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EAN : 9782020838078
233 pages
Éditeur : Seuil (14/11/2005)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Présumant que le défunt est obligé par son karma de traverser les quarante-neuf jours du Bardo, et qu'il doit rencontrer, sur le chemin de la renaissance, de terribles visions et obstacles, un lama lit le Bardo Thöddol, le Livre des morts tibétain, pour l'aider à triompher des dangers qui le menacent. Mais que se passe-t-il lorsque le mort refuse d'écouter les conseils ? Ou lorsque l'existence dans le Bardo lui plaît au point qu'il ne veuille plus en sortir ? Où lor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  16 septembre 2020
On ne lit pas un nouveau Volodine comme n'importe quel autre auteur. On rentre dans un univers déjà connu, construit sur des lieux et des mythologies déjà exposés et développés dans d'autres ouvrages : Russie soviétique, Asie, communisme, révolution mondiale, bouddhisme, apocalypse. Alors, où est le plaisir, où est la surprise ? Chaque fois, l'auteur élabore une nouvelle approche, une variation nouvelle sur des thèmes connus, comme improviseraient un jazzman ou un barde à partir de récits ou de modes musicaux familiers du public. La surprise et le plaisir viennent de la reconnaissance, et nous sommes un peu comme ces enfants qui se font raconter mille fois la même histoire, jamais tout à fait la même.
Est-ce à dire que "Bardo or not bardo" n'apporte rien de neuf , d'absolument neuf ? N'ayant pas tout lu de l'auteur, je ne saurais le dire. Ce qui me frappe et m'amuse, c'est l'association et la collaboration des bouddhistes (ici, des "Bonnets Rouges Anonymes" d'obédience tibétaine marginale) et des extrémistes révolutionnaires de gauche : les deux groupes cherchent à imposer aux hommes l'égalité absolue dans la misère (ou la sobriété) et devant l'extinction du Soi dans la Lumière, après les 49 jours d'errance dans le Bardo post mortem. Bouddhistes et gauchistes sympathisent, et d'ailleurs on rencontre un Lama portant des pins d'extrême-gauche sur sa robe.
Une traversée réussie de l'âme dans le Bardo consiste à éviter la réincarnation, le retour à la condition souffrante mortelle, et le sort horrible de deux personnages, l'un réincarné en singe, l'autre en araignée (alors qu'il a la phobie des araignées), nous avertit de l'importance du Bardo Thödol, le livre des morts tibétain, sorte de guide de voyage qui doit être lu pendant les 49 jours après la mort. Mais les morts n'écoutent pas la lecture qu'on leur fait ou n'y comprennent rien, certains refusent de bouger et restent couchés pendant les 49 jours, etc ... Alors à quoi bon lire ce guide de voyage si le voyageur ne sait pas qu'il est mort, ou ne voit rien de ce qu'on lui décrit, dans cet espace noir sur noir du Bardo ? Volodine est un peu le Soulages de la littérature contemporaine, ses infinies variations sur le noir sont stupéfiantes. A quoi bon encore lire le Bardo, si cette fameuse Pure Lumière censée éviter la réincarnation, n'est jamais visible ? D'ailleurs, les personnages n'ont pas envie de disparaître et préfèrent vivre et souffrir.
Comme toujours chez Volodine, tout foire. Les monstres décrits dans le Bardo Thödol ne sont pas au rendez-vous, pas de nouvelles de la Pure Lumière (on a dû l'éteindre). Hamlet craignait, dans le célèbre monologue "To be or not to be" (d'où le titre de Volodine est tiré) de rater sa mort et sa disparition. Ici, tout rate, bien entendu, mais c'est aussi drôle que des numéros de clowns au cirque, qui ne cessent de tomber et de se faire des blagues qui tournent mal. D'ailleurs, il y a des clowns à la fin du roman (et ce n'est rien révéler).
Volodine nous fait rire de la mort et du malheur métaphysique, un peu comme Shakespeare, surnommé The Bard.
