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Pierre-Louis Rey (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070411399
192 pages
Gallimard (09/05/2001)
3.42/5   128 notes
Résumé :
On ne joue plus Chatterton depuis longtemps. C'est donc le moment de le lire. Car s'il y a une pièce qui montre le drame de l'artiste méconnu, condamné à la misère et à la mort, c'est bien celle-là. « C'est l'histoire d'un jeune homme, nous dit l'auteur, qui a écrit une lettre le matin, et qui attend la réponse jusqu'au soir ; elle arrive et le tue. » Vigny prend le parti de la poésie contre la société, ce qui est une nouveauté dans l'histoire de la littérature. À p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  07 novembre 2014
Chatterton. Pour beaucoup, ce nom évoque principalement un ruban adhésif en plastique coloré, vaguement élastique. Pour quelques nostalgiques de Serge Gainsbourg, ce patronyme rappelle au mieux un titre de 1967. Pour quelques autres, férus de littérature britannique et/ou moyenâgeuse, ce nom ravive faiblement le lustre de la poésie du XVIIIème siècle.
Mais pour nous autres, amateurs à nos heures de dramaturgie française du XIXème, ce nom porte le sceau de l'inéluctable tournant romantique propre à la première moitié de ce siècle.
Bon, soyons clairs, pour apprécier le Chatterton de Vigny, il faut soit avoir quinze ans révolus et impérativement moins de vingt, soit être adepte inconditionnel du romantisme pur jus, première pression à froid, dans l'acception la plus typique, caractéristique, presque caricaturale du terme.
De puissants relents de tragédies antiques festonnent les trois actes de cette pièce qui est une relecture très libre, très aménagée et fort peu historique de la vie de Thomas Chatterton, poète anglais disparu en 1770 dans sa dix-huitième année par ingestion volontaire d'arsenic.
La postérité en a fait une icône du poète incompris, donnant tout à son art et le tenant en plus haute estime que tout le reste sur cette Terre. D'où une certaine arrogance face au commun des mortels, lui qui, crevant la misère, a préféré la mort à une vie de labeur ordinaire dans un quelconque patelin obscur sans aucune chance de reconnaissance.
Ajoutons à cela qu'il eut l'idée lumineuse, l'animal, d'écrire en vieil anglais et d'attribuer ses propres vers à un moine du XVème siècle ce qui eut pour mérite de le faire accuser de plagiat et de malhonnêteté, ce qui renforce bien évidemment son statut de « martyr » de l'Art, avec un grand A comme Autosuffisance.
En somme, le candidat idéal pour Alfred de Vigny qui s'attelait à l'écriture d'une pièce sur le sort réservé aux gens de son engeance, les Artistes avec un grand tAs. Il y greffe certains clins d'oeil à sa propre biographie ainsi qu'une histoire d'amour digne de plaire à Théophile Gautier (voir sa fort peu digeste « Spirite » par exemple), mais probablement pas à moi qui hais en littérature (comme ailleurs) les grands sentiments entièrement noirs ou blancs, ce que je nomme, pardonnez-moi l'expression le cul-culisme ou le gnan-gnantisme sentimental et dont Chateaubriand était un savant orfèvre.
Une oeuvre en somme que je qualifierais pour son sujet ou pour le tempérament de ses personnages d'assez caricaturale dans l'ensemble mais il y demeure la belle et solide écriture d'Alfred de Vigny, qui elle, reste limpide et rafraîchissante.
Le personnage du Quaker me semble le plus intéressant, sorte de vieux sage entremetteur et bienveillant. À noter également, la brève mais incisive et percutante dénonciation du capitalisme naissant à l'Acte I (la pièce a été écrite, rappelons-le, en 1834, donc à l'aube du virage de l'économie moderne, beau coup d'oeil Monsieur de Vigny, chapeau bas). Il ne vous reste plus qu'à faire votre marché parmi tout cet attirail littéraire, voici du bon, voici du moins bon, mais aussi et surtout, bien sûr, tout ce que j'exprime ici n'est que mon avis, autant dire, pas grand-chose.
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PhilippeCastellain
  16 juillet 2021
Alfred de Vigny, de nos jours, c'est un nom sur une liste de lecture au bac. Un romantique quelque part dans le tas entre Nerval, Chateaubriand et ainsi de suite. Y compris pour moi. Mais j'ai voulu combler ce manque, et j'ai bien fait.

