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EAN : 9782246823179
200 pages
Grasset (18/08/2021)
3.29/5   51 notes
Résumé :
Allongée, les jambes écartées, une jeune femme observe le crâne dégarni du Dr Seligman en train de l’ausculter. Elle se lance dans un monologue absolument déjanté et lui parle de ses fantasmes, de ses obsessions, des détails de sa vie sexuelle ainsi que de son histoire familiale.
Née en Allemagne, elle a fui ses parents pour s’installer à Londres où elle vit à présent, s’exprimant dans une langue qui n’est pas la sienne et se débattant avec un corps qui l’ét... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Didjmix
  03 juillet 2021
Alors celui-là, il est hors norme. J'ai adoré. Quand une Allemande refuse, ou en tout cas tente de changer ces deux costumes dont elle a hérité sans rien demander : celui de femme, et de sa place attendue dans la société, et celui d'Allemande, qui porte, où on a le sentiment, la culpabilité des atrocités nazies. On nous a habitué à l'éternelle victimisation des juifs, il est moins courant d'avoir le point de vue d'une Allemande contemporaine. Ce livre est caustique à souhait, immoral, insolent, choquant parfois, cynique toujours. Chaque paragraphe pourrait donner lieu à une analyse grinçante mais pourquoi pas sincère de chaque sujet qu'elle énonce. Ce livre est un bijou , une rose même : une fleur magnifique qui sort d'épines acérées.
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cathulu
  24 août 2021
La narratrice, Allemande qui vit à Londres, monologue tandis que le Dr Seligman ausculte ses organes génitaux. La situation est pour le moins incongrue, mais le discours qu'elle tient l'est encore plus car elle attaque d'emblée sur le thème du nazisme, dézinguant avec un humour féroce de prétendues obsessions hitlériennes.
Tout y passe : la langue allemande  ("- D'ailleurs ce n'est pas un hasard si le mot "plaisir" n'existe pas en allemand; nous ne connaissons que la concupiscence et la joie"), sa famille , les religions, les injonctions faites aux femmes par la société...
Elle se livre aussi sur son amant, ses préférences sexuelles et sa volonté de changer de genre, d'obtenir un Jewish Cock. Finalement, le Dr Seligman en saura plus sur elle que Jason, le pauvre thérapeute chargé de soigner celle qui a  menacé "d'agrafer l'oreille d'un collègue à son bureau " et remarque : "C'était plutôt moi qui risquais de perdre un oeil à cause d'une agrafe perdue, mais ça, bien sûr, ils s'en fichent éperdument."
Une quête éperdue et obstinée d'identité qui fait fi des bons sentiments, se dévore d'une traite et vous laisse un peu groggy. C'est caustique et hautement réjouissant.
Vous l'aurez compris, une voix est née, et on a déjà hâte de lire à nouveau cette autrice qui a choisi de s'exprimer en anglais, qui n'est pas sa langue maternelle, afin d'y trouver plus de liberté. le pari est plus que réussi.
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VincentGloeckler
  19 août 2021
Elle est allongée là, sur la table d'examen du Dr. Seligman, un chirurgien plastique, et tandis que le praticien l'ausculte, la tête entre ses jambes, elle crache le morceau, un sacré morceau… Premier roman de Katharina Volckmer, une jeune femme allemande de 25 ans installée à Londres depuis plusieurs années, Jewish Cock -autrement dit, même si, pudeur ou crainte de réprobation politique obligent ?, ce titre n'a pas été traduit, « (la) Bite juive »- se présente comme le long monologue d'un(e) adulte, engagé(e) dans un processus de transition sexuelle, et qui remonte le temps, son histoire et celle de sa famille, égrenant dans cette logorrhée indisciplinée, parfois avec terribles incongruité et crudité, angoisses et fantasmes. Des rêves où il/elle se prend pour Hitler dans les plus scabreux des jeux érotiques à l'évocation des voyages de son père, représentant en électro-ménager, à Nüremberg pour un congrès annuel des fabricants de lave-linge…, de ses protestations contre le destin des femmes lorsqu'il se confond avec leur rôle de mère au récit de ses relations avec K, un homme rencontré dans des toilettes publiques et un artiste auprès duquel elle comprendra l'urgence d'accomplir, enfin, cette métamorphose que son corps réclame depuis son enfance, de son culte avoué pour le petit gadget japonais mis au point par un certain M. Shimada, une sorte de robot-pénis dont il/elle se verrait bien affublé(e), à l'aveu du poids dans sa vie d'un frère mort avant sa naissance, fantôme encombrant, on comprend que son existence est hantée par deux obsessions aussi éloignées que complémentaires, la culpabilité de l'enfant allemand après la Shoah et son désir, jusque-là contrarié, de changer de genre et de sexe. La mort d'un aîeul, dont elle hérite, est peut-être, paradoxalement, la clé qui pourrait la délivrer de cette double cage… Un discours où la plainte se mêle à l'humour le plus féroce, où le sordide le dispute à l'ironie pour le plus grand de nos plaisir, un régal qui rappelle les meilleurs textes de Thomas Bernhard ou d'Elfriede Jelinek. Katharina Volckmer, une voix qui promet !
