AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2080704079
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Tout à la fois roman, essai, dialogue philosophique, ouvrage intime et " sorte de poème épique sur la désillusion " selon Vigny, Stello (1832) est une œuvre composite et inclassable, mettant en scène le Docteur noir et Stello, son patient, enclin au spleen et à la neurasthénie. Alors que le premier, " médecin des âmes ", incarne la froideur calculatrice de la raison et l'attachement au réel, le second, figure du poète romantique, symbolise la puissance prophétique d... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
NMTB
  08 novembre 2017
Commençons par la fin. Dans la dernière phrase du livre Vigny fait semblant de se demander : « Stello ne ressemble-t-il pas à quelque chose comme le sentiment ; le Docteur à quelque chose de pareil au raisonnement ? Ce que je crois, c'est que si mon coeur et ma tête avaient entre eux agité la même question, ils ne se seraient pas autrement parlé. » le Docteur noir représente donc la raison de Vigny et Stello son sentiment. Et comme le dit le Docteur : « Si Dieu nous a mis la tête plus haut que le coeur, c'est pour qu'elle le domine ».
Stello est un poète hyper-sensible, maniaco-dépressif, comme on dirait aujourd'hui. Lors d'un épisode de dépression il fait appel au Docteur noir, un « médecin des âmes » à l'attitude glaciale. le Docteur reconnait tout de suite la maladie de son patient, il la nomme : les « diables bleus ». Stello lui avoue qu'il en est arrivé à un tel point qu'il envisage d'écrire un livre sur la politique, « Dieu du ciel et de la terre ! s'écria le Docteur noir en se levant tout à coup, voyez jusqu'à quel degré d'extravagance les diables bleus et le désespoir peuvent entraîner un poète ! » Et on entrevoit donc la question qui va agiter nos deux protagonistes durant tout le reste du roman : la politique.
Stello a des tendances républicaines et on verra que le docteur est en fin de compte plutôt monarchiste. Mais ce qu'il prétend éviter, dans un premier temps, c'est que le poète se mêle de politique et pour cela il se propose de lui raconter trois histoires de poètes méprisés par les hommes de pouvoir : le presque oublié Nicolas Gilbert dans la monarchie absolue, Chatterton et la monarchie parlementaire, enfin André Chénier et les premiers républicains français, autrement appelés les Terroristes. Aucun de ces systèmes politiques n'est favorable aux poètes, mais il y a quand même une graduation dans ces histoires et il est évident que le véritable sujet est dans la dernière histoire sur la Révolution française. Sans perdre le sarcasme de la première histoire, ni le romantisme de la deuxième, le docteur noir ajoute de la gravité et de la méthodologie à la troisième.
En 1832, quand Vigny a publié ce roman, la seule république connue des Français était celle fondée par les Terroristes. Aussi, les portraits de Robespierre et Saint-Just, peints par le Docteur noir, font songer aux pires dictateurs du vingtième siècle. La haine féroce et ordinaire, la soif du sang derrière une façade de vertu sont les symptômes du despotisme.