Chatterton' est une petite pièce complexe et fort surprenante. Un jeune poète a trouvé refuge dans une misérable chambre garnie. Bien qu'issu d'une famille riche, son père vient de mourir en le laissant ruiné. Ses vers magnifiques l'ont rendu célèbre, mais ne lui ont presque rien rapporté. Ses amis d'Oxford aux vêtements cousus d'or lui sont devenus insupportable, et il a fui pour essayer d'échapper à la misère. Mais la famille où il a trouvé refuge est pour le moins originale. le maître des lieux, John Bell, fait partie de la jeune classe montante des industriels. Dur, brutal, impitoyable, il règne sans pitié sur ses ouvriers, et terrifie ses enfants et sa jeune épouse.

Celle-ci, mistress Bell, est un personnage extrêmement intéressant. Très pieuse, généreuse, aimante avec ses enfants, elle se débat avec désespoir dans un mariage qui l'écrase, et dans une société à l'image de son époux. On est témoin de ses peurs, de ses plaintes et de ses révoltes amères auprès de son unique confident : le quaker.

On ignore son nom, il n'est désigné que par ce sobriquet impersonnel pour souligner que, à l'instar de Giminy Criquet, il n'est pas vraiment un personnage, mais plutôt l'âme et la conscience de la maison. Celle de John Bell surtout à qui, dans un dialogue magnifique, il n'hésite pas à dire ses quatre vérités – que ce dernier accepte avec cynisme. Pourquoi un quaker ? A l'époque, ce courant du protestantisme représente une sorte d'idéal de pureté, réputé pour ses valeurs de bienveillance, de compassion et de désintéressement.

