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ISBN : 2364683971
Éditeur : Editions du sous-sol (14/08/2019)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 25 notes)
Résumé :
“Mon coeur ressemble à un arbre noir couvert d’oiseaux jaunes qui piaillent et me perforent la chair.” Tel est l’autoportrait brut et sans tabou d’un écrivain confronté à la disparition de ses parents. Assailli par les fantômes de son passé, il retrouve espoir dans le souvenir baigné de lumière jaune de leur amour et de la beauté d’antan. À travers l’évocation d’une famille modeste, c’est alors la peinture d’une certaine Espagne qui se révèle à nous dans toute sa co... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  27 septembre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #24 °°°
Comment puis-je autant aimer un livre qui semble tout faire pour se rendre mal aimable ? Un chaos narratif assumé où les digressions semblent divaguer erratiquement en faisant fi de toute chronologie ... Un narrateur dépressif, embourbé dans sa solitude, quinqua bourré d'alcool et de cachetons, au désespoir si profond que toute empathie immédiate est impossible alors qu'il pleure la mort de ses vieux parents dont il ne se remet pas.
Ce texte très singulier ne se laisse pas facilement apprivoiser, il exige dès les premières pages une lecture concentrée et surtout un lâcher prise total. Très rapidement, j'ai été happée par le flot des mots qui construisent une cathédrale élégiaque dans laquelle l'auteur déverse toute sa rage intranquille et la douleur dévorante de son deuil, comme si j'étais directement plongée dans cet esprit en pleine tempête.
Son impudeur est saisissante : «  Mon coeur ressemble à un arbre noir couvert d'oiseaux jaunes qui piaillent et me perforent la chair dans une sorte de martyre. Je comprends le martyre qui consiste à s'arracher sa chair pour être plus nu ; le martyre est un désir de nudité catastrophique. »
Ici aucun désir de polissage ou de retenue. Manuel Vilas s'abandonne totalement au sentiment de désastre. Il livre ses tripes en offrandes au lecteur sans se soucier de l'image qu'il renvoie, ruminant le drame en toute anarchie dans l'espoir d'une catharsis apaisante qui n'arrive jamais. le moindre détail, la moindre photographie, un lieu, un simple objet peuvent faire surgir un souvenir à la fois banal et poignant sur ses parents et sa famille : l'odeur de l'huile d'olive, une cigarettes blondes fumée jusqu'au filtre, la vallée pyrénéenne d'Ordesa. Il sait trouver les mots, entre amertume exaltée et humour féroce, sans que la lecture ne soit plombée de désespérance, magie de l'écriture.. Certaines pages sont absolument splendides et sondent dans nos coeurs notre propre histoire.
«  Je suis dans la salle de bains, je me brosse les dents et sens derrière moi un être qui marche dans mes pas. Ce sont les restes de mon père et de ma mère défunts, ils s'accrochent à ma solitude, s'incrustent dans mes cheveux, leurs minuscules molécules fantomatiques suivent le parcours de mes mains et de mes pieds dans la salle de bains, tiennent à mes côtés la brosse à dents, me regardent en faire usage, lisent la marque du dentifrice, observent la serviette, touchent mon reflet dans le miroir ; quand je me mets au lit ils 'allongent près de moi, quand j'éteins la lumière, je les entends murmurer. Ce ne sont pas toujours eux ; ils sont parfois accompagnés de fantômes malades, de fantômes sales, horribles, furieux, malins ou bénins, peu importe, la condition de fantôme transcende le bien et le mal. Des fantômes de l'histoire de l'Espagne, qui est elle aussi un fantôme. Ils me caressent les cheveux pendant que je dors. »

Mais si ce récit est devenu un best-seller en Espagne, s'il y a été sacré Meilleur roman 2018, c'est aussi qu'à travers cette intimité rageusement dévoilée, c'est toute une époque qui revit, celle d'une province espagnole ( Huesca ) dans les années 1960 – 1970, à l'heure du franquisme déclinant, celle d'une famille de «  classe moyenne basse » , de parents nés après la Guerre d'Espagne, hantés par la peur du déclassement. Celle des oubliés, des invisibles, des aliénés au système, de ceux dont on ne parle pas : «  l'Espagne n'a rien donné à mes parents. Ni l'Espagne franquiste, ni l'Espagne monarchique. Au moins sous le franquisme, ils étaient jeunes, c'était au moins ça.  »
Se dessine ainsi une oeuvre inclassable, profonde, d'une sincérité totale, un hommage bouleversant à des parents qui deviennent au fil de la lecture les tiens. Un livre difficile d'accès, qui ne plaira pas à tous, mais qui moi m'a profondément plu.
