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EAN : 9782228898577
422 pages
Éditeur : Payot et Rivages (18/05/2004)

Note moyenne : 4/5 (sur 12 notes)
Résumé :
« La France sera virile ou morte », a t'on dit en 1944. Virile, elle le fut, et les tontes des femmes accusées de collaboration en témoignent.
Sur cet épisode de notre histoire qui, aujourd'hui encore, continue de susciter un malaise, on croyait tout savoir: ayant couché avec l'ennemi, des femmes avaient été violemment punies, dans un très court laps de temps, par des foules vengeresses et des résistants de la dernière heure...
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Tandarica
  09 décembre 2019
Deux choses aussi subjectives l'une que l'autre, m'ont convaincue, il y a longtemps à sa sortie en 2000, de me lancer dans cette lecture. Tout d'abord la perception des images comme cette scène de tonte en banlieue parisienne (août 1944) tirée d'un film muet en noir et blanc réalisé par Maurice Krebs (page 126–127), ensuite la très impressionnante bibliographie (p. 349-379).
C'est ainsi que commence l'introduction : « De 1943 au début de l'année 1946, la tonte de la chevelure a été massivement pratiquée à l'encontre de femmes accusées d'avoir collaboré avec l'occupant allemand. 20 000 femmes environ, de tous âges et de toutes professions, ont été tondues sur l'ensemble du territoire français. Il s'agit d'une pratique multiforme, dans son déroulement comme l'identité de ses auteurs. »
En trois parties (Du mythe à la réalité, le temps des tontes, Pourquoi) l'auteur tente d'expliquer le phénomène de la tonte des femmes à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Il révèle un certain nombre de résultats assez intéressants de ses recherches (ce livre est issu de la thèse de doctorat soutenue en 1999) : les tontes ont commencé pendant l'Occupation, commanditées souvent par la Résistance elle-même, qui a longtemps adopté une attitude ambivalente, vis-à-vis des tontes, souvent tolérées, voire encouragées aux premiers temps de la Libération ; on tente par la suite d'éradiquer le phénomène un peu comme on peut. Les tontes étaient censées sanctionner ce qu'on appelle la « collaboration horizontale », alors que les relations sexuelles avec les Allemands ne concernent que 57 % des cas de collaboration identifiée. C'est donc plus un châtiment sexué que le châtiment d'une sexualité : les tontes sont l'aboutissement d'un fantasme de contrôle renforcé de l'homme sur la sexualité féminine, de virilité retrouvée aux forts relents pétainistes.
Notez aussi le soutien au moins de la presse, assez souvent des tribunaux, à ces pratiques, souvent perçues comme un viol, jusqu'où cela quelquefois allait, voir même jusqu'à l'exécution pure et simple.
Un travail de recherche très solide pour un document historique hors normes.
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Pasoa
  08 juin 2016
J'avais, un jour, été ébranlé en regardant les images d'un documentaire sur la Libération dans lequel on voyait trois femmes tondues, insultées, violentées par la foule sur la place publique d'un village en France.
Beaucoup plus tard, je suis tombé par hasard sur ce livre de Fabrice Virgili (historien, chargé de recherche au CNRS). Cet ouvrage très bien documenté (issu pour l'essentiel d'archives) retrace de manière assez précise ce qu'a été le destin de ces nombreuses femmes qui, pendant la guerre, ont choisi de nouer des relations étroites avec l'occupant, leur dénonciation à la Libération, leur condamnation par un système judiciaire souvent expéditif, la symbolique de la chevelure chez les femmes (pourquoi sont-elles tondues au contraire des hommes qui ne le sont pas ?), etc. Cet ouvrage donne surtout à comprendre ce que fut la vraie condition de la femme, du rôle qui lui était assigné durant la Seconde guerre mondiale. Un livre lucide, essentiel.
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Cialanma
  23 octobre 2020

Fabrice Virgili a écrit une étude historique (normale c'est son métier) sur une partie honteuse de l'épuration extra-judiciaire. Je dis honteuse en âme et conscience car d'aucuns diront que ces Femmes avaient mérité leur sort. Certaines méritaient d'être jugées et condamnées mais par la Loi, par un tribunal avec garantie des droits de la défense et non par une foule, cherchant à une exécutoire et un défouloir après 5 années d'une Occupation dég.....Foule dont beaucoup n'était pas très net.
A partir de documents photographiques, de témoignages (rares), de livres, de reconstitution de statistiques etc...Fabrice Virgili montre les origines de la tonte des femmes, comment ce processus s'est mis en place en France (mais pas que...En Italie aussi, scène dure dans le film 1900 de B. Bertolucci ou même avant après la victoire de Franco en Espagne contre les Femmes républicaines voire contre les Femmes adultères à Rome), pourquoi, qui sont les juges, les bourreaux et les victimes et que cache vraiment ce châtiment.