Bien que romancée, la pièce s'inspire d'une histoire vraie : celle du poète Thomas Chatterton, qui s'empoisonna à dix-sept ans plutôt que de mourir de faim. Tout comme ce dernier, elle mérite d'être tirée de l'oubli ; car elle est bien plus qu'un hommage.
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JacobBenayoune
  17 novembre 2013
Kilito (écrivain marocain) nous raconte son anecdote avec un professeur à l'université qui, après avoir assisté à sa conférence sur Al Jahiz (un conteur arabe, un auteur classique), lui demanda: est-ce que cet auteur existait vraiment ou bien l'aviez-vous inventé?
En effet, qui de nos jours connait l'oeuvre de Chatterton? Une élite limitée. Et l'on se demande en lisant ce drame si le héros est réel ou fictif. Et Chatterton demeure plus une figure mythique du poète incompris, du paria de la société qu'un écrivain anglais comme Lord Byron ou Keats.
Vigny en avait déjà parlé dans son roman Stello. Mais cette fois, l'auteur, familier de la dramaturgie shakespearienne veut mettre en scène son héros romantique. Avant de commencer la lecture de ce drame, on trouve l'excellente présentation de Vigny intitulée « Dernière nuit de travail » où l'auteur explique ses intentions. C'est moins un plaidoyer du suicide qu'une défense et illustration du poète ou « homme spiritualiste étouffé par une société matérialiste ». Certes, on peut constater, lecteur moderne que nous sommes, toute cette exagération des sentiments maladifs qui ont mené le poète au suicide. Mais cette pièce est une occasion pour retrouver Vigny le dramaturge (en tout cas pour moi) après l'avoir lu comme poète et romancier.
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OverTheMoonWithBooks
  13 mars 2013
Chatterton , la raison pour laquelle j'ai voulu lire la pièce c'est parce que j'avais été très touchée par le tableau d'Henry Wallis ; tableau que j'avais dû voir dans un livre français au lycée pour illustrer un texte romantique.
Mais qui est donc ce bougre dont on connaît d'avance la triste fin ? Un jeune homme de 18 ans, un idéaliste qui rêve de vivre de ses vers. Mais, son destin en décide autrement ...
L'écriture d'Alfred de Vigny n'a rien de particulièrement marquant ou bouleversant. Et la fin de la pièce est trop bâclée à mon goût.
En revanche, j'ai apprécié l'opposition entre John Bell, le capitaliste sans coeur qui détourne toutes les lois (mêmes celles du Seigneur! ) à son profit et Chatterton, l' homme de lettres et tous les thèmes qui en découlent.
La flamme qui naît entre Chatterton et Kitty Bell est bien chaste et pudique, et le Quarker y veille de près ! (ouf ! cette sainte institution qu'est le mariage est sauvée ! )
Une pièce de théâtre qui pour moi n'aura rien de mémorable. J'ai au moins la satisfaction de connaître l'histoire derrière le beau tableau !
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Analire
  15 janvier 2015
En première année de licence de lettres, j'ai été dans l'obligation de lire cette pièce de théâtre dans le cadre de mon cours de littérature française du XIXème siècle. Lors de ma première lecture, sorte de tour de paysage de l'oeuvre à étudier, j'ai découvert une jolie histoire, bien construite, très intéressante, à l'aspect moraliste. Mais c'est seulement lorsque nous avons commencé l'analyse du livre que j'ai découvert bien d'autres thèmes méconnus, des sujets que je n'ai pas relevé lors de ma première lecture.
Alfred de Vigny a publié son livre en 1835, tandis que l'histoire racontée se situe dans les années 1770, à Londres, ville grandissante, caractérisée par son or et son capitalisme montant. La figure de John Bell, père et mari, se fait, dans l'ouvrage, le chef de fil des matérialistes. Cet avare autoritaire, qui effraie autant sa femme que ses enfants, loue une chambre dans sa maison à un poète de passage, poète éponyme du roman, du nom de Chatterton.
Dès le début du récit, une certaine tension se fait ressentir à travers John Bell. Tension qui s'accroît avec l'apparition de Chatterton. On peut d'ors et déjà découvrir une contrariété entre l'avarice matérialiste de l'industriel et l'aspect spirituel du poète. Alfred de Vigny va jouer sur cette distinction pour mettre en avant les valeurs de l'esprit, qu'il estime égales voire supérieures à tout argent.
Chatterton, c'est aussi un roman d'amour, singulier, particulièrement touchant et attendrissant. En effet Kitty Bell, la femme de l'industriel, va peu à peu tomber amoureuse de Chatterton, sans se l'avouer. Se dégageant de ses fonctions de femme et de mère, elle se tourne vers ce poète, n'hésitant pas à désobéir à son mari - comme lorsqu'elle fait crédit au poète, sans l'accord de John Bell. Mais cet amour se sait sans être révélé. le lecteur le devine à travers une série de regards et de gestes qui ne trompent pas. Les deux tourtereau eux-mêmes arrivent à se comprendre sans se parler, signe de la coalition de leurs esprits, qui se regroupent en un sublime ensemble.
Malheureusement, sans vouloir briser le charme de ses sentiments purs, je dois vous prévenir que Chatterton récèle un héros à la destinée tragique. Ce poète déjà meurtri par les événements de la vie, continue d'écrire pour exister. Les matérialistes briseront ses derniers espoirs, l'empêchant de se découvrir pleinement et de réaliser ses projets.
Je ne parlerai pas du dénouement, volontairement pour ne pas révèler aux personnes à qui j'aurais donner l'envie de découvrir cette pièce de théâtre, l'amère déception de le connaître avant de l'avoir lu. Mais sachez tout de même que c'est une fin spectaculaire que nous offre Alfred de Vigny, dignement jouée sur scène par Marie Dorval.
Jetez-vous sur cet ouvrage. Facile de compréhension, il recèle néanmoins de nombreux thèmes inédits et modernes, nous fait ressentir divers sentiments, nous horrifie autant qu'il nous fascine. J'ai adoré le lire, le relire et le re-relire. Un plaisir d'étudier ce genre d'oeuvre.
Lien : http://addictbooks.skyrock.c..
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
OverTheMoonWithBooksOverTheMoonWithBooks   26 février 2013
Le Quaker : En toi, la rêverie continuelle a tué l'action.