Lu dans le cadre du jury Grand Prix des Lectrices Elle 2020 ( n°9 )
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jmb33320
  03 décembre 2019
Manuel Vilas est né en 1962. Il n'est donc plus tout à fait un jeune homme. Il en est même à l'heure des bilans en cette année 2014, durant laquelle sa mère meurt. Son père était décédé d'un cancer quelques années plus tôt. Sa vie privée est un échec. Il boit beaucoup trop d'alcool et se met en danger.
Ce livre impressionnant et touffu est proprement inclassable. Si j'écris qu'il est un éloge puissant de ses parents, ce n'est pas tout à fait vrai car s'il dit les avoir vraiment aimés, il ne passe pas pour autant sous silence leurs défauts et leurs manières si peu aimantes justement. de la même façon il n'a pas été un fils très présent pour eux dans leurs dernières années. Et il semble reproduire le même schéma avec ses deux fils…
Ce texte est composé de 157 courts chapitres, de quelques photographies et d'un épilogue, sous la forme d'un recueil de poésies. L'histoire de l'Espagne des années 1960 à nos jours s'y déploie sans que jamais les réminiscences y paraissent forcées. L'arrière-plan sociétal est très présent, souvent un peu rageur.
Manuel Vilas entretient une sorte de dialogue permanent avec ses morts, principalement ses parents mais aussi d'autres membres de la famille, plus éloignés, sur lesquels il sait finalement peu de choses. Mais c'est pour mieux affirmer la force implacable de la vie, pourtant si fragile en apparence
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Macabea
  03 novembre 2019
Ordesa est un livre fortifiant, où l'auteur fait preuve d'un courage et d'une honnêteté désarmante en revisitant son passé, sans l'idéaliser et sans se raconter des histoires. Il l'approche avec lucidité et humour. Pour lui, la vérité crue, ou blessante, est toujours préférable au mensonge berçant de l'illusion. Il convoque ses souvenirs : ‘le souvenir allume une lampe', écrivait Borges. Il raconte son histoire, celle de ses parents, son enfance, son adolescence, en les enquêtant à partir de sa situation présente : celle d'un cinquantenaire désabusé, divorcé, ex-alcoolique. Mais son récit dense, serré, loin d'être un lamento inlassable, un mea culpa plombant et improductif, est un est appel d'air bienfaisant et salutaire. Il y a plein de passages à mourir de rire, d'autres, d'une irrémisible désolation; des envolées lyriques inattendues à couper le souffle, des situations cocasses et insolites. Un mélange bien assemblé de registres et de genres, dans une langue souple et coulante, très agréable à lire, même en français. Il refuse le dualisme : le noir et blanc et discourt sur tout sans complexes, ni fausses hontes. Il nous parle de la mort, du sentiment de déracinement, de la perte de repères liés au vieillissement. Son récit est à la fois élégiaque, lyrique, comique, caustique, dramatique, pathétique et réaliste. C'est en quelque sorte un exutoire qui lui permet de suppurer, soulager la douleur pour ainsi parvenir à faire le deuil. Pour Vilas, ce récit est une lettre d'amour et de reconnaissance à ses parents disparus. Une voix rafraîchissante, intelligente et sensible. Sublime, en restant toujours modeste et terre à terre. J'ai pensé souvent en lisant ce livre, à ce que disait Genet à propos de la lecture : "si je n'écris pas Les Frères Karamazov en même temps que je lis, je ne fais rien." Je lisais une page et puis je m'arrêtais pour méditer, soupeser. C'est une lecture qui m'a beaucoup apportée, qui m'a pris du temps, le temps qu'il faut, parce qu'il parle de choses essentielles, d'une manière en même temps simple et complexe: vigoureuse. Cela faisait très longtemps que je n'avais lu un ouvrage aussi fort, aussi bouleversant. Plein d'élan et de courage. Si la vérité, dont nous parle ce livre nous tient en haleine, du début à la fin, c'est parce que, comme dirait Joan Manuel Serrat : « nunca es triste la verdad, lo que no tiene es remedio. »
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lettres_et_caracteres
  17 septembre 2019
Vous aimez les chroniques méchantes ? Vous allez être servis ! Je viens de sacrer Ordesa, livre de l'année dans la catégorie lectrice en colère. Il y en a toujours un ou deux chaque année pour me faire sortir de mes gonds, cette fois, pas de chance, ça tombe sur un livre de la sélection de novembre du Grand prix des lectrices Elle, catégorie Document.
