AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2714457142
Éditeur : Belfond (16/01/2014)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 22 notes)
Résumé :

La redécouverte d'un très grand livre publié en France en 1978, dénonciation édifiante de la déshumanisation et de l'absurdité du système soviétique, par un des grands dissidents russes injustement méconnu.


En Sibérie, au début des années 1960.

Chien de garde d'une redoutable efficacité, Rouslan voit son monde s'écrouler un matin : le camp de prisonniers vient de fermer, son maître lui donne congé.
Que faire qua... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Nastie92
  27 octobre 2019
Rouslan, fidèle et homme parfait ?
Vous n'y êtes pas du tout : Rouslan est un chien !
Mais attention, Rouslan n'est pas un animal de compagnie.
Il a été dressé, mais pas pour devenir un gentil toutou aimant. Parce que Rouslan a travaillé dans un camp.
Il a été dressé pour surveiller, dressé pour veiller à l'application des règles, dressé pour poursuivre les fuyards, dressé pour mordre, dressé pour faire peur, dressé pour tuer s'il le faut.
Rouslan est chien de garde d'un camp en Sibérie.
L'un des meilleurs.
Il fait partie de l'élite canine.
Il est né dans le camp, a grandi dans le camp, a travaillé toute sa vie dans le camp.
Alors quand celui-ci ferme et qu'il se retrouve abandonné par son maître qu'il vénère, propulsé dans le monde extérieur, dans un univers qu'il ne connaît pas et dont il ne soupçonnait même pas l'existence, vous imaginez son désarroi ?
Notre pauvre chien ne comprend pas ce qui lui arrive dans ce qui est la vraie vie pour nous, mais un monde étranger pour lui.
Gueorgui Vladimov dépeint l'univers concentrationnaire soviétique... vu par un chien ! Étonnant, non ?
En effet, l'auteur raconte la vie dans le camp, mais pas directement. Il le fait par l'intermédiaire de son personnage à quatre pattes.
C'est très habile, car plutôt que de nous livrer le récit détaillé de ce qui se passait dans le camp, il laisse parler Rouslan qui nous partage ses souvenirs, tandis qu'un narrateur extérieur, en racontant la nouvelle vie du chien nous fait comprendre ce qu'il a vécu avant la fermeture.
Tout est ainsi narré de façon indirecte, à hauteur de vue de l'animal, à travers la compréhension qu'il a des événements.
Cette façon de faire est très efficace, et les horreurs que l'on découvre nous apparaissent bien plus nettement que si elles avaient été décrites directement.
Ce que dénonce Gueorgui Vladimov est abominable et on comprend qu'il se soit attiré des ennuis !
La lecture terminée, on a envie de crier la citation de Maxime Gorki extraite de son ouvrage Les barbares et mise en exergue dans Le fidèle Rouslan : « Qu'avez-vous fait là, messieurs ! »
Écrit au début des années soixante, Le fidèle Rouslan fut impossible à publier en URSS. Il circula sous le manteau dans des éditions clandestines et beaucoup en attribuèrent la paternité à Soljenitsyne.
Ce n'est qu'en 1975 qu'il fut publié en Allemagne, anonymement pour protéger son auteur.
En 1979, il fut traduit en anglais et d'autres langues, mais il ne sera pas publié en URSS avant la pérestroïka.
Dans son excellente préface, Owen Matthews dit de l'auteur : "Il croyait fermement qu'une société apprend de son Histoire et qu'il n'y a pas d'avenir tant qu'on ne s'est pas confronté à son passé."
Avec son fidèle Rouslan, Gueorgui Vladimov, comme Soljenitsyne et d'autres écrivains dissidents, a largement apporté sa contribution à l'avenir de la société russe.
Un livre original au contenu très fort.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          414
Under_the_Moon
  03 mars 2014
Les rouages pervers du système du goulag vu à travers les yeux d'un chien. Un point de départ original qui m'a décidé à postuler pour cette Masse Critique de janvier.
On dit souvent que le chien est le meilleur ami de l'homme, mais la réciproque est loin d'être vraie. Cette histoire le démontre d'ailleurs.
Gueorgui Vladimov décrit un monde clos et une vision très limitée du choix de ce personnage principal peu commun. On découvre alors à quel point cet "individu" a été formaté dès sa naissance pour être incapable de penser en dehors du système, ce qui le rend complètement paranoïaque.
