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EAN : 9782743629250
328 pages
Payot et Rivages (05/11/2014)
3.46/5   13 notes
Résumé :
Nous sommes en 1999. Le lieutenant Roberto de Angelis est flic à Bari. Divorcé, il a dépassé la cinquantaine et mène une vie de célibataire, entre planques et nourriture de fast-food. C'est un bon flic qui a la confiance de ses supérieurs. Il a participé à un grand coup de filet contre des politiciens corrompus et mêlés aux trafics mafieux locaux. Cependant, ces inculpations n'ont pas abouti, aucune condamnation n'a été prononcée. Aujourd'hui, le lieutenant est un h... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Renod
  18 avril 2020
Après avoir usé mes souliers en suivant les traces de Nestor Burma dans les rues de Paris, j'ai souhaité goûter à une lecture plus exotique. Par chance, je suis tombé sur la liste de Pecosa : « du noir à l'italienne ». J'y ai sélectionné ce roman sans trop savoir à quoi m'attendre.
L'auteur nous prévient en exergue : dans cette oeuvre de fiction, seule Bari, la capitale des Pouilles, « sa beauté crépusculaire, ses mille contradictions, les âmes déchirées de ceux qui y vivent » est absolument authentique. Nous allons suivre les destins croisés de deux de ces « âmes déchirées » : Roberto de Angelis, un lieutenant de police quinquagénaire et Giacinto Trentadue, un jeune dealer qu'il a pris en filature. Une amitié va naître entre ces deux hommes, Roberto se présentant comme un fonctionnaire du Trésor public. Mais ils vont connaitre deux trajectoires opposées : le policier victime d'insomnie et déstabilisé par sa relation avec une adepte du sadomasochisme va s'enfoncer dans la dépression quand le jeune dealer va prendre de l'importance au sein de son clan en se révélant être un tueur froid et efficace. La liaison dangereuse entre un flic et un truand… c'est un classique du genre mais je trouve que les ressorts de ce type d'intrigue sont bien exploités dans ce roman.
Alession Viola dépeint cette région du sud de l'Italie dans son ensemble. C'est une société postindustrielle où les clivages politiques autrefois explosifs se sont éteints. Les clans mafieux du centre-ville sont concurrencés par des organisations criminelles s'installant en périphérie de l'agglomération où elles développent leur influence sur l'arrière-pays. Dans ce roman, l'auteur décrit l'essor du clan de Poggiofelice. Ce village né d'un programme immobilier typique des années 90 est squatté par des familles de sous-prolétaires exclues du centre-ville. Elles y vivent en communauté sous l'égide d'un chef à l'autorité incontestable. le clan tire des revenus de toutes les activités criminelles imaginables : recel, prostitution, racket, paris truqués, trafics de cigarette, d'armes et surtout de drogue.
Le polar nous fait découvrir la beauté de Bari, ses vieilles ruelles, ses monuments historiques, ses plages et ses ports ouverts sur l'Adriatique. La gastronomie y a une importance cruciale : cela va de la malbouffe avec des panini ou des panzerotti cuits dans une huile rance, en passant par les spécialités locales : zampina, foccacia ou abats d'agneau farcis préparés par les matrone aux repas gastronomiques où les produits de la mer (calamars, oursins, huîtres) tiennent une place importante. C'est donc un tableau contrasté de Bari qui nous est livré : d'un côté, il y a la carte postale, une ville au riche patrimoine et aux spécialités culinaires irrésistibles ; de l'autre, il y a une société gangrenée par des « hordes sauvages » dépourvues de tout sens moral. le lecteur, a contrario du touriste, découvre grâce à ce polar les deux faces de cette ville.
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Nicolas9
  09 novembre 2019
Roberto de Angelis, lieutenant de police à Bari ne s'est aperçu de rien. Pourtant, il s'est réveillé ce matin-là avec un sentiment ambigu : Giacinto, le jeune dealer qu'il suivait depuis une semaine, est devenu du jour au lendemain son meilleur et unique ami.
Comment ce quinqua sur le déclin a-t-il pu en arriver là ? Pour un homme menant une existence équilibrée, la question peut légitimement se poser. Pour ce loup solitaire semi-alcoolique et insomniaque, c'est presque la conséquence logique d'une démobilisation progressive due notamment à une perte de sens abyssale : « A quoi rime ma vie ? A quoi bon risquer ma peau pour arrêter des mafieux tout en sachant que le lendemain un nouveau caïd prendra la place de celui que je viens de mettre à l'ombre ? »
Ces questions existentielles, Roberto était toujours plus ou moins parvenu à ne pas se les poser, année après année, désillusion après désillusion. Or là, la sympathie que lui inspire Giacinto, la gentillesse pour ne pas dire l'amour fraternel que lui témoigne ce criminel, entament progressivement ses dernières réticences à passer de l'autre côté.
Alessio Viola réussit la prouesse de nous faire voir le monde à travers les yeux et le coeur de son antihéros. Dans une Italie du Sud où seules les apparences sont sauves, à quoi peut se raccrocher un flic originellement intègre ? Quel célibataire paumé aurait la force suffisante pour résister à l'amitié sincère et réconfortante d'un mafieux plein d'avenir ? Comment snober les repas offerts dans les meilleurs restaurants, la coke à volonté et les corps sublimes des putains portugaises de passage ?
Avant d'être immergé dans l'improbable réalité de la vie à Bari, j'avais plutôt l'impression que le bien et le mal étaient séparés par une frontière bien délimitée. Désormais, sans pour autant tomber dans l'angélisme naïf, j'en suis moins sûr. Et c'est d'ailleurs là toute la force de ce roman : nous permettre de visiter les Sodome et Gomorrhe d'aujourd'hui par l'intermédiaire d'un homme qui a (presque) perdu toute espérance et qui, tel un naufragé, se raccroche à la première créature vivante qu'il rencontre, même si celle-ci est une méduse ou un requin...
