combat politique permanent. Comme le sport avec sa médiatisation, c'est le premier espace pour porter un combat, engager un boycott, combattre pour les droits de l'homme en URSS et en Chine, lutter contre des invasions en Tchécoslovaquie, au Tibet ou en Ukraine, revendiquer contre le racisme, l'apartheid ou développer sa propagande (de l'Allemagne nazie à l'URSS, de l'Italie de Mussolini à l'Amérique…). le Covid, la guerre froide, la montée des extrêmes, la guerre froide, l'URSS et les spartakiades, le combat pour la parité, le tiers-mondisme et sa volonté de jeux alternatifs n'ont pas mis fin au modèle olympique qui a chaque fois va réussir à renaître de ses cendres. Que seront les Jeux dans l'avenir ? Sont-ils condamnés à disparaître sous la forme que nous connaissons ? Les enjeux démocratiques, la volonté des populations, les enjeux économiques et écologiques remettent en cause l'idée même de ces grands rendez-vous mondiaux autour du sport ? Depuis Tokyo et la crise de la Covid, la question se pose avec cette édition spectrale, sans spectateurs. Que seront les Jeux dans les prochaines décennies après le partage sans concurrence entre Paris et Los Angeles des Olympiades des 2024 et 2028 ?
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