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EAN : 9782866458690
448 pages
Éditeur : Le Félin (25/01/2018)
3.83/5   3 notes
Résumé :
Le corps redressé, c'est celui que la politesse et la bienséance ont longtemps tenté de dessiner, c'est celui aussi qu'indiquent les prescriptions des hygiènes et des gymnastiques, c'est celui enfin auquel ne manquent pas de faire référence de multiples approches contemporaines des pédagogies corporelles. Des cambrures corsetées et théâtralisées des postures classiques au relâchement contrôlé et théorisé des praticiens contemporains, en passant par les poitrines sa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
MahaDee
  13 avril 2018
Aujourd'hui, grâce aux avancées médicales et scientifiques, nous avons l'impression de bien connaître notre corps. Mais notre rapport au corps n'a pas toujours été ainsi. le corps aussi a une histoire et son dressage est loin d'être anecdotique. « Tiens-toi droit, relève-toi, rentre le ventre, dégage les épaules, lève le menton, sors la poitrine: redresse-toi ! ».
Georges Vigarello, ancien professeur d'éducation physique, agrégé de philosophe et historien, publie à nouveau, quarante ans après sa première parution, sa thèse de doctorat : « le corps redressé ». Tout le travail de Georges Vigarello porte sur l'histoire des représentations et des pratiques du corps. Il obéit à un projet bien particulier : montrer combien ces représentations et ces pratiques révèlent, dans leurs trajets historiques, des changements majeurs de culture sinon de société.
Depuis quarante ans, l'auteur creuse ces sillons et vient très récemment d'ailleurs de publier un ouvrage qui porte sur le corps susceptible d'être agressé (violence et viol) avec « Histoire du viol, XVIe-XXe siècles ». Dans « le corps redressé », il offre une vision historique et donc évolutive du corps et de ses représentations. Ses préoccupations portent sur le corps avec ses normes et sur les pratiques destinées à l'embellir, à l'entretenir.
L'hypothèse forte qui est à l'origine de cette thèse c'est que les représentations du corps changent avec le temps et que ces évolutions nous en disent beaucoup tant sur nos corps que sur la manière de les penser tout au long du continuum historique. Il porte donc une attention très forte, d'un point de vue historique, aux déplacements des seuils de sensibilité permettant de qualifier les normes de l'attitude physique.
« le corps est le premier lieu où la main de l'adulte marque l'enfant » à partir de ce constat, sa réflexion se nourrie de deux types de questions :
1. Comment se fait-il que nous soyons contraint d'obéir à des normes corporelles ?
2. Comment se représente-t-on son corps ?
Il nous montre qu'à la Renaissance le fonctionnement du corps est compris comme totalement inféodé aux humeurs, liquides corporelles et autres flegmes. Dans ces conditions, ce qui importe à l'époque, c'est la gestion de ces liquides : le corps de l'enfant est vu comme une pâte molle que l'on peut façonnée avec la main. Au dix-huitième siècle cette représentation évolue vers un fonctionnement désormais comprit comme relatifs aux nerfs, aux courants et aux tensions. Enfin plus près de nous le corps est associé à la combustion, il devient une sorte de bruleur énergétique et ce qui importe désormais ce sont les combustibles, l'oxygène bien sûr, mais aussi les aliments. Il faut lui fournir les aliments en qualité et en quantité requise pour un fonctionnement optimal.
Traité un tel sujet de manière historique pose forcement la question des sources. L'auteur a développé une méthodologie tout à fait singulière axée sur un recours aux textes qui sont sa source dominante.
Il prend des indices dans les lettres, dans des remarques de médecin, dans la littérature qui fournit un reflet de l'immédiat et du concret (Proust, pour la période plus récente est une mine à cet égard).
Mais les silences eux-mêmes peuvent être évocateurs, car il y a les informations que l'on trouve et celles dont on trouve l'absence. Au dix-septième siècle, par exemple, la littérature laisse très peu de place à l'intériorité, ce qui en soi est une information historique.