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encoredunoir
  14 décembre 2014
À Bari, à la fin des années 1990, une nouvelle bande, plus violente, moins soucieuse des règles, monte au sein de la mafia éclatée des Pouilles. Parmi eux, Giacinto Trentadue commence à se faire un nom dans le quartier de Poggiofelice grâce à son aptitude naturelle à tuer sans se poser de questions. de son côté, le lieutenant de police Roberto de Angelis, quinquagénaire insomniaque au bord de la dépression engagé dans une relation complexe avec une doctoresse adepte de la domination, surveille de près la bande de Poggiofelice. de si près, qu'il se lie peu à peu d'une véritable amitié avec Giacinto. Au risque que ces deux relations complexes et pernicieuses le fassent basculer du mauvais côté.
Le roman d'Alession Viola vaut bien entendu d'abord pour sa description de la relation qui se noue entre Trentadue et De Angelis et la façon dont se dernier, au contact du jeune tueur, semble se libérer en partie du poids des conventions et des règles qui l'écrasent. En n'étant plus vraiment un flic tout en n'étant pas non plus un mafieux, mais en ayant la possibilité d'arranger alternativement sa vie grâce à son statut officiel d'un côté et à ses liens avec Giacinto de l'autre, il s'offre une liberté ou à tout le moins une illusion de liberté, qui l'entraîne peu à peu sur une pente glissante. Tout cela, Viola l'écrit d'une manière on ne peut plus classique voire, parfois, un peu naïve tout en sachant malgré tout maintenir une réelle tension. En effet, si le destin de Giacinto Trentadue semble dès le départ gravé dans le marbre, il réserve toutefois une multitude de portes de sortie à Roberto de Angelis ; et l'on se demandera jusqu'au bout s'il les empruntera ou même s'il n'en a pas à certains moments emprunté sans que l'on s'en aperçoive. Excellent acteur, véritable pourri ou simplement homme égaré, le portrait de de Angelis est mouvant, difficile à arrêter et à cerner.
Celui qui ne dormait pas vaut ensuite pour sa peinture de la pègre des Pouilles et de l'environnement social et historique dans lequel elle s'enracine. Dans ces villages absorbés par l'agglomération mais qui demeurent autant de fiefs dans lesquels les affaires se règlent en famille, dans ces relations institutionnalisées entre les caïds locaux et la population qui dépend pour grande partie d'eux, dans la corruption et l'inconséquence administrative sur lesquelles la criminalité organisée fait son lit. La description de ces clans qui tiennent plus d'un mélange de féodalité et de liens familiaux circonscrits à des zones bien délimitées qu'à la pieuvre que peut représenter la Cosa Nostra, tout comme celle de l'expansion de Bari et des liens de sociabilité qui entrent en jeu dans cette ville provinciale du sud de la péninsule, donnent au roman d'Alessio Viola une couleur à part et un charme indéniable.
Encore une belle découverte à faire du côté du polar italien.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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Tristale
  27 avril 2016
Alessio Viola emmène le lecteur en Italie, dans la région des Pouilles, gangrenée par la mafia.
Une faction dirigée par Episcopio, dont le fiel se trouve à Poggiofelice, village totalement investit par ses troupes, prends de plus en plus de place dans le paysage. Avec eux pas de demi mesure, et les règlements de compte vont bon train. C'est qu'ils ont parmi eux un tueur sans scrupule, Giacinto trentadue.
Se glisse parmi eux Roberto de Angelis, lieutenant de police à Bari. Cet homme dépressif, désabusé, et empêtré dans une relation destructrice avec une femme médecin aux besoins sexuels particuliers, va nouer une amitié dangereuse avec Giacinto.
Le lecteur assiste, fasciné et perplexe, au basculement de de Angelis vers les coté obscurs d'un monde où tuer est aussi simple que de souffler une bougie. Ce flic qui fut un jour du coté de la lumière sombrera-t-il complètement? Reste-t-il en lui un peu de cette flamme de justice qui l'animait avant? Rien n'est moins sur.
Je n'ai jamais été attiré par les polars italiens. Pourtant celui ci m'a bien plu. J'ai aimé cette écriture ténébreuse, descriptive d'une vie d'homme déboussolé, seul, aux choix néfastes et qui trouve un bonheur éphémère dans des relations vouées à l'échec.
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Rob7
  09 juin 2016
Le lieutenant de police Roberto de Angelis à une mission c'est d'infiltrer un clan de la ville de Bari en Italie. Homme très sensible démoralisé par la séparation avec sont épouse il va prendre des risques inconsidérés pour arriver à gagner la confiance d'un jeune dealer nommé Giacinto. En parallèle il rencontre une doctoresse qui pratique le saxo masochiste. de Angelis cette aventure il ne la vie pas très bien et va jusqu'à provoquer le maître possesseur de sont amante. L'auteur nous fait vivre à travers sont roman une descente en enfer pas très réjouissante. Un bon polar à la sauce italien voir à la découverte des petits plats italien de la région de Bari.
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Nicolas9Nicolas9   09 novembre 2019
Il croisa un groupe de politiciens devant l'entrée de l'hôtel de ville. Il reconnut parmi eux l'ex-président du conseil municipal, en compagnie d'un adjoint et d'autres gentilshommes d'extractions diverses, qui, les bras enlacés, riaient bruyamment de quelque plaisanterie, accompagnés du sourire complaisant et soumis des vigiles de garde.

