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EAN : 9782847207200
84 pages
Gaïa (17/08/2016)
3.86/5   22 notes
Résumé :
«J'aurais pu me douter qu'en revenant je t'aurais trouvé là. Sans réfléchir, j'ai levé la poignée au lieu de la pousser vers le bas, c'est drôle, ma main avait gardé la mémoire de son installation à l'envers. Dans l'escalier, sur la première marche, les deux tomettes descellées ont fait leur bruit d'assiettes. C'était il y a cinq mois et quelques poussières, dans la lumière de l'hiver.»La première fois dans la Grande Villa, c'était comme si je la connaissais depuis ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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isanne
  14 mars 2021
Il y a d'abord une grande maison en bord de mer - La Grande Villa - avec son caractère, ses manies, les tomettes qui cliquettent, les poignées qu'on actionne à l'envers, les jeux de lumière du soleil dans les fenêtres, les voilages, sur les planchers, les meubles, l'armoire rouge du vestibule...
Un antre dans lequel la narratrice vient retrouver une présence, un autre séjour cinq mois plus tôt mais accompagnée cette fois-là, un lieu où elle vient chercher une consolation, la possibilité, en évoquant une présence en ce lieu, de rompre les liens étouffants du chagrin...
Il y a le platane dont les branches sont si longues, la ramure si étendue que les feuilles se tendent comme autant de mains à travers les croisées, aussi douces que peut l'être une caresse qui console, qui étreint...
Il y a l'eau, celle où l'on nage, celle où l'on flotte, celle où l'effort physique tente de faire taire l'esprit, l'eau comme une frontière, l'eau comme une promesse de départ vers un autre pays...
Il y a la solitude, celle de cette fille qui reste, gardienne de la mémoire de ce père qui n'est plus...
Il y a les tentatives d'écritures de cette jeune femme qui tente d' exorciser la douleur d'une absence, les silences qui ne peuvent être effacés, qui tente de dompter les mots pour calmer les idées qui assaillent, les regrets qui submergent, calmer ces mots qu'on n'a pas osé prononcer et qui toujours hantent et reviennent...
Les souvenirs, comme autant de clichés en noir et blanc, comme autant de moments qui sont restés gravés en mémoire, comme autant de circonstances rêvées, imaginées, inventées...
Il y a l'absence, le vide, la perte, l'envie d'une consolation peut-être, ou simplement le désir de garder un lien, une main tendue par delà la mort...

De ce père disparu, trop peu connu finalement parce qu'il intimidait tant la petite fille qui l'observait, de ces questions jamais posées comme autant de montagnes jamais escaladées, de cette absence qu'on voudrait interroger, sonder pour rattraper tout ce qu'on n'a pas su apprendre, tout ce qu'on n'a pas demandé, ce qu'on est obligé d'édifier pour faire revivre celui dont la main a glissé.
De ces mots qui doivent être écrits pour dire les sentiments qu'on a tus, par pudeur, par timidité. Comme si en les prononçant, il leur était donné la possibilité d'être encore entendus, d'avoir encore une raison d'être, d'atteindre celui à qui ils sont destinés...

(...)
"Avoir vingt ans, perdre son père (...) Alger la Blanche, oui, et avant la Mer de Chine, le Tonkin, la Cochinchine. Tu pensais quoi au bastingage ? Combien de semaines, combien de nuits ? (...)"
(...)
"La dernière fois nos mains ensemble, c'étaient les miennes autour de la tienne, sans la serrer pour ne pas te réveiller, comme on enveloppe une fleur épanouie, une main en cloche au dessus de l'autre pour ne pas la froisser. La dernière fois nos mains ensemble, c'était les miennes autour de la tienne, je m'étais endormie à tes côtés. Et de cette sieste, tu ne t'es pas réveillé."
(...)
"Quand l'écriture trouve la grande solitude pour y naître, on n'est plus seul. Aussi peut-être est-ce pour ça qu'on écrit, pour ne pas faire seul le voyage. Et rendre plus douce l'attente. de l'amour, de la mort."
(...)
Un livre tout en résonance.