Cette histoire est aussi l'occasion d'observer les contraintes volontairement posées sur le corps, dont les premières cibles sont les femmes et les enfants. C'est bien sûr une histoire de pouvoir. le pouvoir de la main de l'adulte d'abord qui à la Renaissance doit modeler le corps de l'enfant comme une argile molle. Cette main va trouver des substituts matériaux et mécaniques au dix-septième siècle avec notamment l'instauration du corset. Dans la période suivante avec Rousseau le dispositif est considéré comme par trop douloureux et la contrainte se déplace en terme de mouvements qui vont évoluer vers une gymnastique maniaque, de plus en plus précise où il sera question de gestion d'énergie et prise de conscience de son propre corps.
Pourtant et de manière paradoxale ; cela ne va pas aujourd'hui sans l'affirmation du sujet, l'individualisation des normes, la singularité, la non unicité des modèles (penser au Yoga par exemple).
Cet ouvrage est tout à fait passionnant et la lecture ne se départit pas d'un appétit gourmand, malgré ses 430 pages denses.
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Commenter  J’apprécie          170
mjaubrycoin
  12 mars 2018
Quand un prof de gym se met à étudier l'histoire des représentations du corps, devient philosophe et écrivain et régale son public avec des réflexions érudites, pertinentes qu'il sait mettre à la portée de tous, on ne peut qu'applaudir des deux mains.
Avec "les métamorphoses du gras" Georges Vigarello avait déjà plongé son regard d'historien sur le phénomène de l'obésité qu'il avait analysé au regard de l'évolution des représentations jalonnant les siècles passés.
Avec "le corps redressé" qui reprend et complète la thèse de doctorat qu'il avait soutenue à la fin de la décennie 1970, Georges Vigarello s'interroge sur les normes de redressement du corps mises en oeuvre depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours et explore les moyens qui ont été utilisés pour parvenir à ce but.
Il étudie d'abord bien évidemment les moyens mécaniques, finement analysés à travers le choix du thème du corset qui illustre particulièrement bien combien les processus de domination sont à l'oeuvre lorsqu'il s'agit d'intervenir sur "le matériau humain".
Mais la coercition peut également passer par la pratique de la gymnastique et des exercices de bonne tenue, qui ne relèvent pas forcément d'une volonté hygiéniste mais aussi d'un souci de rendre le corps plus performant dans une optique productiviste.
A travers la volonté de contrôle qui s'est maintenue au fil des siècles , ce qui est dénoncé, c'est la méfiance devant la nature, la volonté de refréner les pulsions et de réglementer la vie tant collective qu' individuelle.
Les modèles de rectitude sont aussi influencés par le contexte social dans lequel ils s'épanouissent et notamment celui de la Royauté d'Ancien Régime avec la prédominance d'un modèle politique autoritaire .
Si l'armée, l'usine, l'école ont été lieux privilégiés de mise en oeuvre de la contrainte corporelle, l'intériorisation des normes est bien loin de rendre le fardeau plus léger pour nos contemporains qui restent soumis aux mêmes prescriptions que nos ancêtres. Que celui qui n'a jamais reçu l'injonction de se tenir droit, se lève pour oser dire le contraire !
En tout cas ce livre est absolument passionnant et même si la langue utilisée parait un peu plus savante que dans d'autres ouvrages du même auteur, la lecture est néanmoins accessible à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des mentalités et interrogent l'évolution de celles-ci au regard des expériences du temps présent.
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som
  09 avril 2018
C'est une histoire un peu folle dans sa dimension historique et dans sa démarche méthodologique. C'est une histoire totalement intime puisqu'elle touche au corps. C'est donc un ouvrage diablement passionnant, quoique dense, que Georges Vigarello nous propose.
Retracer l'histoire du corps depuis le Moyen-âge, la manière dont il est contraint, les biais par lesquels les hommes (et les femmes) tentent de le « redresser », en réalité de s'affranchir des codes tout en re-tombant parfois dans les pièges de certaines modes….
Dans cet ouvrage qui fait date dans l'historiographie contemporaine, l'historien fait appel à toutes les sciences auxiliaires de l'histoire pour retracer les grandes étapes de notre enveloppe corporelle tiraillée entre la contrainte et la libération. Caché ou visible, rachitique ou régénéré, sa condition évolue au fil du temps et connaît maintes avancées (l'hygiénisme, la médecine, la mode) contrebalancées par de nombreux freins (la religion, les normes sociales, la mode toujours et encore, la technique aussi…).