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MarianneL
  25 août 2014
Ce roman de Volodine paru en 2004 aux éditions du Seuil est sans doute un de ceux où l'humour du désastre est le plus omniprésent, depuis le premier chapitre complètement burlesque où le malheureux Kominform, égalitariste radical en bout de course, est abattu par des tueurs au milieu des volatiles d'un poulailler attenant à un monastère lamaïque. Une femme au corps d'ange assiste à la scène et commente les événements comme si elle était en direct à l'antenne d'une radio, Drumbog, un des moines est partagé entre ses problèmes intestinaux du moment et sa volonté de lire le Bardo Thödol à l'oreille de Kominform pour l'accompagner dans son avancée dans le Bardo, et enfin Strohbuch le tueur, qui est chargé par le moine d'aller chercher le livre des morts tibétains, revient, par ignorance de la langue, avec deux livres inattendus : un manuel de cuisine «L'art d'accommoder les animaux morts» et une anthologie surréaliste «Cadavres exquis».
Le Bardo est cet espace noir où selon les bouddhistes le mort erre pendant 49 jours après son décès en allant soit vers sa réincarnation, ce qui pour les bouddhistes est la voie de l'échec, soit vers la claire lumière rompant ainsi le cycle des réincarnations et entraînant la destruction de l'individualité. Pendant cette période, un lama dit au défunt le Bardo Thödol, le livre des morts tibétains, pour le guider, si possible, vers la lumière ou du moins vers une meilleure réincarnation.
Mais les morts de Volodine sont mécontents d'être prisonniers de cet espace noir, ils sont stupides, rarement clairvoyants, têtus et dans tous les cas désobéissants, absolument pas prêts à renoncer à leur individualité, à leur capacité de résister, de penser et de dire, même s'ils ne sont que des Untermensch ou des écrivains sans public.
« -Cet homme est comme sourd à ce qu'on lui serine avec patience et compassion, commente Mario Schmunck. Cet homme mort, au lieu de se préparer à rencontrer la Claire Lumière, il est en quête d'un compteur d'électricité !... Il promène ses mains sur le mur, il ne rêve que de descendre à la cave. Il s'appelle Glouchenko, il a trente-cinq ans, il a mené une vie normale… »
Il est difficile de ne pas s'égarer dans les chemins de ce «Bardo or not Bardo», car, à chaque chapitre, la narration prend un nouveau départ et que les voix des personnages, narrateurs, qui ont aussi souvent le statut d'écrivains, semblent se démultiplier et se superposer au cours du récit.
Mais pour peu qu'on accepte de cheminer dans cet espace fictionnel noir, dans ces histoires tragiques où le burlesque et le détournement de la parole sont constamment présents (il suffit de lire les titres du roman et les titres des chapitres 1, 4 et 7 pour s'en convaincre : Baroud d'honneur avant le Bardo, le Bardo de la méduse, Au bar du Bardo), on ressort (toujours plus) amoureux de la littérature post-exotique et ébahi de voir ainsi cohabiter dans un unique livre la puissance et les limites de ce que peuvent la parole et l'écriture.
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LucienRaphmaj
  31 décembre 2012
Bardo or not Bardo, est sexy, même si le sujet n'est pas B.B. mais bien des saynètes noiraudes extraites de la fin de vie issu de la galerie du post-exotique. Oui, l'humour est bien là tout au long des récits qui se suivent avec pour fil conducteur le « Bardo Thödol », le livre des morts tibétains, dont la lecture à l'oreille du cadavre doit le guider vers la Claire Lumière au long des 49 jours de noir complet qui le conduisent sinon à la sale renaissance.
Il va sans dire que fidèles aux anti-héros de Volodine, pas un n'arrive ni ne souhaite s'abolir dans le néant. Ils protestent pour la vie même si la précédente était un récépissé de violences, d'agressions, de défaites et d'humiliations. L'incroyable résistance et appétence humaines au malheur...
Si l'ensemble reste moins éblouissant que d'autres opus de Volodine, il y a cependant dans ce livre un élément très intéressant, il ajoute une pièce encore absente au monde post-exotique : le genre théâtral. Cette pièce s'agence remarquablement bien aux autres genres que traverse et fait muter le post-exotisme (poésie-litanie, prose poétique, roman expérimental, roman choral, etc.) et surprend. le « Bardo de la Méduse » et le « Bar du Bardo » (deux chapitres de l'opus) représentent bien, d'un côté, l'impossible scène schizophrénique que pourrait être un théâtre post-exotique, et de l'autre, tout le côté beckettien en diable de Volodine, où l'humour noir, l'ironie du désastre est encore plus apparent que chez le dramaturge irlandais. Pour cela cela vaut la peine (la joie) de le lire.