Dressé pour haïr, voilà comment on pourrait résumer la vie de ce chien. Alors quand Rouslan est mis en retraite anticipée… C'est une catastrophe ! Il est totalement perdu, sans aucun repère hors de la vie cadrée par les barbelés. Il doit réapprendre à ne plus dépendre de ses chefs. Mais voilà, la cruauté systématique imposée par ce système concentrationnaire et politique s'avère être un cercle vicieux. de là, l'auteur démontre l'absurdité du système soviétique. Malgré cela, jusqu'au bout, le fanatisme de Rouslan et le culte de ses chefs restera sans failles.
L'auteur a choisi d'alterner narrateur omniscient et focalisation interne, cette distance narrative créé bien sûr l'ironie et met en relief les failles de ce système totalitaire. Mais ce procédé rend aussi parfois la narration très confuse ! Je ne peux pas nier qu'il y a des moments où je me suis ennuyée à la lecture de certains passages. Toutefois, les scènes décrites, souvent très violentes (marque du made in Russia par excellence!) sont très émouvantes, la description et la dénonciation des rouages du système si bien vues et le message fort contenu dans ce roman font qu'il serait malhonnête de ma part de mettre moins de 4 étoiles.
Pour tout cela je tiens à remercier Babelio et les éditions Belfond.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          310
Alcapone
  20 février 2014
Comme tous ses congénères, Rouslan a été sélectionné pour faire partie de l'élite des gardiens du goulag. Son flair, sa prestance, sa persévérance à toute épreuve et son obéissance entêtée ont fait de lui l'un des meilleurs éléments du camp. Rouslan est un chien. L'un des meilleurs chiens de garde que le système concentrationnaire soviétique ait pu dressé : comme tous les autres, il a eu ses périodes de doutes, de colère et de révolte face à l'incohérence et l'absurdité des bipèdes mais la récompense de sa fidélité inébranlable vaut malgré tout la chandelle. Qu'importe les quelques brimades ou humiliations au regard du plaisir procuré au maître. Qu'importe les misérables punitions lorsque l'on a l'honneur de faire la fierté du service. Qu'importe enfin de n'être pas le plus dangereux ou le plus malin de tous lorsque l'on représente l'un des meilleurs garants de l'ordre et de la discipline. Pour Rouslan, rien n'est si exaltant que de pouvoir attaquer un détenu sur les ordres de son maître en guise de récompense. Sa vie aurait d'ailleurs été (presque) parfaite si ce n'était ce jour funeste où son maître, l'entraînant de l'autre côté des barbelés, ne l'avait rendu à la forêt. Que pouvait-il donc faire de cette soudaine liberté sans personne pour lui dicter des ordres ? Abandonné à un sort plus qu'incertain, Rouslan décide malgré tout d'attendre le retour du convoi des soldats pour retourner au Service...
Rouslan n'a beau être qu'un chien, il est pourtant doté d'une intelligence hors normes. En tous cas, c'est ce que penseraient la plupart des humains : il comprend vite, il sait se faire petit quand c'est le moment, il sait taire ses propres pensées, bref, il sait ce que veut son maître. N'en est-il pas le parfait prolongement exécutif ? C'est sûrement l'une des raisons pour lesquelles son maître lui pardonne parfois ce que nous humains, qualifierions de sautes d'humeur ou de caprices (après tout, les chiens ont tous une part de sauvagerie incontrôlable). Mais voilà, Rouslan est d'une fidélité extrême. C'est d'ailleurs l'une de ses plus grandes qualités hormis peut-être son apparente indifférence : "car la vérité et la clé même de l'énigme de Rouslan, ce n'était pas que le Service pût avoir tort en quoi que ce fût à ses yeux, c'était qu'il ne tenait pas ses brebis pour coupables, à la différence de Iéfréïtor et des autres maîtres." (p.188). Une fidélité écoeurante tant elle frise le fanatisme. Mais pourquoi donc cette obstination à obéir aux ordres, cette soumission idiote ? Au mépris de ses autres copains qui ont su s'adapter et tirer profit de leur situation comme Alma son ex-petite amie, Djoulbarss, le terrible chef de meute ou Trésor, peut-être le plus éclairé de tous, Rouslan n'a rien d'autre en tête que d'accomplir son devoir. A travers cette remarquable allégorie animalière, c'est ce que dénonce Gueorgui Vladimov. Cette lecture évoquera sans doute l'ombre du cruel Rudolph Hoess de Robert Merle (cf. La mort est mon métier) qui comme un chien fidèle au parti, est complètement obnubilé (ou abruti ?) par son sens du devoir...