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Aderu
  27 août 2021
Mais quel tourbillon que voilà !
Un monologue, bloc de digressions sans saut de ligne d'une Allemande exilée à Londres qui se livre sans filtre à un docteur s'affairant entre ses cuisses.
Un docteur juif, le Dr Seligman, ce qui donnera lieu à de longues tirades sur la culpabilité allemande. Entre des considérations sur sa famille, son corps, ses peurs. Témoignage haletant et vertigineux d'une volonté de transition.
Au-delà c'est sa vie sexuelle qu'elle livrera par le menu. de ses fantasmes mettant en scène Hitler à sa rencontre dans des toilettes avec K., homme marié voué à occuper quelque temps une place importante dans sa vie.
Quelques autres personnages peuplent ses paragraphes, du psy Jason à M. Shimada le créateur de sextoy.
C'est cru, déluré et foutraque comme peut l'être un flot de pensées lâchées sans retenue.
Mais derrière les transitions fantômes, des thématiques tracent leur sillon en guise de fil rouge.
Une lecture détonnante, qu'il serait plaisant de voir mise en scène.
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ValentinMo
  31 mai 2022
Premier roman de l'auteure allemande Katharina Volckmer, ce monologue débridé à l'humour provocateur connaît un succès incroyable depuis sa publication en anglais en 2020 (sous le titre plus neutre "The Appointment"). Salué par tous les grands médias, retenu dans les listes des meilleurs romans de l'année, "Jewish Cock" est aujourd'hui traduit en quinze langues et suscite l'admiration de certains… mais aussi l'indignation de beaucoup de lecteurs.
Une jeune femme monologue alors que son médecin s'affaire entre ses jambes écartées, pour une opération dont il est impossible de préciser ici la nature, tant son lent dévoilement entre dans le plaisir du texte. Cette jeune femme trentenaire confie ses fantasmes, ses colères, ses souvenirs, ses obsessions. Noyés dans une logorrhée – sans interruption - elle raconte aussi son enfance, ses amours, une vie d'exil à son pays comme à elle-même.
Née en Allemagne, installée à Londres, elle a quitté sa langue maternelle et son pays comme on fuit des démons, pour finalement mieux les affronter. Elle parle de son psy qu'elle adore choquer en lui racontant ses fantasmes nazis, de M. Shimada qui crée des sex-toys, de son ex anonymisé derrière la lettre K, un peintre marié et obsédé par le deuil qu'elle a rencontré dans des toilettes publiques.
Véritable monologue expiatoire, "Jewish Cock" aborde ainsi l'ensemble de codes de conduite qui régissent encore le corps des femmes, la dictature de la beauté, la misère sexuelle des grandes villes, l'emprise de la religion et la reproduction des rôles genrés induite par le rapport mère-fille.
On comprend progressivement pourquoi cette femme est allongée face à son gynécologue, dont elle ne voit que le sommet du crâne. La levée progressive du secret qui entoure cette intervention médiale est plutôt bien pensée/construite mais avant de découvrir la raison mystérieuse, il faudra résister à l'écriture logorrhéique qui risque d'épuiser plus d'un lecteur.
Il est également important de préciser que nous sommes ici face à un humour "trash", délibérément cru et provocateur, sans être jamais désopilant.
En conclusion, malgré une quatrième de couverture prometteuse et novatrice, le texte est surtout transgressif et provocant. Il s'agit en réalité d'une accumulation de délires et fantasmes polémiques face auxquels il est facile de s'y perdre et de décrocher... en dépit d'une révélation finale surprenante !