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JOE5
  01 octobre 2016
Masse critique de Babelio. Encore une petite merveille de délicatesse. Une écriture vivante, sensible qui épouse la souffrance du deuil, qui l'allège. Chacun trouve ses outils pour faire face, la marche, comme dans « Inventer le jour « de Fabienne Thomas, la nage et l'écriture ici, pour moi, sans doute ces lectures. Un très bel hommage aux disparus, aux sillons qu'ils ont creusés sur le terrain de nos vies, à leur présence devenue absence. Une très belle évocation du vécu sensible et profond du manque, de la prise de conscience du non-retour, et un très beau ressenti sur l'écriture, sa difficulté et son pouvoir libérateur. Ce livre s'écrit au fil des jours, des humeurs changeantes mais toujours adombré par « la grande villa » devenue sous la plume de Laurence Vilaine un personnage vivant dont on sent le souffle vivant et dont on entend les palpitations.
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Marylou26
  26 novembre 2021
Une femme, la narratrice (l'auteure ?), retrouve un lieu – la Grande Villa -, où elle a déjà séjourné, pour y effectuer une résidence d'écriture, alors qu'elle vient de perdre son père. Les mots manquent pour dire l'absence – on imagine que la perte est récente -, et l'écriture, qu'elle convie, ne répond plus, ce qui donne lieu à des réflexions sur l'écriture, n'apportant cependant rien de bien nouveau. Beaucoup sur la lumière, sur la nage, peu sur le père, sur le chagrin... L'exercice m'a laissée plutôt froide.
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Achillevi
  29 octobre 2020
Un court texte qui vagabonde. Des pensées qui s'écoulent au fil des pages et interrogent sur le sens à donner à l'écriture comme acte, aux souvenirs laissés par un père tout juste disparu ; des pensées qui éclosent à l'abri de la gangue protectrice qu'offre la Grande Villa.
De bien jolies phrases ciselées avec délicatesse, où les mots suggèrent plus qu'ils ne disent. Une réflexion sur le sens de ce que nous vivons, ressentons, sur le lien entre les générations, non pas structurée mais qui se développe par bribes et par petites touches.
Un rythme lent et apaisant comme une douce mélopée. Bref, un moment bien agréable au coeur de cette Grande Villa.
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cedratier
  20 juin 2018
« La Grande Villa » Laurence Vilaine (79p, Gaïa).
Un très court roman ; c'est écrit dessus. Mais si un roman nous raconte une histoire, comme les aiguilles à tapisser finissent par dessiner un paysage cohérent, alors peut-être est-ce autre chose qu'un roman, et même pas exactement un récit ; on a l'impression que LV tire sur la pelote emmêlée, défait les noeuds du fil d'une vie comme ils lui viennent à la mémoire, à partir d'un évènement très précis et douloureux, celui de la perte, du deuil.
J'ai eu un peu de mal dans les vingt premières pages, car je n'ai pas vu où l'auteur voulait m'emmener ; comme s'il y avait une intention délibérée de brouiller les pistes, de retenir quelque chose (et dans ces situations de lecture, je résiste à lâcher prise, à me laisser guider sans savoir où l'on va). Malaise assez vite dissipé, car le voile se lève petit à petit sur l'objet de ce texte, et on est, alors, gagné par la bouleversante intensité qui s'en dégage.
Les observations, fines, font mouche : le malaise du vieil homme et ses stratégies pour masquer ses ignorances ; le moment, poignant, où il prend conscience de ses égarements de plus en plus importants. Et quand LV file la métaphore, c'est très parlant ; telle celle de l'enfant qui préfère les fraises aux cerises pour camoufler sa crainte de monter à l'arbre. Et puis il y a l'écriture comme exigence absolue, qui s'abreuve ici pour Laurence Vilaine de la perte et du manque, de la souffrance ; ou l'écriture comme violence lorsque, tel un amant lassé, elle se refuse, et il n'y a plus qu'impuissance.