Débuté sans aucun a priori négatif, bien au contraire, il ne m'a fallu qu'une vingtaine de pages pour déchanter complètement. J'ai eu l'impression de lire du Jaenada à la sauce Angot : c'est déprimant, mégalo, décousu car digressif avec un souci du détail qui tourne à l'absurde. Jugez plutôt :
"Je ne sais même pas en quelle année est morte ma grand-mère. Peut-être en 1992 ou en 1993, en 1999 ou en 2001, ou alors en 1996 ou en 2000, dans ces eaux-là." Ai-je le droit de lui dire que très sincèrement on s'en fout ?
Et quand ce ne sont pas des considérations de dates ou de vocable (ma grand-mère est-elle plutôt la mère de mon père ou ma grand-mère ? Vous avez 2 heures !) qui me font bouillir, c'est l'usage de la troisième personne du singulier par l'auteur pour parler de lui-même qui me fait définitivement péter une durite.
Je ne vais pas vous résumer le sujet de ce livre car très sincèrement je n'en ai pas la moindre idée, je me suis tellement énervée sur le style ampoulé, prétentieux, pseudo intello, enfin tout ce que je déteste en littérature, que tout le reste m'a échappé. J'ai eu l'impression de lire du vide complété de vide écrit par un auteur sous anxiolytiques à la recherche d'un public pour effectuer sa psychanalyse à moindres frais. Et par moments je peux vous garantir que j'en aurais bien pris moi aussi des petites pilules pour faire redescendre ma tension car là, elle a atteint des sommets ! Je n'ai même pas réussi à aller au bout de ce livre, j'en étais tout bonnement incapable, sous peine de me le traîner pendant des lustres et de sombrer dans une panne de lecture à la sortie, ce que je ne peux absolument pas me permettre en ce moment.
Evidemment, cet avis brut de décoffrage va complètement à l'encontre de l'avis général puisque Ordesa est salué par la critique (la vraie, celle qui sait apprécier la littérature, la vraie) et fait partie entre autres de la sélection du Prix Médicis Etranger. Mais ça n'est pas une nouveauté que de reconnaître que je n'ai pas bon goût en matière de livres "époustouflants".
Lien : https://www.lettres-et-carac..
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Arthore
  17 novembre 2019
Manuel Vilas a voulu dans ce livre désigné "meilleur livre de l'année par les quotidiens El Pais et El Mundo, nous faire partager ses émotions liées à la disparition de ses parents, ce qu'il a dit ou aurait voulu leur dire; ce qu'il a fait ou n'a pas fait avec eux.
Le déclic : la mort de son père, le ressenti d'une souffrance qui va le faire commencer à écrire ce livre.
"Je pensais que mon état d'âme était dû à une vague reminiscence d'un fait survenu dans le nord de l'Espagne, un endroit très montagneux appelé Ordesa, un souvenir jaune, la couleur jaune envahissait Ordesa, et derrière Ordesa se dessinait la silhouette de mon père au cours d'un été en 1969.
Que les objets et les êtres virent au jaune signifie qu'ils ont atteint l'inconsistance, ou le ressentiment.
La douleur est jaune, voilà ce que je veux dire."
Oui l'auteur se met à nu dans ce livre, n'évite aucun tabou, aucun reproche. Oui il décrit une certaine Espagne cependant assez personnelle. Je n'ai pas compris le pourquoi dithyrambique de certaines critiques. Passer une centaine de pages, les qualificatifs déprimants et décousus prennent le pas sur le reste. Oui l'on peut vivre avec ses fantômes mais de là à en faire plus de 350 pages...
Il y a trop de bons livres cette année pour en faire la recommandation
Certes, il venait dans ma pile juste après un coup de coeur : le bal de folles!!