Lien : http://www.senscritique.com/..
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valer.daviep
  29 novembre 2011
Ce livre est chroniqué sur Les Murmures d'AC de Haenne. Et on aime !
Lien : http://a-c-de-haenne.eklablo..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   14 septembre 2020
Les pièces qui furent montées ces jours-là, en présence de coléoptères obscurs et d'arbres mouillés, appartiennent à l'ensemble des "Sept Piécettes bardiques", que Bogdan Schlumm intitule également "Le Bardo de la méduse", pour insister sur le caractère gélatineux des voix et des personnages qui s'y établissent. Ce sont des piécettes dont Bogdan Schlumm a toujours prétendu qu'elles devaient être interprétées simultanément, sur une scène susceptible d'accueillir à la fois les sept décors et les sept groupes d'acteurs. A ma connaissance, aucune compagnie théâtrale n'a joué "Le Bardo de la méduse" en respectant ces instructions extrémistes de l'auteur. De nombreuses aberrations ont été mises en scène dans le cadre du théâtre expérimental, certaines restituant avec un minimalisme nauséeux la réalité carcérale, certaines dangereuses pour les comédiens et le public, d'autres ignobles, d'autres enfin tout simplement ridicules, mais celle-là, cette aberration-là, non. Nulle part dans le camp ou dans le monde n'ont été représentées intégralement et simultanément les sept saynètes de Bogdan Schlumm. Celui-ci, pendant une période de son séjour au pavillon Zenfl, s'est ingénié à nous faire croire qu'une troupe d'amateurs de Singapour, le "Baba and Nyonya Theater", jouait régulièrement, le deuxième dimanche de chaque mois de novembre, les "Sept Piécettes bardiques" dans leur forme polyphonique la plus radicale. Selon les dires de Bogdan Schlumm, le public asiatique venait assister à ces représentations depuis Sydney, Hong Kong ou Nagasaki, avec ce même enthousiasme qui pousse les fanatiques d'opéra chinois à traverser le globe pour aller écouter l'intégrale en cinquante-cinq actes du "Pavillon aux pivoines". Renseignement pris, cette histoire de Singapour reflète surtout les désirs refoulés de Bogdan Schlumm, ses risibles songeries de gloire à grande échelle, en pleine contradiction avec ses discours hostiles au star system. En réalité, Schlumm exagérait les faits d'une manière éhontée. Le "Baba and Nyonya Theater" a donné UNE fois UNE piécette bardique, "Baroud d'honneur avant le Bardo". La salle étant restée vide jusqu'à la fin, les comédiens ont décidé d'annuler la deuxième séance, qui était programmée pour le lendemain.
p. 111
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MarianneLMarianneL   25 août 2014
Ce mardi, ce mercredi et ce jeudi-là, ni les fanatiques du théâtre post-exotique, ni les promeneurs égarés, ni même les autres mammifères de la forêt n’assistèrent aux représentations pour lesquelles Schlumm avait fait une si tonitruante réclame.
À la décharge du public, il faut signaler que le lieu théâtral n’était accessible qu’après une longue randonnée à travers bois et que, sur les derniers kilomètres, les passages boueux se multipliaient. Le choix de cette scène marginale avait été dicté par des considérations idéologiques tout autant que par la rude timidité schizophrène de Schlumm. Personne ne l’avait questionné sur le sujet mais, si c’avait été le cas, il eût encore une fois proclamé son refus des littératures officielles et des facilités dont celles-ci bénéficiaient en échange de leur docilité. Schlumm haïssait le star system et ne souhaitait pas se faire happer par son engrenage, par exemple en se produisant dans une salle plus traditionnelle, comme le préau dans la cour du pavillon Zenfl, ou la cantine, ou les cabinets réservés au personnel soignant. De surcroît, Schlumm pensait que les profondeurs de la forêt l’autoriseraient à explorer son art sans concession, loin des snobismes et des préjugés des centres urbains, des zooparks ou des camps.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   16 septembre 2020
- Le clown travaillait dans un cirque. Le cirque Schmühl. Tu connais ?
- Non.