Publié clandestinement pour la première fois en Allemagne en 1973 puis en France en 1978, ce roman de Gueorgui Vladimov dénonce violemment l'absurdité du système concentrationnaire russe. Pendant un temps attribué à la paternité d'Aleksandr Soljenitsyne, le fidèle Rouslan qui ne devait être édité en Russie qu'après la Perestroïka (1985-1991), laisse un goût amer porté par un récit puissant et bouleversant. Prêtant ses mots et ses pensées au chien fidèle, Gueorgui Vladimov milite pour la liberté artistique. Sous la menace et la censure de l'époque, celui que les autorités russes considèrent comme dissident, est obligé de fuir l'Ukraine. Son combat pour la liberté d'expression sera couronnée par le succès du Fidèle Rouslan, une de ses oeuvres majeures. Et l'on ne pourra que se ranger à l'avis d'Owen Matthews qui confie dans son excellente préface : "En tant qu'auteur, Vladimov tenta de trouver un sens à ce monde absurde, sacrifié par les horreurs de l'ère stalinienne. En tant qu'activiste dissident, il cherchait à révéler au monde les hypocrisies et les absurdités de la vie soviétique. Et si, à l'inverse d'un Soljenitsyne, il ne connut pas le goulag à proprement parler, il eut à subir les horreurs du siècle russe jusque dans sa chair." (p.II).
Avec la réédition de ce chef d'oeuvre magnifique, c'est une oeuvre majeure que les éditions Belfond (collection Vintage) proposent de (re)découvrir. Un grand merci à elles et à Babelio pour ce roman que dont je ne peux que vous dire : "Lisez-le !". du cinq étoiles, assurément !
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
Apikrus
  22 février 2014
Rouslan vit et travaille dans un goulag. Il a été formé pour surveiller les prisonniers, aider à retrouver ceux qui tentent de s'évader, et bien sûr obéir à son maître, gardien dans le même camp que Rouslan. Après la mort de Staline, ce camp ferme, ses prisonniers le quittent du jour au lendemain, les barbelés puis les miradors disparaissent aussi.
L'auteur raconte le désarroi du chien Rouslan face à cet événement auquel il n'a pas été préparé. Il n'est pas sûr que Rouslan parvienne à se « reconvertir », ni même qu'il essaie de le faire, lui qui ne désespère pas de pouvoir un jour reprendre du service. Peut-être en aura-t-il l'occasion ?
La vision d'un camp de prisonniers à travers le regard d'un chien permet à Vladimov de procéder à un rapprochement entre cet animal et les humains qui y vivent.
Malgré son zèle et son manque de pitié, ce chien m'a finalement semblé beaucoup plus sympathique que les humains qui l'ont dressé.
C'est en fait un portrait très peu flatteur des hommes qu'esquisse Vladimov par son récit. Il critique aussi sévèrement, mais de manière voilée en le tournant en dérision, le système politique qui a condamné des milliers de Russes aux travaux forcés pendant plusieurs décennies.
De fait, les zeks* n'étaient souvent coupables que d'exister (et d'être une main-d'oeuvre bon marché).
Il n'est donc guère surprenant que ce roman, écrit au début des années 1960, n'ait pu être d'abord publié que clandestinement en 1973 en Allemagne. Il n'est pas étonnant non plus que son auteur ait dû émigrer en Allemagne de l'Ouest en 1983.
Malgré quelques longueurs, j'ai beaucoup aimé ce livre. le lecteur est invité à réfléchir sur le système concentrationnaire, ainsi que sur la nature de l'être humain, capable de l'avoir créé et/ou d'y participer.
Dans l'édition Belfond, une préface de neuf pages situent l'auteur et son roman dans leur contexte historique.
--- Un grand merci à Babelio et aux éditions Belfond qui m'ont donné envie de découvrir d'autres ouvrages de cet auteur.
