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EAN : 9782020403641
364 pages
Seuil (03/04/2000)
4.15/5   24 notes
Résumé :
Ce livre est d'abord l'histoire des relatives tolérances envers la violence sexuelle dans la France ancienne, celles qui enveloppent de surcroît la victime dans l'indignité de l'acte et tendent invinciblement à la condamner. Il faut du temps pour que change la vision du viol dans la jurisprudence ou la loi à la fin du XVIIIe siècle. Et aussi la reconnaissance, au XIXe, de la violence morale, celle des peurs et des menaces caractérisant souvent le viol.

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Je comprends qu'on ait honte de dire qu'on a été violé(e) : on a peur qu'on se moque de nous, qu'on nous repousse.
C'est un livre d'horreurs, et pas d'horreurs de fiction.
Mais Georges Vigarello l'a extrêmement bien documenté, avec beaucoup de références et beaucoup de cas présentés.

Il décompose l'ouvrage en trois parties.
Sous l'Ancien Régime, le viol était presque normal, et la jeune fille, la femme "appartenait" soit au père, soit au mari, et donc, dans les tribunaux, on parlait de "rapt", de vol d'une chose possédée. Peu de viols étaient signalés, peu étaient jugés, et d'une façon très laxiste : le vol d'objets était plus important.

Sous la Révolution, la liberté est apparue, la laïcité aussi.
D'un code moral, on est passé à un code social ;
du péché, on est passé au danger social.
La personne violée et tuée est prise en compte, car l'horreur du sang, les crimes de sang sont montés en épingle par La Gazette des Tribunaux, et les canards. La violence physique commence à impressionner l'opinion, et les lois sont plus sévères, mais l'application de la justice, c'est :
doucement le matin ;
pas trop vite l'après-midi.
En 1810, on distingue attentat à la pudeur, et viol : la justice bouge, affine et distingue des seuils de violence. La sodomie fait maintenant partie des affaires judiciaires, et non plus des attentats contre-nature voués à l'enfer par les curés.
A la fin du XIXè siècle, Cesare Lombroso, avec ses mesures de crânes, pense que la cause du viol est l'hérédité ;
Lacassagne pense que l'influence du milieu est plus importante : le vagabond sauvage, le "monstre" des campagnes, les ouvriers, en promiscuité dans les bidonvilles poussés trop vite, à cause du développement industriel.
On commence à découvrir des serial-killers comme Jack l'Eventreur ou Vacher ( 28 victimes ), qui est condamné à mort.
En 1929, M. Dide utilise le terme de pédophilie.

Dans l'époque moderne, le procès d'Aix ( 1974-1978 ) où deux touristes Belges sont violées et assassinées dans le sud de la France, fait bouger les choses : le féminisme dit "non, c'est non !" et le consentement implicite de l'Ancien Régime disparaît complètement.
De plus la dimension psychique de la victime, avec les progrès de la psychologie, est prise en compte ; on découvre la destruction mentale de la victime.
En 1996, l'affaire Dutroux mobilise Bruxelles, et pratiquement le monde entier y est sensibilisé. A l'époque de publication du livre de Vigarello ( 1997 ), il y avait deux petites victimes mortes ; mais en 2004, on en découvre d'autres.
L'enfant, dit Vigarello, remplace Dieu dans la symbolisation des parents, il est sacré. Et les violeurs d'enfants, on s'aperçoit que cela peut être "monsieur tout le monde", le voisin ! Ils encourent 15 ans de prison, mais 10% à 20% récidivent. Les instances judiciaires réfléchissent encore à une neutralisation complète et à vie des pédophiles.

J'ai lu ce livre pour trois raisons : Georges Vigarello, que j'ai eu comme enseignant est mon prof préféré ; c'est un passionné, un éclectique, un philosophe, une personne qui s'interroge sur l'hygiène, l'histoire et le sport.
Et deuxièmement, il y aura un viol dans "LOUISE", à cette époque pas si lointaine, celle des mousquetaires, où la femme, excepté chez les nobles, était une possession, ne servait qu'à faire des enfants et entretenir la maison.