Chatterton : Eh! qu'importe, si une heure de cette rêverie produit plus d'oeuvres que vingt jours de l'action des autres! Qui peut juge entre eux et moi ? N'y a-t-il pour l'homme que le travail du corps? et le labeur de la tête n'est-il pas digne de quelque pitié?

(...)

Le Quaker : (...) Une âme contemplative est à charge à tous les désoeuvrés remuants qui couvrent la terre : l'imagination et le recueillement sont deux maladies dont personne n'a pitié !
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Nastasia-BNastasia-B   09 janvier 2013
Voilà les deux poésies possibles, ça ne va pas plus loin que cela ! Les divertir ou leur faire pitié ; faire jouer de misérables poupées, ou l'être soi-même et faire trafic de cette singerie ! Ouvrir son cœur pour le mettre en étalage sur un comptoir ! S'il y a des blessures, tant mieux ! il a plus de prix ; tant soit peu mutilé, on l'achète plus cher !
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LydiaBLydiaB   23 décembre 2010
M. Beckford : John Bell, n'avez-vous pas chez vous un jeune homme nommé Chatterton, pour qui j'ai voulu venir moi-même ?

Chatterton : c'est moi, milord, qui vous ai écrit.

M. Beckford : Ah ! c'est vous mon cher ! Venez donc ici un peu, que je vous vois en face. J'ai connu votre père, un digne homme s'il en fut ; un pauvre soldat, mais qui avait bravement fait son chemin. Ah ! c'est vous qui êtes Thomas Chatterton ? Vous vous amusez à faire des vers, mon petit ami ; c'est bon pour une fois, mais il ne faut pas continuer. Il n'y a personne qui n'ait eu cette fantaisie. Hé ! hé ! j'ai fait comme vous dans mon printemps, et jamais Littleton, Swift et Wilkes n'ont écrit pour les belles dames des vers plus galants et plus badins que les miens.

Chatterton : je n'en doute pas milord.