C'est un livre rigoureux qui ne laisse que peu de place à des descriptions de ces scènes (pas de voyeurisme ni d'exposition malsaine). Les faits, les dates, les personnes, le contexte, le résultat etc...uniquement. Avec une recherche d'explications, de facteurs et d'actes socio-psychologiques et une analyse quasi psychanalytique. du coup, le livre peut paraître aride et par moments insaisissable. Car il casse l'imaginaire collectif en lui donnant un caractère de réflexion, de recherche. La Femme tondue est souvent un élément d'un folklore macabre, choquant et dég...autour de la Libération. Fabrice Virgili sort de ce cliché car il nous éclaire parfaitement sur cette justice expéditive, quasiment totalement engagée contre les Femmes (quelques Hommes ont été tondus mais la portée symbolique est très peu impactante par rapport à la Femme, en revanche les Hommes étaient plutôt lynchés au sens propre du terme).
Au-delà de sanctionner, de punir, de châtier, il s'agissait de se réapproprier le corps, la sexualité et la vie sociale de la Femme, de montrer sa virilité d'Homme victorieux après une défaite et une mise au pas magistrales et de retrouver le temps d'avant. Inconsciemment ou consciemment d'ailleurs, c'était pour certains mais aussi certaines de pratiquer une forme d'agression sexuelle sous couvert de justice envers des Femmes qu'on désirait (pour rester polie) qu'on jalousait. Or, Fabrice Virgili montre que la collaboration horizontale c'est à dire vraiment l'intelligence avec l'ennemi a été le fait de très, très peu de Femmes et parmi celles tondues toutes ont été désignées comme telles alors que très peu l'ont pratiquée cette collaboration. Bien souvent, elles ont été tondues car au mieux elles travaillaient pour les Allemands, avaient été vues avec des Allemands au plus intime elles avaient eu une vraie histoire d'amour avec un Allemand voire un bébé par la suite. Il y a aussi un moyen de contrôler et de criminaliser les Femmes indésirables car jugées trop en décalage par rapport à la société alors que bien souvent elles étaient victimes d'une situation socio-économique et sociétale de défavorisée. C'en était déjà trop en ces temps extraordinaires.
Aujourd'hui, avec le recul, on s'offusque d'un tel châtiment qui serait jugé comme une violence voire une agression à caractère sexuelle contre les Femmes. A l'époque au regard du contexte, non. Moi j'ai eu un peu de mal à garder cela à l'esprit quand j'ai lu le livre (alors que je parle souvent du contexte de l'époque, du replacement du fait étudié dans ce contexte). Ainsi vont les lectures....
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yann-frat
  20 novembre 2010
Ce livre présente donc un travail de fond sur les tondues de la libération, travail ardu parfois et un peu lénifiant (pour les non historiens...) mais son grand atout est de proposer une vision, une explication de ces évènements.
En effet ces tontes ne sont pas anodines puisqu'elles ne concernent que les femmes (très peu d'hommes ont été tondus) au moment de la libération (c'est donc un moment très court).
La tonte en elle-même est un geste étrange, agressif sans être "ultra violent", violent sans être définitif il attaque avant tout la partie séductrice de la femme dont la chevelure reste le symbole antique.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit, par la tonte des femmes Fabrice Virgili expose l'idée qu'on a assisté à une "reconquête territoriale" de la France (en même temps les mairies sont libérées et le femmes "qui ont couché avec les boches" tondues). Il y a donc dans ce geste une volonté marquée de domination masculine, de "fascisme viril", de réaction (le corps de la femme appartient à la société) au moment même où au sortir de la guerre les femmes s'émancipent (elles auront le droit de vote tout de suite après la libération) et où les hommes n'ont pas brillé à la guerre...
Autre paradoxe, au moment de la libération, la punition de ces femmes qui ont "trahi" rejoint inconsciemment et paradoxalement tout le discours de la "révolution nationale" sur la femme... Cette libération semble donc celle des hommes, celle des femmes viendra bien plus tard... Puisque le discours fasciste sur leur rôle, rejoint celui de la révolution nationale, rejoint celui des libérateurs sur une femme objet de son père, frère, mari... à qui on dénie toute liberté et même toute conséquence à ses actes (elles ne sont pas tuées après tout mais la fessée est courante).
Moment étrange, inconscient et donc fascinant que la collaboration en France (du début à la fin, de la débâcle aux tondues) qui reste une zone trouble ou des forces ancestrales se rejoignent et s'agrègent dans des cocktails explosifs. Peu de livre sur cette période osent pourtant l'analyse des faits et c'est pourquoi celui-ci est vraiment remarquable.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
TandaricaTandarica   23 avril 2015
De 1943 au début de l'année 1946, la tonte de la chevelure a été massivement pratiquée à l'encontre de femmes accusées d'avoir collaboré avec l'occupant allemand. Vingt mille femmes environ, de tous âges et de toutes professions, ont été tondues sur l'ensemble du territoire français.
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TandaricaTandarica   24 avril 2015
Plus qu'une réappropriation d'un passé, la tonte participe de l'affirmation d'un présent, d'un "temps commun patriotique" vécu par chacun et par tous.
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Videos de Fabrice Virgili (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fabrice Virgili
France "virile" : Des femmes tondues à la libération.
>Histoire générale de l'Europe>Histoire de l'Europe depuis 1918>Seconde guerre mondiale: 1939-1945 (252)
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