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La première partie se concentre sur l'Ancien Régime, le siècle qui précède la Révolution française plus particulièrement. La première information sur laquelle se penche l'auteur est le problème de la non-visibilité de ce crime malgré des textes juridiques disposant de châtiments cruels et publics. Ces derniers étaient peu appliqués par la Justice car les viols étaient très peu dénoncés, c'était un véritable parcours du combattant pour faire valoir une telle accusation auprès des autorités. Cette période était encore extrêmement religieuse et, de par ses moeurs, il était difficilement envisageable qu'une femme puisse subir un viol par un homme seul. Un flou juridique mais aussi sociétal existait entre la séduction – entraînant le consentement – et l'agression pure, la première ayant une place plus prépondérante dans l'imaginaire collectif. Il fallait aussi avoir des preuves concrètes, des cris, des témoins oculaires directs pour que l'accusation soit prise au sérieux. le dernier frein était qu'un viol suivi de blessures ou d'un meurtre était passé sous silence, « privilégiant » les stigmates physiques aux stigmates plus personnelles.

La Révolution française va tenter de changer les choses, renforçant l'arsenal juridique contre le viol en spécifiant la violence, ne passant plus le viol sous silence en cas d'agression. Les actes sont mieux catégorisés, les juristes cherchant à créer une « échelle de violence » pour codifier les peines et sentences à appliquer. Ces modifications du code vont entraîner l'émergence de la visibilité d'une nouvelle forme de violence, le viol d'enfant. Déjà « mieux » considéré que le viol d'une adulte, il devient alors un délit plus souvent jugé ou simplement dévoilé dans les Gazettes des tribunaux de l'époque. le public devient plus sensible au sujet des enfants – en lien avec l'évolution de la vision de l'enfance en général dans les moeurs française. C'est les prémices d'un changement dans la perception de la victime, qui passe de coupable au même titre que l'agresseur à une victime pleine et entière – même si son consentement reste toujours remis en cause.
Lien : https://lamenageriedulivre.w..
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Histoire de l'évolution de la notion juridique du viol du XVIe siècle au XXème siècle par l'indispensable Georges Vigarello : l'apparition des sujets enfant et femme au XVIIIe siècle par le recul du seigneur et possesseur mâle dans l'arsenal juridique : au début le vol était qualifié de rapt, donc un vol de la femme à son propriétaire légitime, son mari (les femmes célibataires étant rarement reconnues lésées) : rapt, rape que l'anglais a conservé, vol, puis viol avec l'apparition du sujet autonome en 1791 à la Révolution, le Code Napoléon en 1810, et enfin la définition du viol sans mention de sexe de la personne violée en 1979, après le fondateur procès d'Aix. Reconnaissance des dommages causés à l'enfant dans l'inceste et recul de la toute-puissance mâle dans le même mouvement. Avec des résistances, les moeurs suivant très lentement la loi. Erudit et documenté.
"Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui, par violence, contrainte ou surprise, constitue un viol".
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Somme de documents, citations , d'érudition, à lire si on veut savoir de quoi on parle quand on aborde le sujet du sexisme. Impressionnant voyage à travers les époques et donc l'évolution des moeurs, de la justice, des comportements, de la place de la femme, tout étant lié
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Le violeur devient, pour la première fois, un terrain d'études, un exemple permettant de mieux comprendre le viol.
La figure de Jacques Lantier, par exemple, avec sa longue hérédité de misère et d'alcool, ses "mâchoires trop fortes", ses cheveux trop drus, ses indices de désordre cachés sous "un visage rond et régulier", traversé par "l'instinct du rapt", comme par "la soif héréditaire du meurtre", est transformé en "bête humaine" par un Zola lecteur du médecin Cesare Lombroso.