* abréviation de « zaklioutchonni kanaloarmiets » (« Заключëнный каналoармец » : « soldats détenus de l'armée du canal »), du nom de prisonniers qui ont participé à la construction du canal de la mer Blanche.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Drych
  02 avril 2014
L'absurdité d'un système politique ayant conduit au goulag, vu par un chien policier qui a du mal à comprendre les hommes, et la façon dont ils s'assimilent au rôle qui leur a été fixé sans sembler avoir la capacité de penser par eux mêmes. Des hommes somme toute peu différents de lui même, incapable de remettre en cause la fidélité et l'obéissance envers son maître, auxquelles il a été dressé. Une page de l'histoire russe, vue par un dissident, à ne pas oublier. le livre est dur mais facile à lire, même si certains passages sont parfois un peu confus.
Commenter  J’apprécie          130
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Under_the_MoonUnder_the_Moon   19 février 2014
Pas une fois Rouslan n'était tombé sur sa trace, à aucun moment il n'avait flairé cette odeur virile qu'il aimait tant, une odeur de graisse de fusil, de tabac, de jeunesse robuste et bien lavée. Tous les maîtres sentaient comme ça, d'ailleurs. En outre, celui de Rouslan se parfumait volontiers avec une eau de Cologne qu'il achetait à la coopérative des officiers, mais le bouquet que formaient toutes ces odeurs lui appartenait en propre comme son caractère - et Rouslan savait que, comme les chiens, les hommes se distinguent par leur caractère, justement. C'était pour ça qu'ils avaient tous une odeur différente ; il suffisait de les flairer et le mystère était éclairci. Son maître, par exemple, à en juger par ce bouquet, n'était peut-être pas des plus courageux, mais il ignorait la pitié. Il n'était peut-être pas des plus intelligents, mais il ne faisait confiance à personne. Il n'était peut-être pas tellement aimé de ses amis, mais il aurait abattu n'importe lequel d'entre eux, pour peu que le Service l'eût exigé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Nastie92Nastie92   27 octobre 2019
Abasourdi, écrasé par ces infortunes, Rouslan restait allongé de tout son long en travers du trottoir, les yeux fermés. Les passants le croyaient en train de crever. En pareil cas, l'humanité se divise en deux catégories : les uns vous contournent avec une compassion craintive ; les autres, qui ont le cœur mieux accroché, vous enjambent purement et simplement.
Commenter  J’apprécie          150
Under_the_MoonUnder_the_Moon   01 mars 2014
Les aimer [les hommes], voilà l'essentiel, personne en ce monde ne vit sans amour : ni ces fameux loups, ni le requin dans la mer, ni le serpent dans ses marais. Il était empoisonné, à jamais, par son amour, par son adhésion au monde des hommes, cette drogue - la plus douce d'entre toutes - qui, plus que l'alcool à l'alcoolique, lui était nécessaire tout en le détruisant.
Commenter  J’apprécie          70
Under_the_MoonUnder_the_Moon   26 février 2014
C'est toujours pour la même raison que les gens se font arrêter. Pour leur bêtise. Si t'avais été intelligent, t'aurais bien trouvé le moyen d'y couper. Maintenant, si t'es un imbécile, reste à bonne distance et n'embête pas les autres.
Commenter  J’apprécie          110
AlcaponeAlcapone   20 février 2014
"Si l'homme pouvait deviner le contenu des prières des chiens, il découvrirait la même plainte sempiternelle : la plainte d'un être souffrant de ne pouvoir ni pénétrer l'âme mystérieuse du bipède ni de discerner ses desseins immortels. Oui, l'animal comprend que l'homme est grand, et que sa grandeur va aussi loin dans le sens du bien que dans celui du mal ; mais il ne peut atteindre tous les sommets, tous les paliers avec lui, il doit fatalement s'arrêter quelque part en cours de route et se révolter." (p. 160)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
autres livres classés : Régimes politiquesVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox

Autres livres de Georgij Nikolaevic Vladimov (2) Voir plus




Quiz Voir plus

La littérature russe

Lequel de ses écrivains est mort lors d'un duel ?

Tolstoï
Pouchkine
Dostoïevski

10 questions
296 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature russeCréer un quiz sur ce livre