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ISBN : 2020403641
Éditeur : Seuil (03/04/2000)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Ce livre est d'abord l'histoire des relatives tolérances envers la violence sexuelle dans la France ancienne, celles qui enveloppent de surcroît la victime dans l'indignité de l'acte et tendent invinciblement à la condamner.
Il faut du temps pour que change la vision du viol dans la jurisprudence ou la loi à la fin du XVIIIe siècle. Et aussi la reconnaissance, au XIXe de la violence morale, celle des peurs et des menaces caractérisant souvent le viol. Impossi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Ollie
  10 janvier 2017
La première partie se concentre sur l'Ancien Régime, le siècle qui précède la Révolution française plus particulièrement. La première information sur laquelle se penche l'auteur est le problème de la non-visibilité de ce crime malgré des textes juridiques disposant de châtiments cruels et publics. Ces derniers étaient peu appliqués par la Justice car les viols étaient très peu dénoncés, c'était un véritable parcours du combattant pour faire valoir une telle accusation auprès des autorités. Cette période était encore extrêmement religieuse et, de par ses moeurs, il était difficilement envisageable qu'une femme puisse subir un viol par un homme seul. Un flou juridique mais aussi sociétal existait entre la séduction – entraînant le consentement – et l'agression pure, la première ayant une place plus prépondérante dans l'imaginaire collectif. Il fallait aussi avoir des preuves concrètes, des cris, des témoins oculaires directs pour que l'accusation soit prise au sérieux. le dernier frein était qu'un viol suivi de blessures ou d'un meurtre était passé sous silence, « privilégiant » les stigmates physiques aux stigmates plus personnelles.
La Révolution française va tenter de changer les choses, renforçant l'arsenal juridique contre le viol en spécifiant la violence, ne passant plus le viol sous silence en cas d'agression. Les actes sont mieux catégorisés, les juristes cherchant à créer une « échelle de violence » pour codifier les peines et sentences à appliquer. Ces modifications du code vont entraîner l'émergence de la visibilité d'une nouvelle forme de violence, le viol d'enfant. Déjà « mieux » considéré que le viol d'une adulte, il devient alors un délit plus souvent jugé ou simplement dévoilé dans les Gazettes des tribunaux de l'époque. le public devient plus sensible au sujet des enfants – en lien avec l'évolution de la vision de l'enfance en général dans les moeurs française. C'est les prémices d'un changement dans la perception de la victime, qui passe de coupable au même titre que l'agresseur à une victime pleine et entière – même si son consentement reste toujours remis en cause.
Lien : https://lamenageriedulivre.w..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
art-bsurdeart-bsurde   27 août 2014
Les viols de l'ex-Yougoslavie posent le problème historique d'un déferlement de la violence extrême dans un monde où se sont multipliés les signe d'une atténuation des violences. Désastre d'autant plus "stupéfiant" que ce "comble de la cruauté absolue" a été programmé : "Le fondement d'une telle furie haineuse a été analysé." Rien de directement sexuel ni même de directement pulsionnel dans ces viols qui, en visant les femmes adverses, visent le groupe et le sang. La haine a été construite, patiemment élaborée par une propagande définissant d'abord l'adversaire comme tel, l'accusant d'avoir commis les premiers crimes pour mieux l'avilir et le déshumaniser. D'où cette présence d'une "paranoïa collective qui débouche sur une inversion des valeurs et un effondrement moral généralisé", ces viols faits pour atteindre très spécifiquement l'identité d'un groupe, "l'arbre de la filiation" comme le dit Véronique Nahoum-Grappe. Signes qu'une communauté peut encore basculer dans l'horreur, le sadisme bestial prospérer "chez certains individus dans des situations de violence générale."
La dénonciation immédiate, plus détaillée que jamais, la rupture historique qu'elle illustre sont alors de si peu de poids si elles demeurent impuissantes face à l'atrocité comme ce fut le cas pour la tragédie yougoslave. Le déchainement possible de haines collectives jusqu'à l'usage politique de la cruauté n'est à coup sur pas aujourd'hui endigué.
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art-bsurdeart-bsurde   26 août 2014
Chacun peut éprouver l'irrésistible nécessité de commettre quelque acte "bizarre", il peut reconnaitre le poids de forces intérieures, celles qui l'emportent malgré sa lucidité : ces impulsions irrésistibles largement partagées, même si toutes, à l'évidence, ne conduisent pas à l'acte criminel. La "grande découverte", identifiée par Agnès Pierron dans "les peurs de la Belle Époque", est bien que "les monstres ne sont pas en dehors de nous mais en nous." Expérience totalement inédite, faite d'une perte "du privilège de la conscience" dont Marcel Gauchet a suivi l'histoire au XIXe siècle, cette lente reconnaissance d'implacables contraintes intimes, la caractéristique toute particulière des sociétés démocratiques : "L'homme délié de l’assujettissement au collectif est l'homme qui va devoir se découvrir intérieurement asservi." Davantage d'autonomie sans doute, davantage d'initiative, mais une perception plus aiguë des aléas intérieurs : cette reconnaissance d'impulsions incontrôlables que le recensement de perversions sexuelles révèle à la fin du XIXe siècle. Il fallait une plus grande liberté envers la communauté, une plus grande appartenance à soi pour que s'imposent aussi fortement tensions intérieures et contraintes intimes. Il fallait un moindre poids du collectif et de ses contraintes indiscutées pour qu'attention à soi et attention au criminel puissent parallèlement se transformer.