En 1887, Cesare Lombroso donne, pour la première fois aux auteurs de viol, un nom : "les violateurs".
( pages 215-216)


L'histoire n'est plus à faire de cette anthropologie rapidement triomphante, avant d'être tout aussi rapidement critiquée.
(Page 217 )

NDL : cependant, la presse et la médecine ont eu le mérite de faire prendre conscience à la population de ce problème de société.
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Une phrase de la défense ( 1 ) vient bouleverser les atternoiements :
"Lorsqu'une femme dort paisiblement sous une tente et reçoit les agresseurs à coups de marteau ( 2 ), qui encore peut parler de consentement ?"


NDL : (1) : procès d'Aix, sur les violeurs de deux femmes touristes belges en camping dans le sud de la France, en 1974. ( Procès 1974-1978)
(2) il s'agit du marteau pour enfoncer les piquets de tente.
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La jurisprudence des premières décennies du XIXè siècle révèle tout simplement l'assurance que la disproportion entre les organes sexuels d'un adulte et ceux d'un enfant rend impossible l'intromission du membre viril : la conviction, autrement dit, que le viol sur un enfant n'existe pas.



NDL : mais c'est horrible, c'est un recul de la justice par rapport aux siècles précédents !
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Jeanne Haubillart, en 1698, est "sollicitée et violentée" par son père. Les preuves de la violence sont attestées au procès, les attendus de la sentence les confirment : la fille a été forcée "à commettre l'inceste". Le père est condamné à 9 ans de galères, mais Jeanne est également condamnée soumise à un bannissement de 5 ans, sans que la raison de cette peine soit clairement donnée.
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Dans " La petite Roque", en 1887, Maupassant décrit le viol et le meurtre d'une enfant de 13 ans par le maire Renardet, "un gros et grand homme, rouge et lourd, fort comme un boeuf, et très aimé dans le pays bien que violent à l'excès".
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Videos de Georges Vigarello (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Vigarello
Table ronde, carte blanche proposée par la CASDEN
Modération: Pascal BLANCHARD, codirecteur du groupe de recherches Achac
Intervenants: Laetitia BERNARD, journaliste à France Inter, Sandrine LEMAIRE, professeure agrégée en classes préparatoires à Reims, Thomas SNÉGAROFF, journaliste à Radio France et à France TV, Lilian THURAM, footballeur international, président de la Fondation Lilian Thuram, Georges VIGARELLO, directeur d'études de l'EHESS
Les Jeux Olympiques participent pleinement du processus contemporain de mondialisation et à chaque décennie on annonce « la fin des Jeux ». Quatorze pays étaient rassemblés à Athènes en 1896. Ils seront plus de 200 à Paris en 2024. Entre temps, l'espace olympique est devenu un lieu de combat politique permanent. Comme le sport avec sa médiatisation, c'est le premier espace pour porter un combat, engager un boycott, combattre pour les droits de l'homme en URSS et en Chine, lutter contre des invasions en Tchécoslovaquie, au Tibet ou en Ukraine, revendiquer contre le racisme, l'apartheid ou développer sa propagande (de l'Allemagne nazie à l'URSS, de l'Italie de Mussolini à l'Amérique…). le Covid, la guerre froide, la montée des extrêmes, la guerre froide, l'URSS et les spartakiades, le combat pour la parité, le tiers-mondisme et sa volonté de jeux alternatifs n'ont pas mis fin au modèle olympique qui a chaque fois va réussir à renaître de ses cendres. Que seront les Jeux dans l'avenir ? Sont-ils condamnés à disparaître sous la forme que nous connaissons ? Les enjeux démocratiques, la volonté des populations, les enjeux économiques et écologiques remettent en cause l'idée même de ces grands rendez-vous mondiaux autour du sport ? Depuis Tokyo et la crise de la Covid, la question se pose avec cette édition spectrale, sans spectateurs. Que seront les Jeux dans les prochaines décennies après le partage sans concurrence entre Paris et Los Angeles des Olympiades des 2024 et 2028 ?
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