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
LucilliusLucillius   16 décembre 2021
[...] Mon incapacité à m'asseoir correctement parce que je n'ai jamais compris pourquoi il y avait deux façons de s'asseoir selon qu'on avait une bite ou pas. Et je m'emmêlais tout le temps les pinceaux, parce que la logique de la chose m'échappait complètement dans la mesure où une fille a de fait moins à cacher qu'un homme, mais ça c'était avant que je comprenne qu'une bite est une sorte d'épée, un objet de fierté et de comparaison, tandis qu'un vagin est quelque chose de faible, quelque chose qui n'engage pas à la confiance. Quelque chose qui sera toujours un objet de baise, qui peut être violé et inséminé, qui peut couvrir de honte un foyer et une famille. Quelque chose qui a besoin d'être protégé sans que personne ne remette jamais en cause ce besoin de protection, ne se demande comment il se fait que les rues ne soient pas sûres la nuit et que les filles aux cheveux courts ressemblent aux garçons et pas l'inverse. J'ai toujours trouvé tout ça terriblement déconcertant et je me suis souvent dit que c'était plutôt les bites qu'il faudrait cacher, que c'était l'arme plutôt que la plaie qu'il faudrait interdire.
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Emiliec28Emiliec28   10 septembre 2021
Autant voir l'honnêteté de reconnaître qu'acheter Martin relève d'une forme d'exploitation, d'esclavage sexuel. Car c'est cette disposition d'esprit qui est à l'origine de tout, et je serais bien en peine de prouver qu'il n'est pas dans notre nature de soumettre les autres à notre pouvoir et à notre volonté, de les briser corps et âme, et que nous nous évertuons constamment à représenter la nature humaine sous un jour qui n'est pas la sienne. Que l'instinct de bienveillance n'existe pas. Et même si Martin a été programmé pour sourire quand je ne pénétrerai, ce sourire ne sera fondé en rien sur une situation réelle ; il ne sera inspiré d'aucun comportement humain avéré. Et j'ai peur que cela pervertisse mon esprit, Dr Seligman, que, compte tenu de mon bagage, cela réveille le monstre en moi et que peu à peu je me mette à imaginer que Martin est réel, que je commence à traiter les gens du monde réel comme lui. J'ai peur de finir par oublier ce qu'est un être humain et d'essayer de baiser des gens sans le consentement, ou pire encore.
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VincentGloecklerVincentGloeckler   19 août 2021
Je continue de penser que les motifs qui m’ont valu ma mise à pied étaient infondés et qu’il est injuste de dire que je suis sujette à des accès de colère. Bon, d’accord, j’étais en colère ce jour-là, évidemment – c’était avant que je commence à prendre mes hormones -, mais se faire congédier de la sorte, alors qu’ils n’ont aucune idée de ce que vivent les gens comme moi ! Et je ne crois pas que menacer d’agrafer l’oreille d’un collègue à son bureau puisse être réellement considéré comme un acte de violence. Pas avec ce genre d’agrafeuse, en tout cas. Je doute que quiconque ait jamais essayé d’agrafer de la chair humaine à une planche de bureau bien épaisse avec un de ces petits machins en plastique tout rigides. C’était plutôt moi qui risquais de perdre un œil à cause d’une agrafe perdue, mais ça, bien sûr, ils s’en fichent éperdument.
(pp.32-33)
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Emiliec28Emiliec28   14 septembre 2021
Je n'ai jamais compris pourquoi il y avait deux façons de s'asseoir selon qu'on avait une bite ou pas. Et je m'emmêlais tout le temps les pinceaux, parce que la logique de la chose m'échappait complètement dans la mesure où une fille a de fait moins à cacher qu'un homme, mais ça c'était avant que je comprenne qu'une bite est une sorte d'épée, un objet de fierté et de comparaison, tandis qu'un vagin est quelque chose de faible, quelque chose qui n'engage pas à la confiance. Quelque chose qui sera toujours un objet de baise, qui peut être violé et inséminé, qui peut couvrir de honte un foyer et une famille. Quelque chose qui a besoin d'être protégé sans que personne ne remette jamais en cause ce besoin de protection, ne se demande comment il se fait que les rues ne soient pas sûres la nuit et que les filles aux cheveux courts ressemblent à des garçons et pas l'inverse. J'ai toujours trouvé ça terriblement déconcertant et je me suis souvent dit que c'était plutôt les bites qu'il faudrait cacher, que c'était l'arme plutôt que la plaie qu'il faudrait interdire.
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AderuAderu   26 août 2021
Je n'ai jamais compris comment Dieu, qui ne pouvait pas accoucher, était censé être l'origine de toute vie - comment un homme pouvait être notre créateur. À moins, bien entendu, qu'il s'agisse de ce que nous appellerions Arschgeburt en allemand, quelque chose qu'on engendre par le trou du cul. Voilà ce qu'est peut-être ce monde, Dr Seligman : quelque chose qui a jailli du trou de balle d'un saint homme, le résidu de quelques étoiles brisées et d'un univers en implosion. (147)
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