M. Beckford : Mais je ne donnais aux Muses que le temps perdu. Je savais bien ce qu'en dit Ben Johnson : que la plus belle Muse au monde ne peut suffire à nourrir son homme, et qu'il faut avoir ces demoiselles-là pour maîtresses, mais jamais pour femmes.
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Nastasia-BNastasia-B   23 octobre 2012
(...) quand le pâle Travail est dédaigné ; quand l'Espérance a perdu son ancre ; la Foi, son calice ; la Charité, ses pauvres enfants ; quand la Loi est athée et corrompue comme une courtisane ; lorsque la Terre crie et demande justice au Poète de ceux qui la fouillent sans cesse pour avoir son or, (...).
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Nastasia-BNastasia-B   25 avril 2012
JOHN BELL : Ce que je ne veux pas, c'est que, dans ma maison, vous veniez, en public, autoriser mes inférieurs à l'insolence.
LE QUAKER : Eh ! que te fait, je te prie, leur insolence ? Le bêlement de tes moutons t'a-t-il jamais empêché de les tondre et de les manger ? Y a-t-il un seul de ces hommes dont tu ne puisses vendre le lit ? Y a-t-il dans le bourg de Norton une seule famille qui n'envoie ses petits garçons et ses filles tousser et pâlir en travaillant tes laines ?
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Videos de Alfred de Vigny (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alfred de Vigny
Enseignement 2016-2017 : de la littérature comme sport de combat Titre : Tropes de la guerre littéraire : Athlète
Chaire du professeur Antoine Compagnon : Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie (2005-2020)
Cours du 10 janvier 2017.
Retrouvez les vidéos de ses enseignements : https://www.college-de-france.fr/site/antoine-compagnon
L'émergence de la figure de l'athlète pour désigner l'écrivain est certainement liée au nouveau régime de liberté d'expression expérimenté à partir de 1820, qui favorise l'activité de la presse, et suscite une concurrence accrue entre ses représentants. Si l'écrivain est comparé à un athlète, c'est parce qu'il prend part à une lutte qui, loin d'être seulement métaphorique, engage également son corps. Victor Hugo, dans les Odes et Ballades (1827), fait se succéder « le chant de l'arène », « le chant du cirque » et « le chant du tournoi » ; dans Les Contemplations (1856), il fait rimer poète non seulement avec prophète, mais encore avec athlète. La rime se retrouve chez Alfred de Vigny, chez Théodore de Banville, chez Alphonse de Lamartine qui célèbre en Lamennais le poète martyr, athlète du christianisme, retrouvant ainsi le sens religieux du terme.
Pour être écrivain et se faire une place dans un champ littéraire compétitif, il faut être endurant, robuste de corps, et que cette robustesse se transmette encore au style. Trois écrivains, en particulier, paraissent unir ces deux qualités, physique et stylistique : Alexandre Dumas, « athlète du feuilleton » que les Goncourt décrivent comme « une espèce de géant » s'astreignant à la plus rigoureuse hygiène de vie ; Gautier ; et surtout Balzac, à qui Sainte-Beuve – avec Rodin – reconnaît le corps d'un athlète, et qui sait mieux que les autres avec quelle générosité et quelle régularité il faut produire pour survivre. Son personnage Lucien de Rubempré, aspirant à la carrière littéraire, est moins chanceux, doté seulement d'un corps chétif qui paraît le signe d'un écrivain « sans coeur ou sans talent ». le vocable est beaucoup moins appliqué à Hugo, que seul Jules Janin distingue en ce sens, comme le seul survivant de la dure bataille romantique. Baudelaire, lui, sait bien dire la distance de son corps à celui de Pierre Dupont, poète du prolétariat, décrit comme un véritable Hercule. Cependant, il sacrifie au lieu commun au moment de faire l'éloge d'Edgar Allan Poe, mélange de féminité et de robustesse, d'orgie et de rigueur.
Martinville, rare soutien de Lucien dans Illusions perdues (1837), incarne l'écrivain-athlète, mais assure aussi le passage du registre du sport à celui du sport de combat. Il est par excellence l'écrivain polémiqueur, l'athlète insulteur, seul capable de rendre les coups de tous côtés à la fois et d'accompagner Lucien dans son revirement politique. L'artiste-athlète est majoritairement pensé sur le modèle de l'escrimeur, du maître d'armes. Tous les écrivains du milieu du XIXe siècle sont familiers d'Augustin Grisier, maître d'armes des fils de Louis-Philippe et de l'École polytechnique, puis, sous le Second Empire, du Conservatoire national d'art dramatique. Gautier, Sue, Dumas qui préface son célèbre livre Les Armes et le Duel (1847), fréquentent sa salle d'armes. Grisier entretient dans son livre et dans sa salle d'armes le souvenir de Joseph Bologne, chevalier de Saint-George, connu comme le « chevalier noir ». Né à la Guadeloupe d'un propriétaire terrien et d'une esclave, le chevalier de Saint-George reçoit sur le continent une éducation noble, où la littérature et les sports, les arts et les armes ont une proportion égale ; il manie le fleuret et l'archet avec autant d'agilité. Grisier et Bologne ont en commun de refuser le duel, au nom d'une conception rigoureusement esthète du combat d'armes. La figure de ces maîtres d'armes est essentielle, en ce qu'elle assure la réversibilité du combattant et de l'écrivain : si ce dernier manie la plume comme une épée, le maître d'armes doit en son ordre manier l'épée comme une plume. Il est un parfait esthète, et toujours un écrivain en puissance.
Il existe une version dégradée, mercenaire du maître d'armes, exécuteur des basses
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