Quelques années plus tôt De Angelis avait participé à l'arrestation de plusieurs d'entre eux, président compris, sans parler de divers fonctionnaires de la mairie, gens de la pègre de leur entourage, un coup de filet qui avait jeté la stupeur sur la ville. Procéder à cette opération lui avait procuré un certain plaisir ... et aussi quelques espoirs.

Cela avait peut-être été la dernière fois qu'il avait pensé que quelque chose pourrait changer, à Bari comme en Italie. Ils avaient passé des mois à intercepter, suivre, contrôler, filmer.

Un juge les avait mis en examen puis incarcérés pour corruption, concussion, recel de biens publics et une longue série de délits mineurs. La mairie s'était révélée un entrelacs d'affaire véreuses, il s'en fallait de peu que les clans ne fussent assis directement dans les fauteuils du conseil municipal.

Puis de années s'étaient écoulées et le procès ne s'était toujours pas ouvert. Ils étaient tous de nouveau en liberté et personne ne pouvait dire s'ils seraient un jour condamnés ; entre-temps, ils continuaient comme les autres à traficoter à l'ombre de la mairie et à être réélus sans problème.
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RenodRenod   15 avril 2020
« … ils sont tous devenus barjots, selon moi, le priso pourrait péter d’un moment à l’autre. Trop de dingues, trop de drogue, trop d’armes… »
La délicate métaphore faisait allusion à une vieille coutume méridionale consistant à recueillir les déjections familiales dans un récipient de céramique, le priso, qu’il valait mieux éviter de casser quand on l’avait entre les mains…
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Nicolas9Nicolas9   09 novembre 2019
Son corps était non seulement vieilli, mais fané, privé de vigueur. Il aurait peut-être dû se marier et faire trois enfants, pour trouver de nouvelles raisons de vivre dans une chaleur familiale. Ou peut-être aurait-ce été pire?

On s'en foutait du mariage, des couches à changer, des repas du dimanche chez la belle-mère, de la crèche à huit heures du matin, l'ablation des amygdales et tout le reste. C'était mieux ainsi : ce qu’il adviendrait de sa vie ne regardait que lui, personne d’autre ne serait blessé, et il en était fier.
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Nicolas9Nicolas9   09 novembre 2019
L'heure finit toujours pas sonner: les éternelles promesses, surtout celles qu'on se fait à soi-même, ne résistent pas à l'épreuve du temps ni de l'espace.
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rkhettaouirkhettaoui   22 septembre 2015
Il haïssait ce type de femmes qui permettent aux hommes, les pires de leur espèce, les plus frustrés, les plus violents, de devenir leurs maîtres, de les exploiter, perpétuant l’idée qu’une femme n’est qu’un morceau de chair. Il y a des bêtes sauvages qui doivent mourir : dans son esprit, cette pensée était désormais claire et définitive.
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