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critiques presse (3)
Bibliobs   23 octobre 2019
Patient inventaire des manquements, des échecs et des revers de fortune, le livre est aussi le formidable portrait d’une Espagne désenchantée, une Espagne dont Manuel Vilas, en poète désespéré, tente d’immortaliser la beauté avant que ne survienne le « néant historique et solennel ».
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Liberation   05 septembre 2019
Dans son récit «Ordesa», le quinquagénaire affronte ses fantômes d’autrefois et relate, avec poésie, son enfance dans une famille de la classe moyenne inférieure espagnole sous forme de vignettes, comme autant de fragments d’un passé lacunaire.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeMonde   27 août 2019
En deuil de ses parents, l’écrivain Manuel Vilas ravive le souvenir d’une modeste famille espagnole à l’heure du franquisme déclinant. Un récit délicat et amer.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
ValleerieValleerie   14 janvier 2020
Je dois avoir en moi quelque chose qui, malgré ma distorsion et ma détérioration émotionnelles, m'a rendu résistant ; s'il n'en était pas ainsi, je ne serais pas de ce monde.
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croquemiettecroquemiette   23 août 2019
Mais que font-ils encore vivants, eux deux, mes parents, à contourner la légalité de la mort ? Il est certain qu'ils ne sont pas tout à fait morts. Je les vois très souvent. Mon père vient me trouver avant que je me couche, quand je me brosse les dents. Il se place derrière moi et regarde la marque de mon dentifrice, l'observe avec curiosité. Je sais qu'il veut m'interroger sur cette marque, mais il n'a pas le droit. Que je me les rappelle, qu'ils perdurent dans ma mémoire n'est pas en cause. Ce phénomène est lié à la région où les esprits séjournent et continuent de souffrir. p. 31
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Jean-DanielJean-Daniel   30 décembre 2019
Quand le corps perd sa jeunesse, ses facultés, les célibataires se laissent aller. En particulier les hommes. Et en particulier cette génération d'hommes qui n'ont pas été initiés aux tâches domestiques : des hommes qui ne savent même pas faire un lit. Au bout du compte, ils sont victimes de leur éducation qui, en théorie, les préparait à une existence pleine de privilèges.
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MelopeeMelopee   14 août 2019
Elle est passée de l’adoration de son mari à celle de ses fils, puis, après avoir adoré ses fils, elle s’est mise à adorer ses petits-fils, toujours dépendante de ce qui allongeait, étirait sa propre existence dans le royaume indéfini de la vie sur terre. (pp.328-329)
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MacabeaMacabea   03 novembre 2019
La verdad es lo más interesante de la literatura. Decir todo cuanto nos ha pasado mientras hemos estado vivos. No contar la vida, sino la verdad. La verdad es un punto de vista que enseguida brilla por sí solo. La mayoría de la gente vive y muere sin haber presenciado la verdad. Lo cómico de la condición humana es que no necesita la verdad. Es un adorno la verdad, un adorno moral.
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Videos de Manuel Vilas (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Manuel Vilas
Manuel Vilas – Ordesa Rencontre animée par Sophie Joubert - Interprète : Manuela Corigliano
« Tout homme finit un jour ou l'autre par se confronter à l'apesanteur de son passage dans le monde. Certains peuvent le supporter, cela n'a jamais été mon cas. » Voilà sans doute la grande surprise de la rentrée littéraire. Manuel Vilas est écrivain et poète, né en 1962 à Barbastro en Espagne. Que renferme Ordesa, ce livre-somme ? Un autoportrait profondément sincère, bruyamment intime. Mais également l'histoire d'un deuil impossible : celui de ses parents. C'est un mausolée littéraire qu'il décide de leur consacrer, redonnant vie à cette famille modeste et, à travers elle, à une certaine Espagne condamnée, comme l'écrit Antonio Muñz Molina, « à tant d'efforts pour obtenir si peu ». Aussi poétique qu'incroyablement réaliste, cette odyssée dans l'ultra-ordinaire nous laisse bouleversés et exaltés devant pareille réussite romanesque.
À lire – Manuel Vilas, Ordesa, trad. de l'espagnol par Isabelle Gugnon, éd. du sous-sol, 2019.
Le Lundi 7 octobre 2019 - 19H00
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