- Il s'est suicidé, dit Freek. On l'a apporté au zoopark une heure après la fermeture des grilles. Après le départ des visiteurs, des enfants. Ils font ça. Une société d'entraide lamaïste. Il faut s'inscrire. Le clown en était membre, je suppose. C'est un service spécial. Ils obtiennent une autorisation de la municipalité... Ils entrent dans la volière avec le corps. Les funérailles célestes, ils appellent ça. Les funérailles célestes.
- Ils donnent le corps à manger aux oiseaux ? demande Yasar.
- Oh, pas en entier, précise Freek aussitôt. Ou sinon ils devraient attendre des jours en présence des vautours, des aigles, des condors. Ils ne restent pas longtemps. Les gardiens du zoopark disent que c'est surtout symbolique. Ils découpent quelques morceaux de chair sur le cadavre et ils les jettent devant les vautours. Des languettes, des tranches petites. Trois fois rien. Les rapaces ont peur. Ils ne s'approchent pas. Ils ne mangent pas n'importe quelle viande dans n'importe quelles conditions... Ils repartent avec le corps pour l'incinérer. Ils s'en vont, mais les odeurs de clown mort continuent à traîner de cage en cage. Elles sont puissantes dans la grande volière, mais pas seulement. Elles rôdent dans le zoopark pendant des heures, ça fiche la frousse à tout le monde. Si personne ne vient pour leur parler, les bêtes tremblent de peur tout la nuit ...
p. 209
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OooookOooook   04 avril 2020
Ne te laisse pas envahir par la peur, dit le vieux moine. Ton voyage commence, Kominform, mais je te guiderais pendant tes premiers instants, et je te guiderais ensuite jour après jour. Ne crains rien. Ne regrettes pas de laisser derrière toi des proches et des affligés que tu n’as pas pu mener à la lumière. D’autres viendront pour poursuivre ta tâche. Pars sereinement. Détache-toi, maintenant. Le moment est venu. Romps avec tes souvenirs. Prépare toi à entrer dans un état où tu ne seras ni mort ni vivant. Rassure toi, fils noble, il n’y a rien là de terrible. Au cours de ton séjour dans le Bardo, tu auras surtout mainte occasiond’être confronté à la Claire Lumière. Va vers cette lumière, fils noble, prépare toi dès maintenant à être confronté à elle. Rappelle toi que seule ta fusion avec la Claire Lumière t’évitera de renaitre encore une fois et de souffrir.

-La mariée jaune fait des bulles, dit Strohbush. Je répète. La mariée jaune fait des bulles…En croquant vos salades l’oiseau sauvage trouve les chemins du sang… Les soleils enlaidis achètent la boite à musique… La viole de gambe embrouille la viole de gambe… Retour de cueillette, la vieille fille du gamin poursuit nos écrevisses… Les jonques en poche tu remontais l’avenue du 27 juin dans le sens du poêle… Je répète. Les jonques en poche, tu remontais l’avenue du 27 juin dans le sens du poêle… les trois noyés ont enrichis le silence des voûtes…
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OooookOooook   09 avril 2020
-On est tous enfermés pareillement dans notre viande et dans nos murs. Mais eux, à l'extérieur, qu'est-ce qu'ils attendent pour devenir fous? Les princes qui paradent, ceux qui peuvent tout s'acheter avec leurs dollars, on comprend qu'ils résistent. A la rigueur. Mais les autres? ...Hein, Schmollowski? Les autres?
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Vidéo de Antoine Volodine
Le samedi 3 août 2019, dans le cadre du banquet d'été "Transformer, transfigurer" qui s'est déroulé à Lagrasse du 2 au 9 août 2019, Antoine Volodine et Lionel Ruffel se sont prêtés au jeu de la double voix.
Que se passe-t-il lorsqu?on raconte des histoires ? Lorsque les images surgissent, lorsque les mots se forment, que les corps sortent d?eux-mêmes, lorsque les identités migrent ? Que transfigure-t-on lorsqu?on rêve, lorsqu?on chamanise, lorsque plus que tout et souvent contre tout on veut transformer le monde ? Ces questions sont au c?ur d?un dialogue qu?Antoine Volodine et Lionel Ruffel ont entamé il y a vingt ans, notamment à Lagrasse, et qu?ils reprennent pour ce Banquet.
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