Et dès les premières lignes, j'ai été saisi par une langue très soignée, poétique et vivante, très imagée aussi, et c'est sans doute là que ce livre prend toute son épaisseur. Pas de démonstration, juste quelques citations :
« - (…) la chaleur, ramassée dans les murs et entre les lattes du vieux parquet, assoupie dans les grands rideaux épais ou juste posée sur les tomettes grâce à elle toujours tièdes… »
« - Peut-être que je combats des tourments qui ne sont pas les miens et que je pleure à éplucher les oignons des autres. »
« - Ecrire n'est plus à ma portée (…) Pas un mot. Que je gratte à sa porte, ou que je cogne, l'écriture ne répond pas, et quand je cours et la rattrape, elle change de trottoir et chausse les lunettes noires. Je perfore mes pages de blancs, de « peut-être « et de « sans doute ». Ça répond absent. »
« - Peut-être faut-il des nuits comme celles-ci qui ne veulent pas du matin, parce qu'elles donnent aux mots le temps de dormir un peu, et la chance de renaître. »
Un livre de la souffrance, celle de perdre l'être cher ou de se heurter aux mots qui ne veulent pas, de la difficulté de « faire littérature », mais un livre aussi où la nature est évoquée avec une très belle sensualité.
Intense, très bien écrit, et très émouvant, c'est une belle petite pépite.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
isanneisanne   14 mars 2021
Faire lentement pour faire juste, comme quand je parle je cherche le mot qui rarement me vient d'emblée, étirant souvent les silences comme on tire un fil de sucre brûlant jusqu'à ce qu'il froidisse et se brise. J'ai le besoin de cette justesse-là qui semble conduire au plus proche de soi, qui touche le coeur et colle tous les morceaux, alors on se sent un tout, un bloc, un morceau vivant jusqu'à la moelle. Ca pourrait ressembler à quelque chose de la vérité, à quelque chose de sa propre vérité, presque comme une certitude, peut-être la seule possible et défendable : ça toucherait du doigt qui on est exactement, justement, à ce moment-là quand on se sent comme un bloc. Ca dit le vrai de l'instant, ça dit le vivant, comme il est, oui, à cette seconde-là précisément. Je ne sais pas s'il y a les mots justes pour ce que je veux dire là.
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XynthiaXynthia   17 août 2016
En nageant je t’ai parlé. Des mots à toi comme une
évidence, un flux de mots au rythme de mes gesticulations
dans l’eau, puis je les ai égarés – peut-être
parce que je nage vite, oui, je me dépêche et je nage
en désordre. Mes mâchoires restent soudées, et mes
poumons dans leur étau. Je suis presque nue, mais
une cuirasse écrase ma poitrine et pour flotter il me
faut batailler. J’alterne les nages, je tourne la tête, je
l’immerge, je cherche l’oxygène – juste respirer parfois
fait mal.
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XynthiaXynthia   17 août 2016
Je te parle comme on écrit une lettre, ou peut-être
est-ce l’inverse. Aura-t-elle l’épaisseur d’un cahier, j’en
serais heureuse, cela signifiera peut-être que j’aurai
réussi à tenir la conversation, à dire ce que j’ignore,
là, maintenant du haut de cette page vierge. J’ai écarté
mon clavier pour un crayon, et quand d’habitude je
préfère les feuilles sans marges ni carreaux, hier leur
blancheur m’a donné le sentiment que j’allais m’y
noyer – j’ai acheté un cahier avec des lignes. Cette fois,
je travaillerai dans la grande chambre
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eckmuhleckmuhl   04 juillet 2016
Je nage entre les lignes comme j'écris sur celles de mon cahier, sans pause et en levant à peine la pointe de mon crayon - et comme on ne rebrousse pas chemin dans le désert, je ne fais pas de ratures, je les garde tous, les mots et leurs silences, qui peut-être, conduiront au plus juste.
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JOE5JOE5   01 octobre 2016
Oh non, bien sûr que non, cette lettre n'est pas un procès, elle est une simple adresse, comme une urgence, un souci de consolation que je t'envoie, ou est-ce un besoin de réparation que je guette ? Un post-scriptum qui veut te dire, ce n'était pas grave ? Peut-être devrait-on installer des boîtes postales à la grille des cimetières, pour les nota bene, les errata, un sorte de lettre au Père Noël sans secrétaire pour la réponse - s'il vous plait, pour les non-dits quand vous n'étiez pas morts, un dernier mot, promis et on vous laisse mourir en paix.
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Vidéo de Laurence Vilaine
Interview de Laurence Vilaine, journaliste-enquêtrice et romancière, auteur d'un premier livre intitulé Le Silence ne sera qu'un souvenir. Dans cette première oeuvre elle aborde la condition du peuple Rom à travers l'histoire d'une communauté vivant en Slovaquie et dont elle nous a fait part lors d'un "café littéraire" de l'Institut Français de Valencia
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