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AelleAelle   10 janvier 2016
Le crime brise une existence sacralisée, un être d’autant plus précieux que nos sociétés ont perdu certitudes et transcendances : « Lorsque l’avenir devient à ce point incertain, on projette tous ces repères sur l’enfant . » Ce qui transpose l’être le plus fragile au fondement du monde, « comble de la perfection, pureté absolue » jusqu’à donner « une allure théologique » à tout ce qui le concerne ; reliquat de sacré dans nos sociétés laïcisées ; renversement d’idéal fondé moins sur le père des sociétés traditionnelles dont le prestige s’est effondré que sur l’enfant dont l’innocence et les potentialités deviennent gages d’avenir et de vérité. Ce qui, plus encore, transforme le crime commis sur l’enfance en modèle d’atrocité. »
Image complexe pourtant au moment où Ariès a pu annoncer la « fin du règne de l’enfant », soulignant le changement fondamental provoqué par les bouleversements récents de la vie familiale, « démariage », famille recomposées, famille monoparentale, ces choix individualistes subtilement analysés par Louis Roussel ou Irène Théry : « Les adultes adoptent le mode de vie qui leur plait et ils ne veulent pas trop savoir ce qui en résulte pour l’enfant .» Un « malaise dans la filiation » s’est instauré : l’intérêt de l’individu peut l’emporter sur les anciens investissements générationnels, le « lien contractuel de la conjugalité » est devenu contradictoire avec le « lien inconditionnel de la filiation ».
L’ « ultime raison » de l’enfant n’est plus ce qui guide les parents, son bonheur n’est plus ce qui fonde le leur : devenu simple partenaire dans le dispositif familial, il n’en est plus le souverain, glissant même du statut d’enfant-roi à celui d’enfant-victime. Les deux images pourtant ne s’excluent pas, l’adulte accentuant coûte que coûte une protection qu’il sait faillible, cristallisant sur elle toutes ses passions, trouvant dans la figure de l’enfant-victime l’occasion de multiplier les signes de réassurance et d’engagement : défense extrême mêlée à quelque culpabilité cachée.
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JehanneDDJehanneDD   10 août 2017
Une autre pratique tend à amalgamer les violences sous l'Ancien Régime en entretenant leur relative impunité: la recherche d'accommodements, la volonté d'éviter le recours à une justice trop lointaine ou inquiétante en multipliant les procédés infrajuridiques. (...) L'entente préalable est d'ailleurs presque toujours tentée, surtout lorsque la victime est socialement inférieure.
(...)
Le viol est d'abord une transgression toute morale dans le droit classique, associée aux crimes contre les moeurs, fornication, adultère, sodomie, bestialité et non aux crimes de sang. (...) Ce qui focalise le regard sur la luxure et le péché, aggravant sournoisement la compromission de la victime, un état d'indignité que la sentence pénale ne parvient pas à effacer. (...) Tout concourt à focaliser le regard sur la luxure plus que sur la violence.
(...)
Les sentences ne mentionnent jamais explicitement la violence. Elles la reconnaissent et l'ignorent à la fois. (...) Le privilège donné au thème de la faute morale souligne l'effet de masquage sur la violence., transformant l'atteinte physique et la blessure intime en thème secondaire, sinon anodin.

(A la fin du XVIIIe siècle) renouvellement d'une procédure depuis toujours familière, celui des arrangements entre accusé et victime: la démarche devient nettement plus proche de la justice qu'elle ne l(était auparavant. Le contrat est suffisamment public, par exemple, pour être certifié devant notaire, suffisamment officialisé aussi, pour être quelquefois communiqué au juge.. Les acteurs se donnent des règles, les dommages sont collectivement appréciés.
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AelleAelle   10 janvier 2016
Ces renouvellement du code peuvent être plus ostensibles encore dans leur apparent silence : ils sanctionnent les changements affectant les rapports entre les hommes et les femmes, refusant tout allusion au sexe pour mieux rappeler l’égalité. D’où l’effacement de toute référence masculine ou féminine, de tout rappel, fût-il sous-jacent, à quelque « vertu outragée » : désigner non plus des sexes mais des personnes, reconnaître que « la pudeur a cessé d’être un impératif catégorique de la féminité » : expressions lisses, générales, évoquant la seule neutralité, rappelant combien la femme est définitivement devenue, comme l’homme, un individu privé : l’agression atteint un sujet dont le sexe n’a plus à être implicitement évoqué. « Aplatissement égalitariste » sans doute : ce sont deux personnes égales que les violences sexuelles peuvent alors comme jamais affronter .»
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