La raison de Vigny conseille à son coeur de ne pas se mêler de politique et de se réfugier dans la solitude. L'organisation sociale, quelle qu'elle soit, est toujours un mensonge, il n'y a rien à faire avec elle, seuls le hasard et le destin la dirigent en fin de compte. La vérité se trouve toujours dans la solitude et s'il y a une liberté elle est dans l'imagination du poète.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Henri-l-oiseleur
  28 février 2016
"Stello" n'est peut-être pas le roman le plus réussi de Vigny, car l'impulsion narrative est sans cesse entravée par la thèse, la pensée et l'idée que l'auteur veut démontrer à travers son livre. On hésite entre le roman à thèse et l'essai narrativisé. Mais cet échec romanesque relatif n'empêche pas de trouver de fort belles pages (un peu comme "Les Martyrs" De Chateaubriand, roman raté mais splendide recueil de proses). D'autre part, on voit naître le mythe du poète maudit, de l'artiste "suicidé de la société", mythe qui a encore de profonds échos dans la culture actuelle. Enfin, la scène inoubliable (dans Daphné) de la bibliothèque incendiée par les révolutionnaires et des livres jetés à la Seine, de même que la figure de Julien l'Apostat, signalent non seulement l'opposition du poète et du bourgeois, mais aussi la persécution de l'artiste et de l'art par le peuple ignorant et barbare, motif que l'on retrouvera abondamment dans le vécu des intellectuels sous le communisme au XX°s. Un livre qui donne beaucoup à penser.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
JacobBenayoune
  22 octobre 2013
En voilà un très beau roman. Composé de trois récits distincts sur trois poètes morts jeunes: Gilbert, Chatterton (qui sera aussi le héros d'une pièce du même auteur) et le plus connu d'entre les trois André Chénier. Ces récits sont racontés par le Docteur Noir à un jeune mélancolique (l'un des personnages qui illustre ce fameux mal du siècle) qui a un talent de poète. le poète est condamné et étouffé par sa société, voilà l'idée majeure de ce roman. L'une des parties que j'avais appréciée surtout est celle concernant Chénier avec ce cadre épique de la Terreur (que j'ai rencontré aussi dans "Les dieux ont soif"). On appréciera aussi cette ordonnance du Docteur Noir pour guérir son ami Stello de son mal poétique "séparer la vie poétique de la vie politique". Mais surtout ce style pittoresque de Vigny le poète.
Commenter  J’apprécie          50
Duluoz
  29 juin 2019
Aujourd'hui ce livre pourrait rentrer dans la collection "la poésie pour les nuls", je plaisante bien sûr, il n'en reste pas moins que l'ordonnance en quatre point du docteur Noir:
-Séparer la vie poétique de la vie politique
- Seul et libre accomplir sa mission
-Éviter le rêve maladif et inconstant
- Que l'espérance soit la plus grande des folies
reste une prescription incontournable pour qui veut se dire poète.
Commenter  J’apprécie          10
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   23 février 2013
« Donnez-moi un verre d’eau : j’ai quatre-vingts ans, moi ; cela me fait mal.
— Ce ne sera rien, monseigneur, lui dis-je : seulement, il y a dans ce pouls quelque chose qui n’est ni la santé ni la fièvre de la maladie... C’est la folie », ajoutai-je tout bas.
Je dis au malade :
« Comment vous nommez-vous ? »
Rien... ses yeux demeurèrent fixes et mornes...
« Ne le tourmentez pas, Docteur, dit M. de Beaumont, il m’a déjà dit trois fois qu'il s’appelait Nicolas-Joseph-Laurent.
— Mais ce ne sont que des noms de baptême, dis-je.
— N’importe ! n’importe ! dit le bon archevêque avec un peu d’impatience, cela suffit à la religion : ce sont les noms de l’âme que les noms de baptême. C’est par ces noms-là que les saints nous connaissent. Cet enfant est bien bon chrétien. »
Je l’ai souvent remarqué, entre la pensée et l’œil il y a un rapport direct et si immédiat, que l’un agit sur l’autre avec une égale puissance. S’il est vrai qu'une idée arrête le regard, le regard, en se détournant, détourne aussi l’idée. J’en ai fait l’épreuve auprès des fous.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
LydiaBLydiaB   04 mai 2010
Kitty Bell était une jeune femme comme il y en a tant en Angleterre, même dans le peuple. Elle avait le visage tendre, pâle et allongé, la taille élevée et mince, avec de grands pieds et quelque chose d’un peu maladroit et décontenancé que je trouvais plein de charme. A son aspect élégant et noble, à son nez aquilin, à ses grands yeux bleus, vous l’eussiez prise pour une des belles maîtresses de Louis XIV dont vous aimez tant les portraits sur émail, plutôt que pour ce qu’elle était, c’est-à-dire une marchande de gâteaux. Sa petite boutique était située près du Parlement, et quelquefois, en sortant, les membres des deux Chambres descendaient de cheval à sa porte, et venaient manger des buns et des mince-pies en continuant la discussion sur le Bill. C’était devenu une sorte d’habitude, par laquelle la boutique s’agrandissait chaque année, et prospérait sous la garde des deux petits enfants de Kitty. Ils avaient huit ans et dix ans, le visage frais et rose, les cheveux blonds, les épaules toutes nues et un grand tablier blanc devant eux et sur le dos, tombant comme une chasuble.