Au-delà du fond dûment documenté, le profond intérêt porte sur l'acuité du regard porté sur la variation des représentations sociales du corps. Ainsi, l'auteur nous invite subtilement à prendre en compte ses dimensions conscientes et inconscientes.
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JehanneDD
  21 août 2017
Encore un bon livre de Vigarello, même si celui-ci est d'après moi moins clair et moins facile à lire que ses autres livres (Histoire du Viol, Les pratiques de santé, ...) La partie sur la rationalisation du chiffre est assez obscure, et comporte quelques passages clairs contre beaucoup assez obscurs et tordus à comprendre.
Autre point : des illustrations auraient été les bienvenues...
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critiques presse (1)
NonFiction   17 janvier 2018
Les exercices infligés aux corps durant la modernité nous rappellent que l'idée de leur "nature" s’inscrit dans une histoire.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
JehanneDDJehanneDD   21 août 2017
Au XVIIe siècle, (...) la tactique était d'endiguer matériellement le corps, à l'aide de véritables entraves. Prolongements immédiats de la main adulte, celles-ci étaient prosaïquement chargées de retenir l'enfant. A une telle finalité, elles ajoutaient seulement l'ambition de donner les silhouettes une spectacles.
Au XVIIIe siècle, une telle fixité est encore reprise, mais son principe est lié à une vigilance musculaire dont l'amélioration semble, entre autres, tirée d'une prolongation de la station. Le corps a à prouver une force, et l'immobilité a à démontreront maîtrise.(...) Si bien qu'une autre partie du travail sur la posture, et non des moindres, sera faite d'exercices divers.
Au XIXe siècle enfin, cette fixité entre clairement dans un système qui tend.à plier les collectifs pour autoriser et faciliter le travail des écoliers. Elle est à la base de la disposition très concrète des salles de classe. Elle est un des éléments qui enserrent l'enfant dans un réseau très élaboré de manipulations et de réglages indirects, d'autant plus sournois enfin, qu'ils demeurent souvent implicites.
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JehanneDDJehanneDD   21 août 2017
L'appauvrissement physique, le plus souvent éprouvé comme grandissant dans le second tiers du XIXe siècle, est renvoyé en partie à l'insuffisance du progrès, et non à son excès. Ce n'est plus la civilisation, dans ses avances successives, qui est dire menacer les anatomies.
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Videos de Georges Vigarello (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Vigarello
#JournéeDeLaPhilo2020 #Philosophie #LesRencontresPhilosophiquesdeMonaco #Philomonaco
Philosopher ensemble !
#Trailer de présentation des Rencontres Philosophiques de Monaco
Avec la participation de: Alain Fleischer, Anastasia Colosimo, Anne Dufourmantelle, Avital Ronell, Barbara Cassin, Bernard Harcourt, Bernard Stiegler, Boris Cyrulnik, Bruno Karsenti, Camille Riquier, Catherine Chalier, Catherine Millet, Charlotte Casiraghi, Christian Godin, Claire Chazal, Claire Marin, Claude Hagège, Cynthia Fleury , Davide Cerrato, Denis Kambouchner, Dominique Bourg, Donatien Grau, Edwige Chirouter, Elisabeth Quin, Emanuele Coccia, Éric Fiat, Étienne Bimbenet, Fabienne Brugère, François Dosse, Frédéric Gros, Frédéric Worms, Gary Gillet, Geneviève Delaisi de Parseval, Geneviève Fraisse, Georges Didi-Huberman, Georges Vigarello, Géraldine Muhlmann, Gérard Bensussan, Hakima Aït El Cadi, Jean-Luc Marion, Jean-Pierre Ganascia, Joseph Cohen , Judith Revel, Julia Kristeva, Laura Hugo, Laurence Devillairs, Laurent Joffrin, Luc Dardenne, Marc Crépon, Marie Garrau, Marie-Aude Baronian, Mark Alizart, Markus Gabriel, Marlène Zarader, Martine Brousse, Corine Pelluchon, Maurizio Ferraris, Mazarine Pingeot, Michael Foessel, Miguel de Beistegui, Monique Canto-Sperber, Nicolas Grimaldi, Olivier Mongin, Paul Audi, Perrine Simon-Nahum, Peter Szendy, Philippe Grosos, Pierre Guenancia, Pierre Macherey, Raphael Zagury-Orly, Renaud
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