Le mari de Kitty, master Bell, était un des meilleurs selliers de Londres, et si zélé pour son état, pour la confection et le perfectionnement de ses brides et de ses étriers, qu’il ne mettait presque jamais le pied à la boutique de sa jolie femme dans la journée. Elle était sérieuse et sage ; il le savait, il y comptait et, je crus, en vérité, qu’il n’était pas trompé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
JacobBenayouneJacobBenayoune   22 octobre 2013
SEPARER LA VIE POETIQUE DE LA VIE POLITIQUE.
Et pour y parvenir :
I. — Laisser à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire le droit d’être, à chaque heure de chaque jour, honni dans la rue, trompé dans le palais ; combattu sourdement, miné longuement, battu promptement et chassé violemment.
Parce que l’attaquer ou le flatter avec la triple puissance des arts, ce serait avilir son œuvre et l’empreindre de ce qu’il y a de fragile et de passager dans les événements du jour. Il convient de laisser cette tâche à la critique du matin, qui est morte le soir, ou à celle du soir, qui est morte le matin. — Laisser à tous les Césars la place publique, et les laisser jouer leur rôle, et passer, tant qu’ils ne troubleront ni les travaux de vos nuits ni le repos de vos jours. — Plaignez-les de toute votre pitié s’ils ont été forcés de se mettre au front cette couronne Césarienne, qui n’a plus de feuilles et déchire la tête. Plaignez-les encore s’ils l’ont désirée ; leur réveil en est plus cruel après un long et beau rêve. Plaignez-les s’ils sont pervertis par le Pouvoir ; car il n’est rien que ne puisse fausser cette antique et peut-être nécessaire Fausseté, d’où viennent tant de maux. — Regardez cette lumière s’éteindre, et veillez ; heureux si vos veilles peuvent aider l’humanité à se grouper et s’unir autour d’une clarté plus pure !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
NMTBNMTB   08 novembre 2017
Car s'il n'y a de monstres qu'aux cabinets anatomiques , toujours y a-t-il de si misérables créatures , tellement livrées et si brutalement, à des instincts obscurs et bas , tellement poussées , sous le vent de leur sottise , par le vent de la sottise d'autrui , tellement enivrées , étourdies et abruties du sentiment faux de leur propre valeur et de leurs droits établis on ne sait sur quoi , que je ne me sens ni rire ni larmes pour eux , mais seulement le dégoût qu'inspire le spectacle d'une nature manquée . Les Terroristes sont de ces gens qui souvent m'ont fait ainsi détourner la vue, mais aujourd'hui je l'y ramène, pour vous, cette vue attentive et patiente que rien ne détournera de leurs cadavres jusqu'à ce que nous y ayons tout observé, jusqu'aux os du squelette.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
NMTBNMTB   08 novembre 2017
Le Poète a une malédiction sur sa vie et une bénédiction sur son nom. Le Poète, apôtre de la vérité toujours jeune, cause un éternel ombrage à l'homme du Pouvoir, apôtre d'une vieille fiction, parce que l'un a l’inspiration, l'autre seulement l'attention ou l'aptitude d'esprit ; parce que le Poète laissera une œuvre où sera écrit le jugement des actions publiques et de leurs acteurs ; parce qu'au moment même où ces acteurs disparaissent pour toujours à la mort, l'auteur commence une longue vie. Suivez votre vocation. Votre royaume n'est pas de ce monde, sur lequel vos yeux sont ouverts, mais de celui qui sera quand vos yeux seront fermés.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Alfred de Vigny (22) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alfred de Vigny
Alfred de Vigny – La passion de l'honneur Documentaire de 1972.
autres livres classés : poèteVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (5 - essais )

Roland Barthes : "Fragments d'un discours **** "

amoureux
positiviste
philosophique

20 questions
404 lecteurs ont répondu
Thèmes : essai , essai de société , essai philosophique , essai documentCréer un quiz sur ce livre